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encore deux jours, enfin c’est donc demain que nous allons voir la merveille, » Je crois vraiment que la dernière nuit fut passée sans sommeil. À vrai dire, un Anglais qui voyageait avec nous, et qui avait plusieurs fois fait le tour du monde, m'avait dit : « La Croix du Sud! oui, ce n’est pas mal! » Mais il y a des Anglais que rien ne saurait enthousiasmer, et qui s’écrient devant le Vésuve en éruption : « Oui, ce n'est pas mal! » comme s'ils regardaient fumer les cheminées de Birmingham. J'étais bien préparé à voir une merveille et je tenais à voir une merveille,
Le 11 avril 1892 (de pareils jours font époque dans la vie), le capitaine nous dit à déjeuner :
— Ce soir à six heures la Croix du Sud sera en vue,
La journée promettait d’être superbe.
Ah! avec quelle impatience nous attendimes cette soirée-là ! Enfin le soleil arriva à l'horizon, se coucha et en quelques minutes un firmament se montra d’une clarté parfaite. J’allai d’abord à l'arrière voir ma bonne vicille Grande Ourse pour la dernière fois, et je rejoignis mes compagnons de voyage qui étaient à leur poste d'observation sur le pont du capitaine. Je ne voyais rien d’extraordinaire. J’écarquillais les yeux à me les faire sortir de la tête. Rien.
Le capitaine arriva.
— Et la Croix du Sud, m'’écriai-je, où est-elle ?
— Eh bien, mais la voilà, répondit le capitaine en étendant la main vers l'horizon.
— Où donc?
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— Ah çà! vous ne la voyez pas? Regardez...
là... où est mon doigt. En voilà une, c’est le pied de la croix, voilà l’autre qui forme la tête, puis la troisième et enfin la quatrième qui forment les bras.
Puis il répéta en les indiquant successivement du doigt :
— Une, deux, trois... et quatre.
Eh bien, non, un fakir, à qui l’on signifierait qu’il ne verra jamais Wichnou, n'allongerait pas le nez que nous fimes en nous voyant floués d’une façon si indigne.
Figurez-vous une croix (car il faut bien reconnaître que c’est une croix) aux dimensions mesquines, formée par quatre étoiles qui ne sont pas de la même grandeur, et dont la quatrième, celle qui forme le bras du côté droit, n’est pas placée symétriquement.
La Croix du Sud a dû être découverte et baptisée par quelque fumiste méthodiste ou wesléyen, prècheur des rues, qui a cru voir dans cette croix un signe que John Bull, le chrétien par excellence, était destiné à convertir et à acquérir l'hémisphère austral . |
De toutes les oies qui passent aux colonies pour des cygnes, la Croix du Sud est la plus gigantesque.
J'allai me coucher ce soir-là tout penaud, et pendant les dix-huit mois que j'ai voyagé aux antipodes je n'ai jamais pu regarder la Croix du Sud sans lui montrer le poing. On n’est pas floué comme cela !
Quelques jours plus tard Samoa devait nous
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dédommager du désappointement que nous venions d’éprouver. Nous allions voir de vrais sauvages et une baie que l'on compare souvent à celle de Naples.
Le 17 avril 1892, à six heures du matin, nous entrions dans la baie d’Apia.
Nous nous habillâmes au plus vite pour monter sur le pont. Les Samoens nous avaient devancés. Le vapeur était envahi par les indigènes accourus du rivage dans leurs bateaux. Partout leurs marchandises étaient étalées, oranges, bananes, éventails, bâtons, javelots, boucliers, et mille curiosités du pays.
Les Samoens ne ressemblent aucunement à leurs voisins, Ce n’est pas le type papoua des îles Fidji ou de la Nouvelle-Guinée, c'est le type d’Honolulu (que nous retrouverons plus tard chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande), seulement plus foncé. Le costume est plus léger et plus primitif, car il consiste en une sorte de longue serviette foncée nouée autour des reins. Les Hawaiïens, les Samoens et les Maoris appartiennent à la race indo-ruropéenne. Les Samoens ressemblent plutôt à des Italiens basanés qu'aux indigènes de l’Australie, ou même aux différents types de nègres que l’on trouve en Afrique. La figure est intelligente, le regard doux et aimable, le front élevé, le nez grand, les yeux en amandes et le corps superbe. Leur marche est souple et majestueuse. Ces marchands d’oranges et de bananes sont des princes en déshabillé. Qu'ils sont gracieux et pittoresques avec leur belle chevelure teinte coiffée
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à la Bressant en tête de loup, le corps rejeté en arrière, bien cambrés, bien râblés, se dandinant d’un air de rois en exil fumant leur cigare sur le boulevard des Italiens! La nature les a fait gentlemen.
Un bateau nous conduisit dans l'île en quelques minutes. Nous eûmes soin de ne pas payer le batelier en débarquant, mais de lui promettre son salaire au retour. C'est une précaution utile à prendre, autrement il exige une somme fabuleuse pour vous ramener à bord. Cet industriel intelligent sait qu'il vous faut retourner au vapeur à tout prix et, si vous n'êtes pas sur vos gardes, il en profite. On voit que ces gens commencent à être civilisés et que les missionnaires ont passé par là.
Nous allâmes déjeuner dans un petit hôtel situé au bord de la baie où nous eûmes le plaisir de faire la connaissance de M. Robert-Louis Stevenson, le fameux romancier anglais dont les œuvres seront avant peu classiques. M. Stevenson est d'une santé très délicate; le beau climat de Samoa l’a tenté, et depuis plusieurs années il y est installé avec sa famille. Nous l'avons trouvé plein d'activité, heureux, raffolant de Samoa et des Samoens, et d’une santé qui lui permet de continuer à produire ces chefs-d’œuvre que l’on dévore en Angleterre. Le Maître de Ballantrye est un roman qui vivra aussi longtemps que le Tom Jones de Fielding.
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LA MAISON JOHN BULL ET CI 51 missionnaire froid à la moutarde, mais d'œufs frais et d'un excellent bifteck, nous alläâmes causer et fumer sous la véranda de ;’hâte! d’où l’on obtient un magnifique coup d'œil de la baie, puis nous quittâmes M. Stevenson pour aller flâner dans l'ile. C'était le jour de Pâques. Nous nous dirigeâmes vers la cathédrale. Tout le long du chemin les indigènes nous sourirent et nous firent des signes d'amitié. « Sois le bienvenu », disaient les uns; « mon amour pour toi », disaient les autres. Que voilà donc de gentils sauvages ! Et que les jeunes femmes sont jolies avec leurs grands sarraux, comme à Honolulu, leur chevelure soigneusement coiffée, et leurs jolies formes bien d’aplomb! Les enfants, les petits surtout, nous firent pousser des cris d'admiration. Ces dames auraient voulu les embrasser tous. Nous arrivâmes à la cathédrale, un bâtiment en pierre des plus simples, juste à temps pour voir entrer la procession. L’évêque officiait. L'édifice était bondé d’indigènes dont la figure respirait l’étonnement et le respect. Quelques-uns étaient à genoux, la plupart étaient accroupis, mais tous avaient le visage empreint d’une gravité religieuse. Nous continuâmes notre promenade. A quelques pas de la cathédrale, nous vimes un missionnaire anglais chantant, sous un hangar, des psaumes et des cantiques. Une demi-douzaine de Samoens l’accompagnaient de leurs voix sourdes et nasillardes. Je ne doute pas que ce bon missionnaire
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ne fasse croire à la Société des missions étrangères qu’il fait, à Samoa, des prosélytes par milliers. Le contraste me parut aussi ridicule que celui qui amuse, mais vexe tant, le voyageur artiste à Rouen, où, presque à l'ombre de la belle cathédrale, ce chef-d'œuvre en dentelle de pierre, se trouve une petite bicoque carrée en briques, avec cette inscription : Chapelle wesléyenne. Combien d'Anglais aux goûts artistiques m'ont dit avec quel plaisir ils allongeraient un coup de pied à cette masure pour la faire rentrer sous terre!
A midi, la chaleur devint si intense que nous retournâmes à bord du Mohowai pour y chercher des rafraîchissements et l’abri de la tente. A l'heure du déjeuner, les Samoens reçurent l’ordre d’empaqueter leurs marchandises et de quitter le bateau.
Au moment de partir, nous leur jetâmes du pont quelques pièces d'argent qu'ils allèrent chercher en plongeant au fond de la baie, sans jamais manquer
* une seule fois de trouver leur butin. Les Samoens,
du reste, savent nager avant d'apprendre à marcher, et l’eau de la baie est claire et limpide comme de l’eau de roche.
Puis nous vimes toute la flotille de chaloupes se diriger vers la terre et quantité de jeunes Samoens regagner Apia à la nage. Nous dîmes adieu à ce joli pays, aux collines bleues, à la verdure luxuriante des Tropiques que nous ne devions plus voir pendant longtemps, aux gracieux cocotiers, aux majes-
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grands centres commerciaux du monde. Le rédacteur en chef du New-Zeland Herald, le journal le plus important de la Nouvelle-Zélande, avait eu l'amabilité de venir nous attendre sur le quai. Nous allâmes avec lui en voiture au sommet du mont Eden, volcan éteint, d’où nous pûmes nous repaitre les yeux d’un panorama de toute beauté, des campagnes verdoyantes, des jardins admirablement entretenus, des maisons coquettes, une rade superbe et l'Océan à droite et à gauche. Quelques kilomètres seulement séparent les côtes de l’est à l’ouest. Du midi on arrive à Auckland soit en longeant la côte orientale, soit en longeant la côte occidentale ; mais pour aller d’Auckland-Est à Auckland-Ouest par mer, en doublant le cap du Nord, cela prendrait environ trois jours.
Mais nous reviendrons en Nouvelle-Zélande et nous revisiterons Auckland.
A six heures du soir nous avions rejoint le Monowai qui devait maintenant nous mener à notre destination. Mais, hélas! nos beaux jours étaient finis! De San Francisco à Auckland nous avions été trente-deux passagers de première classe, Nous nous connaissions tous et nous formions une petite famille heureuse et unie. En rentrant à bord, nous trouvâmes le bateau envahi par une soixantaine de profanes, d’intrus, qui étaient arrivés se joindre à nous pour se rendre à Sydney. Jusqu'ici chacun avait eu sa cabine, maintenant il fallait la partager
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avec un étranger. Nous regardâmes le capitaine ; nous aurions voulu lui demander la permission de jeter tous ces gens-là à la mer. Nous primes la résolution de ne point adresser la parole aux nouveaux venus et de les tenir à une distance aussi respectueuse que le permettrait la largeur des cabines.
Et puis, plus d'Océan Pacifique : la mer entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande est généralement très désagréable, Mer mauvaise et bateau encombré, il n’y avait plus que l'espoir de débarquer bientôt à Sydney pour nous maintenir en bonne humeur.
Le mardi suivant, à quatre heures de l'après-midi, nous aperçûmes les côtes de l’Australie. À cinq heures nous passions entre les falaises à pic qui forment l'entrée de la rade de Sydney.
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idi Sydney. — J'ai vu la rade (air connu). — L'hôtel Australia. ’ — Les Français à Sydney. — La ville. — Les parcs. —
ures L'amour en plein air. — Petites visites clandestines à la
ent Falaise du Sud. — /! y a du monde! — Melbourne. —
Activité. — Tous Ecossais! — La sainte cagoterie. —
Adelaïde, — Brisbane, — Ballarat. — Bendigo. — Geclong.
Les deux plus belles rades du monde sont celle de Rio de Janeiro et celle de Sydney ; mais la lumière fait généralement défaut à Rio, et l’atmosphère brumeuse empêche d’embrasser à la fois tous les détails du paysage. À Sydney, l'atmosphère est si claire qu'aucun détail ne vous échappe, tout est nettement dessiné : la rade, avec ses deux cents kilomètres de rives ondulées, se déroule devant les yeux du spectateur en méandres infinis, présentant à chaque tournant une nouvelle surprise. C’est une succession de changements à vue. Cette rade est
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incontestablement une des merveilles les plus imposantes de la nature. L'entrée, resserrée entre deux hautes falaises à pic, est à une demi-heure de la ville, qui semble dormir les pieds baignés dans les flots au fond de ce lac immense et capricieux. Nous sommes sur le pont d’où nous jouissons d’un coup d'œil magnifique. Nous sommes dans l’extase et nous n’en perdons pas un morceau. Ce ne sont pas seulement les détails que vous admirez, c’est l’ensemble, Les yeux se portent constamment de chaque partie au tout. Chaque détail vous charme, mais cette immensité grandiose vous absorbe.
Ici c’est une colline boisée dont les arbres semblent prendre racine dans l’eau ; là c’est une délicieuse petite plage ; plus loin c’est une colline dont le versant est parsemé d'habitations coquettes, villas de plaisance entourées de beaux jardins où se presse toute la végétation tropicale, magnoliers, fougères arborescentes, plantes grasses, mêlée aux plus belles fleurs importées d'Europe.
Après quatre semaines de solitude sur l'Océan Pacifique, nous voici en pleine activité. Les /erryboais, les chaloupes font un chassé-croisé continuel entre les différentes rives qu’ils desservent. Quantité de steamers sont à l’ancre. Nous passons la flotte australienne, Enfin, après une demi-heure qui s’est écoulée comme un rêve nous sommes à quai au pied de la ville. Nous serrons la main à l’aimable capitaine Carey et à nos compagnons de voyage,
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nous lançons un dernier regard de mépris aux intrus d'Auckland, et nous débarquons.
Mon impresario et son fils, deux beaux-frères, l’un docteur bien connu dans la Nouvelle-Galles du Sud, l’autre un de ces Anglais qui font le tour du monde pour s'amuser comme un Parisien va passer quinze jours à Vichy pour se reposer, sont là à nous attendre. On ne nous dit pas: « Quelle sorte de traversée avez-vous eue ? » ou bien « comment allez-vous ? » Rien de tout cela, on nous dit: « Eh bien, comment trouvez-vous la rade ? » Plusieurs journalistes sont aussi [à pour nous souhaiter la bienvenue. Ils s'’empressent autour de nous et s’'écrient en chœur: « Eh bien, que pensez-vous
de la rade? » Il est évident que cette rade va être
une obsession, une scie. « Elle est très belle, votre rade, ai-je envie de m'écrier, et personne n’en doute ; mais après tout ce n’est pas vous qui l'avez faite. »
J'aime à croire qu'on ne va pas m’ennuyer, m'obséder avec la rade de Sydney, car je tiens à la conserver comme un de mes plus beaux souvenirs de voyage. Il est des sites comme des airs du Trouvére, à force d’en avoir les oreilles rebattues on finit par les prendre en grippe. Une idée! Je vais me faire imprimer sur une pancarte, que je porterai ostensiblement dans les rues de Sydney: « Votre rade est la plus belle du monde, »
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tralia, où nous arrivons en quelques minutes. Nouvelle surprise agréable. L'hôtel Australia, où mon impresario a retenu pour nous un joli appartement, est une révélation. L'Europe et l’Amérique n’ont rien de plus confortable et de plus luxueux. Les appartements sont élégants, la table excellente, les vins de premier choix, le gérant on ne peut plus obligeant, le service admirablement fait. Nous allons être dans du coton. L'hôtel Australia est une heureuse combinaison de ce qu’on peut trouver de mieux dans les premiers hôtels de l'Europe et des États-Unis. Sydney a le droit d’être aussi fier de cet hôtel que de sa rade.
Nous trouvons à l’hôtel une invitation, du gouverneur et de la comtesse de Jersey, à déjeuner le lendemain au Government House, et une autre à banqueter, ou plutôt à être banquetés, au Cosmopolitan Club. Le lendemain, la meilleure société de Sydney vient souhaiter la bienvenue à ces dames, et les invitations à luncher, à diner, à danser, à piqueniquer pleuvent de toutes parts. Le maire et sa charmante femme nous invitent à venir entendre l’orguc de l'hôtel de ville; bref, les Australiens semblent décidés à nous montrer qu’ils méritent leur réputatation de gens les plus hospitaliers du monde.
Le banquet du Cosmopolitan Club est présidé par le maire et suivi d’un concert improvisé où j'entends des artistes de premier ordre, tous Français ou à peu près: c’est M. Henri Kowalski, pianiste
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LA MAISON JOHN BULL ET Ci 61 connu bien au delà de l'Australie, M. Poussard, le violoniste, M. Deslouis, l'excellent baryton, madame Charbonnet, la pianiste distinguée. La musique est entre bonnes mains, à Sydney, elle est entre les mains des Français. Le lendemain de ce banquet, je rencontre à l'hôtel de ville monseigneur Moran, cardinal-archevèque de Sydney, monseigneur Carr, archevêque de Melbourne et plusieurs autres prélats.
L'hôtel de ville est magnifique et la grande salle superbe. Quant à l'orgue, on sait que c’est le plus complet qui existe au monde. L’organiste, M. Auguste Wiegand, un Belge, presque un Français, exécute plusieurs morceaux qui mettent en relief les qualités du grand artiste et de l'instrument.
Sydney est une ville d'environ quatre cent mille habitants, bien bâtie, possédant plusieurs beaux monuments, entre autres la Poste, l'Hôtel de Ville et les ministères, de jolis théâtres, de jarcs et des jardins publics. Si la ville était bâtie 6:: » 1phithéâtre autour de la baie, on pourrait la classer parmi les plus belles villes du monde; malheureusement la rade n’est visible que dans les faubourg élégants de Darling Point, Pott's Point, Elizabeth Bay, Rose Bay, etc. La ville proprement dite est bâtie à plat dans le fond du golfe et ressemble à s'y méprendre aux villes du Lancashire ou du Yorkshire, telles que Manchester, Leeds ou Bradford.
Mais si la ville n° saurait frapper l'étranger que comme un monument gigantesque élevé à l’activité
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anglaise — pensez donc, une ville de quatre cent mille âmes là où il y a une soixantaine d’années n’existaient que quelques galériens — les faubourgs, bâtis sur les différentes pointes qui s’avancent dans la rade, sont d’une beauté surprenante. De plusieurs maisons, de vrais petits palais, entre autres, celle qu'habitait, quand j'étais à Sydney, Lady Martin, veuve du plus grand jurisconsulte australien, on obtient un coup d’œil vraiment féerique.
Au Musée, grande cabane en briques qui défigure le parc, on trouve une collection de tableaux signés par les plus grands maîtres; mais ce que j'y ai vu de plus remarquable c’est la collection d’aquarelles dont le directeur, M. Montefiore, lui-même un artiste de talent, a le droit d’être fier.
Malgré le climat magnifique dont jouit Sydney, les parcs ne sont pas fréquentés par la Société. Vous n’y voyez ni cafés, ni restaurants. Ce sont de vastes champs assez bien entretenus où, comme dans les parcs de Londres, se réunissent les orateurs des rues (socialistes, anarchistes, salvationnistes) et les désœuvrés de toutes les classes, et où, le soir, les couples amoureux vont roucouler sur les bancs ou se rouler sur l’herbe, Mais si les parcs n’ont rien d’attrayant, le Jardin botanique est de toute beauté. Situé au bord de la rade, sur un versant en pente douce, planté des arbres et des fleurs les plus rares, orné de jolies statues, je ne lui connais pas, grâce à l’unique position qu’il occupe, de rival sérieux,