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À la rescousse ! sauvée, merci, mon Dieu

Après le sermon, TABLEAUX VIVANTS.

TABLEAU I. Sauvages avant la conversion (au naturel),

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Peut-être cependant la nommerons-nous un jour.

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TABLEAU IT. Sauvages après la conversion (habillés).

TABLEAU III. Pauvre fille, elle n’a rien sur le corps.

(Ce dernier tableau suggère l’idée d’une jeune fille maori en costume national, aussi l'impresario avait-il ajouté entre parenthèse très délicat).

La représentation se terminera par un chœur d’anthropophages.

Et sim, boum, boum, entrrrrez, messieurs et mesdames.

Le révérend, dont il est ici question, m’envoya un billet d'entrée pour assister à sa représentation.

Il crut sans doute me faire une politesse. Que le

ciel la lui rende!

Sous le titre de Signes du ‘emps, je lis l’entrefilet suivant dans la Gazette méthodiste de Sydney : € Il s’est formé dans notre villeune Association chrétienne de banquiers dont le président, un ministre méthodiste, est lui-même ancien gérant de banque. Les directeurs, les gérants et les commis se réunissent deux fois par semaine pour prier et étudier la bible. Une des principales banques de Sydney est si connue par les pieux sentiments de ses directeurs et de ses employés qu’elle est souvent mentionnée par le nom de Banque chrétienne. »

Et l’incorrigible Bulletin, pour qui rien n’est sacré, de s’écrier: « Oui, signes du temps! Nous ne désirons pas nommer la banque en question.

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Alors on verra le public envahir cette banque pour en retirer son argent au plus vite. »

Le fait est que le banquier chrétien est connu pour diriger ses yeux vers le ciel, et ses pas vers la frontière. |

Pauvres banquiers australiens ! Quinze jours après mon départ de l'Australie, toutes les banques, à l'exception de trois, sautaient l’une après l’autre. Jamais pareille panique ne s'était emparée du monde financier. La débâcle était prévue depuis longtemps, mais les plus pessimistes, même parmi les prophètes de malheur, ne s'attendaicnt à une dégringolade aussi rapide.

Les scènes les plus tragiques, chez les Anglo- Saxons, sont généralement accompagnées des scènes les plus comiques. Comme dans Shakespeare, le sublime et le ridicule, la haute tragédie ct la farce, y marchent de pair.

C'est l’évêque anglican de Sydney, primat protestant de l'Australie qui se chargea de donner la note comique. On sait qu'à l’heure d’une calamité publique, en Angleterre ou dans une des colonies, c'est au primat qu’il incombe de rédiger une prière spéciale que les fidèles doivent répéter pour apaiser le courroux du ciel. Le Common prayer Book, dont se servent les protestants anglicans, contient déjà une infinité de prières spéciales, pour la pluie, le beau temps, la paix, la récolte, la santé, que sais-je

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encore ? mais les rédacteurs de ces anciennes prières n'avaient pas prévu la fermeture des banques, et l'évêque de Sydney eut à inventer quelque chose de neuf et de bien senti pour la circonstance.

Voici la prière qu'il rédigea et qui fut débitée dans les églises et dans les familles en l’an de grâce 1893, c’est-à-dire à la fin du xix° siècle :

« Dieu tout-puissant, dont la divine Providence ordonne tout ce qui se passe au ciel et sur la terre, nous te supplions d’avoir pitié de nous pendant la crise financière et commerciale que nous traversons en ce moment. Nous nous humilions devant le trône de Ta Majesté. Nous avouons que nous nous occupons trop des choses de ce monde et que le principal objet de notre existence n'est pas de songer à notre salut. De l’avarice, de l’égoïsme et de l’amour du gain et des richesses, délivre-nous. Rér nds parmi nous la justice qui exalte une nation. Accorde-nous cela, nous t'en supplions, pour la gloire de ton saint nom, par les mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. Amen. »

Si la première phrase était omise, vous pourriez lire dans cette prière une invocation à Dieu pour lui demander qu'une crise financière vienne punir les Australiens de leur avarice, de leur égoïsme et de leur amour du gain. Telle qu’elle est, je ne puis lire cette édifiante prière que de la manière suivante :

« Dieu tout-puissant, dont la divine Providence

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ordonne à son gré la hausse et la baisse, nous nous approchons humblement du trône de Ta Majesté pour te promettre que, si tu veux bien rétabiir la confiance, faire que les banques ouvrent de nouveau leurs portes et que les actionnaires reçoivent de bons dividendes, nous essayerons de nous guérir de l’avarice, de l’égoïsme et de l’amour du gain. »

Quelle religion facile et commode que cette religion des Anglo-Saxons qui, satisfaits que Dieu n'ait autre chose à faire que de s'occuper d’eux, son peuple de prédilection, lui adressent des prières dans lesquelles ils lui font part de tous leurs désirs, de leurs besoins les plus futiles.

« Tout ce que je te demande, 6 Seigneur, dit un jour un Anglais en public, c’est quelque chose, entre la richesse et la pauvreté. »

Mais, précisant il ajout :

« Ce qu® je te demande, c’est quatre mille livres de rente, une petite maison et point d'impôts à payer. »

Pour un Anglo-Saxon, celui-ci n'était pas très exigeant.

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Les Journaux de l'Australie. — Les grands journaux quotidiens. — Les éditions hebdomadaires. — L’Australasian. — Les journaux comiques. — Les journaux de société. — Le Bulletin.

De tous les hauts faits dont l’Australie peut se vanter avec droit, il n’en est pas qui surpasse ce qu'elle est parvenue à accomplir dans le journalisme.

Je ne connais, ni en Europe ni en Amérique, de journaux qui aient plus de valeur que les journaux quotidiens publiés dans la colonie de Victoria et dans la Nouvelle-Galles du Sud: l’Argus et l’Age à Melbourne, le Morning Herald et le Daily Telegraph à Sydney. Ces journaux de huit grandes pages, quelquefois de dix, se vendent pour la modique somme de dix centimes, et sont à tous les points de vue aussi bien rédigés et aussi bien renseignés que le

Daily News, le Daily Telegraph, le Standard et le Daïly Chronicle de Londres. Ils n'ont peut-être pas la valeur littéraire du Journal des Débats ou du Figaro de Paris, mais ils sont beaucoup plus complets au point de vue des nouvelies qu’ils donnent. Ils tiennent un heureux milieu entre les meilleurs journaux quotidiens de l'Angleterre et des États- Unis, d’un style moins bruyant que ceux-ci, d’un style moins sec que ceux-là.

On se demande avec étonnement comment un pays aussi jeune peut faire vivre, voire même enrichir de pareils journaux, publiés tous les matins, indépendamment de nombreux et excellents journaux, publiés dans l’après-midi, tels que l’Evening News, l'Echo, le Star à Sydney, le Standard et le Herald à Melbourne. L’Age de Melbourne trait à cent mille exemplaires quand j'étais en Australie, et lorsqu'un des associés se retira des affaires, la part qu'on eut à lui payer fut une somme de cent cinquante mille livres sterling, soit trois millions huit cent mille francs. On ne saurait vraiment trop louer cet esprit d'activité qui à rendu de pareils journaux une nécessité absolue.

Adélaïde et Brisbane possèdent aussi de très bons journaux, le Register et l’Advertiser dans la première, le Courrier et le Telegraph dans la seconde.

En Nouvelle-Zélande vous trouvez aussi des journaux de premier ordre, en tête le Herald d’Auckland,

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le Times, la Poste et la Presse de Wellington, la Presse et le Times de Christchurh et l’Ottago Times de Dunedin.

La plupart de ces journaux publient une édition hebdomadaire spéciale qui atteint des proportions colossales, et il faut donner la palme à l’Australasian, publié tous les samedis par la compagnie de l'Argus de Melbourne. Pour la rédaction, pour l’importance, l'intérêt et la quantité des matières, c’est un tour de force journalistique, ni plus ni moins. Le Town and Country Journal, le Mail, le Leader sont aussi des publications hebdomadaires des plus remarquables.

Journaux scientifiques et littéraires, journaux comiques parmi lesquels il faut citer le Melbourne Punch, journaux religieux, journaux agricoles, tous les intérêts de la vie sont représentés.

Pour les nouvelles locales, chaque faubourg, chaque petite viile a son journal. J'ai vu des journaux dans des petits trous de quelques centaines d'habitants. Chacun se fait un devoir de les acheter, et, mieux que cela, il se trouve des gens qui se font un devoir de les lire.

Je passe quantité de journaux, dits de société, qui m'’intéressent peu. Cependant il faut faire mension du Bulletin (prononcez Boulletine) de Sydney. #G'est, dans le genre, le plus mordant, le plus félironté, le plus spirituel, le plus vulgaire et le

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mieux rédigé que je connaisse. Je n’ai jamais vu rien de si audacieux, même en Amérique où se permeltent toutes les audacités journalistiques.

Le ton, affecté par ce journal, est national, c’està-dire anti-anglais. Sa devise est « l'Australie pour les Australiens ». Toutes les marionnettes politiques, sociales et religieuses y sont traitées avec un sansgêne qui ne laisse pas que d’être souvent fort piquant. Le Builetin est assez démocratique pour plaire aux masses qui le dévorent, et assez mondain pour plaire à la Société, qui y trouve les détails les plus minutieux sur les toilettes portées au bal du Gouverneur ou au garden-party de madame une Telle, et les potins les plus appétissants fournis par la chronique scandaleuse de la semaine.

La circulation de ce journal est énorme. Il est entre les mains de tout le monde, sur la table de tous les clubs et de tous les hôtels, non seulement dans la Nouvelle-Galles du Sud, mais dans toutes les colonies, y compris la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie, et si vous entrez dans la cabane du bushman, il est cent à parier contre un que vous y trouverez le dernier numéro arrivé.

Ce journal expose souvent bien des folies, bien des impostures, et les coups de verge qu'il administre, sans faire aucune acception de personnes, aux snobs, aux cafards, aux hypocrites et aux affectés du pays, rendent service à la société australienne ; mais ce qui contrebalance le bien qu’il peut

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faire et tend à le rendre pernicieux, c'est qu’il alimente ce trait si caractéristique du peuple australien, l'irrévérence envers tout ce qui est respectable, et qu’il entretient l'affectation chez une portion de la société en prêtant ses colonnes au rapport des moindres faits et gestes de ses membres. Ce journal est constamment lui-même coupable des travers qu'il prétend corriger chez les autres.

Les plaisirs aux antipodes. — L'Australien est plus gai que l'Anglais. — Melbourne. — La société. — Lord Hopetoun. — La passion des courses. — Le « Melbourne-Cup ». — Fle-

mington comparé à Longchamp et à Epsom.

L’Australien est encore beaucoup trop jeune pour avoir des traits caractéristiques ; mais de tous les membres de la grande famille anglo-saxonne, je crois.qu'il est destiné à être le plus insouciant, le plus sociable et peut-être même le plus gai.

11 n’est pas comme l'Américain de l’est, le Yankee, le descendant d’une race triste et austère. Ses ancêtres étaient des aventuriers à la recherche d'une position sociale, et non pas des puritains fanatiques, ennemis de la joie et du bonheur, à la recherche d’un coin de la terre où ils pussent se vouer librement à leur culte hargneux.

Vous ne trouverez pas chez l’Australien cette per-

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