LE DOUBLE APPRENTISSAGE
encore Laurence à faire mon appartement ; novices comme nous le sommes toutes les deux, Topération ne \a pas vite ; aussi j'ai à peine le temps de m'habiller, presque toujours sans le secours de ma femme de ehambrej avant l'heure du déjeuner ; mais je dois dire que ses progrès en fait de ménage sont plus rapides que les miens. Il est vrai qu'elle y apporte une grande bonne volonté.
Je descends pour passer l'inspection du couvert; j'ai bien de la peine à ne pas réparer moi-même les omissions, les oublis; mais ma belle-mère me répète à satiété de faire faire et de ne point faire moi-même^ à moins que je ne^veuille avoir une personne toujours incapable à mon service.
Je veille à la mise en place de chaque chose ; en fait d'ordre, Laurence a tout à apprendre : je le conçois, en voyant comment le désordre règne ici dans la plupart des ménages. A la gène, à la misère, qui découragent, se joint chaque jour le manque de temps. Une pauvre femme qui a souvent à soigner de vieux parents, de jeunes ettfatits, et qui doit aller travailler aux champs, au jardin, laver au lavoir, n'a pas la moindre possibilité d'entretenir atltour'cl'elle la propreté minutieuse et rDt*dre, cette source inépuisable de prospérité pour les petits comttie pour
16e LA MAITRESSE DE MAISON.
les grands... Ainsi que le dit ma belle- mère, avec de la persévérance je réussirai, je Tespère, à faire aimer Tordre à I^urence, comme je Taime moimême, grâce à maman. Dieu sait si je me doutais de ce que c'est lorsque je me suis mariée !
Quant à la couture, Laurence est réellement passée maîtresse. Elle possède un talent de premier ordre
dans une femme de chambre, celui de bien faire les reprises, et elle met autant de goût que d'amourpropre à se montrer habile ouvrière. -
Du moment qu'elle est à travailler dans la lingerie, je suis libre jusqu'à l'heure du dîner, où recommencent mes fonctions de surveillante pour le couvert.
Tout le monde, même mon mari, encourage Laurence pour le service de la table, et lui indique avec douceur ce qu'il y a à faire. Je ne peux encore noter des progrès bien marqués ; mais il y en a pourtant.
Le soir je passe l'inspection partout, et je t'assure que je me sens heureuse lorsque je peux, sans rien perdre de mçn air de dignité, donner un éloge mérité ; la pauvre fille en est si joyeuse ! et elle dit avec tant d'émotion : Ah! que ma mère sera contente, si madame est contente !