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d’écorce au lieu de feuilles. Vous trouvez dans ce curieux pays des poires dont la partie mangeable est à l’intérieur d’une pelure de bois, des cerises qui ont le noyau en dehors, et des arbres dont les fleurs et les graines poussent dans les feuilles. D’autres arbres ont des fleurs superbes qui promettent des fruits de toute beauté mais qui n’'aboutissent jamais, entre autres, les politiciens.
On voit aussi se produire des phénomènes bizarres dans l’Afrique du Sud, où, par exemple, l’eau se trouve au sommet des montagnes et manque dans les vallées, et où (c’est là ce qu’il y a peut-être de plus remarquable), les bonnes d'enfant... sont des garçons.
On rencontre, en Australie, des hommes d’une taille démesurée. A un banquet donné par le maire de Sydney, je me trouvais assis entre sir George Dibbs, premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud et sir Joseph Abbott, président du parlement. Quand ces deux gaillards-là se levèrent pour répondre au toast de leur santé, le premier allongea six pieds trois pouces, le second six pieds quatre pouces. Tous les deux sont des produits du sol, des hommes superbes, bâtis en colosses. J’en ai rencontré beaucoup du même genre.
Les enfants se développent de très bonne heure. J'ai vu, dans toutes les colonies, des jeunes filles de douze à treize ans, trapues, solides, aux hanches et
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à la poitrine exubérantes, vous montrant une paire de mollets prodigieux, marchant droites et d’un pas ferme et vaillant.
À Melbourne, à Sydney et à Adelaïde, ainsi que dans presque toutes les villes qui sont situées au bord de la mer, j'ai vu des femmes de toute beauté, fraiches et adinirablement faites, à la mine saine et vigoureuse. Mais quand vous avancez vers le nord et que vous vous enfoncez dans l’intérieur, les figures sont jaunes et desséchées, transformées en visages de parchemin. Et comment pouvez-vous espérer que la couleur restera sur la figure des femmes quand la chaleur et la sécheresse sont telles que la peinture ne saurait rester sur l'extérieur des maisons? Sous ce soleil de feu, dans cette atmosphère qui connaît à peine l’humidité, les peaux bretonnes se hâlent en un rien de temps. Le cou et le front sont plissés. Ajoutez à cela des yeux sans lustre qui expriment l'ennui, une bouche qui sourit rarement et tombe aux coins. L’Anglaise n’a jamais l’air bien gai et ce n’est pas la monotone existence des colonies qui saurait la mettre en train.
Les hommes manquent de piquant et de pittoresque. Dans le midi de la France, en Italie, en Espagne, en Algérie, vous pourrez rencontrer un petit épicier qui vous a une tête digne de poser dans l'atelier d’un artiste, un autre qui ferait figure sur la scène de l'Opéra. En Angleterre, comine aux
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colonies, rien de tout cela, les types sont faits à la grosse. L’Australien porte les cheveux courts, des moustaches, des favoris coupés en pattes de lapin, a les bras pendants ou les mains dans ses poches, le pas lent, la démarche insouciante, l’air ennuyé, le corps long, maigre et souvent voûté. Il met dix minutes à bourrer sa pipe. Il commence par tirer de sa poche une tablette de tabac. Ensuite il prend son couteau et lentement il coupe le tabac en menus morceaux. Cela fait il remet couteau et tablette dans sa poche et pendant cinq minutes roule le tabac entre ses mains. C’est un homme qui n’est pas pressé. Quand le tabac est presque réduit en poudre, il prend sa pipe, la remplit et se la fourre dans la bouche. Alors il se met à chercher une allumette dans ses poches, Il la trouve généralement dans la dernière. Quand il a allumé sa pipe, l'opération a duré dix minutes.
Dans les petits trous qui ne sont pas encore reliés par le chemin de fer aux grandes villes des colonies, on voit des types antédiluviens, préhistoriques : des femmes de cinquante ans portant la chevelure toute bouclée comme les filles d’Albion d'il y a soixante ans, des chapeaux de bergère à larges bords, des crinolines et des polonaises, marchant les yeux modestement baissés, parlant à voix basse et presque honteuses d’avoir osé parler si haut. Ces femmes sont d’une moralité exemplaire, et vous
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n'aurez aucune peine à le croire : ce serait leur faire un compliment aussi flatteur que grossier que de supposer le contraire.
Un voyageur demandait un jour devant moi à une dame d’environ cinquante ans, dans l’hôtel d’une petite ville de deux mille âmes, si elle avait l’intention d’aller le soir m'entendre au théâtre.
— Je le voudrais bien, répondit-elle, mais je ne connais pas de gentleman qui puisse m'y conduire.
Elle n’osa point s’aventurer toute seule,
Je causais un soir avec plusieurs dames tasmaniennes dans le salon d’un hôtel de Launceston. La Tasmanie est peut-être ce qu’il y a de plus rococo en fait de colonies, mais, grâce au climat tempéré, on y voit des femmes charmantes, d’une beauté et d’une fraicheur remarquables. La vie en France formait le sujet de la conversation et, parlant de ma bonne petite ville de Bretagne, j'eus l’occasion de dire que j'avais eu, parmi mes connaissances, une vieille dame dont la petite-fille était grand’mère. Aux réunions du jour de l’An, on pouvait voir à table chez elle cinq générations. Et, ajoutai-je, si ma vieille amie avait pu seulement retarder sa mort de trois mois, on aurait pu en voir six.
A ce propos, les figures se contractèrent, plusieurs s’ensevelirent dans les mains, et je crois, ma parole d'honneur, que deux ou trois cherchèrent à se cacher sous la table. J'avais évidemment causé une sorte de
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terreur panique. Grand Dieu, qu’avais-je donc pu bien dire! Quand nous nous fûmes séparés, l’aînée de la bande, une dame mariée, prit son courage à deux mains et vint m'avouer que j'avais été un peu trop libre dans mes paroles.
— Oh! expliquez-moi cela au plus vite, m'écriai-je.
— Vous êtes pardonné, on sait que vous êtes Français, et que vous n’aviez aucune intention malséante.
— Mais encore! J'ai beau me creuser la tête, je ne me rappelle rien.
— Eh bien, fit-elle en baïissant la voix, vous avez laissé comprendre à ces dames que, au moment où votre vieille amie est morte, la jeune femme appartenant à la cinquième génération était enceinte.
Shocking !
Est-il possible que ce soit là les gens qui se sont choisi pour devise nationale : Honni soit qui mal y pense!
La devise de la race anglo-saxonne devrait être quoi que tu entendras, toujours mal y penseras.
Quand un Français dit pantalon, cela veut dire pantalon et pas autre chose. Quand un Anglais dit ou entend le mot pantalon, cela suggère à son esprit toutes sortes d’idées malséantes. C’est là une maladie du cerveau dont il ne devrait pas se vanter. Quand il regarde une statue et qu’il s’éctie: « C'est indécent », ce n'est pas la statue qui ëst indétente, t'est
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lui et sa remarque qui le sont. Et je pourrais lui rappeler que son grand poèie Byron a dit que les sens les plus méticuleux en paroles étaient généralement les gens les moins moraux en actions.
Drôle de race qui peut tout regarder sans songer à mal, mais qui ne peut rien entendre sans s’offusquer.
Race faite des contrastes les plus extraordinaires : qui peut prier et jurer d’une haleine ; qui n’admet le dimanche que le spirituel et le spiritueux : le service des églises et l'orgie hideuse des tavernes.
Dans la plupart des musées des colonies, les statues servant de modèles aux étudiants sont toutes nues ; mais quand arrive l'heure d'ouvrir le musée au public, le surintendant va chercher dans une armoire des feuilles de vignes aux dimensions gigantesques au moyen desquelles il dissimule les nudités trop apparentes. Comme si une statue pouvait être dans sa pureté artistique un objet de scandale! En revanche, on permet à des hommes parfaitement nus de se baigner dans les rivières, et ni la police ni le public ne semblent en être choqués.
Dans les gares de chemins de fer et dans les hôtels, vous verrez, dans certains endroits, les murs couverts d'inscriptions au crayon, telle que Dieu vous aime, où bien Dépéche-toi, Dieu l'attend; à côté de cela, des immondices sans nom, accompagnées d'illustrations à soulever le cœur de dégoût et de honte à nos voyous les plus achevés.
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Dans votre chambre d'hôtel vous trouverez sur le mur une pancarte enluminée portant un verset de la Bible : « Je vais dormir en paix, car c’est toi, Seigneur, qui veilles sur moi. » A côté, une autre pancarte, portant un avis des plus pratiques : « Plusieurs vols ayant récemment eu lieu dans les
. Chambres, les voyageurs sont priés de fermer leur
porte à double tour avant de se coucher. »
Dans la chambre à coucher d’un Anglais riche et distingué, j'ai vu, au-dessus de la cheminée trois tableaux : le premier était une jolie reproduction ‘en gravure du beau tableau de Holman Hunt, la Lumicre du Monde, un Christ frappant à la porte du pécheur avec une lanterne à la main; de chaque côté de ce Christ s’élalaient deux gravures coloriées représentant des filles de café concert en maillots et indécemment décolletées. Ce n’était pas le-Christ entre deux larrons, mais entre deux luronnes.
Un Australien voulut un jour me citer un verset de la Bible pour m'éclairer sur le sujet de notre conversation qui roulait alors sur la théologie. Il avait beau chercher, il ne pouvait arriver à se rappeler le verset du saint livre.
— Comment se fait-il, s’écriait mon théologien, que je ne puisse pas me remettre en mémoire se s.. n... d... D... de verset!
Dans un autre genre, on trouve ces contrastes-là en Italie, Un ouvrier, qui entre au cabaret, appelle
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le marchand monsieur le patron et son garçon monsieur le premier; mais si l’un ou l’autre se permet de le contredire, ce même ouvrier lui dira des injures à faire rentrer sous terre l’équarisseur le : plus grossier. |
A D EN gars ARR Cbun ci à a ÉnPEm AE Énirass é 8 o s .
Le Bush. — L'eucalyptus. — Le climat. — Description de la
forêt et de ses habitants. — Le concert du Bush. — Les tragédiens et les comiques de la bande. — Le kangurou. — Les travailleurs et les fainéants du Bush. — Mendiants propriétaires.
L'Australie est une vaste forêt d’eucalyptus d’une superficie à peu près égale à celle de l’Europe tout entière. À part le Queensland où la végétation est tropicale, l’eucalyptus est le seul arbre qui habite ces régions. Dans certains lieux, il atteint des hauteurs prodigieuses. J’en ai vu de quatre cents pieds, ei j'en ai mesuré plusieurs dont la circonférence égalait au pied celle des fameux géants de la Californie. Les feuilles de l’eucalyptus ont des propriétés thérapeutiques que la science n’a pas encore toutes découvertes et qui tendent à rendre l'Australie peutêtre le pays le plus salubre au monde. Une injection d'huile d’eucalyptus dans le nez guérit un rhume de
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cerveau instantanément et je la recommande surtout pour les maux de gorge et les affections de poitrine. Comme désinfectant, elle est sans pareille, et l’on sait avec quel succès le midi de l'Italie s’est assaini par l'introduction de cet arbre bienfaisant. On trouve en Australie trois espèces d'eucalyptus,ou gommiers, comme on les appelle communément, le bleu, le blanc et le rouge, les couleurs du drapeau français. Le gommier rouge est dur et sert à la construction des maisons, des meubles et des traverses de chemins de fer. Le gommier blanc est mou et ne sert qu’au chauffage ou à faire des palissades.
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Du commencement d'avril à la fin d'octobre, l'Australie jouit d’un climat magnifique; mais en janvier, en février et en mars, la chaleur est suffoquante, de trente-huit à quarante-deux degrés à l'ombre, et quand le vent souffle du nord-ouest, l'atmosphère devient tellement accablante que si vous passiez de là directement aux régions infernales, il vous faudrait prendre un pardessus.
Mais quelle sauvage, quelle triste contrée! Point de couleurs vives. Tout est terne et sombre, tout pleure et semble mourir d’ennui. La verdure du sol comme celle des arbres, est ou grisâtre ou bleuâtre sans aucune intensité et d’une monotonie désolante.
L’eucalyptus a la verdure lisse et foncée; les feuilles, longues et pendantes, se ferment à moitié
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pendant le jour et ne donnent point d’ombrage; le tronc se dépouille tous les ans de son écorce, qui pend le long de l'arbre en lambeaux déchirés; les branches multiples se tordent de désespoir dans toutes les directions. Vous vous sentez pénétré de tristesse à la vue de cette végétation pour laquelle la nature a été si peu généreuse.
Çà et là, sur une superficie immense, les gommiers ont été brûlés, ou détruits au moyen d’une entaille circulaire faite à la base, et ces squelettes sont là comme dans un cimetière, où sur chaque tombe s’élèverait un fantôme étendant ses bras tordus par centaines. La scène est lugubre au possible.
Plus loin, des milliers de gommiers aux troncs gris cendre gisent sur le sol et suggèrent à l'esprit a les formes les plus fantastiques, des serpents 3 repliés, des crocodiles à l'affût, des araignées gigan- \ tesques, toute la gent rampante sur une échelle antédiluvienne. 4
Plus loin encore, le Bush est en feu. C’est l’homme à civilisé qui se prépare à défricher le terrain. Dans quelques années, il y aura peut-être là une ville “14 prospère. Pour le moment, c’est une scène d'enfer. Avec quel plaisir vous arrivez près d’une vallée au fond de laquelle coule un petit ruisseau, et où les fougères s’épanouissent d'un tronc écailleux haut de sept à douze pieds. Les feuilles panachées d'il y a deux ans, desséchées, d'un brun doré, tombent à plat le long du tronc, les feuilles de l’année der-