‹ La Maison mauditeChapitre 24 sur 36 · AU BAL · texte numérisé non relu

AU BAL

— Vous l’aimez donc bien, monsieur le comte ! — demanda tout à coup Pauline à son danseur en souriant.

Lejeune homme tressaillit et, pendant la vingtième partie d’une seconde, il éprouva quelque embarras, car les paroles de madame d’Hérouville lui faisaient comprendre à quel point sa préoccupation était visible, mais le ton dont ces paroles venaient d’être prononcées, et surtout un regard jeté sur le visage de sa danseuse, lui prouvèrent jusqu’à l’évidence que celte dernière ne se tenait point pour offensée de ses distractions, et il répondit avec feu :

— Vous me démandez si je l’aime, madame la marquise ! — Eh ! comment serait-il possible de ne point aimer, de ne point adorer cet ange ? — Oh! oui, je l’aime de toutes les forces de mon cœur ! je l’aime de toutes les puissances de mon âme !... il ne se trouve pas .dans mon esprit une seule pensée qui ne se rapporte à elle... une seule aspiration dont elle ne soit le but... — mademoiselle

d’Hérouville'est mon premier amour... elle sera l’unique amour de ma vie !...

— Si Mathilde devènait votre femme — reprit la marquise — vous êtes donc bien certain de la rendre heureuse?

— Si Mathilde devenait ma femme — répliqua vivement Hector — je voudrais, à force d’amour, Taire de sa vie un long jour de fête... — je voudrais réaliser pour elle un bonheur sans nuage et sans fin, comme celui que Dieu garde dit-on aux élus de son paradis... et je sens bien que j’y parviendrais... — la volonté n’est-elle pas toute puissante quand elle est doublée de l’amour !...

Après un court instant de silence, le jeune comte de Rieux reprit :

— Vous êtes bonne, madame la marquise, personne ne l’ignore, et d’ailleurs, pour deviner, à quel point votre âme est belle, il suffit de vous regarder... — je vous sais incapable d’une cruauté, et vous comprenez combien il serait cruel de me laisser entrevoir aujourd’hui un espoir irréalisable ! — Monsieur d’Hérouville connaît mon amour pour sa sœur... vous le connaissez aussi, madame, et vous ne l’avez pas repoussé dès le principe, puisque vous m’avez fait l’honneur de m’ouvrir votre maison et de m’admettre dans l’intimité de votre foyer, afin d’étudier sans doute les garanties que pouvaient offrir mon intelligence et mon cœur... — C’est ainsi du moins que j’ai cru devoir interpréter l’immense faveur qui m’était accordée... me suis-je trompé, madame?

— Non — répondit Pauline — vous avez vü juste... monsieur le comte, parfaitement juste. — Le marquis

d’Hérouville, instruit des projets de votre oncle qui souhaitait avec ardeur une alliance entre vos deux familles, et, très-bien disposé pour vous tout d’abord, a voulu cependant ne s’en rapporter qu’à lui-même à votre égard, et vous juger par ses propres yeux.

La noble et charmante figure du jeune comte exprima l’émotion la plus vive.

— Me permettez-vous, madame la marquise, de vous demander si l’épreuve est achevée?... — murmura- t-il d’une voix mal assurée.

— Elle est achevée... — répliqua Pauline.

— Et... son résultat... — poursuivit Hector — (vous le voyez, je tremble, madame, en vous interrogeant...) — son résultat m’est-il favorable?... — puisse aspirer au plus grand bonheur... au plus grand honneur qu’il me soit possible d’ambitionner ^n ce monde ?...

L’anxiété, nous pourrions presque dire l’angoisse si profonde et si peu dissimulée de ce cœur ardent et jeune prouvait un immense amour et madame d’Hérouville prit plaisir à la prolonger pendant un instant encore. Au lieu de répondre sans retard à la dernière question du comte de Rieux, elle demanda :

— Y a-t-il longtemps que vous n’avez reçu des nouvelles de votre excellent oncle le vicomte de Reilly ?...

— Non, madame la marquise...' quelques jours à peine...

— Que vous disait-il de sa santé dans sa dernière lettre? .

— Il se félicitait de la voir rétablie au-delà même de ses espérances... ses forces, malgré songrapd âge, revenaient

de jour en jour... — il terminait sa lettre par ces mots que je puis citer d’une façon textuelle, car je les ai relus cent fois et ils sont gravés dans ma mémoire : — « Parle-moi » souvent, parle-moi sans cesse, mon cher Hector, de cette * douce et belle enfant que tu aimes... — le jour où tes y> vœux et les miens seront comblés... le jour où je pour- » rai nommer ma nièce, ou plutôt ma fille, Mathilde d’Hé- » rouville, réunir vos jeunes têtes dans une même étreinte, » et appuyer mes lèvres tremblantes sur vos fronts rap- » prochés, ce jour-là, je le sens bien, je rajeunirai de trente » ans et je signerai un nouveau bail avec la vie. Dépêche- » toi donc, car le premier bail est presque fini... — dé- » pêche-toi, si tu veux conserver longtemps encore le vieil k oncle dont tu es toute la joie et qui, depuis que tu es au v monde, t’a donné toute sa tendresse. » Voilà ce qu’il m’écrivait, madame la marquise, et jugez de ce que j’éprouve, moi qui donnerais sans hésiter une part de ma vie pour prolonger la sienne, jugez de ce que j’éprouve en songeant que mon bonheur suffirait à produire un tel résultat.

— Ah ! — murmura Pauline attendrie, je ne le connais pas, ce vieillard excellent, mais je l’aime.

Puis, changeant de ton, elle reprit :

— Enfin, d’après ce que vous dit monsieur de Reilly, croyez-vous qu’il soit en état de quitter ses terres et de faire le voyage de Paris ?

— Si je le lui demandais, madame la marquise, il n’hésiterait pas.

— Mais sa santé n’aurait-elle point à souffrir de ce déplacement?

— J’ai tout lieu d’espérer qu’il n’en serait rien, puisqu’il m’affirme que ses forces augmentent de jour en jour.

— Ecrivez lui donc...

— Quand?

— Dès demain.

— Dès demain ? — répéta Hector en attachant sur Pauline un regard dont l’expression était suppliante. — Pourquoi dès demain, madame?...

— Eh !... répondit la jeune femme en souriant — ne faut-il pas que votre cher oncle reçoive une lettre de vous en môme temps que la lettre de monsieur d’Hérouville qui partira demain.

Une indicible expression de joie, mêlée d’un reste d’incertitude, se peignit sur le visage du comte de Rieux.

— Le marquis d’Hérouville écrit à mon oncle ! — balbutia-t-il — oh ! madame... madame... je sais combien la question que je vais vous adresser est en dehors de toute discrétion et de toute convenance, mais je ne puis la retenir sur mes lèvres... — que lui dit-il, madame la marquise ? au nom du ciel, ne refusez pas de me l’apprendre ?

— Monsieur le comte — répliqua la marquise avec un sourire d’une douceur adorable — il est des indiscrétions qu’il faut comprendre et qu’il faut pardonner... monsieur d’Hérouville invite votre oncle à venir à Paris fixer le jour de votre prochain mariage avec Mathilde.

Hector devint pâle et chancela... tout le sang de ses veines affluait à son cœur avec une impétuosité foudroyante.

— Mon Dieu... mon Dieu... monsieur le comte — bal •

butia Pauline très-inquiète — qu’avez- vous dono? vous m’effrayez... .

Mais déjà le jeune homme était redevenu maître de luimême.

— Rassurez-vous, madame la marquise, c’est fini... — répondit-il d’une voix méconnaissable — on ne meurt pas de joie, puisque je suis vivant.

A cet instant précis un événement étrange faillit changer cette nuit de fête en une nuit de deuil 1 — un hôte inattendu, le plus terrible, le plus effrayant de tous les hôtes, manifesta soudainement sa présence. Un cri terrible retentit à l’extrémité de la vaste salle improvisée que nous avons décrite, et se propagea, rapide comme l’étincelle électrique, à travers tous les salons de l’hôtel, apportant avec lui le trouble, la terreur, la confusion.

— Au feu I — avait dit une voix.

Toutes les voix s’unirent dans une clameur immense pour répéter :

— Au feu ! au feu !...

En effet un nuage de fumée envahissait la galerie, et des langues de flammes, pareilles à des serpents gigantesques, léchaient le plafond de toile peinte et faisaient pâlir l’éclat des lustres et des girandoles. L’imprudence d’un valet avait causé tout le mal et préparé peut-être une de ces catastrophes effroyables dont l’effrayant souvenir se transmet de génération en génération.

LE F E ü .

Un bol de punch incandescent, destiné aux musiciens et placé sur une console derrière l’estrade de l’orchestre, par le valet dont nous venons de mentionner la fatale imprudence, avait mis le feu à des guirlandes de fleurs et de feuillages artificiels montant jusqu’aux toiles peintes du. plafond. On comprend que dans des conditions semblables, l’incendie s’était déclaré avec une rapidité inouïe, et c’est à peine si l’explosion d’un baril de poudre aurait pu produire des effets plus foudroyants, En moins d’une seconde, l’extrémité de la galerie offrait l’aspect d’uhe fournaise, et la flamme marchant en avant avec des crépitements sinistres, se faisait précéder d’une colonne de fumée, épaisse. En de telles circonstances il est bien rare que le sang-froid ne fasse pas absolument défaut à tous ceux que menace le

fléau destructeur. Les femmes surtout perdent vite la tête en présence d’un péril d'autant plus effrayant pour elles qu’il menace leur beauté en même temps que leur vie. Or, une femme fortement trempée peut bien envisager la mort sans effroi, mais nous croyons fermement qu’aucune fille d’Eve ne poussa jamais l’héroïsme jusqu’à se résigner à cesser d’être belle. Au bal du vieux duc de Laroche-Lambert, les premiers cris : au f eu ! produisirent leur effet habituel. A peine l’alarme était-elle donnée que le désordre et la terreur furent à leur comble. Trois ou quatre cents personnes environ, se trouvaient dans la galerie incendiée ; — les danseuses se précipitèrent toutes à la fois vers les issues relativement étroites qui mettaient cette galerie en communication avec les salons de l’hôtel, et dans ce mouvement irréfléchi, d’une impétuosité irrésistible, ces dames entraînèrent leurs cavaliers. Le résultat de cet élan général vers un même point fut d’amener une inextricable confusion et de fermer complètement le passage. 11 nous serait difficile de décrire le spectacle désolant qu’offrit alors la galerie. Des clameurs d’épouvante et de désespoir, des exclamations plaintives, des supplications, des gémissements, des sanglots, s’échappaient du sein de la foule entassée, qui voyait se rapprocher avec une effroyable vitesse une mort hideuse et en apparence inévitable. Les robes pré-' cieuses, les garnitures de dentelles, déchirées dans cette mêlée où les chocs succédaient aux chocs, volaient en lambeaux ; — les longues chevelures, dénouées violemment, flottaient sur les épaules nues et meurtries. Déjà plusieurs jeunes femmes avaient perdu connaissance. — Mathilde était de ce nombre. — Pauline plus forte ne s’évanouissait

pas, mais atterrée, tremblante d’effroi, elle avait peine à se soutenir. L’imminence du danger augmentait ; — l’incendie faisait des progrès terribles ; — déjà les flammèches et les étincelles ruisselaient comme une pluie de feu ; — bientôt les poutrelles de la toiture allaient s’écrouler et ensevelir sous leurs débris ardents l’élite de l’aristocratie parisienne.

Une minute encore, et de nombreuses victimes auraient cessé de vivre ! Par un bonheur providentiel le marquis

d’Hérouville et le comte de Rieux, obéissant au flot hu-

main qui les poussait devant lui, n’avaient point été séparés de Pauline et de Mathilde... Tancrède saisit sa sœur dans ses bras ; — Hector entraîna madame d’Hérouville en arrière, hors de la foule éperdue dont les étreintes pouvaient devenir mortelles, puis, Mathilde et Pauline se trouvant momentanément à l’abri du péril, les deux hommes échangèrent un regard, tirèrent leurs épées, fendirent les tapisseries qui couvraient les cloisons improvisées, et attaquèrent ces cloisons elles-mêmes. Les planches qui les formaient étaient en bois de sapin, soutenues de distance en distance par des poteaux. — Elles n’offrirent qu’une faible résistance. Bientôt une brèche fut entr’ ouverte ; — Hector et Tancrède redoublèrent d’efforts; — un grand nombre de gentilshommes, comprenant que là était le salut, se joignirent à eux. — Les cloisons entamées en vingt endroits cédèrent et s’abattirent avec fracas, laissant libre un large passage qui fût à l’instant même envahi par les fugitifs... Au bout de moins d’une seconde la galerie était évacuée, et, grâce à la présence d’esprit du marquis d’Hérouville, personne n’avait trouvé la mort dans une catas-

trophe qui devait, selon toute apparence, mettre cent familles en deuil. Malgré ce dénouement heureux, on comprend sans peine qu’après les scènes d’épouvante que nous venons de raconter, la fête ne pouvait continuer, et cela pour une foule d’excellentes raisons. Chacun ressentait le contre-coup des émotions terribles, suites inévitables d’un intermède beaucoup trop dramatique. Les femmes, pâles sous leur rouge, avaient hâte de cacher leurs toilettes dévastées et leurs visages décomposés par la terreur. — Les plus impressionnables éprouvaient de profondes et douloureuses perturbations du système nerveux. Les unes pleuraient Involontairement. — les autres ne contenaient qu’à grand peine les gémissements et les sanglots qui gotiflaient leurs poitrines. Le vieux duc de Laroche-Lambert, en apprenant la première nouvelle de l’incendie, et en envisageant par la pensée les suites probables de ce désastre, avait été frappé d’une sorte de congestion, . et son état pouvait devenir grave d’un instant à l’autre. Bref, la fête commencée d’une façon si joyeuse et si brillante finit brusquement à l’heure où elle aurait dû atteindre son apogée d’animation et d’éclat, et ceux des invités qui ne parvinrent pas à rejoindre leurs carrosses dans le dédale des rues environnantes, reprirent à pied et par un froid des plus vifs le chemin de leurs logis.

Le marquis d’Hérouville ne fut point de ces derniers, — il eut le bonheur de trouver son équipage dans la cour même de l’hôtel ducal, et il en rendit grâce au ciel du plus profond de son âme, car non-seulement l’évanouissement de Mathilde persistait, mais encore Pauline, brisée par la secousse morale qu’elle avait subie, se trouvait à

peu près incapable de marcher. Hâtons-nous d’ajouter que de retourà l’hôtel d’Hérouville, et entourée des soins de son frère et de la marquise qui s’était ranimée chemin faisant, Mathilde reprit promptement ses sens.

— C’est donc bien vrai... je suis vivante encore... — balbutia-t-elle lorsqu’en rouvrant les yeux elle vit Tancrède et Pauline penchés sur elle et guettant son premier regard.

— Oui, chère enfant, c’est bien vrai, grâce au ciel! — répondit madame d’Hérouville en embrassant sa bellesœur avec transport.

— Ah ! — reprit Mathilde en souriant — vous allez vous moquer de moi peut-être, et vous aurez grandement raison, car maintenant que le péril est passé, j’ai honte de ma faiblesse... — Mais que voulez-vous? est-ce ma faute si j’ai eu si peur? — il m’a semblé que j’allais mourir... j’ai cru que je ne te reverrais plus, mon frère, ni toi, chère Pauline... ni...

La jeune fille hésita d’abord, puis baissant les yeux, elle ajouta d’une voix plus basse, avec une délicieuse expression de tendresse ingénue :

— Ni monsieur le comte de Rieux...

— Hector est revenu avec nous... — dit Tancrède — il est au salon... — il attend avec impatience que*je lui porte de tes nouvelles, car malgré tout ce que j’ai pu lui dire, malgré mon affirmation positive que ton indisposition ne serait rien, il est agité comme un fou et inquiet comme un amoureux...

— Monsieur de Rieux est en bas !.. — s’écria Mathilde dont un beau nuage pourpre vint colorer les joues pâlies

25 î LA MAISON MAUDITE

— ah ! c’est bien à lui de vous avoir accompagné jusqu’ici ! — va vite le rejoindre, cher Tancrède!.. Rassurele sans perdre un instant... — dis-lui que mon malaise est fini... que je ne souffre pas, et que je suis heureuse.

— Je vais m’acquitter de ce message... — répliqua monsieur d’Hérouville en sortant de la chambre de sa sœur, v

Nous touchons aux dernières péripéties de notre récit. Les événements vont désormais précipiter leur marche avec une rapidité vertigineuse vers le dénouement du drame que nous racontons. Nous allons essayer de suivre leur exemple, d'activer la course de notre plume, et de ne point nous laisser gagner de vitesse par les faits qu’il nous faut enregistrer.

« Petites causes — dit un vieux proverbe produisent souvent de grands effets. »

Cet adage emprunté à la Sagesse des nations, exprime une vérité profondément pratique, et nous en aurons bientôt sous les yeux une preuve irrécusable. Après quelques heures d’un sommeil fiévreux, troublé, peuplé de mauvais rêves et d’hallucinations funestes, Pauline, en quittant son lit, se trouva dans une disposition d’esprit profondément triste.

Depuis que la jeune femme se croyait délivrée à tout jamais du vicomte de Cavaroc, ou pour mieux dire du baron de Lascars, elle éprouvait, nous le savons, un immense allégement, et sa pensée se tournait sans épouvante vers l’avenir. Ces quelques heures de douteux sommeil venaient de la replonger fatalement dans l’abime des

pensées sombres. D’où provenait sa tristesse? — elle l’ignorait. Elle savait seulement que cette tristesse prenait la forme d’un pressentiment et semblait lui présager de nouveaux malheurs et de prochaines larmes... Pauline était une femme courageuse ; — elle en avait donné bien des preuves. — Elle essaya de chasser les papillons noirs dont les ailes de funeste augure effleuraient son cerveau. Elle l’essaya vainement, — les papillons noirs ne se laissèrent point mettre en fuite. — Ils accoururent plus nombreux et ils continuèrent à tournoyer autour de la marquise en l’enveloppant de leurs cercles de plus en plus pressés... De guerre lasse, Pauline abandonna la lutte.

— Est-ce un avertissement d’en haut? murmura-t-elle — eh bien ! je l’accepte! — Mon Dieu, je m’abandonne à vous ! — si le malheur revient, je suis prête, et je lui demande pour toute grâce que ses coups frappent sur moi seule et n’atteignent pas ceux que j’aime !

La camériste Gertrude vint prévenir la marquise que monsieur d'Hérouville demandait s'il faisait jour chez madame...

— Faites entrer monsieur le marquis... — répondit vivement la jeune femme.

La présence de son mari — (elle l’espérait du moins) — suffirait peut-être à dissiper les nuages qui revenaient voiler son ciel. Elle ne se trompait pas complètement. Pendant tout le temps que dura la visite matinale de Tancrède, le ciel redevint pur et brillant. — Déjà la jeune femme espérait une guérison complète.

— J’étais folle, — se disait-elle — de prendre pour des pressentiments un vague étal de souffrance physique, suite

inévitable d’une grande émotion et d’un mauvais sommeil. — C’est fini... bien fini... Je me retrouve et je souris de ma faiblesse.

Hélas ! — Tancrède quitta la chambre de sa femme et les nuages reparurent aussitôt et dessinèrent à l’horizon ce rideau sombre et sinistre qui présage la tempête... Pauline entreprit de se distraire de sa pensée par des occupations matérielles. En rentrant elle avait jeté sur un meuble, dans un complet désordre, les bijoux qui chargeaient ses épaules, ses poignets, et qui se mêlaient aux tresses opulentes de sa chevelure. Elle rassembla tous ces bijoux, et ■elle se mit en devoir de les replacer dans leurs écrins respectifs. Elle s’aperçut alors qu’un de ses bracelets avait disparu.

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