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qu'elles étaient en tenue de combat. Très grande, en robe de mousseline Liberty semée de pivoines jaunes, l’air altier et le cou serré d’un collier de sequins, la première était Rébecca.
Le type de la juive orientale sévissait en Rébecca. Elle avait le profil prétentieux et classique des Fatmah de chromos et des Rachel à la fontaine des estampes bibliques; parfaitement belle d'ailleurs si son œil gauche n'eût été gâté par une taie. Il roulait, laiteux et bleuâtre, entre les cils gouachés de
kolh; une dent douteuse déparait aussi l'émail d’un sourire outrageusement frotté de fard. Sans ces
deux tares, Rébecca eût été un superbe animal de luxe; son œilet
sa dent la rabaissaient
à l’étal.
Myrille, rousse à la peau crémeuse tavelée de son, ouvrait trop grands deux larges yeux de fièvre. Myrille était la plus jeune de toutes. Elle flamboyait dans un peignoir de surah vert de tout l'éclat de sa chair blanche et de sa toi-
son fauve, mais elle avait la poitrine étroite, le dos un peu voûté et riait, énervée d’une étrange animation : elle sentait le musc et la créosote.
« Et nous sommes au complet ! — triomphait Philibert, — sept brebis au bercail, les sept péchés de
M. de Cizencourt, comme dit M. le curé en chaire.
M. de Cizencourt était un vieux noble qui a laissé une renommée assez chaude dans le pays. Rébecca l’a bien connu, elle a toujours réussi dans la haute. T'es tout d’ même un peu trop maquillée,ma fille, et toi, as-tu au moins un jupon de flanelle ? »
Et paternel, il retroussait le peignoir de Myrille et
- s'assurait de ses dessous :
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€ Faut bien que j'ai l'œil à tout. La petite est délicate. Un vrai père de famille, mais où est la maman? A-t-on prévenu la bourgeoise?
— V'iàè Madame, v'là Madame >», s’écriaient ces demoiselles en chœur.
Boitillante de la cheville et de la hanche, une espèce de naine dévalait par la pelouse. Elle roulait plus qu'elle ne courait entre les massifs et tenait relevé contre sa gorge un tablier de cuisineen cotonnade à carreaux bleus et blancs. C'était Mne Philibert : pas laide malgré sa petite taille et la bosse qui tombait entre ses omoplates, de beaux cheveux châtains et soyeux, une petite face souffreteuse aux yeux endoloris, mais surplombée d’un front énorme, qui en Ôtait toute proportion.
< Madame Philibert, Madame Philibert! »
M"° Philibert s'était arrêtée, saisie par la présence d'un étranger : |
« Et moi qui vous apportais des pois à écosser — faisait la pauvre femme. — Ah! Philibert, c'est mal de ne pas m'avoir prévenue! Ça m'a fait un coup! Monsieur là au milieu de nous, et moi qui ne suis pas en tenue ! Qu'est-ce que monsieur va pénser de moi ?
— Il pensera que tu es une brave ménagère, la bourgeoise modèle, la main à toutes les pâtes et pas en retard... M. Jacques Ménard, mon ami, Véronique, Mn: Philibert, ma femme... Monsieur n'est pas à la pose, il est venu nous surprendre en famille. »
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« C’est gentil à vous, m'ame Philibert, d’avoir songé à nous pour écosser vos pois. On va enlever ça en un rien de temps, n'est-ce pas, Géraldine? »
Et Angélina, la petite boulotte en jersey mauve, se trémoussait sur le banc de pierre pour faire place à la patronne.
Toutes ces dames s'empressaient. Mr: Philibert, installée au milieu de ses pensionnaires, paraissait avoir grandi maintenant qu’elle était assise, car elle avait les jambes courtes et le buste long. Adulée, fêtée, amignottée par toutes ces dames, sa pauvre face douloureuse d'’infirme et de contrefaite souriait, avait un rayonnement.
« Moi, ça m'amuse d'écosser des pois et les pommes de terre! C’ que j’ gobe ça de peler des pommes de terre et d’éplucher des légumes, jubilait naïvement Totote, trahissant dans un élan ses goûts ancillaires.
— Moi, c'était la pâtisserie qui m’ plaisait quand j'étais chez moi. En ai-je fait d’ ces tartes, surtout au moment des cerises! On a les bras tout blancs defarine et la pâte vous durcit dansles ongles, et, quand on se lèche les doigts, même deux jours après, on a le bon goût dans la bouche, — soupirait Géraldine.
— Ah! on sait qu't'as été bien élevée, — ricanait ce chameau d’Angélina, — t'as eu de l’inducation. Les clients aujourd’hui te semblent moins sucrés, hein, pauv’ biche ?
— Mesdames, soyez convenables, — insistait M=° Philibert.
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— Voyons, Angélina, nous ne sommes pas au salon, nous sommes en famille, — intervenait Philibert, paterne. — Garde ça pour ces messieurs.
— Allons, patron, faites pas l’ méchant, n’la grondez pas. »
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Et toute blanche dans son peignoir de surah vert, Myrille s'appuyaïit, inconsciemment câline, à la large épaule du propriétaire.
C'était un spectacle patriarcal et touchant. Ce bétail de luxure, rompu à toutes les corvées d'amour, apportait à cet écossage de pois une joie et un entrain de petites pensionnaires. C'était pour ces recluses, parquées le long des jours par l'iniquité de la
loi, une vraie partie de plaisir que de' crever d’un coup d'ongle toutes ces cosses vertes, dans le plein air de ce jardin de mai baigné de brise et de soleil.
Transfigurées par le souvenir, ramenées sans le savoir à des occupations de leur jeunesse, elles s'activaient, les plus fanées et les plus lourdes, avec dés gestes d’écolières; le plâtre des visages, le fard des sourires et le bleu gras des yeux, tous les stigmates professionnels s’atténuaient dans l’instinctive allégresse de tout leur être repris par le passé.
Centre du groupe laborieux, M"° Philibert avait l'air d’une tante de province au milieu de ses nièces, et les propos échangés par les écosseuses de pois n’eussent point déparé les lèvres d'une Clara d’Ellébeuse, ni d'aucune héroïne de M. Francis Jammes, amateur de jeunes filles démodées et de vieux parcs.
« Moi, — reprenait Géraldine, — je m'amuse autant que l’année dernière à l’époque des confitures.
— Oh! les confitures, c’ qu'on s'en est donné! — gloussait Angélina, la petite boulotte, en claquant des mains.
— Fais donc attention, chameau, — s'emportait Géraldine devant la blancheur de son peignoir taché par deux cosses écrasées dans un mouvement d'Angélina.
— Chameau ! Pour une femme distinguée, faut demander à Eugénie de t’ faire une reprise perdue. Quel accroc dans ton boniment! Eh Eugénie! V’nez par ici, r cousez donc la langue à madame.
— Ma langue, c'est pas une lavette comme la tienne.
— Dame, ripostait Angélina la teigne, je n’ donne pas ma langue au chat.
— Mesdames, mesdames... » |
Il y avait de l'orage dans l'air. J'avais trop vite auguré de la bonne tenue de la maison Philibert. M“ Philibert cramoisie s’efforçait en vain de réta-
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blir l’ordre. Géraldine et Angélina se parlaient dans le nez, prêtes à en venir aux mains, Géraldine subitement enlaidie par les roseurs de son tour de lèvres, apparues violacées.
< Voyons, les enfants, la paix, ou gare les amendes ! » intervenait efficacement le patron.
Rébecca, demeurée à l'écart, inactive et hautaire dans une superbe indifférence d'idole, se retournait dans sa traîne éployée comme une queue de paon. Elle daignait enfin savoir que les autres étaient là. Elle toisait le groupe et, se levant avec le dédain d'une reine offensée :
« Si ça ne fait pas suer! »
Et elle reprenaïit le chemin de la maison.
Juliette, dite l'Andouille par ce chameau d’Angélina, et Corinne ou l'Italie par le secrétaire de la mairie qui avait de la lecture, en fermait le livre qu'elle avait ramassé dans l'herbe. Elle le posait sur le banc et, avec un haussement d’épaules, quittait, elle aussi, la place. Son peignoir de flanelle rose suivait de quelques mètres la robe à fleurs de Rébecca.
« — Claudine s'en va, — disait ingénument Totote en épelant le titre du volume, et sans se douter qu'elle donnait le mot de la fin.
— La pose s'en va, — concluait Philibert qui avait de l’à-propos, et, confisquant à son profit le livre capable, selon Jui, de ruiner une maison, — la pose s'en va, mais les bonnes filles restent. »
Et comme c'était un homme d'expérience, il embrassait sa femme sur les deux joues et à tour de rôle toutes ces demoiselles sur le front.
Ce baiser collectif rassérénait les visages. Ce Ph:ilibert sauvait la situation; cette teigne d’Angélina, mauvaise comme un âne rouge et pas rancunière pour un sou, embrassait d'elle-même Géraldine. Cette réconciliation dissipait le malaise. Toutes ces dames étaient brusquement prises d’un besoin de tendresse : Totote pour Eugénie, Eugénie pour Myrille, Myrille pour Géraldine malgré sa bouche croûteuse et Géraldine pour ce chameau d’Angélina; c'était une fricassée générale de museaux.
« C'est qu'nous sommes de braves gens ! — triomphait le gros Philibert, — Chez nous, la rancune ne dure pas, n'est-ce pas, ma femme? Tous de braves gens! »
Et, attirant contre lui la souple Myrille et la pressant peut-être un peu plus qu’il n'eût fallu :
« Et pour la peine j'vais vous en dégoiser une. Moi je suis Chanteclair et, quand j'ai le cœur gai, il faut que j’ pousse ma p'tite romance... »
Et d’une voix grasse, la voix prétentieuse et roucoulante des ténors d'atelier :
« Mes amis, le travail est un champ de bataille
« Où le pauvre ouvrier est toujours le vaincu.
« Blessé dans le turbin, où voulez-vous qu'il aille ? « À l'hôpital. Il meurt et n’aura pas vécu. »
Et leur sentimentalité peuple réveillée par cette complainte d'un Baudelaire de faubourg, toutes ces dames reprenaient d’une voix chevrotante :
« Blessé dans le turbin, où voulez-vous qu'il aille ? « À l'hôpital. Il meurt et n’aura pas vécu. »
Un nouveau venu faisait diversion.
Un homme en bras de chemise accourait clopin, clopant, de la maison, pantalonné de velours à côte, une tayolle rouge autour des reins, les manches retroussées jusqu'aux coudes. C'était Anatole, garçon
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de salle et jardinier en second à la maison Philibert; une crinière rousse ébouriffée sur une large face de kalmouck achevait le physique de ce boiteux. Ilétait pied bot de naissance et non d'occasion, comme je l'avais cru d’abord, ayant pris son déhanchement pour une flatterie servile à l'adresse de M"° Philibert :
« Qu'est-ce qu’ y a, Anatole?
— interrogeait Philibert d’une voix importante. — Ne vous essoufflez pas comme ça. »
Anatole ahuri s'était recoifté d'une casquette d’écurie du même mouvement machinal, dont il l’eût ôtée pour nous faire honneur ; puis, confus de sa distraction, il se redécoïffait et pétrissait entre ses fortes mains la malencontreuse casquette :
« Il y a, il y a... — et comme toutes les femmes intriguées écarquillaient les yeux, — il y a, pardon, excuse, que l’ curé de Sainte- Monique fait les cent pas d’vant la maison. Ÿ n'ose pas entrer, l pauvre homme, ça s’ comprend.
Monsieur lui a donné rendez-vous pour la charpente de la p'tite serre.
— Quelle serre? — interrogeait M®° Philibert.
— Ne t'éluges pas! C'est cette vieillerie de carcasse de la petite serre contre le mur des espaliers; ça tient d’ la place et ça ne tient pas debout. L'curé de Sainte-Monique veut bien l'acheter.
— Un bon prix au moins ? — s’informait la bourgeoise.
— Laisse-moi faire, j connais mon métier.
— Alors, vas-y, y faut pas faire attendre M. le curé.
— D'autant plus qu'y piétine et qu'i’ s’ fait vieux — observait Anatole, — l’devant d’ not’ maison, c'est pas une place pour un curé. La rue a beau n’pas être passante, on a vite dit une parole dans not’ pays.
— D'autant plus qu’une soutane devant chez nous, on pourrait croire qu’il y a une de nos dames malades, et ça c'est mauvais pour le bon renom de la maison. Vas-y, mon homme, vas-y.
— Vous êtes des enfants! — Et Philibert avec une tape familière sur la bosse de madame : — Anatole, va retrouver le curé et amène-le par la p'tite porte, la porte de derrière. Par là, personne ne le verra entrer. J’ vais aller vous attendre, j'ai la clef, tu sais par où, n'est-ce pas?
— Ea petite ruelle! Si j” connais la p'tite ruelle. »
Et quand Anatole eut déguerpi à larges enjambées:
e Et vous, mes p'tites chattes, faut rentrer à la maison. Ça n'serait pas convenable que M. le curé vit le bout de votre nez ni même l’ourlet de vos peignoirs. Allons, oustel à la taule, assez pris d'air comme ça; et puis, quatre heures et demie, c'est l'heure où y peut v'nir des clients.
— Oh! patron, laissez-nous regarder à travers les fusains. Nous serons bien sages. Moi, j’ voudrais bien voir son blair à c’ curé.
— Myrille, vous êtes une petite friponne.
— Est-elle pochetée, cette Myrille, — rigolait Angélina, —un blair de curé, c'est comme un blair d’un autre homme!
— Oui, patron, laissez-nous voir! Derrière les arbres, y nous verra pas. Dès que nous l’aurons vu, nous partirons tout d’ suite. »
Et les femmes affriolées insistaient, suppliaient et se frottaient à Philibert, curieuses comme des petites filles et caressantes comme des chattes,
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« Puis vous savez, mesdames, les curés, ça porte malheur.
— Pas quand on touche du fer, ripostait Totote.
— Et tu as du fer sur toi ? gouaillait le gros homme.
Alors Angélina :
— Mais il y a la clé dans votre poche.
— Madame Philibert, brusquait le patron tout à coup devenu sérieux. Ramenez donc ces dames au logis, elles s'émancipent un peu. Pardon excuse, monsieur Jacques, les affaires sont les affaires, ma femme vous tiendra compagnie. »
La patronne s'était levée. Elle avait confié ses pois écossés au jupon de Totote, et frappant ses deux mains comme une maîtresse de classe :
« Allons, mesdames, ce n’est pas une tenue. Rentrez à la maison. Vous savez que nous avons du monde à dîner ce soir.
— Va pas falloir se mettre sur deux rangs comme à la pension? — bougonnait Angélina, incorrigible.
Ce fut son dernier mot, les quatre autres femmes lui emboîtaient le pas.
« J'vous les confie, Eugénie», avait dit M"° Philibert et, la fille à tournure de sous-maîtresse ayant acquiescé d’un petit salut :
« Avec celle-là j'suis bien tranquille, {| c'est un vrai chien de garde. C’est de l'espèce comme on n’en fait plus ».
Et, s'étant assise à mes côtés, la parfaite femme d'ordre, qu'était Véronique, tendait son cou grêle entre les feuilles des noisetiers et surveillait de
loin les phases du marché du curé de Saïinte-Monique et de son Philibert.
Une soutane arpentait les allées du potager en compagnie du gros homme. La curiosité de madame m'avait gagné et je m'efforçais de voir aussi: les rameaux neigeux des pommiers nous gêénaient un peu. C'est comme à travers une brume rose que nous suivions les allées et venues du prêtre et de Philibert : la silhouette démantibulée d'Anatole leur faisait escorte. On avait introduit le curé de Sainte- Monique par la petite porte de service, et maintenant Philibert lui faisait l’article, essayant de placer au saint homme la charpente hors de service de sa petite serre en fer.
Les trois hommes étaient arrêtés devant, contre le mur des espaliers.
Philibert faisait de grands gestes, élevait et baissait les bras, essayant de convaincre le prêtre de l'excellence de l'affaire. Anatole opinait de la tête et son attitude appuyait la parole du patron. Long et maigre, l'air d’un échalas dans sa soutane roussie, l'ecclésiastique s'étreignait le menton d’une main osseuse et ne disait mot :
« Il est si avare, pensait haut Mme Philibert, mais c'est un homme qui fait tant de bien! Ah! les pauvres ici le connaissent ! Il se prive de tout pour faire l'aumône. C'est presque un saint. Il vit sans bonne. Sa mère lui fait son ménage. »
Il me semblait que le saint homme jetait parfois de notre côté des coups d'œil brefs et inquiets.
M”: Philibert poursuivait attendrie :
«< Ah! Philibert lui placera la serre, je ne suis pas en peine ! Il est siintelligent et puis c'est uu si brave homme! Vous l’avez vu avec son personnel ! C'est un père. Si vous voyez les autres, ce sont des négriers. Il faut voir comme ils traitent les femmes! Comme des chiens! Ilest vrai que ce bétail-là.…
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Enfin, en ce moment-ci nous ne sommes pas trop mal, nous en avons connu de pires, mais Philibert y a la main. Sauf Rebecca et cette dinde de Juliette.. Angélina n’est pas mauvaise, elle fait plus de bruit que de dégâts... Philibert sait les prendre. Avez-vous remarqué. Il y en a une qui n'en mène pas large, elle s'en va de la poitrine, la pauvre, c'est Myrille. Eh bien, Philibert ne s'occupe que de cellelà, ce sont des attentions, des prévenances... c'est lui tout entier..., c'est comme ça qu’il m'a prise.
< Il y a dix ans. quand j'étais en pension chez les Dames bleues à Orléans...mes vacances, je venais les passer ici chez mon oncle. J'étais orpheline; mes journées, je les passais avec ces dames comme aujourd'hui dans le jardin. et je puis dire qu’elles me respectaient. Jamais un mot en ma présence... Jusqu'au jour de mon mariage j'ai pu croire que mon oncle tenait un hôtel... On ne se figure pas le respect que ces créatures ont pour l'enfance, car ce sont des créatures — entre nous — et elles font un drôle de métier, mais ce sont des créatures du bon Dieu aussi, de pauvres bêtes de somme... et souvent bien meilleures qu'on ne croit... Donc, je vous disais, monsieur Jacques, que je passais mes vacances ici, dans ce jardin.
— Eh ! madame Philibert! où que vous vous muchez ! donc? On ne vous voit point!
— Ah! monsieur Ledru! Notre invité de ce soir, excusez-moi, monsieur Jacques! Par ici, père Ledru, par ici, dans le fond du jardin... Un drôle de corps, vous allez voir. »
L'arrivée de M. Ledru interrompait notre entretien.