‹ La maitresse de maisonChapitre 13 sur 22 · LA FERMÉ · texte numérisé non relu

LA FERMÉ

a fait de tels progrès qu'aujourd'hui il est Thomme de confiance de mon mari. Edouard remploie à la tenue de ses livres d'achats et de ventes ; c'est presque toujours avec le concours de Jean qu'il fait des expériences sur l'engrais des bestiaux et des terres, ainsi que sur les produits des différentes espèces de végétaux dont les feuilles fournissent le meilleur fourrage, dont les graines donnent en plus grande abondance des huiles qui servent à des usages si divers.

C'est un grand talent, vois-tu, chère amie, que cdui qui consiste à employer les gens, non d'après sa propre fantaisie, mais suivant leurs capacités naturelies ; talent qu'Edouard tient de sa mère. Le gros bon sens des paysans de cette contrée en apprécie là ^leur, et ils l,a proclament naïvement par ces mots devenus ici une sorte d'adage : de nest pas M. Beanmont qui voudrait faire pousser le blé dans les prés et r herbe 40*^8 les champs ! adage qu'ils se répètent l'un & l'autre avec un sourire plein de malice, lorsque notre digne maire se laisse aller, dans ses discours d'apparat, à des utopies humanitaires qui me paraissent parfois tout à fait ébouriffantes.

Mais revenons à nos moutons, qui sont bien laids, par parenthèse, y compris même mon cher Bébé. depuis qu'ils onf été tondus.

i<.M) IK MAITRESSE DE MAISON.

Si Jean-Bapliste est passé maître entre les chefs de labour, Jeannette, de son côté, est douée de toutes les qualités nécessaires pour mener avec fermeté Ic^ ménage de la ferme et des travaux intérieurs.

Aux champs, je te l'ai dit, chère amie, c'est avec le jour qu'on se lève pendant toute la belle saison. Jeannette est sur pied la première : elle distribue les déjeuners que chacun emporte avec soi ; le plus souvent du pain, du fromage en font les frais. A midi, tous les travailleurs rentrent pour le dîner. La soupe et un plat, voilà le menu. Mais quelle bonne soupe! et quel énorme plat de légumes cuits tantôt avec de la viande, tantôt avec du lard, tantôt avec de la graisse ! Les jours maigres, le lait caillé, le beurre, les œufs jouent un grand rôle ; en hiver le poisson salé, fumé, vient en aide aux légumes secs. Après le dîner, les travailleurs retournent aux champs, emportant le goûter composé comme le déjeuner; enfin, le soir, un repas aussi solide que le dîner, termine la journée. Le dimanche et les jours de fête on a le vrai pot-au-feu; puis une salade, ou du lait caillé, ou des fruits, ou bien la soupe aux choux et un lapin mis en ragoût avec des légumes en abondance. Aux trèsgrandes fêtes, ma belle-mère accorde quelquefois à la friandise villageoise le mets des riches, c'est-à-dire

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une poule, une oie. Il n'en est pas ainsi dans toutes les fermes ; les charges sont trop lourdes pour que celui qui doit payer un fermage se nourrisse avec tout son monde de cette façon ; mais nous faisons valoir des terres dont nous sommes propriétaires, ce qui est bien différent. Quant à la boisson, c'est par chaque personne un litre et demi de piquette ou de petit cidre, au choix.

Nos domestiques, tu le comprends, sont nourris un peu plus délicatement, parce qu'ils reçoivent une partie de notre desserte ; mais ils n'ont pas d'autre boisson que les gens de la ferme.

Avant de venir ici, je ne me doutais pas du tout qu'aux champs comme à la ville, beaucoup de gens vous estimeht suivant la manière dont votre cave est garnie. Mon mari a affaire à des marchands de grains, de bestiaux, qui ne savent pas faire de marché sans boire ; une foule d'autres personnages non moins bruyants viennent journellement traiter avec lui ; aux uns on ne sert que du demi-vin, les autres ont droit au vin du pays, qui n'est pas merveilleux, mais qui doit couler à flots ; quant à la conclusion du marché, elle n'a jamais lieu sans qu'Edouard soit obligé de faire servir du vin àxK bon coin . Ma tante ne comprend pas qu'Edouard ne mette pas la moindre

importance à passer pour avoir la cave la mieux montée Ah la contrée.

Chez mon oncle, la dépense en vin, nécessitée par les relations avec les marchands de fer et de quincaillerie, monte assez haut pour que ma belle-mùrc ait cru devoir faire quelques remontrances à ce sujet.

«.Je ne veux pas que M. Nesle passe pour un homme ruiné, » a répondu ma tante avec aigreur.

Hélas ! ma Clémence, il suffit de voir le désordre qui règne dans toute la maison et la figure sombre de mon pauvre oncle pour deviner, malgré les grands airs et les belles robes de madame Nesle, que ce n'est pas l'aisance qui règne à la forge ! Mais ma tante rougirait de faire les économies bien entendues qui ent retiennent la fortune au moins, si même elles no Taugmentent pas, et qui permettent d'aider les malheureux autrement que par une aumône passagère !

Oui, je te promets de préparer pour toi un cahier de recettes dans tous les genres pour la ferme et pour la maison de maîtres ; m'en occuper n'est pas possible à présent, et d'ailleurs rien ne presse, puisque tu ne sortiras de pension qu'au printemps. Cet hiver^ j'espère bien pendant les longues veillées, et tout en berçant mon fils, trouver le temps de mettre au r.cl les notes que j'aurai prises pour toi. Colnme je veux

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