‹ La maison no 3 de la rue de ProvenceChapitre 50 sur 51 · FIN DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

FIN DE LA CONFESSION

Ce jour-là môme je devais assister au grand dîner de la princesse; je voulais y paraître, et je m'y rendis.

Il me parut que ce qui avait été dit restait pour accepté. Rien ne m'annonça qu'on soupçonnât la position dans laquelle je me trouvais vis-à-vis de la famille Morden.

Dans la soirée, je m'approchai de Gertrude, et je lui glissai rapidement à l'oreille la demande d'une entrevue ; elle ne fit pas seçablant de m'entendre. Je quittai le salon de meilleure heure qu'à l'ordinaire, et je me rendis chez madame Smith. Je la trouvai cette fois. Elle était désolée de l'obligation où elle avait été de rendre Venfant.

Sans lui apprendre l'exacte vérité, Je lui dis que Téhéta lui avait menti, et je fis si bien, que je lui persuadai de réclamer cette enfant comme ayant un droit sur elle pour l'avoir trouvée.

Madame Smith s'amouracha de cette idée et du procès qui pouvait en être la conséquence. Gela la posait, cela lui donnait un rôle dans le monde, un rôle de bienfaitrice ardente, exaltée.

D^t)N JEUNE CADET DE FAMILLE. 3ût

Toutefois, malgré la retenue avec laquelle je m'expliqua avec madame Smith, je fus forcé de lui laisser comprendre que cette enfant m'était plus chère que le premier veou.

Une fois ceci admis, tout le reste était facile à découvrir. Quelles étaient mes habitudes ? La plus ordinaire était d'aller tous les soirs chez la princesse... Qui trouvais-je là tous les jours? la comtesse de Belnunce.

Une fois là, Tinvestigation était encore plus facile, surtout pour une femme qui avait été élevée dans l'arrièrechambre d'une femme du grand monde.

En effet, madame Smith n'avait pas réfléchi une demiheure sur l'intérêt passionné que je prenais à cette enfant, qu'elle me disait : ^

— Allons, cher comte, ne faites pas le modeste, tout s'accorde.

Et en effet, vous êtes arrivé à Vienne à la môme époque qu'elle : ce que vous faisiez et où vous étiez avant de venir dans notre ville, vous ne le dites à personne; et puis...

Vous dirai-je, monsieur, qu'en vingt minutes elle savait mon secret, non pas tel qu'il était véritablement dans la bizarrerie de ces circonstances, mais tel qu'il se bâtit de soi, dans l'ordinaire de la vie; elle en savait l'essence, le dernier mot. Nous primes nos mesures pour que madame Smith; aidée de ses nombreux amis, pût obtenir la restitution qu'elle demandait, et l'obtenir en quelques heures, sans discussion, sans défense possible de la part de Téhéta.

Il fallait une surprise, un véritable coup de main, sans que j'eusse l'air de m'en mêler; tout cela fut convenu le soir même.

80S AYEIlTtJnES

Madame Smith eut tous les ordtet cpi'elle demanda ; on mit à sa dispontioD presque autant d'agents de police que s'il eHi été question d'une affaire politique ; et il ne s'agit plus que de savoir où Ton trouverait Téhéta.

Je tis autant que possible la description du pavillon où j'avais été conduit par ma bohème, et les familiers de la police autrichienne Teurent bientôt reconnu comme appartenant à rhôtel de M. de Morden» ce qui calma singulièrement leur vif empressement à aider les recherches de madame Smith.

Je crus pouvinr chaoger ces fâcheuses dispositions en leur apprenant que Tenfant que Ton cherchait n'était plus dans ce pavillon, mais avait dû être transportée dans qu^ que autre endroit qu'il serait facile de découvrir en suivant Téîiéta.

On fut généralement de cet avis ; mais nous n'avions que trois jours pour arriver à notre but, et la police allemande n'a pas l'enthousiasme expéditif dé notre police de Paris.

Laissons là, dit M. de Favreuse, l'histoire de toutes ces allées et venues, de toutes ces courses, de toutes ces poursuites, de toutes ces fuites ; qu il vous suffise de savoir le résultat passé de toute cette histoire, qui sera loin de vous faire soupçonner cependant le résultat présent, quoique tout ce que je viens de vous dire soit parfaitement nécessaire pour que vous puissiez comprendre ce que je veux de vous.

Sachez donc, monsieur, qye, soit que Téhéta eût été iustruite des ordres obtenus par madame Smith, soit qu'eUeméme eût compris la folie de l'espérance qu'elle avait conçue, soit qu'une main plus puissante que celle de Té*

héta eût déjoué tous ses desseias, elle disparut ainsi que Tenfant, sans que personne ait pu savoir ce qu'elle était devenue.

Avec elle s'enfuirent les craintes que j'avais pour Gertrude.

Si vous tenez à savoir la fin de mon Mstoire personnelle, je vous dirai que depuis cette époque jusqu'en 1810, époque où les Belnunce revinrent en France, ma vie s'est à peu près passée tout entière, soit à Vienne, soit en Hongrie.

J'étais devenu le commensal très-habituel du prince de Morden, vivant très-politiquement, mais très-poliment avec M. de Belnunce, m'étant chargé d'instruire un peu la lourde jeunesse du jeune géant à qui était réservé l'honneur de propager la race des Morden.

Quant à mes rapports avec Gertrude, monsieur, pendant les dix ans où nous avons vécu tous les jours ensemble^ ils ont été ceux de deux amis qui se sont donné mutuellement tout ce qu'ils ont de confiance, de dévouement et d'abné • gation de soi-même.

J*ai eu d'autant plus de mérite à vivre ainsi, monsieur, que j'aimais Gertrude avec une véritable passion.

Mais si vous avez bien calculé le temps qui s'est passé entre les premiers jours de mon arrivée à Versailles et ceux de mon arrivée à Vienne, vous devez comprendre que je n'étais déjà plus un très-jeune homme, et qu'au moment où Gertrude arriva à tout l'éclat de sa beauté, je commençais singulièrement à décroître à titre d'amoureux.

J'ai aimé la comtesse avec passion et respect ; je l'aime encore» monsieur, avec une dévotion qui ne lui laisse pas de rivtde!

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