‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 34 sur 54 · DE · texte numérisé non relu

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par le gouvernement et lui appartiennent. Par économie, on a fait les voies étroites et il y aurait du danger à faire courir un train à grande vitesse. En allant doucement, on économise aussi le charbon, et comme la population, en dehors des capitales, n'est pas assez importante pour se payer le luxe de trains express, le gouvernement se trouve obligé de n'avoir que des trains omnibus qui, une fois par jour seulement , desservent toutes les stations , y compris certaines localités inhabitées où l'on a placé une cabane, de manière à permettre ainsi à quelque squatler des environs de venir faire signe au mécanicien d'arrêter le train.

Indépendamment de ce train omnibus, il y a aussi un train, celui-là de marchandises, auquel on attache un wagon pour les voyageurs qui sont trop paresseux pour faire la route à pied. Ce genre de train s'appelle, aux colonies, train mixte. On le trouve aussi aux Etat-Unis. Les Américains, qui ont toujours le mot pour rire, lui ont donné le nom de trainaccommodation.

Donnez aux colonies le temps de se développer et je vous garantis qu’un de ces jours leurs chemins de fer feront honte à la Compagnie du Sud-Est de l'Angleterre. Les trains express qui desservent les capitales sont déjà aussi confortables et aussi rapides que les meilleurs de l’Europe.

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chemins de fer ont des compartiments de troisième classe pour les indigènes. L'Australie n'a plus, pour ainsi dire, d'indigènes, et la société n'y est divisée qu'en deux classes, première et seconde. Cependant, dans un pays où chacun a peur de faire croire à l'autre qu’il ne vaut pas autant que lui, je n'étais pas étonné de voir les compartiments de seconde classe vides et ceux de première encombrés, malgré la stagnation des affaires et la crainte que les trois quarts des Australiens avaient de se trouver le lendemain en faillite,

Si, en Angleterre, vous demandez un billet sans nommer la classe, on vous donne un billet de troisième. En Australie, on vous donne un billet de première.

Bien souvent j'aurais voulu me faufiler dans une voiture de seconde pour éviter la foule et m'étaler à mon aise sur les coussins. Impossible, si jamais je m'étais permis parcil luxe et qu’on m’eût découvert en seconde, la nouvelle sc scrait répandue et toutes mes chances de succès se seraient évanouies. Les Australiens n’ont de respect que pour fort peu de choses, mais ils ont enraciné le respect humain.

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Quels drôles de compagnons de voyage il vous faut souvent subir!

D'abord il y a l'animal qui vous réveillera d’un sommeil régénérateur pour vous donner le nom du squalter qui possède les terrains au milieu desquels

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vous passez, vous expliquer comment le père est venu s'établir là, vous dire la fortune qu'il y a faite, vous raconter en détails l’histoire de la famille,

Ce que je craignais le plus, c'était celui qui me reconnaissait, et qui, ayant entendu une ou plusieurs de mes conférences, me les racontait en les entrelardant de commentaires et m'en expliquant les passages les plus subtils.

Un autre, un peu plus sans-gêne, mais dont j'admirais la franchise, m'éreintait à plate couture.

Plusieurs fois des chefs de gare obligeants réservèrent un compartiment pour mon impresario et pour moi. À ceux-là je dois une reconnaissance éternelle.

Bien souvent, cependant, ces fâcheux avaient les meilleures intentions du monde ; mais, hélas! l’enfer en est pavé et n’en est probablement pas plus agréable. On me tapait sur l’épaule :

— Allons, Max, me disait un brave garçon à l’allure franche et honnête, où est ton compartiment ? Je vais voyager avec toi. Allons donc boire un verre!

Ces braves gens m'offraient des cigares et faisaient de leur mieux pour me faire comprendre qu'ils éprouvaient du plaisir à faire compagnie avec moi. Il eùt été de mauvais goût de faire le difficile. J'aurais voulu pouvoir dire à tous ces gens-là : « Un homme qui, pendant deux ans, voyage tous les jours, six, sept et huit heures, et parle tous les soirs

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A l'époque des courses, la chose était intolérable. Les compartiments étaient bondés d'individus de toutes les classes possibles et de toutes les manières impossibles, qui faisaient de vingt à cinquante lieues pour aller voir une course, Et quel monde ! ivres à rouler, jurant, crachant, hurlant.

Dans l’une de ces occasions, j'étais malheureusement accompagné de ces dames. A l’une des stations où, pendant vingt minules d'arrêt, nous allâmes prendre un repas, au buffet, nous nous trouvâmes à table à côté de ces turfistes du Bush. Je vous fais grâce de la conversation. Entre le rôti et le fromage, un individu qui s'était enfourné son diner dans la bouche avec son couteau, prit l'assiette au beurre, s’en servit un morceau avec son couteau et passa obligeamment l'assiette à ma femme. Ma femme, qui est voyageuse aguerrie “ prête à tous les incidents qui peuvent survenir, remercia poliment son voisin, appela la fille de service et la pria de lui apporter du beurre... qui n'avait pas encore servi.

Le voisin comprit qu'on l'avait remis à sa place, aussi crut-il devoir prendre sa revanche. De manière à être entendu de tout le monde, il dit à ses compagnons :

— As-tu jamais vu ! En v'ià (’y une poseuse !

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L'Esprit de nationalité et d'indépendance. — Patriotisnie local, — Chacun pour soi et les colonies pour les colons.

De loutes les colonies anglaises, je crois que c'est le Canada qui est la plus fidèle à l'Angleterre. La proximité des États-Unis en est la cause. Si le Canada était isolé ou situé aux antipodes, l'esprit d'indépendance nationale y serait aussi fort que chez la nouvelle génération de l'Australie ou de l'Afrique du Sud. La crainte d’être confondus avec les États- Unis conserve les Canadiens à l'Angleterre. S'ils doivent appartenir à quelqu'un, ils trouvent qu’il y a plus de prestige à appartenir à l'Angleterre qu’à l'Amérique. C’est ainsi du moins que pense la bonne société canadienne. Ceux qui ne songent qu’au traité de commerce avec les États-Unis, qui leur impose des droits d'entrée de trente pour cent sur toutes les marchandises passant la frontière

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d’un côté ou de l’autre, ceux-là se feraient annexer séance tenante. Quant à la masse du peuple, je l'ai dit au deuxième chapitre, elle est divisée en quatre camps.

En Australie, les aspirations nationales sont très prononcées, surtout chez ceux qui, nés aux colonies, ne connaissent pas d'autre patrie. Certes, les Australiens sont aussi libres chez eux que les Anglais: ils se gouvernent comme ils l’entendent et n’ont aucun tribut à payer à l'Angleterre qui, au contraire, lui confie ses capitaux ; mais le gouverneur leur rappelle qu'ils ne sont pas nation, mais seulement dépendance, et cela agace les Anglo-Saxons qui, élevés dans la pépinière de la liberté, ne comprennent pas qu'on puisse dépendre de quelqu'un. Ce gouverneur gouverne beaucoup moins qu’un roi soliveau, mais eafin il est là, et pour bien des Australiens cela est dS ‘’op. Personne ne songe encore à demander l’autonomie des colonies australiennes, mais l’idée germe dans les esprits. Pour le moment les Australiens prient la mère patrie de vouloir bien les consulter sur le choix d'un gouverneur. Bientôt ils l’exigeront. Ensuite ils le choisiront euxmêmes, puis ils s'en passeront.

Aux colonies de l'Afrique méridionale, où l'élément hollandais est hostile à l'Angleterre, ce sentiment est encore beaucoup plus fort.

L'amour de la liberté et de l'indépendance est

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tellement enraciné chez l’Anglais que, lorsqu'il s’est établi aux colonies, il peut à peine comprendre que sa nouvelle patrie ne soit pas parfaitement libre et indépendante. Son patriotisme devient local, tous ses intérêts se concentrent sur le nouveau pays, et, c'est là un fait bien curieux, la génération suivante, née aux colonies, éprouve presque de la haine pour l'Angleterre qui a fondé sa patrie, mais qui, en lui envoyant un gouverneur, lui rappelle qu’elle n'appartient pas à une nation libre. Et la preuve de ce que j'avance, c’est que le politicien de l’Australie ou de l'Afrique du Sud n’a aucune chance de succès à moins qu'il ne pose devant les électeurs pour le patriote qui saura défendre les iniérêts de la colonie contre tout empiètement tenté par l’Angleterre.

L’Angleterre sera impuissante, le jour où les colonies seront décidées à proclamer leur indépendance. Ce sera sa faute de leur en avoir donné les raisons; mais ce sera sa gloire de leur en avoir donné les moyens.

En jetant des mondes nouveaux dans les océans lointains, et en apprenant à ses enfants à y fonder des nations libres, l'Angleterre mérite bien du genre humain. Il est plus glorieux d’avoir fondé les États- Unis que d’avoir conquis les Indes. Les États-Unis offrent l'existence à soixante-dix millions de créatures humaines, les Indes offrent des places à quelques milliers d’Anglais.

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Quand les colonies déclareront leur indépendance, le prestige de l’Angleterre en souffrira, mais le mal n'ira pas plus loin. John Bull est si peu chez lui dans ces colonies que ses produits y sont taxis comme s'ils entraient dans un pays étranger. Le service de paquebots entre Londres et Sydney, ou entre Londres et Cape-Town, ne sera point interrompu. La seule différence est qu’il y aura probablement plus de passagers à bord.

John Bull est si peu chez lui dans l'Afrique du Sud que, lorsque la Chartered Company prit, il y a de cela quelques mois seulement, la résolution d’exterminer les Matabélés et de s'emparer de leur territoire, territoire dont la superficie est à peu près égale à celle de la France, les Anglais ne furent même point consultés. « Reste chez toi, dit la Compagnie à John Bull, nous sommes assez forts pour faire le coup nous-mêmes. »

Quelques Anglais protestèrent, et le gouvernement de Sa Majesté britannique ordonna au gouverneur de l'Afrique méridionale de demander desexplications M. Cecil Rhodes, premier ministre de la colonie, répondit dans les termes les plus clairs qu'il priait les Anglais de vouloir bien se mêjer de leurs affaires, que les siennes le regardaient, et qu’il n'avait de compte à rendre qu'aux habitants de la colonie. Le gouverneur empocha la réponse, la transmit à John Bull qui, lui aussi, l’'empocha, et se consola du coup de pied qu'il avait reçu en ordonnant à ses fabri-

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cants de cartes géographiques de marquer en rouge Matabeleland, la nouvelle possession acquise par la maison John Bull et Ci.

John Bull fit encore mieux.

Les journaux publièrent le nombre de Matabélés tués et le nombre de volontaires anglo-africains massacrés dans les divers engagements qui furent livrés sur le territoire de Lobengula. Et ce qui ajoute du piquant aux expressions choisies, c'est que les soldats de la Compagnie tuaient les Matabélés avec des mitrailleuses, alors que les pauvres sauvages n'avaient que des bâtons et des javelines pour massacrer les envahisseurs de leur patrie.

Si les Matabélés avaient été armés de mitrailleuses, de canons et de fusils, M. Rhodes aurait fait comprendre à John Bull la nécessité d'envoyer en Afrique plusieurs régiments d’habits rouges; mais comme ils ne l’étaient pas, M. Rhodes et le peuple qu'ii gouverne par la grâce de Dieu et la bonne volonté de M. Hofmeyr ‘, peuvent s’écrier que la gloire d’avoir exterminé les Matabélés leur revient à eux seuls.

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4. Chef du parti hollandais et de l’Union Africaine, Association dont l'objet est d'obtenir l'indépendance de l'Afrique méridionale.

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Assofrique

La Tasmanie. — Le pays. — Les habitants d'autrefois et les habitants d'aujourd'hui. — Visite aux dépôts. — Les survivants de l'ancien régime. — Une vieille Écossaise récalcitrante. — Scène touchante. — Launceston et Hobart.

La Tasmanie a un cachet tout à fait européen. C'est un brin de Normandie ou de Devonshire avec ses bois, ses collines, ses fleurs et ses buissons de rosiers et d’églantiers sauvages. Rien n’est grandiose, mais tout est joli et pittoresque. C’est le paysage anglais dans le plus parfait climat qu'il soit possible d'imaginer.

Mais faut-il qu’un pays si privilégié par la nature soit habité par un peuple si peu intéressant! Jamais je n’ai vu population plus paisible, plus ordinaire, plus respectable, plus arriérée, plus rococo. C'est le monde que l’on rencontre le dimanche à Brixton

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et à Clapham ! à l’heure des offices. Vous voyez en Tasmanie la vieille Anglaise aux longues papillotes, coiflée d’un chapeau en forme d'abat-jour, la vieille Anglaise classique telle que la dessinait Georges Cruikshank pour les illustrations des romans de Charles Dickens. Elle est là, longue et maigre, avec sa figure de carême, vivant de thé et de beurrées. Cependant, vous voyez aussi beaucoup de jolies femmes, d'une fraîcheur remarquable ; mais l’absence d'activité intellectuelle est écrite sur les visages dont les yeux sont sans lustre et l'expression sans piquant.

Est-il possible que ce soit là ce pays tranquille, respirant partout la paix et la prospérité qui, naguère, résonnait du bruit de chaînes, d’imprécations et de cris de douleur? Est-ce bien ici que se passaient ces scènes d'enfer décrites avec tant de force dramatique par Marcus Clarke dans son fameux livre : Aux Travaux forcés à perpétuité!

La Tasmanie étail autrefois la Nouvelle-Calédonie de l’Angleterre, auprès de laquelle la Nouvelle-Calédonie moderne est un jardin d’Éden. L’Angleterre y châtiait ses forçats comme au temps du moyen âge ou de l’Inquisition. La plus petite infraction à la discipline était punie de cinquante coups de fouet

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