‹ La maison mortuaire de Moliere, d'apres des documents inédits; avec plans et dessinsChapitre 17 sur 56 · I. Arch. Nat. Châtelet. Liasse cotée Y · texte numérisé non relu

I. Arch. Nat. Châtelet. Liasse cotée Y

passage se trouve un puits mitoyen avec la maison voisine.

Un passage de porte cochére, ayant son entrée sur la rue Richelieu, communique à la cour et à l'escalier.

Jardin.

Escalier.

Cour.

Passage.

Portier.

Salle.

Cuisine.

Boutique.

Rue Richelieu. REZ-DE-CHAUSSÉE

A droite de ce passage sont une boutique et une salle à la suite, occupées par un parfumeur;

A gauche du passage est une pièce servant de cuisine, escalier ensuite, une petite salle à cheminée servant de logement de portier.

II. Entresol. — Il est divisé en trois pièces sur la rue, dans l'une desquelles est un passage qui communique à une autre chambre à l'aile droite. Dans l'aile gauche est encore une autre pièce.

Cour.

Pièce.

III. Premier étage. — Composé d'une antichambre et d'une salle de compagnie; chambre à coucher ensuite.

Chambr

à coucher

Salle

de compagt

Pu

Escalie Anticha

IV. Second étage. — Composé de trois pièces sur la rue, chambre à coucher ensuite sur la cour, avec garderobe et deux pièces ensuite.

V. Troisième étage. — Distribué en deux pièces sur la rue, séparées par une cloison de charpente et de maçonnerie, dont une sert de cuisine ; chambre à coucher ensuite sur Ja cour: à droite est une autre chambre

Pièce à usage de cuisine.

éclairée sur le Pdais-Royal. Au droit de l'escalier est un petit retranchement pratiqué avec des planches et qui sert de bûcher.

VI. Grenier. — Le grenier au-dessus du troisième étage est séparé par des cloisons de planches, dont partie sert de chambres de domestiques.

Au haut de l'escalier et au rez-de-chaussée sont deux cabinets d'aisance.

A droite de la cour est un bâtiment élevé à la hauteur du second étage et couvert en tuiles.

Cette description éclaire les problèmes anciennement posés, quoiqu'elle en soulève de nouveaux sur quelques points.

Au rez-de-chaussée, nous apprenons que la cuisine de Molière, l'escalier et la salle signalée dans le bail du 26 juillet 1672, devenue le logement du portier, se trouvaient à gauche en entrant par la porte cochére à passage couvert, qui occupait le milieu de la façade.

La remise de carrosse et l'écurie, autrefois placés à droite de la porte cochére, sont devenus la boutique et l'arriére-boutique d'un parfumeur.

Ce que nous apprenons d'entièrement nouveau, c'est que la cour, avec son mur à hauteur d'appui, formait une terrasse d'où l'on jouissait des ombrages et de l'air pur du jardin royal, où Molière pouvait accéder à sa guise par un passage dont il avait la clef. Le grand poète n'avait ainsi qu'une douzaine de degrés à descendre pour goûter le charme de la promenade et qu'une centaine de pas à faire sous les quinconces pour se rendre à son théâtre, sans passer par les rues ni faire le tour du Palais.

L'entresol comporte exactement les cinq pièces décrites dans les actes anciens, dont trois éclairées sur la rue et deux sur le jardin. Nous retrouvons dans la description de 1766 le passage ou galerie, qu'en style moderne on nomme corridor, expressément marqué au bail du 26 juillet 1673, où il est dit que M. de la Marck abandonne à Baudelet « le second entresol en « entrant par la galerie où il n'y a de cheminée, attc- « nant celui qu'il (Baudelet) occupe. »

M. de la Marck, continuant le bail de M"« Molière, avait, comme sa cédante, la jouissance de quatre entresols; le cinquième, réservé par Baudelet, se trouvait le plus éloigné de l'escalier, c'est-à-dire dans l'aile droite; en reprenant le quatrième, qui était le second dans le couloir, il recouvrait une communication aisée. Ceci nous assure que les quatre entresols loués par Molière étaient l'entresol de l'aile gauche et les trois entresols qui prenaient jour sur la rue.

La description du premier étage est curieuse. Elle s'interprète ainsi : palier et antichambre dans l'aile gauch.e; vaste salle de compagnie ou salon éclairé par trois croisées et tenant, par conséquent, toute la largeur de la maison sur la rue Richelieu; chambre à coucher en retour dans l'aile droite.

L'inventaire dressé après le décès de Molière ne contient aucune indication saisissable sur la distribution intérieure des appartements occupés par M. et ^me Molière. Il ne constate que trois entresols, et nous savons qu'ils en occupaient quatre.

Il nomme « l'une des chambres de l'appartement de ladite damoiselle veuve », puis une autre chambre à côté, sans même dire à quel étage cet appartement est situé.

Il continue « dans l'une des chambres du présent appartement, » et, à la vacation suivante, « dans une autre chambre. » De sorte qu'on n'aperçoit que sept chambres pour l'entresol et les deux étages supérieurs, quoiqu'ils en comptassent au moins quatorze. La disposition des meubles ne fournit aucune lumière; ils sont inventoriés pêle-mêle, dans un inextricable fouillis; on les avait vraisemblablement descendus du second étage dans les appartements du premier, pour faciliter le travail du notaire et du juré-priseur. On n'y distingue ni chambres à coucher, ni salon, ni cabinet de travail, puisqu'il se trouve partout des Hts et des objets de literie, mêlés aux meubles les plus riches et aux ustensiles les plus communs.

Mais on peut remettre un peu d'ordre là-dedans, par quelques hypothèses, tirées de la disposition des lieux, grâce au rapport d'expert joint à la sentence de licitation du 12 juillet 1766.

Les entresols paraissent avoir servi de débarras ; peut-être aussi de chambres de domestiques ; on y inventorie un lit à hauts piHers, un petit lit de repos, une couchette de noyer, un lit de sangles, des coffres, des fauteuils de noyer, une boîte à perruques et une chaise à porteur garnie par dedans de damas rouge, avec ses bâtons.

L'appartement de M'"'^ Molière occupait certainement le premier étage, et servait sans doute d'appartement de réception. L'usage du dix-septième siècle permit longtemps aux femmes les mieux qualifiées de tenir cercle dans la chambre où elles couchaient et même où elles étaient couchées. Je pense donc que la grande salle de compagnie du premier étage avait cette

double destination, à laquelle convient le magnifique lit de parade décrit dans l'inventaire avec ses luxueux accessoires. C'était une couche à pieds d'aiglons, feints de bronze vert, avec un dossier peint et doré, sculpture et dorure ; cette couche était surmontée par un dôme à fond d'azur, sculpture et dorure, avec quatre aigles de relief de bois doré et quatre pommes façon de vases, aussi de bois doré ; garni par dedans de taffetas aurore et vert en huit pentes avec le plafond; l'entour du lit d'une seule pièce, de deux aunes et un quart de haut (2"^ 68), de pareil taffetas, le tout garni de frange aurore et vert. En dedans de ce grand dôme s'ajustait un dôme plus petit, de bois doré, sculpture façon de campane, avec pavillon en trois pièces de taffetas gris de lin, brodé d'un petit cordonnet d'or avec frange et mollet d'or et soie, doublé d'un petit taffetas d'Avignon ; le petit dôme était garni en dedans de la même manière. Le sommier de crin et les deux matelas de futaine, le ht de plume et le traversin de coutil de Bruxelles , disparaissaient sous une courtepointe de taffetas gris de lin brodé d'or, avec frange et mollet, brodée avec chiffres, doublée de toile boucassine rouge. Quatre rideaux de deux aunes un tiers de haut (2'" 76), de brocart à fleurs et fond violet, garnis d'agréments d'or faux et soie verte, frange et mollet d'or fin et soie verte; trois soubassements et trois pentes à campanes, garnis de glands en or faux et soie verte avec les cordons et houppes gris de lin et or faux, et vert et or faux, et les houppes d'or fin, et encore trois pentes de satin vert brodées de lames d'or pour rehausser les campanes : tel était ce véritable lit monumental, que le juré-priseur estima deux mille livres, ce qui suppose en

tenant compte de la moins value habituelle des estimations après décès, quelque chose comme dix à douze mille francs d'aujourd'hui.

Au lit de parade s'ajustaient :

Un petit lit de repos, de bois de menuiserie avec bordure de bois doré, à pieds d'aiglon feints de bronze, et dossier de sculpture dorée, garni de deux matelas, traversin et deux carreaux couverts de satin vert à fleurs ;

Un autre pareil à deux chevets, de huit pieds de long.

Lesquels remplissaient l'office de nos canapés et de nos sophas d'aujourd'hui ;

Deux fauteuils de bois doré, avec coussin, soubassement et dossier de pareil satin à fond vert ;

Deux guéridons de sculpture à trois pieds d'aiglon feints de bronze, de bois doré, hexagones par le haut ;

Six fauteuils à figures sphinx, entièrement dorés, garnis de coussins, dossiers et pentes de satin violet à fleurs, garnis de frange et mollet or fin et soie verte.

Puis encore quatorze chaires de bois verni et doré, avec leurs coussins et carreaux de tafletas rayé de ratine, remplis de plume, ou en satin bleu à fleurs, avec petites pentes courant autour;

Deux autres lits de repos de six pieds de long, de bois verni, façon de la Chine, couverts de satin bleu à fleurs;

Douze carreaux de brocatelle de Venise, huit à grandes fleurs rouges et quatre verts, remplis de plumes, garnis de houppes, avec deux porte-carreaux de bois verni, façon de la Chine ;

î8 LA MAISON MORTUAIRE

Douze autres carreaux de toile indienne peinte \ remplis de plumes, et deux porte-carreaux de bois verni ;

Une table de bois figurant un parquet de fleurs, avec deux guéridons pareils;

Pendules en bronze doré de Claude Raillard et de Gavelle ;

Miroir de glace de trente pouces avec bordure de cuivre doré :

Tapis de Turquie, de pied et de tables ;

Rideaux de fenêtre en taffetas blanc, de quatre lés chacun, de trois aunes de haut (3'"58), avec les petites pentes du haut et les cordons de soie;

Portières, devant de portes et de cheminées, en satin vert, blanc céladon et fleurs aurore garnies de franges ; et autres portières à trois pentes, de taffetas d'Angleterre bleu et blanc, avec franges de soie et houppes de même;

Tenture de tapisserie de verdure de Flandres, prisée trois cents livres (environ 4,000 francs d'aujourd'hui).

Voilà certainement assez de richesses ^ pour encombrer la salle de compagnie révélée par le procès-verbal de l'expert, encore qu'elle mesurât environ 82™ carrés, sur au moins 3'"5o de haut. Je les ai longuement énumérées non pour refaire ici l'inventaire de MoHere, mais pour montrer l'impossibilité évidente de les loger dans un appartement divisé comme l'étaient les étages supérieurs, dont les trois pièces sur la rue n'avaient cha-

1. L'indienne était encore une étoffe de grand luxe et le demeura fort avant dans le siècle suivant.

2. Il s'en fallait de beaucoup que les autres parties de l'ameublement fussent aussi luxueuses.

cune que ^"^1 ^^ ^^^&^ ^' Une autre preuve à l'appui de ma conjecture, c'est que la tenture de tapisserie contenait dix-neuf aunes de cours (22 m. 63), soit exactement le double de la façade, longueur suffisante pour garnir les quatre parois de la salle, déduction faite des portes, fenêtres et cheminées.

On ne possède aucun autre récit de la mort de Molière que celui de Grimarest; à défaut de témoignage meilleur ou plus circonstancié, nous sommes bien forcé de nous arrêter à celui-là. Donc, Grimarest, rapportant les derniers instants de Molière, raconte qu'on le porta dans sa chambre, où il fut pris d'un vomissement de sang. « Ne vous épouvantez point, » dit Molière à Baron, qui ne l'avait pas quitté, « cependant allez dire à ma femme qu'elle monte. »

Si, comme on n'en peut guère douter, l'appartement de M"^^ Molière occupait le premier étage, c'est au second étage que MoHere serait mort, probablement dans la chambre la plus éloignée de l'escalier et du côté du jardin, c'est-à-dire dans la dernière chambre à garderobe de l'aile droite, qui n'avait que deux étages audessus de l'entresol.

La description du Ckâtelet ne laisse pas subsister de doute sur l'existence de deux ailes en retour du côté du jardin; mais il en appert que l'aile droite ne dépassait pas la hauteur du second étage. Par conséquent, les quatre pièces du troisième étage, réservé par Baudelet, devaient être adossées, deux s'éclairant sur la rue Richeheu, les

I. La façade mesurait 6 toises, soit, défalcation faite de 25 pouces pour les murs latéraux (voir la note de M. de Ra vanne), 407 pouces •ou 33 pieds II pouces, équivalant à ii'",oi75, dont le tiers est

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deux autres sur la cour et le Palais-Royal. L'aile gauche, juxtaposée à l'escalier, finissait, sous le grenier, par le « petit retranchement » en planches, servant de bûcher.

La maison se terminait par un comble à la fi-ançaise, couvert en tuiles ^

Les détails qui précédent permettent, dans une certaine mesure, la restitution intérieure et extérieure de la maison où mourut Molière; on comprend, d'ailleurs, très aisément la disposition générale de ce logis, avec ses cinq pièces principales, dont trois sur la rue et deux sur les ailes, en étudiant les maisons voisines, entre autres la maison double du président Henault, n"^ 42 et 44, et surtout la maison des frères Marsy, au n° 38, qui conserve, du côté de la rue Montpensier, le modèle presque intact de ce genre de construction, avec son aile droite comprenant trois étages et un entresol audessus du rez-de-chaussée, tandis que l'aile gauche n'en a que deux, comme l'indique le dessin qui sert de frontispice au présent volume ^ Le principal corps de

1. Le* comble à la française est décrit dans ^''ignole, pi. 53, fig. I, et dans Kraft, Traité de charpenterie . Il constitue la transition entre l'ancien comble triangulaire, dit à deux égouts, et le comble brisé, dit à la Mansard. Il conserve les lignes extérieures du premier, mais il participe du second en ce que la poutre qui porte la toiture descend intérieurement au-dessous de l'entablement.

2. 11 est bien entendu que l'aile droite et l'aile gauche, prises du côté de la rue Richelieu, deviennent l'aile gauche et l'aile droite prises du côté de la rue Montpensier; ainsi la maison Marsy, reproduit fidèlement l'aspect primitif de la maison Baudelet, sauf le tambour qui paraît avoir été ajouté, du côté du midi, pour assurer la communication de façade avec laile gauche. Ne pas oublier que le soubassement, du côté de la rue Montpensier, ne compte pas pour un étage.

DE MOLIERE. 6l

logis n'occupait guère que la moitié de la profondeur du terrain, à partir de la façade sur la rue, et projetait deux ailes vers le Palais-Cardinal. La portion de terrain comprise entre le mur de clôture du jardin, les ailes et le corps de logis, formait une terrasse à hauteur d'entresol sur le jardin. Elle subsiste dans la maison de Marsy sous la cage vitrée où loge le concierge. Le frontispice, qui représente ce groupe de maisons, vu de la rue Montpensier, me dispense d'une plus longue description.

Quant à l'ancienne façade du côté de la rue Richelieu, je pense qu'on s'en ferait une idée assez exacte en regardant, au n° 38, la maison des frères Marsy, qui fut certainement bâtie en même temps que celle de Baudelet; elles n'ouvre que trois fenêtres sur une largeur égale à celle du n° 40% et conserve exactement la division en entresol, trois étages et grenier. Seulement la ligne inférieure de l'entresol est plus basse que dans la maison Baudelet, que Perrard de Montreuil a vraisemblablement exhaussée, obéissant au goût qui se manifestait, vers la fin du règne de Louis XV, pour le système de hautes maisons auquel nous devons les extraordinaires perchoirs du passage Radziwill et de la rue Chabannais.

I. Les deux maisons, mesurées sur les plans modernes, présentent chacune 6 toises de façade et reconstituent fidèlement la place de 12 toises, partagée originairement entre Baudelet et les frères Marsy.

La preuve la plus certaine que la maison Baudelet subsistait dans sa construction primitive au moment où elle sortit de la famille du tailleur de la Reine pour passer aux mains de M. et M™« Le Roy, c'est qu'elle tombait en ruines.

Le Châtelet, suivant les régies usitées en matière de licitation, avait ordonné une expertise préalable, dont le but était d'établir que la maison n'était pas susceptible d'être partagée en nature entre les colicitants. Cette expertise eut lieu le lundi 25 novembre 1765% par le ministère de M. Nicolas-Antoine Perrard, architecte juré expert, assisté de M^ Gruel, greffier des bâtiments. Le procés-verbal de l'expert constate que la maison est dans le plus mauvais état possible ; que les murs du côté du jardin du Palais-Royal sont écrasés et surplombent au dehors, que les planchers ainsi que la charpente du grand escalier sont sortis de leurs assemblages, que les voûtes des caves et les fondations menacent ruine, à ce point qu'il a fallu les étayer; et que les murs de la façade sont calcinés; enfin que la maison ne peut ni subsister telle qu'elle est, ni être réparée, et qu'il y a lieu de la démolir.

L'expert n'exagérait pas le mauvais état des lieux, car j'ai sous les yeux un billet autographe de M. de

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