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BERTIN, SC
Comme elle se taisait toujours, les paupières baissees, l'homme maintenant se blotissait près d'elle.
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Le Moulin natal.
« Tu n'es pas folle d’engraisser comme ça un homme qui se fout de ta gueule et qui te fait cocue à tous les coins de rue. C’est une paillasse que ce mec-là, je comprends pas que tu l’aies daus le sang comme ça !
— Oh! dans le sang, faisait l’autre fille, affalée sur la table de marbre, je peux pas dire que je l'aime comme j'aimais Charlot, mais j'ai faim de sa peau, une vraie peau de femme, tu sais, Marie, et puis, y a pas à dire, il sait bonnir, il en a une tapette, et qu'il s’en sert bien.
— Alors l’autre.
— Une peau de femme, un coup de langue de trompette, autant fallait rester avec Berthe. Elle t’aimait bien celle-là ! »
A quoi l'interpellée relevant brusquement sa face plätrée de fille de brasserie, un vrai masque de goule avec ses cheveux tirebouchonnés en tiare et ses sourcils au fusain :
« Ah! ça non, non. Ça me dégoûtait trop, ce truclà, le cœur me levait, c'était plus fort que moi; et puis tu sais, Maria, j'en ai soupé de turbiner le jour et la nuit pour satisfaire la clientèle, si c'est pour recommencer avec une gerce, Ce qui me plaît à moi, et que je veux me payer, quitte à raquer de mon beau pognon, c’est un vrai mâle sans sale exigence de miché, un petit homme qui m'aime bien à la paysanne: je suis pas une fignoleuse, moi. Je suis pas
née à Mortagne pour rien, non, je suis pas parigote, moi, et je m'en vante. »
Alors l'autre, se levant et, d’un geste exténué, assujetissant l'édifice de sa haute coiffure :
« Maria, tu crèveras sur la paille. Il n’y a rien à faire avec toil » et d’une voix éraillée, qu'elle aurait voulue sentimentale :
« J'ai rêvé de t'aimer parmi des fleurs étranges !
«< Mince de clients aujourd’hui, c'est épatant ce qu'il en pleut, des thunes! Ouf, qui est-ce qui fait une manille avec moi ? Vous avez fini, vous autres ? »
Et Maria, dite Fanfan la Violette, se laissait tomber sur la banquette du fond, à côté de deux filles attablées avec un sous-officier.
« Fais-moi une place, Léa! »
C'était dans la salle en boyau d’une petite brasserie à faux vitraux moyen âge des alentours de l'Ecole. Une étroite petite porte ouvrait sur l'avenue, surmontée d’une potence en ferronnerie, figurant un moulin à vent aux ailes peintes en vermillon. Une banderolle en ferblanterie s’adaptait de guingois dans les fleurons de la potence, des lettres gothiques y annonçaient le Moulin Natal.
La salle, garnie de banquettes de cuir fauve, s'enfonçait en couloir jusqu'à une porte vitrée garnie de rideaux rouges. Une fausse verdure de Flandre bleuissait aux murs ; un lustre de cuivre hollandais au plafond, peint en trompe-l’œil d'illusoires poutrelles, des petits miroirs de Venise bon marché pendus, çà et là, au-dessus de la plinte en vieux chêne et des tables Louis XIII à pieds tors trahissaient les prétentions artistiques de la maïtresse du lieu. La patronne avait fait bien les choses.
L'endroit était discret, frais en été, chaud en hiver. paré d’un faux bien-être et baigné d’une ombre propice. C'était moins une brasserie qu’un parloir, un
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parloir qu'un retrait. Le décor moyenâgeux en imposait, y prescrivait presque le silence ; malheureusement des relents anisés d’absinthe, des aigreurs de bière, de cendres de cigares et de corsages moites s'y mélaient fâcheusement à de forts remugles de bazanes et de draps de soldats. Il y avait aussi, çà et là, des fadeurs endormies de veloutine éventée et de fards rancis. C'était une atmosphère à la fois de