LETTRE DE MICHEL MEYLAN A MADAME LA COMTESSE DE L
« Madame et chère marraine,
• Votre lettre m'a surpris et m'a fait du bien. Le blâme qu'elle me jette m'a attristé, mais je l'ai presque oublié en Toyant que (quelqu'un m'aimait encore en ce monde. Cependant vous avez fait de mon cœur, en me rappelant celle qui n'est plus, comme un ami a fait hier de ma main : il la pressait avec chaleur, sans s'apercevoir qu'il la brisait avec l'anaeau que je porte à mon doigt. Quoi qu'il en soit, vous ne vous êtes pas trompée ; vous me demandez une justification etje vous l'envoie.
* Pour ce qui regarde personnellement madame Fazio, ma réponse est simple : je m la cx)nnais pas et je ne Tai jamais ^^. Pour ce qui peut être du sentiment qui a dicté ma sortie
admis à ce titré dans vos salons! Peut-être en cbimie est-ii vrai que deux poisons combinés fassent un breuvage salutaire, et peut-être le monde fait-il de la cbimie morale ; cela doit être, mais je n'y comprends rien. Voilà ce qui m'irrite, voilà ce qui m'a fait prendre le parti de madame Fazio, voilà ce qui me fait vous dire un mot qui vous surprendra encore plus étrangement que tout ce que je viens de vous dire : c'est que je soubaite pour elle que madame Fazio soit ce qu'on en a dit; car, s'il en était autrement, un jour peut venir où quelqu'un lui répétera ce qu'on pense d'elle, et peutêtre alors lui arriverait-il ce qui est arrivé à la femme dont je veux vous raconter l'bistoire. Si ce récit me justifie à vos yeux, il aura atteint le seul but que je recbercbe. Quant à ce que le monde peut dire de mon don-qvÂchottisme en faveur de certaines femmes, je ne m'en soucie nullement. Le monde a eu sa part de ma vie, qu'il la décMre à son aise!
» Demain je retourne à Florence; dans quelques jours, je serai dans cet atelier maintenant solitaire et auquel manque sa muse. C'est là le coin où je pleurerai, madame, si jamais je pleure; mais c'est de là aussi que parlerai au monde de par mon pinceau et dans la langue des arts. Je ne sais pas celle qu'il parle du bout des lèvres, et il rirait de celle qui sortirait de mon cœur.
» Agréez, madame et amie, etc.
» Votre filleul,
» MICHEL MBVLAN.»
« P. S. Je VOUS envoie ce manuscrit tel que l'ai écrit il y a dix ans, quand je me donnais la peine de cbercber à comprendre les bommes. C'est pour cela que vous y trouverez des analyses que je né ferai plus maintenant. Je suis devenu trop indifférent à tout ce qui n'est pas mon art, pour cbercber à connaître la raison des actions bumaines. Je les vois et je les subis sans les expliquer, car elles ne m'intéressent plus. Cependant, vous y trouverez des réflexions que j'y ai ajoutées ; car il y a eu des moments où en les relisant je me suis trouvé bien niais ou bien impertinent. Vous reconnaî-* trez ces notes à la date qu'elles portent. »