‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 22 sur 54 · D LE · texte numérisé non relu

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je au propriétaire de la gargotte, l'endroit m'a l’air de n'être plus habité.

— Bah! répondit-il, j'ai trois fois par semaine les voyageurs de la diligence, et puis les quelques habitants, qui n’ont pu s’en aller à l’époque de la débandade, viennent chez moi.

— Mais qu'est-ce qu'ils font les malheureux, dans ce désert abandonné des dieux et des hommes ?

— Ils boivent, me dit-il, et cela me permet de subsister.

Ils boivent et cela me permet de subsister, quel pathos, quelle tragédie dans ces quelques mots!

Il était dit que ces scènes d'ivresse coloniale me suivraient jusqu’au jour où je remettrais le pied sur le sol européen.

Nous avions, à bord du vaisseau qui me ramena en Europe, un riche Anglais qui passait sa vie à aller de Londres au Cap de Bonne-Espérance et à revenir du Cap de Bonne-Espérance à Londres. Voyageait-il pour son plaisir ou pour la tranquillité de sa famille? Passer son temps sur l’Atlantique est une occupation comme une autre, et puis, quand on est Anglais, on prend quelquefois ses plaisirs d’une façon curieuse. L’Anglais s'amuse tristement. Je crois cependant que sa présence à bord devait contribuer au bonheur de plusieurs personnes à terre.

A partir de neuf heures du matin cet homme était ivre, et Jamais, pendant une traversée de dix-

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neuf jours, je ne l'ai vu un seul instant en état de causer, bien moins de raisonner, avec qui que ce fût.

Cet ivrogne était accompagné de sa fille, jeune Anglaise écervelée qui semblait encore respecter son père pour lequel elle avait mille attentions et qui passait le reste de son temps à flirter avec un des jeunes passagers. Au bout de dix ou douze jours, la flirtation prit une tournure plus sérieuse et les deux jeunes gens se déclarèrent fiancés.

C'était la neuvième fois que la jeune Anglaise faisait la traversée avec son père et c'était aussi, je crois, la neuvième fois qu’elle se fiançait. En AngJleterre cela est reçuet, mieux que cela, il y a des Anglais quin’aiment une femme que parce queles autres l'ont aimée. J'en connais un qui est très fier de dire :

— Ma femme a été fiancée fengaged) presque à tous les jeunes gens de la ville; mais c'est moi qui ai remporté la victoire et qui l’ai épousée.

À bord on fait vite connaissance, la familiarité commence à régner parmi les passagers le lendemain du départ, on fait des potins en veux tu en voilà, et l'on n’a de secrets pour personne.

Un beau jour la jeune fille en question vint s’asseoir à côté de moi sur le pont et me dit, en pouffant de rire comme s’il n’y avait là qu’une plaisanterie très drôle :

— Je me suis fiancée à M. N...

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— Je vous félicite de tout mon cœur, lui répondis-je d’un air fort peu sérieux.

— Il ne me reste plus qu'une difficulté à surmonter, dit-elle, c’est d'obtenir le consentement de papa.

— Ah! m'écriai-je, vous craignez qu’il ne le refuse.

— Oh! du tout, ce n’est pas cela; mais pour que ce consentement ait de la valeur, il faut que je tâche de l'obtenir pendant que.

— Pendant que papa est responsable de ses paroles, fis-je au plus vite, pour épargner à ma jeune compagne de voyage l'ennui de finir la phrase.

— Voilà la difficulté, fit-elle en soupirant.

La pauvre jeune fille arriva à Southampton sans avoir réussi à surmonter la difficulté. Son père était

ivre quand il s’embarqua et, constant dans ses affections, il était ivre quand il débarqua.

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Les Types. — Caprices de la nature. — Types d'hommes et de

femmes. — Enfants précoces. — Toilettes préhistoriques. — F Timidité des femmes. — Je choque les Tasmaniennes. — Contrastes anglo-saxons.

Examinons les types et les originaux que l’on rencontre aux colonies, et n'oublions pas que les habitants de l'hémisphère du sud sont à l’envers, que la plante de leurs pieds fait antipode aux nôtres, et que, pour être parfait, il n’est pas absolument nécessaire de faire les choses comme dans la vieille Europe.

La nature elle-même subit cette influence, et elle aussi fait un peu tout à l'envers.

Le Kangourou saute sur ses deux pattes de derrière et se supporte sur la queue qui lui sert de gouvernail. Il y a des animaux australiens qui volent sans avoir d'ailes. Les arbres changent tous les ans

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