‹ La Maison mauditeChapitre 30 sur 36 · ONE LETTRE PAR LA FENÊTRE · texte numérisé non relu

ONE LETTRE PAR LA FENÊTRE

Pauline passa une nuit horrible... Certes, la malheureuse femme était habituée à la souffrance sous toutes ses formes, et jamais cependant, à aucune époque et dans aucune circonstance, ses tortures morales n’avaient atteint un tel degré d’intensité. Et cependant elle ne subissait aucun combat intérieur ; — rien au monde ne pouvait ébranler sa résolution immuable ; — elle acceptait la mort, elle acceptait la honte, elle acceptait même la colère et le mépris de Tancrède, plutôt que de se rendre complice d’une infamie, plutôt que de sacrifier Mathilde à Lascars. Elle ne se faisait point illusion. — Elle savait que la vengeance du bandit gentilhomme serait implacable et ne se ferait guère attendre. Seulement, quelle serait cette vengeance? Pauline l’ignorait. — A quel instant et de quelle façon le coup fa^ tal viendrait-il l’atteindre? elle ne pouvait le deviner, et cette incertitude centuplait l’horreur de sa situation... Le jour parut. Les heures lentes se succédèrent, amenant avec

elles à chaque minute des inquiétudes nouvelles qui poussaient l’épouvante de la jeune femme jusqu’au délire et jusqu’à la folie. Le soir arriva ; — la nuit descendit du ciel et couvrit la nature entière de ténèbres épaisses, moins profondes pourtant que celles qui régnaient dans l’esprit bouleversé de Pauline. Presque mourante, incapable de supporter plus longtemps un supplice au-dessus des forces humaines, n’avant désormais d’espoir qu’en Dieu, ce suprême consolateur des désespérés, madame d’Hérouville se réfugia dans son oratoire où elle s’enferma, et là, non point agenouillée sur les coussins de velours de son prie- Dieu, mais prosternée sur les dalles de marbre que pressait son front brûlant, elle laissa s’échapper les gémissements, les sanglots, les cris d’agonie, qu’elle comprimait depuis le matin en présence de Mathilde, et qui l’étouffaient. Des torrents de larmes coulèrent de ses yeux et dégonflèrent un peu son cœur déchiré par l’angoisse aux griffes de vautours. Elle éprouva un soulagement très-réel, et elle se dit avec une foi profonde :

— Il est impossible que Dieu m’abandonne !

Cette confiance renaissante produisit aussitôt un calme relatif, et Pauline en quittant son oratoire n’était plus la même femme qu’au moment où elle en avait franchi le seuil une heure auparavant. L’oratoire, faisant partie de l’appartement particulier de la marquise, était par conséquent très-voisin de sa chambre à coucher. En rentrant dans cette dernière pièce, madame d’Hérouville fut surprise de la trouver plongée dans une obscurité complète. — La lampe et la veilleuse auraient dû être allumées depuis longtemps, et pour la première fois les deux camé-

ristes venaient de négliger leur besogne quotidienne. Pauline frappa sur un timbre. Elle ne reçut d’abord aucune réponse, puis elle entendit des portes s’ouvrir, un pas léger se rapprocha et Gertrude, un bougeoir à la main, entra dans la chambre. La camériste, malgré ses etfortspour dissimuler son agitation, semblait haletante comme quelqu’un qui vient de faire une course rapide. Sa physionomie respirait le trouble. — Son regard vacillant n’offrait point son expression d’assurance habituelle.

— Madame la marquise a sonné ? — balbutia Gertrude d’une voix qu’elle essaya vainement de rendre ferme. Ces symptômes bizarres et caractéristiques passèrent inaperçus de Pauline qui, dans de telles circonstances, n’avait pas, on doit le comprendre, l’esprit porté à l’observation.

— Mademoiselle — demanda-t-elle — comment se faitil que ma chambre ne soit point éclairée ?

— Je supplie madame la marquise de me pardonner — répondit la camériste. — J’avais compté ce soir sur Brigitte, et Brigitte a bien mal justifié ma confiance.

— Pourquoi donc n’étiez-vous pas là?

— Depuis ce matin un grand mal de tête me fait cruel-

lement souffrir et j’avais cru pouvoir me permettre de respirer un peu sur la lisière du parc... — La négligence de Brigitte me cause un vif regret et me prouve que je suis coupable... *

— Où sont mes enfants? — reprit Pauline.

— Avec Brigitte, sans doute, et peut-être avec mademoiselle Mathilde.

— Allez dire qu’on me les amène... ou plutôt amenezles vous même ici.

— Oui, madame la marquise.

— Mais d’abord, allumez les bougies de ce candélabre.

— Oui, madame la marquise.

Gertrude exécuta l’ordre qu’elle venait de recevoir, et, après avoir attaché la flamme aux bougies diaphanes d’une torchère d’argent bruni, elle quitta la chambre. Pauline, trop faible ou plutôt trop fatiguée pour rester debout, se laissa tomber dans les bras d’une chauffeuse placée près de la cheminée, puis elle baissa la tête et elle attendit, avec une sorte d’impatience fébrile, mais sans inquiétude, le retour de ses enfants.

Quelques minutes s’écoulèrent. Soudain la jeune femme tressaillit ; — elle se leva brusquement, elle poussa un faible cri, et recula jusqu’à la muraille en donnant tous les signes d’un violent effroi dont la cause était des plus légitimes. Unobjet d’un très-petit volume mais lourd et résistant, lancé vigoureusement depuis le dehors, venait de briser avec grand tapage une des vitres de la fenêtre, et de s’abattre aux pieds de Pauline, presque sur ses genoux, parmi les débris du cristal. Que signifiait cette agression inattendue?. Madame d’Hérouville se demanda tout d’abord si quelque invisible assassin, soudoyé par Lascars, n’en voulait point à son existence?... Uu très-court instant de réflexion suffit pour lui prouver que cette supposition était inadmissible... Le baron ne pouvait en effet payer sa mort, puisqu’elle emporterait avec elle au fond de la tombe tout l’espoir que le misérable osait fonder sur sa coopération complaisante. D’ailleurs le projectile qui venait de s’introduire dans l’appartement d’une façon si bruyante, ressemblait beaucoup plus à un agent de correspondance qu’à un engin meur-

trier... — C’était tout simplement un petit lingot de plomb, autour duquel un fil de couleur attachait une feuille de papier pliée d’abord en forme de lettre, puis roulée, Pauline ramassa le lingot, coupa le fil, déroula le papier et lut cette suscription, tracée par une main trop connue, celle de Lascars : « Message confidentiel pour madame la marquise d’Hérouville. » La jeune femme, en reconnaissant l’écriture, sentit son sang Se glacer dans ses veines et ses terreurs un instant assoupies se réveillèrent avec une intensité nouvelle. Toute chose venant de Lascars, — (elle avait hélas, de nombreuses et tristes raisons pour en être certaine ! ) — ne lui pouvait apporter qu’uD malheur. — Cependant il fallait savoir ! Peut-être le message du baron allait-l-il mettre fin à l’effroyable incertitude qui pesait sur elle depuis la veille et qui l’écrasait... De même que la jeune femme avait brisé le fil, elle rompit le cachet, et lut les lignes suivantes : Dans notre entrevue d’hier, chère marquise, j’ai eu le tort grave de ne me point expliquer d’une façon suffisante visà-vis de vous, et je viens aujourd’hui réparer ce tort. Vous avez dû croire, d’après mon langage et vous avez cru sans doute, que si vous refusiez avec obstination jusqu’au bout de signer le traité d’alliance sollicité par moi, je me vengerais en dénonçant au marquis d’Hérouville le mystère d’une situation sur laquelle vous désirez que ses yeux ne s’ouvrent jamais... Ma vengeance, en ce cas, frapperait principalement, presque exclusivement sur vous, et comme vous êtes une créature plus que parfaite, planant dans les nuages éthérés bien au-dessus des faiblesses humaines, vous avez résolu de toutsubir et de tout souffrir, plutôt que de prêter les mains à la transaction dont votre repos présent

et votre tranquillité future auraient été le prix. En conséquence, votre altitude de victime résignée ne s’est pas démentie... — Vous vous drapez silencieusement dans l’héroïque parti de votre sacrifice, — vous attendez les événements, — le temps marche, — la dernière heure du délai fixé sonnera bientôt, et le signal de l’obéissance s’obstine à ne point paraître... Donc il faut vous ouvrir les yeux malgré vous, et vous forcer la main dans votre propre intérêt. Je vais le faire... Je frapperai, soyez en sûr, si vous m’y contraignez par une résistance invincible ! — je frapperai des coups terribles, non pas sur vous, mais sur ceux qui vous sont chers ! Je mettrai la solitude et le désespoir autour de vous. J'atteindrai successivement votre mari, vos deuxenfants et votre belle sœur... J’ai commencé déjà, afin qu’il vous soit impossible de douter de ma résolution inébranlable, en même temps que du pouvoir à peu près sans limites dont je dispose pour accomplir cette résolution. A l’heure présente, la vie du marquis d’Hérouville ne tient qu’àun fil. Aujourd’hui même dans la rue Saint-Dominique, à la porte de son hôtel et en présence de nombreux témoins, le marquis d’Hérouville a été insulté et provoqué par un gentilhomme à ma dévotion que j’avais chargé de cette besogne... — La rencontre est inévitable... — Elle aura lieu demain, à moins que cette nuit je n’en ordonne autrement... — Or, le gentilhomme en question n’a jamais manqué son coup... — Il s’est battu cent vingt-quatre fois, il a laissé sur le terrain les cadavres de ses cent vingt-quatre adversaires. -*• Monsieur d’Hérouville complétera, sans aucun doute, le chiffre rond de cent ving-cinq... C’est à vous, madame, qu’il appartient de prononcer à l’instant et

sans appel sur le sort île votre second mari, s’il meurt demain il mourra tué par vous, bien plus que par l’épée qui le frappera droit au cœur. Ce n’est pas tout encore - appelez vos enfants, madame la marquise — un seul viendra — l’aîné, celui qui porte le nom de Lascars... Le fils du marquis est entre mes mains, précieux otage que je vous rendrai seulement au prix d’une soumission absolue... Croyez-moi donc, car le conseil que je vous donne est de ceux qu’il faut croire — subissez la loi du plus fort... — acceptez ce que vous ne pouvez empêcher et calmez votre conscience en lui démontrant que vous êtes irresponsable, ce qui d’ailleurs est parfaitement vrai, puisque la liberté du refus vous fait défaut. Jeme résume... Si vous vous obstinez dans votre endurcissement, demain monsieur d’IIérouville aura cessé de vivre et vous ne reverrez jamais votre plus jeune fils... Si, au contraire, le signal convenu m’apparaît, l’adversaire du marquis lui fera des excuses sur le terrain, j’en prends l’engagement formel, — l’enfant de votre second mari sera dans vos bras avant une heure, et le vicomte de Cavaroc viendra vous présenter après-demain ses respectueux hommages. Vous le voyez, madame la marquise, la situation est claire et limpide comme de l’eau de roche... Vous n’avez qu’un mot à dire, ou plutôt vous n’avez qu’un mouvement à faire, et le plateau de la balance s’empressera de pencher, selon votre bon plaisir, versles extrémités les plus funestes et les plus irréparables, ou vers les félicités les plus souriantes. Choisissez ! Seulement, le temps presse ! — Choisissez vite ! »

Aucune signature ne se lisait au bas de l’étrange épître

que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs. . . Malheureusement la signature était inutile ! — Chaque ligne et presque chaque mot trahissaient la griffe du tigre !

LA CONSIGS'E de laürent.

Lorsque Pauline eut achevé sa lecture, elle ne se livra point à l’une de ces crises de violent désespoir que devaient provoquer, selon toute vraisemblance, les terribles nouvelles qu’elle venait de recevoir. Il arrive un moment, diton, où les chairs meurtries et sanglantes, frappées sans relâche par une verge impitoyable, deviennent inertes, insensibles, et n’ont plus la perception nette et distincte du supplice. Madame d’Hérouville en était arrivée là, sans doute. Sans doute, à force d’avoir souffert, elle commençait à perdre le sentimentde la douleur. Toujours est-il que son visage contracté ne changea point d’expression et que ses yeux largement ouverts demeurèrent Axes et secs. Ses mains laissèrent échapper la lettre qui tomba sur le tapis ; — sa tête se pencha, et elle parut s’absorber toute entière dans une sombre et profonde méditation. Cette méditation fut interrompue brusquement par le retour de Gertrude.

La camériste se précipita dans la chambre d’un air effaré.

— Madame la marquise... madame la marquise... s’écria-t-elle d’une voix qui semblait entrecoupée par une émotion violente — je me meurs d’inquiétude... — Il se passe une chose étrange... inexplicable... et je ne sais, en vérité, comment apprendre à madame la marquise...

Gertrude s’interrompit. Pauline releva la tête et regarda fixement la camériste. Cette dernière, malgré son impudence habituelle, ne put soutenir l’éclat de ce regard interrogateur ; elle baissa les yeux et elle balbutia :

— Un des enfants de madame la marquise a disparu...

— Brigitte n’a pas quitté monsieur Paul, mais le petit Armand est introuvable... — Brigitte le croyait avec moi....

— Malheureusement, il n’en était rien !.. je n’ai pas vu ce cher enfant depuis plus d’une heure... — peut-être s’est-il égaré dans les allées du parc... — Je vais courir à sa recherche... je vais emmener tous les valets avec des torches et des flambeaux.

Après avoir débité ce qui précède, très-vivement, et à la façon, de quelqu’un qui récite une leçon apprise par cœur, Gertrude fit un mouvement pour s’éloigner. Pauline l’arrêta d’un geste impérieux et lui dit :

— C’est inutile...

— Madamela marquise me retient!., s’écria la camériste stupéfaite, et ne pouvant à peine en croire ses oreilles.

— Oui.

— Madame la marquise veut-elle donc que je reste inactive en une telle circonstance ?

- Rentrez dans votre chambre et attendez mes ordres.

— Eh ! quoi ! . . ne puis-je me mettre à la recherche de ce cher enfant ?

— Mon fils se retrouvera sans vous.... Allez et obéissez...

Ces dernières paroles furent prononcées d’un Ion qui n’admettait aucune réplique. Gertrude se retira en se demandant tout bas quelle était cette énigme nouvelle dont elle ne pouvait trouver le mot. Aussitôt que madame d’Hérouville se retrouva seule, son visage marmoréen se détendit, et ses traits pâles exprimèrent une résolution suprême. Elle s’approcha de la cheminée, elle y prit deux flambeaux qu’elle alluma à la flamme des candélabres, et qu’elle plaça l’un à côté de l’autre sur le bord intérieur de l’une des croisées. En agissant ainsi, elle obéissait aux prescriptions du baron de Lascars... — Elle indiquait, par le signal convenu, que désormais sa soumission aux volontés de l’infâme gentilhomme serait absolue. Ceci fait, elle se laissa tomber sur un siège, et, plus morte que vive, elle attendit. Une heure s’écoula. Au bout de ce temps, des clameurs joyeuses retentirent dans la cour d’honneur audessous des fenêtres de madame d’Hérouville, et bientôt après, Brigitte parut, tenant par la main le petit Armand qui semblait en proie à une sorte de stupeur pleine d’épouvante. En voyant son sécond fils, Pauline ne poussa pas un cri, seulement son cœur se fondit dans sa poitrine ; — des larmes abondantes ruisselèrent sur ses joues comme une pluie d’orage; elle prit l’enfant entre ses bras, et elle l’embrassa longuement, impétueusement, sans pouvoir se

lasser des carresses qu’elle lui prodiguait. Lorsque les premières ardeurs de cette fièvre de tendresse maternelle se fut un peu calmée, Pauline interrogea le petit garçon qui fit dans son langage enfantin un long récit très-obscur dont voici la substance. Armand jouait avec son frère sous les yeux de Brigitte dans une pièce du rez-de-chaussée, lorsque Gertrude était survenue, en lui montrant une image peinte dont les vives couleurs devaient piquer sa curiosité, lui avait fait signe de le suivre, ce qu’il s’était empressé de faire. Une fois la camériste et l’enfant dans le parc, au milieu de l’obscurité, à quelque distance du château, Gertrude avait tout à coup disparu. Armand, très-effrayé de la solitude et des ténèbres, commençait à pleurer à chaudes larmes, et se mettait en devoir d’appeler à son secours, lorsqu’une main rude lui avait fermé la bouche, en même temps que deux bras vigoureux le soulevaient ; — un mouchoir de soie, noué en forme de bâillon, avait alors remplacé la main pour étouffer les cris de l’enfant qui sétait senti emporté sans savoir où, et sans savoir pendant combien de temps. Tout à coup le ravisseur inconnu avait détaché le mouchoir et remis l’enfant sur ses jambes en lui disant d’une voix très-basse :

— Tu vois cette grande maison dont les fenêtres sont éclairées, en face de nous... C’est le château du marquis d’Hérouville... ta mère t’attend... va la rejoindre.

Le petit Armand ne s’était point faitrépéter deux fois ces paroles consolantes et libératrices, et, quoiqu’engourdi par l’épouvante qu’il venait d’éprouver, il avait pris sa course dans la direction du château dont quelques centaines de pas, tout au plus, le séparaient. Nous savons le reste. Pau-

line fit faire aux déni enfants, comme de coutume, leur prière du soir. Ensuite elle les coucha de ses propres mains, et lorsque l'ange du sommeil eut touché leurs fronts du bout de son aile, elle donna l’ordre à Brigitte de lui envoyer Laurent, le vieux valet de chambre de monsieur d’Hérouville. Laurent avait plusieurs ridicules, entre autres celui de s’exagérer singulièrement sa propre importance, mais au fond c’était un excellent serviteur, un de ces serviteurs dont la race n’existe plus aujourd’hui, et qui se considéraient comme faisant partie intégrante de la famille à laquelle ils appartenaient.

— Madame la marquise a besoin de moi ? — demanda le valet de chambre avec un salut respectueux.

— Oui, murmura Pauline, j’ai besoin de vous.

— J’attends les ordres de madame la marquise.

— Laurent, reprit la jeune femme — vous êtes profondément dévoué, je le sais, à monsieur le marquis et à moi-même.

— Oh ! oui, madame, profondément !.. s’écria le vieux serviteur avec une exaltation sincère, — je donnerais ma vie pour mes maîtres !..

— Je vais vous demander une preuve de votre affection.

— Faut-il mon sang !.. — Je suis prêt. — Gardez votre sang, mon ami... répondit Pauline avec un doux et triste sourire — ce qu’il s’agit de faire n’otfre aucun danger.

— Tant pis !

— Je vais vous confier cette nuit un dépôt sacré !.. — le plus sacré de tous, car je vous charge de veiller jusqu’au jour sur mes enfants.

Laurent fit un mouvement de surprise.

— Est-ce qu’un péril quelconque menace ces chérubins, du bon Dieu ? demanda-t-il.

— Peut-être.

— Je ne comprends pas, mais je n’ai pas besoin de comprendre pour obéir... — Que faut-il faire?

— Il y a sans doute des armes au château ?

— Oh! oui, madame la marquise, tout un arsenal de fusils et de pistolets ; — sans compter des fusils de chasse et les pistolets de tir de monsieur le marquis...

— Eh bien ! prenez plusieurs de ces armes... assurezvous qu’elles sont chargées et apportez-les ici... Vous passerez la nuit dans cette chambre.

— Dans cette chambre ! répéta Laurent d’un air étonné.

— Sans doute, répondit Pauline.

— Où couchera donc madame la marquise ?

— Je ne me coucherai pas... j’ai beaucoup à écrire et je veillerai dans la pièce voisine.

— Suffit, madame la marquise !.. j’aurai des armes de quoi tuer quinze hommes, et je serai solide au poste comme une sentinelle un jour de bataille... — Madame la marquise me permet-elle de lui demander la consigne ?

— Ne laisser pénétrer auprès de mes enfants personne qui vous soit inconnu, pt si quelque étranger tentait de s’introduire dans cette chambre malgré vous, soit par les portes, soit par les fenêtres, faire feu sans hésitation et sans pitié sur l’agresseur.

— C’est trop juste!., tant pis pour le mal intentionné qui se permettrait d’escalader nuitamment un château que

madame la marquise me fait l’insigne honneur de mettre sous ma garde !.. son affaire ne serait pas bonne, et je lui donnerais une leçon dont il conservait le souvenir jusqu’à la fin de sa vie... qui, d’ailleurs ne serait pas longue!... je vais à l'armurerie , madame la marquise, et je reviens incontinent.

Au bout de cinq minutes, en effet, Laurent reparut, apportant avec lui trois fusils de chasse à deux coups, et une dizaine de pistolets de tous les calibres.

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