‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 29 sur 54 · TE DRE È · texte numérisé non relu

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sensuels, et quand il s’est rempli le gosier et le ventre de gin ou de whisky, il déclare qu’il s’est amusé.

C’est l'argent qu'il économise, et non pas l'argent qu’il gagne, qui enrichit l’homme. Voilà une vérité de M. de la Palice que l'ouvricer anglo-saxon n’a pas encore découverte.

J'ai eu un jour, à Broken-Hill, la conversation suivante avec un mineur en grève :

— Les mines, monsieur, me dit-il, devraient être nationalisées et appartenir au peuple. Moi qui vous parle, qu'est-ce que je gagne ? soixante-quinze francs par semaine. C’est moi qui vais chercher l'argent au fond de la mine. C’est moi qui fais la besogne. Soixante-quinze francs par semaine! Qu'est-ce que vous voulez qu’un homme fasse avec cela ?

Mon mineur en grève était célibataire.

— Puisque vous me le demandez, je vais vous dire ce qu'un homme peut faire avec soixante-quinze francs par semaine. Vous êtes ici perdu dans le désert. Les distractions sont peu nombreuses. Vous êtes jeune. Travaillez pendant deux ans. Dépensez vingt-cinq francs par semaine et mettez cinquante francs de côté. Au bout d’un an vous aurez deux mille cinq cents francs à vous, au bout de deux ans vous en aurez cinq mille. Vous parlez de nationaliser la mine. Que les cinq mille mineurs qui travaillaient ici suivent le conseil que je vous donne, et au bout de deux ans vous aurez pu acheter toutes

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les actions, et la mine vous appartiendra. Si vous n'avez pas confiance dans la mine et que vous ayez des raisons sérieuses pour cela, ne soyez pas jaloux des actionnaires. Achetez des terrains, défrichezles, ou mettez des moutons à paître dessus, et vous voilà propriétaire.

Si j'avais parlé hébreu à ce garçon-là, il ne m’aurait pas regardé avec des yeux différents.

— Ah! fit-il, taisez-vous donc. Vous n'êtes pas un démocrate, vous n'êtes pas l'ami du peuple.

— Je vous demande bien pardon, lui dis-je, je me crois excellent démocrate. L'homme qui n’a pas su s'imposer quelques privations pour mettre quelque argent de côté ne m'inspire aucune sympathie. L'homme qui, par sa faute, ne possède rien est un esclave. J'appelle un démocrate l’homme indépendant qui est son propre maitre. La bourgeoisie est devenue une puissance parce qu’elle a su amasser. Je ne veux pas que l’ouvrier soit esclave, je veux qu’il possède ; mais il ne saura posséder que le jour où il saura se priver et amasser. En Europe, l’ouvrier ne gagne pas,selon moi, la part qui lui revient et il a raison d'élever la voix ; mais en Australie c’est sa faute si, au bout de quelques années, il n’est pas devenu propriétaire.

Mon mineur m'avait déjà tourné le dos.

Certes, je reconnais que les temps sont changés et que, avant peu, chacun ira demander au travail

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l'indépendance et l’honorabilité dans la société ; mais si l'avenir doit avec raison appartenir au travailleur, il n’appartiendra jamais au paresseux, à l’ivrogne ou à l’imprévoyant.

Dans un pays où le gouvernement vend le terrain à six francs l’hectare, payable en dix ans, je maintiens que tout hommequi possède quelques centaines de francs peut acquérir l'indépendance, et qu'il le pourra pendant encore longtemps, puisque l'Aus-

tralie proprement dite n’a guère plus de trois

millions d'habitants et que le continent est capable d'accommoder une population de plus de vingt millions.

Le gouvernement australien « par l'ouvrier et pour l’ouvrier » est sublime de ridicule. Ces ouvriers australiens, qui, pour la plupart, sont venus en Australie aux frais des Sociétés d’émigration en Angleterre, sont aujourd'hui ceux qui ont forcé le gouvernement d'interdire l’arrivée d’émigrants. Il n’en faut plus d’autres, [Australie est à eux. Et que font-ils ? Ils végètent à Sydney et à Melbourne, et le pays demande des bras à hauts cris. Mais les bras sont croisés dans les grandes villes ou à lever le coude dans les tavernes. Les squallers sont obligés de faire paître des moutons et des bestiaux qu'ils sont souvent incapables de vendre, parce que un homme peut garder des milliers de moutons, tandis que pour l'agriculture il faut du monde. Si l'Australie était peuplée d'agriculteurs intelligents et laborieux, elle

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mais pourrait être le grenier de l'univers. Çà et là vous leur, | voyez une ferme prospère qui s'est élevée et déveogne __ loppée en quelques années. C’est un Allemand ou | un Suédois qui l'occupe. Près des villes, vous voyez ua souvent des jardins potagers admirablement cultivés. rpeil Pas un pouce de terrain n’est inculte, Dans un coin nes de ce jardin se trouve une cabane occupée par le il le Chinois patient, laborieux, que l’Australien méprise, ve. mais qu’il ferait bien mieux d'imiter. Ce bon Chitrois nois est sobre, il s'occupe de ses affaires et ne fait able | point grève; il va son petit bonhomme de chemin, ingl | il a son cheval et sa charrette, et tous les ans il | envoie dans son pays l'argent qu'il a mis de côté,

Jour | Pendant ce temps-là, l’ouvrier de Sydney va à ira Hyde-Park écouter les harangues, des inanités, des alie âneries, débitées par des braillards en guenilles, FL6, aux souliers éculés, fainéants de profession, parasites rent | que les communautés nouvelles des États-Unis du plus | Far-West chasseraicent impitoyablement de leur ils ? sein. Et quelles harangues ! Je me rappelle un grand 'ays | gaillard, au front bas ct à la bouche démesurée, aux ont | gestes nonchalants et à la voix avinée, propre-à-rien ude | de son métier, qui éjaculait un discours sur l’autore | ritatisme. La foule s’arrondissait la bouche en O et PU s'écarquillait les yeux pour comprendre. Cet idiot Los i __ vaniteux était si fier du mot qu’il s'en remplissait la te Î mâchoire et le répétait à chaque instant. Un audiait ( teur, pour avoir poliment prié l'orateur de vouloir

Ile À bien épeler le mot d’abord et expliquer ensuite ce

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qu'il signifiait, se vit chasser du cercle ignominieusement. L'autorilatisme, s'écriait le braillard, voilà la source de tout le mal. La grève, voilà le remède. Et, comme les gens qui l’écoutaient avaient déjà tous fait grève, et tué ainsi la poule qui pondait les œufs d’or, il les engageait à manger ce qui restait, la poule. Jolie perspective pour les oies.

Si pareil fainéant faisait un discours de ce genre-là dans le Texas, le Colorado, ou dans des États de l'Ouest, la population, non pas l'autorité, lui donnerait vingt-quatre heures pour accepter quelque besogne honnête ou déguerpir. Si, au bout des vingt-quatre heures, il n'avait fait ni l’un ni l’autre, il courrait le risque de se voir soudainement promu à un poste élevé... au sommet d’un arbre. L'Amérique est une ruche d’abeilles qui ne permettent pas aux bourdons de s'établir chez elles pour y créer le désordre et y prêcher la paresse.

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