‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 45 sur 54 · IR RE D TT · texte numérisé non relu

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liséré rouge, et tout cela vivant sous un ciel bleu clair, au bord d’une mer bleu intense entourée de montagnes couvertes de verdure, une délicieuse harmonie de couleurs, un bijou de ville.

Ce qui rend aussi le séjour agréable à Durban est un hôtel excellent, l'hôtel Royal, de beaucoup le meilleur de l'Afrique du Sud, avec sa cour orientale à jets d’eau, sa bonne cuisine et ses obligeants domestiques indiens qui vous font oublier les Allemands grossiers qui servent à table dans les hôtels de l’Amérique et de toutes les colonies anglaises.

Que ces pauvres Indiens décharnés, étriqués font triste mine à côté des Zoulous, resplendissant de santé! Quelle race dégradée, et que l’on conçoit facilement comment les Anglais ont pu se rendre maîtres des Indes!

Dans les faubourgs ‘de Durban, vous voyez des habitations indiennes, bicoques délabrées, sur le seuil desquelles ces malheureux se chauffent au soleil, sales, abjects, les femmes occupées à éplucher la tignasse des hommes sur leurs genoux, à la manière des singes. Les enfants se grattent le dos contre la porte pendant que les parents se grattent la tête. Les moins paresseux travaillent à la terre, sur les plantations de sucre et dethé qui abondent au Natal, d’autres sont domestiques, le reste pourrit.

Quelques Parsis, riches négociants de l'endroit, gros et gras, revêtus de longues robes brodées d’or,

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forment un curieux contraste avec ces pauvres coolies, à peine couverts de quelques haillons, que l'on rencontre aux gares de chemins de fer où ils vendent des bananes aux Zoulous, installés gaiement dans les voitures de troisième classe réservées aux gens de couleur, dans les colonies comme en Amérique.

Les naturels de l'Afrique du Sud. — Premier désappointement, — Les naturels au naturel, — Scènes de la vie sauvage. — Les Kraals. — Les mœurs. — Les femmes. — Les types. — Chez les Cafres et les Zoulous. —- Les Zoulous en petite tenue. — J'achète un complet de dame et l'emporte dans ma poche. — Où la vertu va-t-elle se nicher? — Les missionnaires se trompent d'adresse.

Je n'oublierai pas de sitôt le crucl désappointement que j'ai éprouvé en faisant ma première visite à un kraal. C’était à Port-Elizabeth. Jene m'étais pas encore enfoncé dans l'intérieur et je n'avais encore vu que des sauvages civilisés. J'exprimai à l’aimable M. Chabaud, consul de France à Port- Elizabeth, le désir de voir un kraal. « C'est facile, me dit-il, à trois kilomètres d'ici nous en avons un, et, dimanche prochain, si vous voulez, nous irons ensemble. La plupart des Cafres qui habitent ce kraal travaillent en ville pendant la semaine,

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mais le dimanche vous les verrez au naturel. » Avec quelle joie j'acceptai la proposition! J'allais donc voir des sauvages.

Ma visite au kraal dura cinq minutes. Je trouvai les « sauvages » en train de chanter des cantiques wesléyiens, tandis que la marmaille jouait à la balle en sifflant cette obsession, qui pendant deux ans m'avait suivi partout, l'air de Ta ra ra boom de ay. Décidément, il faudra aller plus loin.

La plupart des villes de l'Afrique du Sud ont, dans les environs, un kraal, appelé location, où vivent dans des huttes les Cafres employés dans la ville comme porteurs, charretiers, domestiques, etc.

Mais dans l’intérieur de la colonie du Cap, du Natal, dans le Transvaal et dans le Zoulouland, j'ai observé les naturels, et, soit à l’aide de Cafres et de Zouious qui parlaient un peu anglais, ou d’Anglais qui parlaient cafre ou zoulou, j'ai pu aussi récolter quelques renseignements intéressants en caus” nt avec eux.

Un kraal est composé de plusieurs huttes généralement perchées sur une éminence d’où l’on domine la contrée aux alentours.

La hutte est bâtie en forme de ruche : des piquets en cercle et des baguettes flexibles parallèles placées en travers, le tout hermétiquement fermé au moyen de branches et de terre. Une seule ouverture permet à l'air de pénétrer et aux locataires de l'endroit

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d'entrer chez eux en se baissant. C’est là qu'ils mangent, qu'ils couchent et passent leur temps à bavarder comme des pies borgnes. J’ai vu jusqu’à vingt personnes dans une hutte dont le diamètre à la base n'atteignait pas trois mètres de longueur. Les vieux, les jeunes, la marmaille, tout cela grouille ensemble, avec des chiens, des poulets et autres animaux encore plus domestiques et plus intimes, aux dimensions beaucoup moindres et dont je fais grâce au lecteur. Une odeur de graisse rance, fade et écœurante, qu’exhale le corps de tous les naturels de l'Afrique du Sud, mélée à la fumée, au tabac, à la mangeaille, se résout en un composé infect qu’il est au-dessus de mes forces de décrire avec précision. Il y a de ces odeurs qu'il faut sentir | soi-même pour s'en faire une idée.

J'ai passé une journée tout entière dans un kraal vivant comine les bons Cafres dont j'étais l'hôte. Je me suis nourri de bouillie de maïs et de fruits. Le menu n'était pas recherché, les convives à table n'étaient pas du dernier distingué, mais c'était, somme toute, plus intéressant qu’un diner en ville à Londres.

Tout ce monde-là semble heureux. Ces enfants du soleil passent leur vie à gambader et à montrer leurs belles dents blanches. Les femmes, plus graves, vaquent aux besoins du ménage.

De tous les animaux domestiques inventés pour le service de l’homme, le plus utile cst la femme dans

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qu'ils l'Afrique du Sud. Elle se multiplie. J'ai vu de ces ps à femmes, sur le point de mettre bas, porter sur la squ’à tête un grand seau plein d’eau, sur le dos un bébé tre à emmaillotté dans un châle, à la main droite un ueur. autre seau d’eau et à la main gauche une marmite cela pleine de bouillie. Et, le corps droit, dandinant et ots et dodelinant des hanches, les épaules bien effacées, les plus reins bien cambrés, elles marchaient d’un pas régue dont lier et ferme, et comme délassement, sans lâcher la ance, longue pipe qu’elles avaient à la bouche, elles cra- 16 los chaient à droite ct à gauche en décrivant des parae, au boles à faire damner d'envie un Américain de l'État nposé de Tenessec. Ces femmes sont des bêtes de somme. écrire C’est l'habitude, contractée dans l'enfance, de porsentir [ ter des fardeaux sur la tête et de marcher nu-pieds, qui donne aux femmes cette allure franche, un corps kraal toujours en équilibre.

te. Je Le prix d’une épouse cst de dix à seize bœufs, ts. Le Elle n'apporte en mariage que sa vertu et son mari table | ne lui demande pas autre chose. Le but du naturel. Î était, dans toute l’Afrique du Sud, est d’être assez riche A ville pour acheter plusieurs épouses. Quand il en a trois, 11 il peut se reposer, fumer sa pipe. bâiller au soleil, l fants se promener dans le kraal d'un pas majestucux ct L ntrer vivre dans du coton.

aves, La femme est d'autant plus fière de son mari - 1 qu’il se repose et la fait travailler. Elle l'admire. | nié « Pourquoi travaillerait-il ? me disait un jour | dans l’une des épouses d’un Cafre, puisqu'il est assez Î

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riche pour avoir des femmes qui travaillent pour lui. Si j'étais homme, j'en ferais autant, » Voilà certes de la résignation et de la logique. O Parisiennes et Américaines qui menez l'homme en laisse, que diles-vous de cela”?

La jalousie n’est point le fait de la femme en Afrique, et toutes ces épouses vivent en paix. La femme du Cafre, du Pondo, du Basuto, du Zoulou, préfère de beaucoup que son mari ait plusieurs épouses, d'abord parce que la besogne à faire est ainsi partagée, et aussi parce que cela la relève à ses propres yeux de savoir qu'elle appartient à un homme qui est à son aise. Elle est fière de son mari quand elle peut dire en se rengorgeant : « Mon mari a beaucoup de femmes. » Et elle regarde du haut de sa grandeur une femme qui n’a point de compagnes pour partager les caresses de son mari.

Voilà certes de bonnes créatures qui comprennent ce qui est dù au scigneur de la création.

Il faut les voir aller chercher la bière du pays etla rapporter sur leur têle dans de larges cruches énormes, puis aller se tenir respectucusement à l'écart, en rang, debout, silencieuses, tandis que les hommes, assis à la turque ou accroupis, boivent à même les cruches. Voilà de la galanterie à peu près égale à celle que montrent les Anglais quand, à leurs grands banquets, ils invitent les dames à venir les regarder du haut de quelque galerie. Voyez une famille en marche: l’homme devant,

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LA MAISON JOHN BULI, ET Ci® 32) puis la femme suivie des marmots. J'ai vu marcher ainsi tous les habitants d’un village : les hommes, derrière eux les femmes portant les fardeaux, puis les enfants, tous en file indienne.

Les enfants sont gentils. Quels sont les enfants qui ne le sont pas ?

J'ai vu, parmi les différentes races de l'Afrique du Sud, des jeunes filles de douze à quinze ans superbes de formes, de vrais barbediennes. La peau est douce comme du velours, les épaules et les attaches du bras des rèves de sculpteur. Mais cette peau n'a pas d’'élasticité et se relàche facilement. Aussitôt que ces jeunes filles aux formes admirablement modelées se sont mariées et ont un enfant, le sein tombe et s'aplatit sur la poitrine. Quand le deuxième bébé est arrivé et qu’elles le portent sur le dos, elles peuvent lui jeter le sein par-dessus l'épaule.

Au point de vue curopéen, elles sont généralement laides de figure. J'en ai cependant vu de jolies. Je me rappelle, entre autres, une jeune femme cafre, qui avait apporté son bébé au médecin du district pour le faire vacciner. Elle avait le visag mutin d’une Parisienne, et son foulard rouge, coquettement placé sur l'oreille, en tapageur, lui donnait un air des plus agaçants.

Quand ils quittent leur hutte, les Cafres, hommes et femmes, portent une couverture teinte avec de la terre rouge qui leur donne un air très pittoresque. Chez eux les hommes sont revètus de l’air du temps,

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| | et les femmes s’affublent de mille petits objets dont | {

elles se couvrent le cou et le bas des jambes. Du poignet au coude, le bras est généralement couvert de bracelets en cuivre superposés.

De tous les naturels que j'ai vus dans l’Afrique | du Sud, les Zoulous sont de beaucoup les plus || beaux. Quels hommes superbes que ces gaillards- :| là! Quel mélange de fermeté et d'amabilité dans le | regard, quelle dignité dans le port! Des hommes de plus de six pieds, admirablement proportionnés, | aux mouvements simples, dignes, naturels et grab. cieux. La nature n’a point fait de plus beaux torses :| que ceux-là.

| ; Les Zoulous sont un peuple brave, intelligent, moral et honnête, et ce qui entretient la race belle | et saine est que les hommes et les femmes ne se l marient qu’à l’âge mûr, tandis que les Cafres épou-

sent souvent de véritables enfants.

Dans un kraal, situé à quelques kilomètres de

l'endroit où le malheureux prince impérial tomba | victime de la lâcheté d’un officier anglais qui le || laissa seul à la merci d’une vingtaine de Zoulous, j'ai vu neuf cents naturels du pays, hommes, femmes et enfants qui étaient sortis de leurs huttes pour passer la visite du médecin. Quels types intéressants à étudier dans cet assemblage !

La jeune fille porte sur la tête des perles enfilées |

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qui lui tombent gracieusement sur les oreilles, sur le cou un collier de perles, aux bras et aux jambes des bracelets de cuivre et de perles, et autour des reins une ceinture de cuir d’où pend, sur le devant, un rabat de perles et de passementeries, petit carré de dix centimètres environ qui couvre ce qu’il serait malséant d'exposer aux regards. Quand la femme est mariée, elle porte un petit jupon de vingt centimètres de longueur. Les cheveux courts sont graissés et rejelés en arrière en forme de fez allongé! Les femmes sont généralement beaucoup plus petites que les hommes, trapues, grasses, avec des seins et des hanches plantureusement développés.

Pour vingt-cinq francs j'ai un jour acheté à une jeune femme toute sa défroque, un « complet », que j'ai pu emporter dans la poche de côté de mon paletot. Après avoir enlevé le dernicr objet, elle resta quelques instants devant moi, souriante, heureuse, l'argent dans la main, aussi innocente de sa nudité qu'un nouveau-né, et je l’ai regardée avec autant d’admiration et de respect que si j'avais élé placé en présence d’une belle statue ou d'un modèle aux lignes sculpturales les plus pures et revêtu d’un maillot de bronze.

Chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande, la jeunc fille n’est pas vertueuse avant le mariage, Une fois mariée, au contraire, elle est fidèle à son mari qui ne s'inquiète nullement des petites fredaines que sa femme a pu commettre avant de l’épouser,

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