‹ La maison mortuaire de Moliere, d'apres des documents inédits; avec plans et dessinsChapitre 10 sur 56 · Arch. Nat., S. II2I · texte numérisé non relu

Arch. Nat., S. II2I

possédés depuis vingt ans par le cardinal de Richelieu et ses héritiers furent ainsi désignés : « Terres encloses « de nouvel dans la ville de Paris entre les portes de « Richelieu et de Safnt-Honoré, autrefois hors les « portes Saint-Honoré et Montmartre... » Pas une seule maison ne figure dans le dénombrements

Nous savons qu'en effet la construction ne commença sérieusement que l'année suivante.

Le 9 février 1658, par contrat devant Devaulx et Daubanton, notaires, les associés Flacourt, L'Epine et Claude Gauldrée Boileau vendirent à Gaspard et Balthazar Marsy, ou de Marsy, frères, sculpteurs ^ :

Une place le long du mur mitoyen du parc du Palais Cardinal, ayant 12 toises de largeur, tant sur ce mur mitoyen qu'en façade sur la rue Richeheu, et 8 toises 3 pieds 9 pouces de profondeur, ensemble 103 toises de superficie, à prendre à 20 toises prés de la maison appartenant à M. Le Roy. De l'autre côté était une place vide.

Le terrain acquis par les frères Marsy est représenté, sur le plan de lotissement de Beaurain, par deux parcelles contiguës, numérotées XVI et XVII en chiffres romains et 31 et 32 en chiffres arabes.

Le prix était de 10,300 livres.

1. Les maisons bâties dans la rue Richelieu sur le fief Popin apparaissent pour la première fois dans le dénombrement de 1704, bien qu'il en existât plusieurs au moins depuis 1657.

2. Sur les Marsy, sculpteurs et architectes du roi, membres de l'Académie, voyez l'excellente notice de Jal, Dict. crit. Balthazar mourut le 26 février 1673, neuf jours après Molière. Les Marsy possédaient en outre deux maisons joignantes, faisant l'encoignure de la grande rue du faubourg Richelieu, au delà des limites de 1638. (Rôle du 20 septembre 1672. Arch. Nat., Q*. 1120-21.)

Le contrat contient déclaration par les frères Marsy que la moitié de leur acquisition est faite au profit de René Baudelet, tailleur et valet de chambre de la Reine '.

Les 10,300 livres furent payées par les frères Marsy et par Baudelet, aux termes d'une quittance du 1 1 février 1658, par devant Devaux et Recordeau, notaires.

Le même acte donne quittance de 3,458 livres pour une vente de terrain également rue Richelieu, à Michel Corneille, peintre ordinaire du roi ^.

Dans le partage de la place de douze toises de largeur à eux vendues, les frères Marsy prirent les six toises du côté de la rue Saint-Honoré, n°^ XVI et 31 du plan de Beaurain, c'est aujourd'hui le n° 38, et Baudelet les six toises du côté de la rue Neuve-des-Petits-Champs, nos XVII et 32 du lotissement; c'est aujourd'hui le n° 40. La maison de Michel Corneille tenait à la maison des Marsy 5; c'est aujourd'hui le n° 36. Le plan géométral de Vasserot et Bellanger (1825-30), prouve que la contenance des deux parcelles Baudelet et Marsy n'a pas varié. L'ensemble des deux maisons n°^ 40 et 38 n;esure encore exactement douze toises de façade.

Le 2 août 1639, par obligation devant Pierre Buon, notaire, René Baudelet et Madeleine Dumont, sa femme, empruntèrent à Jean de l'Espée, bourgeois de

1. VÉtat de la France pour 1669 l'appelle René Bandelet et l'enregistre en la double qualité de valet de garde-robe ordinaire, aux émoluments de 150 livres, et de tailleur de la Reine.

2. Michel I" Corneille, recteur de l'Académie de peinture» mort à quarante-sept ans, le 13 juin 1664, dans sa maison de la rue Richelieu.

3. YJÉtat et partition de 1684 les range dans l'ordre suivant, de droite à gauche : « Dame Corneil [sic] ; Du Marsic (j/ie) j Baudelet. »

Paris, rue des Deux-Portes, la somme de 9,500 livres pour employer à la construction d'une maison rue de Richelieu, sur la place de terre par eux depuis peu acquise, somme qu'ils remboursèrent le 2 septembre 1662 ^

La maison bâtie par les époux Baudelet est celle dont ils louèrent la presque totalité à M. et M'"^ Molière, le 26 juillet 1672, par bail devant Pauyot et Routier, notaires, pour six années, à partir de la Saint- Remy(i^'' octobre) 1672, moyennant treize cent livres par an, plus la moitié de la taxe des boues, des lanternes, des pauvres et autres charges de ville ou de police ordinaires.

Les lieux loués à M. et M"^^ Molière y sont ainsi décrits :

<c Trois petites caves ou deux grandes, au choix des preneurs ; une cuisine ; une écurie « dans laquelle ledit bailleur pourra mettre un cheval quand il en aura » ; les premier et second étages ; quatre entresols audessous; la moitié du grenier qui est au-dessus du troisième étage et une remise de carrosse; communauté de la cour, puits et aisances ^. »

Le bail commençait à la Saint-Remy, i^"" octobre 1672. On pourrait croire que M. et M"^^ Molière entrèrent le jour même dans cette maison fatale; l'acte de baptême de leur fils Pierre-Jean-Baptiste- Armand (né le 1 5 septembre précédent) porte, à la date du i^"^ octobre, que M. et M"ie Mohere demeurent rue Richelieu, énon-

1. Minutes de M' Gatine. Cette indication se trouve dans les J?ecAgrcAes d'EvidoTQ Soulié, document XLIII,p. 258, note*

2. Le bail de Baudelet aux époux Molière a été publié par Eudore Soulié, Recherches. Document XLIII, p. 258.

dation vraie en droit, mais incertaine en fait, car la quittance du loyer des lieux qu'ils occupaient précédemment rue Saint-Thomas-du-Louvre n'est datée que du 6 octobre ^

A cette date, M™« Molière avait eu trois semaines pour faire ses relevailles. Il paraît donc probable que les époux prirent possession vers le 7 octobre de leur nouvelle demeure. Dés le 11, Pierre-Jean-Baptiste-Armand mourait, âgé de vingt-sept jours; l'inhumation eut lieu le lendemain 12 a l'église Saint-Eustache ^.

On peut croire que la perte de son second fils porta le dernier coup à la santé chancelante de Molière, si gravement ébranlée, après la mort de son fils aine, par la terrible crise qui faillit le mettre au tombeau pendant l'hiver de 1665 à 1666. Il y avait quatre mois et demi que MoUere habitait la maison de la rue Richelieu, lorsqu'il y mourut, dans la soirée du 17 février 1673, vers dix heures.

Madame Molière se hâta de quitter la maison où elle avait vu mourir en si peu de temps son fils et son mari. Elle prenait encore domicile rue Richelieu dans l'inventaire du 20 mars suivant, mais elle était retournée rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, probablement dans son ancienne maison, où demeuraient encore sa sœur Geneviève et son beau-frére Loménie, lorsque, le 26 juillet 1673, à l'anniversaire précis du bail souscrit par Molière, sa veuve le céda, du consentement de Baudelet, à messire Robert de la Marck,

1. Inventaire après le décès de Molière. Eud. Soulié. J^ec/i. Document XLV, p. 288.

2. Et non le II, comme on l'imprime souvent. Voyez Beflfara, Dissertation, etc. Paris, 1821.

comte de la Marck et de Braisne, maréchal de camp et colonel du régiment de Picardie', pour les cinq années à courir depuis la Saint-Remy 1673, aux mêmes prix et conditions que le bail primitif. Baudelet, présent à l'acte, autorise M. de la Marck à agrandir l'écurie au moyen de la remise, et à faire construire une remise nouvelle, moyennant quoi M. de la Marck lui abandonne le second entresol en entrant ^par la galerie, où il n'y a pas de cheminée, attenant à celui qu'il occupe.

René Baudelet mourut en 1674; inventaire de ses biens fut dressé par Bobusse, notaire, le 6 mai 1677, et clos en justice le i^'' juillet suivant ^.

Ce fut sa veuve qui transféra le bail des lieux cédés par M™^ Molière au comte de La Marck, finissant le i*"" octobre 1678. Par bail devant Pauyot, notaire, le 21 mai 16793. M"^s veuve Baudelet loue à haute et puissante dame Agnès de Bailleul, veuve de messire Henri Foucault, chevalier, marquis de Saint-Germain Beauprez, etc., moyennant quinze cents Hvres, « trois « cavgs, une salle, une cuisine et une écurie au rez-de- « chaussée, avec la remise de carrosses, plus cinq « chambres en entresol dont trois sur la rue et deux « sur l'aile, le premier et le second étages, et le grand « grenier, » de la maison où la bailleresse est demeurante et où elle se réserve une place pour un cheval à l'écurie.

A madame de Foucault succéda, comme locataire

1. De la maison des ducs de Bouillon et des princes d'Arenberg.

2. Acte de partage par devant Legrand et de Villaine, notaires, le 14 juillet 1704. Archives Palluel.

3. Minutes de M*Turquet. Ce bail est analysé par Eud. Soulié. /^ecÂ. Document XLVI, p. 292, note.

principal, M. le marquis de la Ferté, qui fut lui-même remplacé par un M. de Raymond. M. de la Ferté vendit à M. de Raymond les glaces et trumeaux qui lui appartenaient, moyennant 550 livres, que M. de Raymond régla en un billet, et M. de la Ferté passa le billet aux héritiers Baudelet en paiement des loyers qu'il devait au jour de son départ ^

Le bail de M. de Raymond paraît avoir commencé le I" octobre 1703. En juillet 1704; il devait précisément les trois termes échus, plus le billet de 5 00 livres par lui souscrit à M. de la Ferté 2. Le prix du loyer avait été porté à 1900 Hvres par an ; c'est une augmentation de prés de moitié depuis le bail de Molière, c'est-àdire en trente ans.

Madeleine Dumont, veuve Baudelet, mourut le

L'inventaire de sa succession fut dressé par Legrand, notaire, et son collègue, le 28 janvier 1704. Le 14 juillet suivant, par devant Legrand et de Villaine, notaires, fut dressé le compte et partage de la succesde M. et de M™« Baudelet, entre leurs héritiers qui étaient :

1° Thomas Baudelet, valet de garde -robe ordinaire de la feue Reine, demeurant rue Frementeau ;

2° Françoise Baudelet, femme de Georges Demarys ou Desmarys, tailleur ordinaire de la feue Reine, demeurant rue Richelieu ;

3° Marguerite Baudelet, veuve en premières noces de Jean-Baptiste Tissedre, officier de feu Monsieur, frère unique du roi, et en secondes noces de Louis Jean sieur de Gommerville, demeurante rue des Bons-Enfants;

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