M™* DARBEL, POLIVEAU
M™e DARBEL , viyemetit.
Je suis bien aise de vous voir,
POLIVEAU
Je lisais là , en vous attendant, le Dernier jour tV un Condamné. Me voilà en gaîtëpour notre partie de campagne.
M™® DARBEL
Impossible de m'y rendre aujourd'hui.
POLIVEAU
Comment?
M™» DARBEL, avec agitation.
Connaissez-vous une dame deXercy?
POLIVEAU, liés tant.
Une dame. . .
M™^ DARBEL, appuyant.
Connaissez-vous Madame de Tercy ?
POLIVEAU
Madame de Tercy... si je la connais?... ( A part. ) saurait-elle?. . .
M™^ DARBEL, avec inquiétude.
D'où vient ce trouble? . . . Ernest la connaît aussi . . .
POLIVEAU , embarrassé.
Ernest?. . .
M""^ DARBEL
Quelle est cette dame?
POLIVEAU
Uue amie de M. Surval, son père.
M*"* DARBSt , vivement Son âge ?
POLIVEAU
Ah ! . . . ça peut aller à la quarantaine. . . galamment.
M™^ DARBEI., à part.
Je respire ! . . . ( Après l'avoir examiné. ) Mais elle a une fille?
POLIVEAU
Une fille. . . une demoiselle.
M™"= DARBEL
Jolie ?
POLIVEAU
Pùh!...
M™« DARBEL
Vous né re'potidez pas.
POLIVEAU
Eh! mon dieu ! . . . cheveux blonds , yeux bleus, nez ordinaire , bouche moyenne , visage oval . . . Enfin , figure de passeport.
M""^ DARBEL, se remettant.
Ne plaisantez pas... ces dames sont dans une position...
POLIVEAU
Ça dépend d'une indemnité'.
M™^ DAB.-Ë^L, tout-à-fait tranquille.
Je le sais.
Bah?. . . ( A part. ) Est-ce qu'Ernest aurait fait quelque sottise?
M™^ DARBEL, à part.
Allons, j'avais tort de m'alarmer. . . Ce portefeuille. . . (^Elle le serre dans un tiroir.) je le lui remettrai moi-même. { S^ asseyant et écrivant. ) Je sais encore autre chose... Ernest a besoin de aojooofr.
( Etonnement de FoHveau. )
AIR (TAristlppe.
Pourquoi celle réserve extrême?
Combien elle doit ra'affliger !
El puis-je croire encor qu'il m'aime , Lorsqu'à sa peine , à son danger .
II veut qu'hélas ! mon cœur reste étranger !
La Mailresse. 2
( lo )
Pouf réparer une erreur de jeunesse , Que d'avouer tout lui faisait la Joi ;
A ses amis , quand il s'adresse ,
Devaii-il n'oublier que moi?
Tenez , lirez-le d'embarras ! ( Elle lui remet un billet. ) Ce mot pour mon notaire.
POLI VEAU, le repoussant.
Ernest, accepter un semblable prêt! . . . Allons donc. . . autrefois, à la bonne heure. . , mais à présent. . .
M™^ DARBEL , viçement.
Comment, à présent?. . .
p OLIVE AU , embarrassé. Oui. Je \enx dire , à présent, qu'il n'en a plus besoin , que son père les a pajés. ( A part. ) Je voudrais bien que ce fût la vérité. ( Haut. ) Mais pourquoi ce caprice? pourquoi ne pas aller à votre campagne?... un temps superbe !. . . et nos amis. . . les vôtres?. . . tous jeunes gens aimables, et femmes charmantes, qui vont venir vous prendre.
AIR : Ces postillons sont (fune maladresse.
J'entends déjà le bruit des équipages , Tout , jusqu'au temps , sourit à nos projets; L'hiver enfin dépose ses nuages , Et nos beautés, leurs manteaux écossais... Premiers beaux jours , que vous avez d'attraits ! Puis en calèche , et parmi vos compagnes , Vous voyez- vous , appaisant les autans , Nouvelle Flore , annoncer aux campagnes Le retour du printemps.
M™« DARBEL
Que m'importe, Ernest n'y sera pas.
POLIVEAU
Lui!.. . lui!. . . il faut bien se faire une raison : il ne peut pas toujours être auprès de vous. ( A part. ) Phrase de préparation. ( Haut. ) Son père ne lui laisse pas un moment. . . et c'est aujourd'hui jour d'échéance. {A part.) Il paie sa dette au mariage.
M™^ DARBEL
J'ai accepté un rendez-vous, et je ne puis y manquer... j'ai même compté sur vous pour en prévenir nos amis.
POLIVEAU
Mais à quelle heure, ce rendez-vous?
M™« DARBEL
Ce matin. . . je n'ai pas fixé Fheurc. . . et. . . pardon, si je vous quitte pour ma toilette... mais d'un instant à l'autre on peut venir. . .
POLIVEAU
Je parie que vous allez vous priver d'un pl;iisir , pour rendre quelque service. Avoir de la fortune, du cre'dit , des amis puissans, c'est très-bien... S'en servir pour obliger, encore mieux; mais il y a des circonstances. . . ( A part. ) Il faut pourtant que je l'éloigné pour le reste de la journée ; je m'y suis engagé.
( Il i/isisfe par signes ) M»*8 DARBEL.
N'insistez pas. . . j'ai promis d'attendre.
rOLIVEAU.
AIR du Siège de Corinthe.
Du crédit et de la fortune, J'en conviens , c'est un emploi ; Mais chez nous, la règle comimane Est d'abord d'en user pour soi.
MAD. DARBEL
D'y consentir , C'est en vain qu'on me presse...
A sa promesse Toujours on doit tenir.
POLIVEAU
Oui , c'est l'usage...
Quand on s'engage ; {^ A part. ) Il faut pourtant
QuiaU de nous manque à son serinent.
POLIVEAU
Du crédit tt de la fortune , J'en conviens , c'est un noble emploi j Mais chez nous , la règle commune Est d'abord d'en user pour soi.
MAD. d'arbel.
Du crédit et de la fortune , Oui , c'est là le plus noble emploi ; Et jamais on ne m'importune Quand on vient s'adresser à moi.
( HJad. Darbel rentre dans sun apparlcmcnt. )
( l^ ) SCÈNE V.
POLIVEAU , puis ERNEST.
POLIVEAU , seul.
C'est im parti pris ! . . . elle reste. . . et il est impossible que le bruit de ce mariage n'arrive pas jusqu'à elle... l'éve'neraent du jour ! le sujet de toutes les conversations du deuxième arrondissement. . . On vient- . . si ce pouvait être déjà . . . ( Apercevant Ernest. ) Ernest î ERNEST, vivement.
Poliveau!
POLIVEAU
Toi, ici! quel motif ?
ERNEST
Et toi-même l pourquoi n'êtes-vous pas partis?
POLIVEAU
Impossible de la de'cider. . . un maudit rendez-vous. , « Mais toi , chez elle ?
ERNEST
Ah! ne m'en parle pas!... le jour oîi je dois voir combler tous mes vœux... où je dois devenir l'heureux e'poux d'Henriette . . . tout est perdu pour moi.
Tu me fais trembler. . . que t'est-il donc arrive' ?
ERNEST
Tu sais cette pièce ... ce titre ... la fortune de ma nouvelle famille . . .
POLIVEAU
Eh bien ?
ERNEST
Il était dans mon portefeuille, que je n*ai plus. Je viens de courir partout... et si ce n'est point ici que je l'ai égare'...
POLIVEAU
J'ai pourtant vu madame Darbel , elle ne m'en a pas parlé.
ERNEST
Ah! si cette perte ne devait faire loi't qu'à moi! ma»*
Henriette. . . j'ose à peine prononcer ici son nom ! . . . s'il tant que mou imprudence . . .
POLIVEAU
Tu te de'soles,là... Va plutôt au bureau des effets perdus , c'est le pins court. On y retrouve tout, excepte' les billets de banque.
ERNEST
Ah! trêve de plaisanteries... et comme si je devais porter aujourd'hui la peine de tontes mes folies de jeune homme ; M. Ripert de Metz , ce colonel à qui mon père m'avait charge' d'envoyer. . .
Ces vingt mille francs !
ERNEST
Ouij dont j'ai eu l'imprudence de disposer... un de'pôt. . .
POLIVEAU
Tu as du temps devant toi ; car ce M. Ripert. . .
ERNEST
Il est à Paris , et vient d'avertir qu'il se pre'senterait dans la journe'e.
POLIVEAU
Eh bien ! te voilà joli garçon I
ERNEST
Aide-moi donc. . . conseille-moi.
POLIVEAU
Oh! si tu ne me demandes qiie des conseils, je suis toujours en fonds. Mais une ide'e 1 Le créancier se pre'sente aujourd'hui chez ton père. ( Affirmation d'Ernest. ) Ne rentre que demain.
ERNEST
Oui. . . et mon mariage ?
POLIVEAU
C'est juste . . . autre inconvénient. Il faut que tu sois présent : on ne se marie pas par défaut. Quelqu'un à qui tu te seras confié m'a bien offert la somme . . .
Quoi I vraiment ?
POLIVEAU
Oui , mais je l'ai refusée.
ERNEST , vivement.
Et tu te dis mon ami ?
POLIVEATJ.
Sans doute... tu ne pouvais accepter.
ERNEST
Cctait?...
POLIVEAU
Madame Darbel.
ERNEST
Sophie!... Ah! tu as bien fait. Mais d'où peut-elle savoir?...
POLIVEAU
Ah! voilà... D'où connaît -elle aussi madame de
Tercy ?
ERNEST
Madame de Tercy !
POLIVEAU
Ta future et honorahle belle-mère. . . ellle m*en parlait lout-à-l'heure , ainsi que dHenriette. . . me questionnait sur sa beauté', sa fortune. . .
Tu m'effrayes I . . . Ah I il ne manquerait que cela !
POLIVEAU
Piassure-toi. . . j'ai donne' le chaui;e à sa curiosité. Aussi, c'est ta faute. . . pourquoi es-tu déjà venu tant de fois. . . Hier an soir encore. . . pour rompre. . . il fallait rompre. ( Mouvement d'Ernest. ) Ce n'est pourtant pas difficile : on dit franchement à une femme. . .
AIR (/« Vaudeville de VEcu de six francs.
Vous êtes toujours jeune et belle, Vous avez toutes les vertus...
Que sais-je ? Vous êtes... fidèle !
Mais le fussiez-vous cent fois plus...
Enfin , je ne vous aime plus !
ERNEST
Ah ! dans un cas comme le nôtre , Les femmes demandent pourquoi ?
POLIVEAU
Bien \ alors un leur répond...
POLI VEAU
Eh !.;. parce que j'en aime une autre ! On leur dit simplement : ma foi , C'est parce que j'en aime une autre.
Tu n'avais pas de meilleure raison à donner.
ERNEST
Mais la délicatesse , les égards . . .
Voilà ce qui nous perd toujours, nous autres hommes bien e'Ieve's et sensibles. Au surplus, je me suis charge' de la ne'gociation, et cela ne le regarde plus. . . Tou mariage se fera... tu seras bon e'poux , bon père, bon ami; car j'espère bien que le mariage n^altérera pas notre amitié' , et que je pourrai me dire, un jour, en contemplant ton bonheur et la petite famille : voilà mon ouvrage!