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Quartiers de Londres habités par la petite bourgeoisie

bien pensante et appartenant, pour la plupart, aux chapelles dissidentes.

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administrés à nu sur le dos des malheureux réfractaires. Ce fouet se composait de neuf cordes serrées el nouées en plusieurs endroits. La punition allait souvent jusqu’à cent coups. Après les cinquante premiers coups, la chair se détachait du corps qui passait ensuite à l’état d’éponge ruisselante de sang. Un clergyman assistait au supplice pour exhorter la victime à la patience. Dieu merci, après cinquante coups, le malheureux prisonnier était sans connaissance. On peut encore voir à Port-Arthur la scène où se passaient ces atrocités légales, sanctionnées par une Chambre des lords, où siégeaient deux archevêques et vingt-quatre évêques qui jamais n'élevèrent la voix contre pareille infamie.

La première fournée de forçats arriva d’Angleterre en Tasmanie en 1817, la dernière en 1853. En tout soixante-six mille deux cent quarante-trois.

Curieux contraste. De tous les pays du monde, c'est en Tasmanie que, toutes proportions gardées, il se commet aujourd'hui le moins de crimes.

La Tasmanie a encore d’anciens forçats qu’elle entretient dans des dépôts où la vie leur est rendue aussi douce que possible. Le directeur, qui m'y a piloté, est pour ces pauvres diables d’une bonté à toute épreuve. Les souffrances ont rendu les uns idiots, les autres estropiés. Il y en a qui sont courbés en deux presque à angle droit. Cependant aucun visage ne respire la vengeance ou la rage. Aucun n'est empreint d'angoisse ou même de tristesse. Les yeux

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sont éteints, hagards, et n’indiquent que la résignation et l'indifférence. Ils sont libres dans les dépôts, circulent librement dans leurs jardins qui sont publics, et sortent en ville quand bon leur semble. Ils sont bien nourris et bien logés, bien soignés. Les habitants viennent se promener dans leurs jardins et les enfants jouent autour d'eux. Ils ont même un théâtre où les bons cœurs de la ville viennent leur jouer la comédie ou leur donner des concerts.

Ces malheureux, avec lesquels je me suis entretenu, semblent, pour la plupart, avoir oublié d’où ils viennent, à qui ils appartiennent. Ils ne sont plus de ce monde. Il y en a même beaucoup qui ne se rappellent pas ce qu'ils ont fait pour avoir mérité la transportation. C’est l’oubli complet de l'existence, l’hébétude que créent les grandes souffrances. Il y en avait un, entre autres, connu sous le nom de Bill, qui était à Launceston depuis quarante-sept ans. Il est idiot et passe son temps à rire. Demandez-lui ce qui l’a amené en Tasmanie, il vous répondra en riant :

— Mouchoir, monsieur.

— Volé?

— Oui, monsieur.

— Où?

— Bethnal-Green.

Ne lui demandez pas autre chose. Mouchoir, volé, Bethnal-Green, telle est la somme de son vocabulaire. Le voyage, l’arrivée en Tasmanie, les travaux, les punitions, les chaînes de cinquante-six livres

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LA MAISON JOHN BULL ET Cie 257 qu'on lui a attachées aux pieds, les coups de fouet, il ne se rappelle rien, pas même ses parents : inouchoir, volé, Bethnal-Green; quand il ne dit pas ces trois mots, il rit.

J'étais allé au Dépôt, muni de tabac pour les hommes et de bonbons pour les femmes.

J'avais fait diviser mon tabac en quatre-vingts paquets d'une once chacun. Je distribuai ces petites douceurs avec quelque menue monnaie à ces pauvres diables à mesure que je les rencontrais dans les bâtiments et les jardins. Sur un banc étaient assis deux hommes. J’allai prendre place à côté d'eux et j'offris à mon voisin la part qui lui revenait.

— Merci bien, monsieur, me dit-il; mais vous ne me reconnaissez pas. Vous m'avez déjà donné du tabac et de l'argent. Donnez cela à Jack, qui est à côté de moi, il n’a rien eu.

Où l'honnêteté va-t-elle se nicher? pensai-je. Ce brave homme avait une bonne figure bête, résignée. Je lui demandai quel crime il avait commis pour être où ilétait. Il n’en savait rien. Le directeur luimême ne put m'éclairer à ce sujet.

Ce qui me frappait le plus, en examinant tous les visages autour de moi, c'était l’absence d'intelligence. Peu de figures étaient mauvaises, mais toutes exprimaient la stupidité. Et je songeai à la fameuse phrase de notre grand jurisconsulte : « Il n’y a que les imbéciles qui vont en prison. Les malfaiteurs intelligents sont rarement découverts. »

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Je quittai le Dépôt des hommes pour aller voir les femmes. Quel hideux spectacle! De vieilles femmes, véritables sorcières dignes de figurer dans Macbeth, la bouche démesurée, édentée, la figure bourgeonnée, le nez en trognon, l'air abject. Un vrai cauchemar. Je leur donnai des bonbons; la plupart me demandèrent du tabac. Elles acceptèrent les bonbons en murmurant. « Les femmes, me dit le directeur, me donnent beaucoup plus d'ennuis que les hommes. Elles sont moins résignées, elles passent leur temps à se plaindre, et, quand elles sortent, elles vont se soûler avec les aumônes qu'on leur donne dans la ville ».

J'en vis une qui sonna la note comique dans ce concert de grognements et de murmures. C'était une vieille Écossaise à qui le magistrat venait de donner six mois de prison, ce qui signifiait pour elle que, pendant six mois, elle ne pourrait pas sortir et aller se soûler en ville. « Yes, sir, sax months for a wee drap of drrrink. The blackguard ! » (Oui, monsieur, six mois de prison pour avoir bu un petit coup. Oh, le gredin !) Celle-là, rien ne la subjugue. Quand ses six mois seront finis, elle ira rouler dans le ruisseau. En attendant, elle fait des harangues et des menaces.

Scène touchante. Dans la cour du Dépôt, je vois une jeune mère qui fait un mois de prison. Ses mioches sont avec elles. Les dames de la ville apportent des jouets et des bonbons et s'occupent

ir les des pauvres petits qui, ignorants de ce qui les imes, entoure, ont l’air heureux et se portent comme de cheth, vrais petits charmes.

bour- Détail curieux. Le directeur, en m'indiquant une | vrai des femmes, m'apprend que son mari et elle sont upart en Tasmanie depuis plus de quarante ans, et qu'ils t les se sont vus plusieurs fois sans jamais se recondit le naître.

s que Je veux bien le croire ; mais, en regardant la elles femme, horrible mégère à la figure hargneuse et s SOr- repoussante, je crois que son mari doit se louer de 1 leur ce que les Dépôts soient comme les bains publics, côté des hommes, côté des dames. Quant à reconns ce naître sa femme, lui, pas si bête!

it une onner La Tasmanie ne possède que deux villes impor- ) que, tantes, Launceston et Hobart, la capitale. La prealler mière n'a de remarquable qu'une gorge superbe, a wee située à l'entrée de la ville, et un bureau de poste, sieur, dont l'architecture grotesque, moitié flamande, coup. moitié mauresque, devrait maintenir les habitants juand l dans un état d’hilarité constante. La gorge, au fond de ans le laquelle coule un torrent rapide, entre deux collines es et boisées des plus pittoresques, mérite qu’on s'arrête à Launceston.

> VOIS | Hobart est sans contredit une des plus jolies villes . Ses À que j'aie vues. Sa rade est, selon moi, aussi belle ville que celle de Sydney à cause des montagnes qui upent | l'entourent. Le jardin botanique sur le versant de

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la colline est de toute beauté. Les environs sont des plus pittoresques. J'aurais facilement passé un mois à flâner à Hobart.

Sir Robert Hamilton, gouverneur de la Tasmanie, et son aimable femme lady Hamilton, venaient de rentrer en Europe. Je le regrettai d'autant plus que j'avais eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer lady Hamilton en Angleterre et en Irlande, et que j'aurais été heureux de passer quelques instants dans la compagnie de cette dame aussi eonnue pour ses talents que pour son amabilité.

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+ La Nouvelle-Zélande. — La Norvège et la Suisse aux anti-

podes. — Le point de la terre le plus éloigné de Paris, --

Les villes. — Pas de serpents, mais beaucoup d’Fcossais, —

Les petites villes. — Inscription curieuse,

De toutes les colonies anglaises la Nouvelle-Zélande est une des plus prospères et sans contredit la plus pittoresque.

Le paysage est superbe, une heureuse combinaison de ce que la Norvège et la Suisse ont de plus beau à montrer en fait de gorges, de lacs et de montagnes. Ajoutez à cela un climat tempéré, une contrée fertile, une population bien répartie, intelligente et laborieuse, une société distinguée, aimable et hospitalière, des naturels agréables, intelligents et artistes, et vous conviendrez que voilà un pays habité par des gens privilégiés qui devraient être contents de leur sort.

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Ils le sont, du reste. On pourrait l’être à moins. Le pittoresque ne se fait pas longtemps attendre en Nouvelle-Zélande, car avant de vous débarquer à Bluff, à la pointe méridionale de l’île, le vapeur, par pure amabilité, se détourne de la ligne directe pour entrer dans les deux plus beaux fiords de la côte occidentale, Milford-Sound et George-Sound. L'entrée du Milford-Sound est juste assez large pour laisser passer à son aise le vaisseau qui, pendant près d’une heure, suit un étroit chenal entre des rochers à pic d’une hauteur prodigieuse. A chaque tournant le coup d’œil change comme par enchantement. A peine vous êtes-vous mis à regarder des rochers arides et abrupts que vous avez devant les yeux une montagne gigantesque couverte de fougères aussi hautes que des palmiers et d’une verdure éclatante. Bientôt le passage s’élargit et devient une succession de petits lacs autour desquels la nature se surpasse, chaînes de montagnes couvertes de neiges éternelles, gorges, cascades ; puis le Bush, tel qu'on ne le voit qu’en Nouvelle-Zélande, d’une fraîcheur éblouissante, une impénétrable masse de fougères, de plantes grasses, le tout enfoui sous les lianes. Je n'avais jamais rien vu d'aussi sauvage, d'aussi pittoresque, d’aussi grandiose. J'aurais voulu être seul à contempler ce spectacle unique. Le George-Sound , à quelques kilomètres plus au sud, est presque aussi beau que le Milford-Sound. Détail intéressant. Si vous faites partir une ligne

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droite au George-Sound, que vous fassiez passer cette ligne par le centre de la terre, et que vous la prolongiez jusqu'à la surface, elle sortira à quelques lieues de Paris. Il est donc impossible, sur terre, pour un Parisien d’être plus loin de sa chère ville qu'au George-Sound.

La Nouvelle-Zélande possède quatre villes importantes de trente-cinq à soixante mille habitants, Dunedin, Christ-Church, Wellington et Auckland. Avant peu l’énergique population d’Invercargill atteindra l’un de ces chiffres.

Les heureux habitants de ce joli pays ont tout en leur faveur pour réussir, climat parfait, sol fertile, point d'animaux féroces, point de serpents et beaucoup d'Écossais.

Dunedin, capitale de la province d'Otago, est une ville aussi écossaise qu'Édimbourg ! et, toutes proportions gardées, plus écossaise que Glasgow. Les Chinois qui sont établis à Dunedin se voient même obligés, pour avoir chance de gagner leur vie, de s’appele:, non pas Li-Wang ou Chi-Wang, mais Mac-Wang.

Chrisichurch, au contraire, est une ville éminemment anglaise,’ une fondation anglicane. On y trouve une société des plus choisies. Ce n'est pas, comme Dunedin, un centre d'activité commerciale.

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