‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 48 sur 54 · A l’époque où j'écris ces lignes (décembre · texte numérisé non relu

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colonies du Cap et du Natal, s’y opposeraient aussi fermement que les Boërs, car ils n’ont jamais pardonné à l'Angleterre de s’être laissé battre par les Boërs à Majuba Hill et surtout d’avoir accepté sa défaite, ce qui les a rendus ridicules aux yeux de la population hollandaise de l'Afrique du Sud. Johannesburg absorbera le Transvaal ; l’apathie des Boërs aura à faire place à l’activité toujours croissante des Anglais; mais le prestige de l'Angleterre n’en profitera pas. Le Transvaal est destiné à devenir une république anglo-saxonne qui fera un jour partie des États-Unis libres de l'Afrique du Sud. Ce n’est pas là une simple impression de voyage, c’est une conviction bien arrêtée.

Pour se faire "ne idée de ce que signifie cette ville aujourd’hui si florissante, il faut se reporter au début.

Johannesbu:, ‘élève en plein désert. Point de rivières, point de routes, point d’arbres, c’est-à-dire aucun moyen de transport, aucun moyen de construction. Il a sept ans, l'emplacement était occupé par quelques tentes servant d’abri aux pionniers téméraires qui s'étaient aventurés jusque-là à la recherche de l'or, au risque de se voir décimés par la faim et par les sauvages. Ce n’est qu’au bout de deux ans qu'on put se procurer assez de bois et de briques pour commencer un semblant de ville. La plus grande difficulté était le manque d'eau et ceux qui voulaient pousser le luxe jusqu’à se payer,

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je ne dis pas un bain, mais une simple ablution, avaient à le faire avec de l’eau de Seltz à cinq francs la bouteille. Aujourd’hui on a fait des travaux d'irrigalion et la ville possède des réservoirs, et heureusement, car le prix de l’eau de Seltz n’a guère changé. A Johannesburg un verre de bière se paye deux francs cinquante, un cigare deux francs, et le reste à l'avenant ; mais les habitants gagnent facilement leur argent et personne ne se plaint.

Les rues de Johannesburg sont larges et bien alignées ; la ville possède de jolis théâtres, d’excellents hôtels, et, je le répète, tout ce que peut exiger la civilisation moderne.

Les experls assurent que les mines d’or à Johannesburg sont inépuisables. Si cela est vrai, et je n’en doute pas, Johannesburg sera, avant dix ans, un des plus grands centres commerciaux du monde.

Aujourd'hui c’est un tripot où vous êtes aveuglé de poussière et de poudre aux yeux. A côté de gens distingués, sérieux et honorables, une société mélangée, quelque peu interlope, millionnaires, chambreurs, décavés, maîtres-chanteurs, barons et financiers en goguette, aventuriers de tous les pays, Allemands, Anglais, Français, Italiens, Grecs, Levantins, Juifs de naissance et de profession, vivant au jour le jour, passant la vie entre l'espoir de faire fortune et le risque de faire banqueroute. Des femmes jolies, peintes, teintes, le nez au vent, se mourant d’ennui ; femmes peu

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génées à maris peu gênants, passant leur vie à jouer aux cartes, à diner ct à danser, tandis que les hommes sont à la Bourse, au Club, ou à boire et à jaser avec des filles de taverne, couvertes de diamants, dont les gages sont de six cent cinquante francs par mois sans parler des extras de la vie privée.

A côté de cela, je le répète, une société distinguée qui se tient un peu à l'écart et fait bande à part, une aristocratie de bonnes manières, des financiers, des négociants, des ingénieurs, des gens tel que l’on en rencontre dans la meilleure société européenne.

L'histoire de Johannesburg est celle de San Francisco, de Denver, et de toutes les villes du monde où la découverte d’un métal précieux a soudainement attiré une population aventurière à la recherche de gains faciles. Les villes de ce genre, et les plus florissantes, sont comme les révolutions, elles ont été commencées par des aventuriers, Je n'attache pas nécessairement à ce mot son sens péjoratif. Il y a les hommes d’aclion à l'esprit d'aventure, ies pionniers de la civilisation, comme il y a les hommes qui cherchent les aventures sans avoir d’altache nulle part.

Quel drôle de monde on rencontre tout de mème à Johannesburg !

J'étais un soir entrain de me raser, dans le déshabillé que vous savez, quand on frappa à ma porte.

— Entrez, criai-je.

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