‹ La maison John Bull & cie. [microforme]Chapitre 7 sur 54 · RME À · texte numérisé non relu

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dans votre potage, et du sable et du vinaigre dans tous vos aliments.

J'ai quitté Québec avec le regret que je ressens chaque fois que je quitte ma bonne petite ville natale.

De Québec à Montréal le chemin de fer prend à peu près six heures.

Montréal est une ville de deux cent quarante mille âmes, bien bâtie, et possédant plusieurs édifices d'importance, pour la plupart des églises, dont trente sont catholiques et les autres consacrées au culte protestant dans toutes ses branches et variations, depuis l’église anglicane jusqu’à l’armée du Salut.

La ville est située entre le majestueux Saint- Laurent et le Mont-Royal d’où elle tire son nom.

Pour arriver de la station au plus joli quartier, vous avez d’abord à grimper à travers des rues étroites dont les boutiques vous rappellent, avec leurs noms bretons et normands, que vous êtes en France comme vous y étiez à Québec. Vous continuez à grimper, et les rues deviennent plus larges et les noms plus anglais, puis vous arrivez sur un vaste square où se trouve l’hôtel Windsor, le meilleur hôtel du continent américain. La cuisine et le bien-être qu'on y trouve répondent aux prétentions architecturales de cet immense caravansérail.

À mon arrivée on me mena immédiatement voir des courses sur le Saint-Laurent, non pas des

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courses de bateaux, mais de chevaux. Le fleuve était gelé. Des rails avaient été placés sur la glace et le tramway marchait en toute sécurité d'une rive à l’autre. Le spectacle était nouveau et piquant. Pendant quatre mois le Saint-Laurent est gelé et aussi sûr que le macadam. Puis arrive ce que les habitants appellent le déluge. C’est la débâcle. Le fleuve charrie, le bas de la ville est inondé. Huit jours après le dègel, la neige est absorbée par la terre, un soleil généreux vient immédiatement féconder la nature qui, en quelques jours, présente une verdure lux'iriante.

Montréal est la ville des sports par excellence.

D'abord c’est le palais de glace bâti tous les ans au carnaval avec des blocs de glace d’un mètre cubique de grosseur, cimentés avec de l’eau. Ce superbe palais a plusieurs étages, est illuminé et chauffé, et l’on s’y livre à la danse et à mille jeux athlétiques.

C'est ensuite le toboggan, le grand sport canadien. Le Mont-Royal se prête à l’exercice. Vous montez près du sommet, vous vous assevez dans un petit traîneau et vous vous laissez glisser le long de la montagne. La pente est telle que vous glissez à raison d’un kilomètre et demi la minute.

— Je ne voudrais pas avoir manqué la sensation pour mille livres sterling, me dit un jour un Angjlais; mais, ajouta-t-il, je ne voudrais pas recommencer pour deux mille livres.

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Un autre Anglais, à qui je demandais s’il avait jamais été en toboggan, me répondit avec le sangfroid flegmatique de sa nation :

— Monsieur, quand on vient au Canada, il faut aller en toboggan... et j'y suis allé.

Puis ce sont les excursions sur la neige, les pieds dans des raquettes et le corps dans de la bure. On part à neuf ou dix heures du soir, quand la lune est dans son plein, on revient à deux ou trois heures du matin. J'ai vu ainsi partir une trentaine de Canadiens qui s'étaient donné rendez-vous à l’hôtel.

Dans presque tous les pays, le froid fait rester les gens chez eux. Au Canada, c’est le contraire, on dit : « Il fait froid, sortons. » Il n’y a que la pluie qui retient les Canadiens à la maison.

Tous ces exercices du corps, dans un climat rigoureux mais des plus salubres, font que les Canadiens sont d’une santé resplendissante.

J'ai été plusieurs fois à Montréal. J'espère bien y aller encore.

J'aime le pays, j'aime les habitants encore davantage.

Pendant mon séjour à Montréal et à Québec, j'avais souvent rencontré un Français qui était descendu aux mêmes hôtels que moi, un bon Parisien, gros et gras, joyeux vivant, charmant causeur, heureux de vivre et trouvant tout ce qu’il voyait amusant

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au possible; un peu blagueur, il est vrai, mais si peu : un Tartarin d'excellente société.

Le jour de mon départ de Montréal, je le rencontrai dans le vestibule de l'hôtel Windsor affublé d'une tunique en bure blanche à capuchon, serrée à la taille par une ceinture rouge, d’un bonnet de laine avec un gland qui lui lui tombait cavalièrenent sur l'épaule, de gros bas à revers, de Knickerbockers, et à la main des raquettes ct un alpeustock, le vrai Canadien sur le point de partir en expédition.

— Ah !'ah!lui dis-je, vous voilà parti sur les neiges...

— Pas du tout, répondit-il, et sa bonne figure ouverte s’épanouit de joie... je vais me faire photographier.

Les Tarasconnais ne sont pas les seuls Français de Tarascon.

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Ottawa. — Le gouvernement du Canada. — Toronto. — Les femmes au Canada. — Le dimanche à Toronto. — Les contrastes. — L’instruction au Canada. — Garçons et filles. — Les Indiens dans du coton. — Winnipeg. — Encore la vieille France, — Les sauvages. — Rentrée aux Etats-Unis. — Un douanier américain se mêle de mes affaires,

Ottawa, à trois heures de chemin de fer de Montréal, est la capitale de la Dominion. Comme Washington aux Etats-Unis, la ville est entièrement consacrée à la politique, et il n’y faut pas chercher autre chose. Cependant, quand vous arriverez dans la ville, ne manquez pas de vous arrêter sur le pont de la rivière, vous y verrez un tableau digne de votre attention: à droite la cascade ct les rapides ; à gauche, au sommet d’un roc à pic, une série de monuments superbes en pierre de grès, le Parlement et les ministères, qui se détachent nettement entre un ciel d’une pureté sans pareille et une masse de neige d’une blancheur

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éclatante. Visitez la bibliothèque du Parlement. Elle est d’une grande valeur, et la disposition des pièces admirablement étudiée est d’une ingénuité merveilleuse.

Les deux chambres du Parlement sont spacieuses et les politiciens y sont dans du coton. J'ai eu la chance d'assister, dans la chambre basse, à un débat des plus intéressants, un véritable duel entre M. Chapleau, l’un deschefs du parti conservateur alors au pouvoir, et M. Laurier, chef du parti libéral en opposition. Ces deux messieurs sont Français. Les combattants avaient à leur disposition des armes d’un calibre tout différent. Le premier est un tribun éloquent, véhément, emporté. L'autre est un érudit calme, toujours maître de lui ct de ses paroles. C'était un duel entre un lion court et trapu, à la

crinière épaisse, et un renard fin, élancé, toujours :

prêt à glisser entre les griffes de son adversaire sans attraper une égratignure.

La résidence du gouverneur général, Rideau-Hall, située à un kilomètre de la ville, est une maison des plus simples qui ne diffère pas d’un hôtel de province fréquenté par la petite bourgeoisie des environs. Le seul luxe est au salon où l’on voit des panneaux peints par la princesse Louise, marquise de Lorne, peintre et sculpteur de beaucoup de talent, qui occupait ainsi ses loisirs pendant que son mari gouvernait le Canada au nom de Sa Majesté britannique.

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Plus on s'avance vers l’ouest, plus les villes prennent l'aspect américain ct les habitants l'aspect anglais.

Toronto, sur le lac Ontario, est unc ville de deux cent cinquante mille habilants, parfaitement américaine, avec ses parallélogrammes de blocs à angle droit, ses rues larges, ses maisons et scs murs couverts d'annonces et de réclames enluminées, et ses fils de télégraphe et de téléphone qui forment audessus de la tête d'immenses toiles d’araignée.

Les faubourgs sont jolis et plus anglais. Les villas de plaisance sont entourées de jardins bien entretenus qui nous rappellent que les habitants sont Anglais. Les Américains n'ont pas le temps de s'occuper de jardinage, ni de cultiver les fleurs qu’ils achètent toutes poussées chez le fleuriste pour en orner leurs appartements.

Je ne connais pas de ville au monde où j'aie va plus de jolies femmes qu’à Toronto.

La Canadienne est une heureuse combinaison de l'Anglaise et de l’Américaine. Elle a la beauté physique, la taille fine ct élancée et le teint de la première ; elle a les allures décidées, le naturel, le regard franc de la seconde. Si vous pouviez y ajouter le bon sens, le piquant et l'esprit de la Parisienne, la Canadienne serait une femme idéale.

Rien n’est plus gracieux ni plus pittoresque que de voir ces Canadiennes emmitouflées jusqu’au menton, enfouies dans un {raineau au milieu de four-

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LA MAISON JOHN BULL ET C'° 25 rures foncées qui font ressortir leur teint de Jait et de roses.

Au lieu d’imiter leurs cousines des États-Unis qui, pour faire une centaine de mètres, prennent le t'amway, les Canadiennes marchent et se livrent aux jeux athlétiques, à l'équitation, au patinage, à tous les exercices du corps, et c'est là ce qui leur donne cette fraicheur el ce bel air de santé que vous admirez tant.

Les enfants surtout sont exquis. Qu'ils sont jolis ces petits minois mignons encadrés de fourrures! Qu'ils sont gracieux ces enfants jouant au hockey sur la glace et patinant avec une agilité merveilleuse !

Toronto est une ville d’églises. Dans une de mes promenades, j'en ai compté vingt-huit en un quart d'heure. Toutes les convictions et toutes les superstif'ons sont dûment représentées : les catholiques, les anglicans, les presbytériens, les wesléyens, les méthodistes, les anabaptistes, les congrégationnalistes, les sociniens , les luthériens, les swedenborgiens, etc., C'est la foire au salut. ”

Le samedi, à partir de sept heures du soir, les tavernes sont fermées et ne rouvrent que le lundi suivant. Les Canadiens sont plus logiques que les Anglais qui, le dimanche, ferment les musées mais permettent aux taverniers d'ouvrir leurs ignobles bouges. Les Canadiens ferment tout. En Angleterre

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la Bible concourt avec la bière, l'évangile avec le gin ; au Canada, la bible jouit d’un monopole. Vous ne pouvez, le dimanche, trouver ni un tramway, ni un omnibus, ni un cab. L’Ecosse elle-même est cnfoncée.

Les murs de cette ville d’églises et de chapelles présentait, pendant mon séjour, un spectacle des plus curieux. Ils étaient littéralement couverts d'énormes placards annonçant l’arrivée d’une troupe de femmes qui devaient donner des représentations d'un échevelé épouvantable. L'un de ces placards représentait Cléopâtre dons une barque tirée par des esclaves toutes nues. Un autre une cavalcade de femmes vêtues d’une chevelure abondante. Un autre représentait le bureau de location assiégé par une foule de vieux beaux, le monocle dans l’œil, le crâne chauve, et se léchant les babines à l’idée de la fête qui les attendait dans l'intérieur de la salle. Enfin un autre placard exhibait les appas de la propriétaire. Ne pas croire, toutefois, qu'il y eût rien d’indécent dans la représentation. Ces placards étaient simplement des tire-l'œil. Mieux que cela, ces dames voyageaient de ville en ville dans deux palais-cars de louage, et il était annoncé, au bas du programme, qu'elles étaient reconduites à la gare après chaque représentation, et bouclées pour la nuit dans les voitures,

A côté de ces placards, se trouvaient les annonces des prédicateurs pour le dimanche suivant. L’éternel

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contraste anglo-saxon de piété farouche ei de grossièreté révoltante, Une de ces annonces promettait, dans une chapelle dissidente, un sermon sur la destruction du monde. Au bas de l'affiche se trouvait l'avis d'usage : « Il sera fait une quête ». Un farceur avait ajouté au crayon : « Pour aider aux frais des réparations ».

Ce que j'ai peut-être le plus admiré au Canada c’est le système de l'instruction publique.

Non seulement l'instruction primaire est gratuite et obligatoire, mais l'instruction secondaire aussi est gratuite, sinon obligatoire.

Les enfants des riches et des pauvres étudient ensemble, dans les mêmes bâtiments, dans les mêmes classes, et sur les mêmes bancs. Pas plus de distinction qu'il n’y en a dans le royaume des cieux. C'est de la démocratie bien comprise. Ces enfants auront le temps plus tard d'apprendre à se mépriser et à se haïr ; à l’école ils sont placés sur le même pied et ont les mêmes chances de réussir. Garçons et filles, comme aux Etats-Unis, étudient ensemble, avec les mêmes maîtres et non seulement dans les mêmes classes, mais placés alternativement sur les mêmes bancs : un garçon , une fille , un garçon, une fille, et ainsi de suite.

Ils commencent dans les kindergartens, ou écoles d'enfants; de là ils passent dans les écoles publiques, puis dans les hautes écoles. Vous les retrouvez

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ensemble dans les Universités où jeuncs gens et jeunes filles étudient ensemble, se promènent ensemble, é jouent ensemble et habitent les mêmes pensions bourgeoises où ils font d'excellents ménages, vivant heureux, en paix, sans jamais se quereller. Inutile de dire qu'ils ne sont pas mariés. Ces enfants et ces jeunes gens sont libres comme l'air. Le système d'éducation consiste à développer les facultés physiques par les exercices du corps, à cultiver chez l'enfant la confiance en soi par la liberté qu'on lui accorde et la confiance que l’on met en lui, à lui inspirer des sentiments de dignité en ne doutant jamais sa parole, et à mêler les sexes de façon à ce % | que garçons ct filles puissent grandir de compagnie | sans jamais trouver étrange d’être à côté l’un de l’autre. Le système est, comme on le voit, angloaméricain. Il est excellent.

Et les accidents, direz-vous, n’en arrive-t-il jamais”?

Je me suis informé là-dessus dans la plus grande Université des Etats-Unis. En dix-huit ans il y a eu trois accidents, tous réparés par le mariage.

Le grand avantage de ce système est que la femme en Amérique (Etats-Unis ou Canada) reçoit exactement la même instruction que l’homme, et que l'homme apprend de bonne heure à respecter la femme. Le petit désavantage est que la femme découvre de bonne heure que l’homme ne lui est supérieur ni en intelligence ni en courage et qu'elle

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acquiert, à l’école, un peu de mépris pour le sexe

Ines ble, J fort. S'il y à une impression que l’on ne saurait ons chasser de l'esprit quand on a voyagé en Amérique, ant c'est le respect de l’homme pour la femme, et le tile mépris de la femme pour l'homme, de New-York à ces San Francisco, de Winnipeg à la Nouvelle-Orléans. ‘me ysi- Quand nous parlerons de l'Australie, de la Nouhez velle-Zélande et de l'Afrique méridionale, nous lui aurons l’occasion de voir comment la maison John lui Bull et Ci° traite les populations indigènes des pays ant qu'elle acquiert. Nous en avons un exemple ici, | ce avec les Indiens ou Peaux-Rouges. Aux Etats-Unis nie les Américains se débarrassent des Indiens par la de famine et les coups de fusil. Les Anglais s’y prenrlo- nent différemment.

Les races sauvages peuvent se diviser en deux : il celles qui savent s'adapter à la civilisation et celles qui refusent de s’y soumettre. Avec celles-ci le ide problème est facile à résoudre, et les Anglais l'ont | eu résolu avec autant d'humour que de succès, et voici 1 comment.

la Les Anglais, ou, si vous préférez, les Canadiens il disent à l'Indien : « Nous t'avons pris ton terri- 1e toire, cela est vrai, mais nous ne te l’avons pas volé, la et nous allons te donner en échange de quoi te c satisfaire. Autrefois tu étais obligé d’aller à la chasse st pour obtenir ton manger, aujourd'hui nous te pro-

e curerons des vivres, mieux que cela, nous les feront

cuire pour toi. Tu menais une existence misérable, maintenant tu vas vivre comme un coq en pâte. Tu buvais de l’eau, tu vas boire du whisky. Ton salut était en danger, voici une bible et ton salut est assuré ». Et tandis que l’Indien des Etats-Unis se tient constamment sur un pied de guerre, l’Indien du Canada chante God save the Queen à tue-tête. L'Angleterre fait des rentes aux Indiens et les entretient. Elle en fait des paresseux et des ivrognes. Elle leur donne des cabanes, du rain, des aliments, des bibles, de l’eau-de-vie, et même des terrains | (appelés réserves). Elle les rend tellement paresseux qu’ils ne prennent même pas la peine d’ensemencer la terre. Ayant la niche et la pâtée assurées, ils ne vont plus à la chasse, ils abandonnent leurs exercices, et dépérissent à vue d'œil. Ils vont à l’école et meurent d’une attaque de civilisation.

L’Angleterre tient les promesses qu'elle a faites, et a le droit de dire à cet Indien : « Tu vois comme je te traite et comme tu serais ingrat si tu ne m'aimais pas. Mange bien, bois bien et remercie le à ciel qui m a mis sur ton chemin, et surtout ne songe jamais à te révolter, car tu serais le premier à reconnaître la nécessité dans laquelle je me trouverais de t'appeler rebelle et de te traiter comme tel ». L’Angleterre va plus loin. A Brantford, au milieu de la place publique, se trouve la statue de Brant, ancien chef de la tribu indienne de l’endroit. Cette statue a été élevée à la mémoire de l'Indien par les

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Anglais, et ce sont eux qui en ont fait les frais. Voilà de la diplomatie ou je ne m'y connais pas.

Quand les populations indigènes sont de celles qui savent s'adapter à la civilisation, l'Angleterre travaille avec elles au développement du pays, les place devant la loi sur le même pied que les blancs, et l’on sait que quatre Maoris siègent au parlement de la Nouvelle-Zélande.

Le Canada possède encore plusieurs villes importantes, telles que London, Hamilton, et bien d’autres. Une des plus intéressantes est Winnipeg, dans le Nord-Ouest. Pour y arriver vous avez à traverser en été un véritable océan d'herbes et de fleurs, en hiver un océan de glace et de neige. C’est la prairie dans son immensité triste mais grandiose. Une population active et intelligente de trente mille âmes y fait le commerce des buis et des grains, et la ville est florissante. Elle possède de jolis monuments et un hôtel, le Manitoba, qui n’a pas son égal, pour le luxe et le confortable, à cinq cents lieues à la ronde. À dix minutes de la ville, de l’autre côté de la rivière, se trouve le petit bourg de Saint- Boniface, fondé par les Français bien avant qu’il fût question de Winnipeg, et qui est resté là ce qu’il était autrefois. Partout, au Canada, vous retrouverez Ja vieille France marquant le pas, tandis que l’active Angleterre avance, se développe et se multiplie. Si

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vous partez de Québec, en suivant le Saint-Laurent,

jusqu'au Mississipi, vous pourrez faire près de deux | mille lieues, de Québec à la Nouvelle-Orléans, sans sortir de la ligne suivie par nos ancêtres. Les noms

sur la route vous indiqueront assez l’origine des villes : Québec, Montréal, Saint-Paul, Détroit, Des Moines, Saint-Louis, Nouvelle-Orléans.

De Winnipeg, où se {erminait la première partie de mon engagement, il s'agissait de me rendre au plus vite en Californie où j'avais à faire quelques causcries avant de m’embarquer à San Francisco pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Le plus court chemin — un voyage de six jours et cinq nuits en chemin de fer — était par Saint-Paul, Omaha, Kansas et Denver, les montagnes Rocheuses, le territoire d'Utab, et les Sierras. Cela devait me donner l’occasion de voir ce que l’Amérique a de plus beau à montrer en fait de pittoresque et de grandiose, et aussi de faire la connaissance des Mormons dans la Ville des Saints, la cité du Lac-Salé. Je pris, à Winnipeg, mon billet pour San Francisco sans plus d'émotion que si j'avais pris, à la gare Saint- Lazare, un billet d'aller et retour pour Auteuil. Quand on fait de pareils voyages, on perd entière-

ô ment la notion des distances.

Nous parlions tout à l'heure des sauvages, et nous ’ les divisions en de:ix classes, ceux qui se civilisent

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nt, el ceux qui restent sauvages. Parmi ces derniers il Ux À faut compter les douaniers américains, c'est ce qu'il ins y a de mieux dans le genre.

ms De Winnipeg à la frontière des Etats-Unis j’occules pais à moi tout seul un pulmann-car. A la frontière Jes un butor arrive qui, de l'air le plus brutal, me dit :

— Vos bagages.

— Mes bagages, répondis-je, ch bien, je ne les ai

ie pas ici, ils sont... aux bagages.

ni — C'est bon, fit-il, suivez-moi.

AE Jamais filou, pincé en flagrant délit, ne reçut | see d'ordre plus péremptoire. Ë uri J’ai le caractère assez bien fait. D'ailleurs l’employé ë ÉAl américain est une vieille connaissance. Je ne me || ii fichai pas pour si peu. Je suivis l’ours jusque dans 4 re le wagon aux bagages, et je me préparai à subir À Ca la visite. En voyage, en chemin de fer surtout, c’est hi Là une occupation comme une autre. J’ouvris ma he: ef malle. 1] > la Le douanier s’agenouilla sur le plancher et me | , à regarda en se frottant les mains. | il | lus Le plancher était constellé de crachats, comme hi ne l’est tout plancher confié au public américain. Je ( il. surveillai l'opération avec toute la sollicitude que je 1 du devais à mes vêtements.

Il tira d’abord une redingote et un gilet qu’il jeta à ses côtés.

on { — Est-ce neuf, ça? dit-il.

— Non, ça n'est pas neuf, répondis-je.

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