UNE MAISON DES CHAMPS
moins que je ne m'en mêle; Mais ce n'est pas tout. J'ai demandé à visiter nos étables, qui renfennent de superbe bétail, et, en wyant ma belle-mère aller et venir sans crainte au milieu de tous ces ruminants^ j'ai tâché de faire comme elle. Sais-tu que la tête d'un beau bœuf est une chose très-remarquable pour un artiste ! je n'y avais pas pris garde jusqu'ici. Il y a dans ce large front, dans ces yeux calmes et doux, un je ne sais quoi qui plaît et qui attire... Cependant lorsque part un mugissement inattendu , je ne puis m'empêcher de reculer en tressaillant.
Dans la bergerie, j'ai choisi un agneau tout blanc; je veux lui apprendre à me suivre partout comme un chien et à respecter les plantés du potager quand je l'y amènerai avec moi. Nos vaches aussi sont magnifiques, et tout cela est si propre, étables, bergerie et bétail ! Notre laiterie m'attire chaque matin ; je reçois, pour la peine que je prends de regarder battre le beurre et mettre les fromages à égoutter, une tasse de lait tel je t'en souhaiterais de pareil pour ton déjeuner, si la chose était possible à Paris. 11 fait encore trop froid pour conduire au pré nos vaches laitières; on continue de les nourrir avec des racines et des aliments cuits; en avril, elles iront de temps en temps au pâturage.
5a LA MAITRESSE DE MAISON.
I^es hôtes de la basse-cour me connaissent déjà, ainsi que les pigeons. Dès que je parais, la gent emplumée accourt vers moi en coquetant, gloussant, piaulant, sur des tons si divers et si glapissants, que j'en suis parfois assourdie.
Tout cela m'amuse jusqu'à présent, mais je ne sais pas si je pourrai y prendre le même ifltérêt que ma belle-mère.... Chut! ne dis rien de cette confidence qui vient de m'échapper. Je comprends que c'est mon devoir de m' intéresser vivement à ces diverses sources d'où découle la fortune d'Edouard... Mais, que veux-tu? j'ai été élevée à la ville, en pension; mes goûts n'ont pas pris cette direction... Enfin, nous verrons... Nos couveuses me paraissent fort touchantes, sans doute; mais pourrai-je un jour, comme maman, songer gravement à l'époque où les couvées commencent, et prendre les mille soins qu'elles exigent pour arriver à bien? 11 est encore quelque chose de très-poétique dans les livres^ et que je trouve pénible, presque rebutant, dans la réalité, quoique je sois bonne et assez charitable, tu le sais. Je veux parler des soins que ma belle-mère donne elle-même à des nécessiteux, vieillards, femmes, enfants, hommes faits, qui se présentent chaque matin au pansement. Elle n'a pas demandé que je
One maison des champs. 57
vinsse la trouver dans la pièce qu'elle appelle sa pharmacie ; mais j'ai senti qu'elle et Edouard jugeraient mal de mon cœur si je ne prenais pas assez sur moi pour offrir mes services, malgré la sorte d'effroi que m'inspire la vue du sang, d'une blessure, et les mouvements involontaires de répugnance qui me bouleversent au seul aspect d'une plaie... Je vais donc dans ce lieu de supplice presque chaque matin, et tout en frissonnant, tout en détournant les yeux tandis que ma main tremblante présente les divers objets dont ma belle-mère a besoin, j'admire son sang-froid plein de douceur. Pas un seul signe de dégoût ne lui échappe. . . et si tu voyais ce que j'ai déjà vu I . .*. La malpropreté unie à la uiisèrè et à des maux cruels!... Eh bien, elle touche à tout cela avec lonté, avec dextérité, et elle trouve des paroles consolantes pour les pauvres malades. Jamais elle ne refuse d'aller chez ceux qui ne peuvent venir à sa pharmacie... C'est un ange, vois-tu, Clémence! Plus je la connais, mieux je comprends la vénération de son fils pour ellel... Crois-tu que j'en ressens parfois une sorte de jalousie? Ah 1 vois-tu, quand il compare sa femme à sa mère, qu'il doit igc trouver peu digne de sa tendresse ! Je pleure alors do dépit ; puis, pour uie consoler, je me dis que je n'ai que vingt
58 LA MAITRESSE DE MAtSON.
ans! Oui, je yeux être, je veux devenir ce qu'est madame Beaumont. Ce sera difficile... mais enfin j'essayerai.
Tu me parles de nos veillées ici : elles sotit trèscourtes. Peu accoutumée à l'exercice et au grand air, je m'endors de très-bonne heure, ce qui fait rire maman, et elle m'envoie me coucher. Edouard a rarement le temps de me faire la lecture ; il a des comptes à régler avec des gens de toute sorte ; maman aussi. Si je pouvais les aider, je ne m'endormirais pas dès huit heures du soir...
Des habitudes toutes nouvelles sont difficiles à prendre, et il faut nous attendre, nous femmes, à cette difficulté quand on nous marie, puisque notre premier devoir est de vivre pour la famille qui nous adopte. Comment se fait-il que personne ne songe à nous le dire d'avance*^ Grâce à moi, te voilà avertie^ chère Clémence. Sans me trahir, avertis à ton tour nos compagnes ; ce sera leur rendre service, je t'as* surci
E.'a«toriCé.
Que tu es bonne, ma Clémence I Ta lettre m'a lait un bien infini! J'étais plus découragée que je ne le disais, et tu as tout deviné I Me pardonneras-tu d'avoir montré cette lettre à ma belle-mère? Je m'v , suis trouvée entraînée par Fémotion que tes douces paroles me causaient^ et aussi parce que je me sen^ taisfière de toi.
« Voyez, maman, ai-je dit, si je n'ai pas une amie sincère, sage I m^le fois plus sage que tnoi ! »
Madame Beaumont a lu lentement^ elle a souri plusieurs fois, et enfin, en m^e rendant ta chère lettre, elle s'est écriée :« Pauvres jeunes fiUesI à chaque pas que vous êtes appelées à faire dans la vie^ quelque iU
lusion s'évanouit ! Et\ous vous étonnez, et vous vous affligez en voyant la réalité remplacer vos rêves!... U faut du temps, je le sais, pour arriver à reconnaître que la bonté de Dieu nous donne de vrais biens en dédommagement de ces illusions perdues et si vivement regrettées... Voulez-vous que je vous en offre un exemple dès à présent?
— Je ne demande pas mieux, ai-je répondu, non sans quelque hésitation.
— Je vois, d'après cette lettre, a repris madame Beaumont, que vous vous êtes plainte à votre amie de n'avoir pas trouvé aux champs toute la poésie des idylles de Florian. Voilà une douce illusion disparue^ vous la regrettez, je le comprends; mais, en compensation, vous avez recouvré deux grands biens que vous aviez perdus à la ville, l'appétit et le sommeil. Vous riez?
— Oui, chère maman, je ris de la compaisation^ sans nier pourtant qu'elle n'ait son prix. Mais je ne voudrais pas,pour tout au monde, arriver à ne vivre que pour faire mes quatre repas et pour dormir depuis huit heures du soir jusqu'à huit heures du matin.
— En ce moment, dit ma belle-mère, qui riait aussi, vous vous acquittez envers le passé d'un ar-
riéré qu'à votre âge il faut payer, sous peine de perdre le plus précieux des biens, la santé. Avant deux mois d'ici, vous serez aussi matinale que Talouette, et je retrouverai en vous, ma chère Pauline, lo zèle dont je vous ai vue animée pour la prospérité de la maison... Vous vous taisez? »
J'ai senti que je rougissais, et, en baissant les yeux, j ai avoué que je n'éprouve aucun attrait pour les occupa ti(His rurales.
« Comment pouvez -vous parler ainsi? s'est écriée madame Beaumont. Vous n'en avez pas la plus légère idée.
— Pardonnez-moi, chère maman. Je vous vois faire sans dire mot. »
Elle sourit encore. — « Ëhbien, demanda-t-cUe, que voyez -vous et quelles sont celles de ces occupations qui vous déplaisent?
— Jamais, non, jamais, me suis-jc alors écriée, je ne pourrai... m'astreindre a une surveillance de tous ' les jours, de tous les instants ! Je ne sais pas ce qui se passe avant l'heure où je me lève; mais je devine que de grand matin vous avez visité la maison, les éiables, la bergerie, la basse-cour, le jardin potager, l'écurie même...
— 11 faut bien, mon enfant, que je m'assure
si les ordres donnés la veille ont été compris, exécutés, et si chacun est à sa besogne.
— Ensuite vous tenez note de tout, du lait tiré tous les matins, du lait tiré tous les soirs; du nombre des œufs recueillis dans les poulaillers;despoules,des oies, des canes qui veulent couver ou qui couvent. Lji veille des jours de marché, c'est devant vous qu'on charge les charrettes; vous inscrivez sur votre calepin tout ce qui sort de la ferme, depuis les paniers de volailles. Jusqu'aux bottes d'épinards et d'oseille; le beurre, les fromages, jusqu'aux bottes de persil... En faire autant ne m'amusera jamais, j'ai peur.
— Vous amuser ! répéta ma belle-mère avec un accent, mais un accent... qui précipita les battements de mon cœur,car je compris que je venais de dire une sottise.
« Ma chère Pauline, continua madame Beaumont d'un ton plus doux, la tâche que je remplis chaque jour de l'année n'est assurément pas amusatUe^ mais ' elle est l'accomplissement de l'un des plus graves devoirs imposés à la femme, soit comme mère, soit comme épouse. Asseyez-vous là, près de moi, et causons quelques instants. Voyons, lorsque votre tuteur vous a parlé de mariage, l'un des premiers rêves que vous avez faits n'a-t-il pas eu j)Our objet
l'espoir d'ôire nudtresse dans votre maison?... Vous
rougissez, c'est répondre. Mais maîtresse comment et de qiLoi?,..»
J'ai senti que je rougissais encore plus, car le souvenir de toutes' nos folies me revenait à l'esprit. Placée comme je l'étais sur un petit tabouret aux pieds de maman, je ne pouvais éviter son regard qu'en baissant les yeux.
« Je vous dirais bien ce que vous avez rôvé, ajoutât-elle lorsqu'elle vit que je ne répondais pas; mais ce serait du temps perdu; vous savez aujourd'hui qu'un mari n'est pas un soupirant, un complaisant uniquement occupé de satisfaire les mille fantaisies de sa jeune femme. (Hélas! oui, Clémence, je le saisi ) Vous savez encore que le mari, chargé du fardeau des affaires du dehors, se mêle peu des affaires de l'intérieur; c'est donc dans sa maison, dans son ménage, que la femme peut et doit être maîtresse. Voyons le comment.
i< Si la nouvelle épouse est frivole, si elle aime la dépense, si elle se montre disposée à donner tout à sa toilette et aux exigences de l'ostentation, l'empire dont chacune est assurée, du moins pendant les premiers temps du mariage, sera de courte durée. Le chef, le maitrey tardera peu à remettre en tutelle
celle qu'il voit disposée à obéir au caprice et non à la raison; la jeune épouse s'irritera, s'indi^era, elle criera à l'injustice, à la parcimonie, à la tyrannie surtout, et la discorde, le malheur, entreront dans le nouveau ménage souvent pour de longues années, quelquefois pour toujours. U n'en est pas de même de la jeune femme qui commence par s'enquérir de ses deroirSj avant de songer à faire valoir ses droits au par^ latje de V autorité domestique, vous le comprenez sans nul doute, ma chère Pauline. Elle ne veut pas qu'aux soucis, qu'aux inquiétudes des affaires du dehors, viennent se joindre ces tracasseries de ménage, supportées par le mari d'autant plus impatiemment que sa compagne doit veiller à ce qu'à son retour chez lui tout soit en ordre et en paix. Cet ordre si nécessaire, cette paix si douce, ne peuvent s'obtenir qu'à la condition d'une surveillance sérieuse exercée sur les domestiques d'abord, puis sur tous ceux que la maison emploie à différents titres. La femme doit être en état de dire, si son mari se plaint, soit du service, soit de l'augmentation de la dépense commune, pourquoi le service est moins bien fait que de coutume; le peut-elle, si elle ne s'est pas assurée que tous ses ordres ont été exécutés? le peut-elle, si elle ignore que tel ou tel est malade, que tel ou td
a fait un excès? Du moment qu'elle l'ignore, la colère du maître peut tomber sur un malheureux et non sur un coupable, et elle concourt ainsi des premières à iaire accuser d'injustice le chef que tous doivent aimer et respecter. Quant à l'augmentation de la dépense commune, lui sera-t-il possible de la justifier, si elle n a pas veillera ce que les provisions soient distribuées de manière à satisfaire, sans gaspillage, aux besoins de chacun? à ce que des mains négligentes ou infidèles n'aient pas employé en im jour ■ ou n'aient pas dérobé une trop grande partie des produits du jardin, du verger, du potager, de la bassecour, des prairies et des champs, produits que dos loi^ il a fallu remplacer par des achats dont on aurait pu se dispenser?... Vous ne dites rien, mon enfant?
— J'écoute, ma mère, » ai-je répondu toute pensive.
Madame Beaumont a une manière à elle de présenter les choses... qui fait... qu'en vérité je ne trouve jamais aucune raison à opposer ù ses raisonnements; et toi, Clémence?
« Vous pensez bien, a continué ma belle-mère, que l'homme qui voit dans sa compagne un être intelligent, rempli de bonne volonté et doué dune activité sage, ne songe nullement à lui rien disputer
de rautorilé qu'elle exerce dans Tîntérieur de la maison. L'estime qu'il lui montre, la confiance en elle, consolident son empire. Personne, parmi les domestiques, personne parmi les travailleurs employés dans une maison ainsi dirigée, n'a l'idée d'en appeler de madame à motisieur; si surtout à un sentiment de justice la maîtresse de maison joint la douceur mêlée de dignité et une véritaMe bonté.
— Comme vous, chère maman ! me suis-je écriée en lui sautant au cou et en l'embrassant avec effusion.
— Merci, ma fille, merci de ce témoignage de votre aflection pour moi 1 a dit madame Beaumont, sensiblement émue. Je ne vous répondrai point, avec une fausse modestie, que je me crois indigne de vos louanges; je sens, au contraire,, que je les mérite, mais sans m'en enorgueillir, car je ne suis que ce que Dieu «et les circonstances m'ont faite. Peut-être si, dès l'enfance, je n'avais pas eu à lutter, à lutter sans cesse contre mon entourage et contre moimême, serais-je devenue ce que deviennent tant de femmes soutenues ou gâtées par la tendresse de pa- * rents irréfléchis, imprudents,ou par les aisances de la fortune. Mais j'étais privée de l'appui de ma mère; mais j'avais un père livré au tourbillon des affaires;
il a fallu me former et me réformer presque seule; Dieu, dans sa bonté, m'avait donné une volonté ferme; il me suscita plus tard un ami, ce pauvre commis, M. Corbin,dontjevousaiparlé,dont jevous parlerai souvent encore, car je lui dois tant pour ses bons conseils! La réflexion, r*âge aidant, j'ai pu acquérir peu à peu une expérience dont vous voudrez profiter, je l'espère... Mais revenons à ce que je vous disais tout à l'heure, à cette autorité que toute femme, jeune ou vieille, est désireuse d'exercer dans sa maison.
« Je viens de vous montrer à quel prix elle s'obtient, comment elle se conserve, au prix de cette surveillance qui vous paraît, je le conçois, fastidieuse, ennuyeuse, mesquine même dans ses mille détails. Mais si j'ignore le nombre, la valeur des différents objets que je fais vendre, comment pourrai -je demander un compte rigoureux de cette vente aux personnes qui en sont chargées? Si je ne surveille pas la qualité, la quantité de nourriture nécessaire , aux gens, aux animaux; si je ne m'assure pas que cette quantité a été donnée et non dépassée, ne suis-je pas facilement dupe de l' improbité de l'un ou de l'autre?
« Ne croyez pas, ma chère Pauline, qu'il faille pousser cependant cette surveillance jusqu'aux dernières limites; quelques dépenses à peu près inutiles,
quelques infidélités, ont lieu nécessairement dans une maison aussi considérable que Test là nôtre; le plus sage est de faire en ceci la part de la faiblesse humaine; mais il faut veiller à ce que cette faiblesse ne dépasse point les bornes qui lui ont été assignées après réflexion. Vous comprenez bien, ma chère enfant, que je n'irai pas demander compte aux filles de basse-cour d'un litre de lait ou de quelques œufs en plus ou en moins; il me suffit qu elles sachent que je suis en mesure de calculer, au plus juste^ le rendément de la laiterie, du poulailler et du pigeonnier. Il en est de même du fourrage pour les étables, pour récurie; de môme encore pour les produits du potager. Un peu de laissé eisX nécessaire en tout et partout; ceci est de la charité, de Tindulgence pour le prochain. D'ailleurs, j'ai trouvé moyen d'iii^er^tter tout notre monde à la prospérité de la maison.
— Oui, me suis-je écriée, je sais, chère maman, que vous faites des rentes à vos anciens serviteurs.
— Ma chère enfant, on vous a mal renseignée.
— Mais c'est Edouard qui m'a dit cela.
— 11 se sera mal expliqué, ou vous aureas mal entendu. Ce sont mes serviteurs qui se créent à euxmêmes des rentes en aidant à l'accroissement des revenus de la maison.
— Comment cela, ma mère?
— Je vous le dirai un autre jour. Voici Theureoù le bétail \a revenir de la prairie; j*ai quelque chose à dire au bouvier et une course à faire jusqu'au \illage. Viendrez-vous avec moi?
— Oh I bien volontiers.
— Eh bien, nous continuerons en chemin notre causerie. Mais laissez-moi vous faire remarquer, ma chère Pauline, pendant que notre entretien est bien présent à votre esprit, que Y exercice d une autorité^ quelle qu elle soit, n'est jamais amusant , dans le sens qu a votre âge on attache à ce mot. Qui dit autorité dit devoir et travail. Mettez-vous bien cela dans l'esprit. L'autorité d'uw jour de la nouvelle épouse ne devient autorité de toute la vie que par une attention
soutenue à remplir les nombreux devoirs que la nouvelle épouse a acceptés. Leur accompIissexn6iit,uprés avoir donné le droit à la femme de diriger la maiso», la conduit tôt ou tard à devenir le conseil de aon mari en ce qui touche les aflaires du dehors. Il est rare que l'homme qui a reconnu dans sa compagne de la raison, un esprit de justice et d'ordre, ne la consulte pas lorsqu'un projet le préoccupe; ce sont là de nouveaux liens qui resserrent encore les nœuds si
saints du mariage... Allez mettre votre manteau et votre chapeau . »
Qu en dis-tu, Clémence? Encore un de nos rêves évanouis ! . . . Être maîtresse ^ comme nous l'entendions toi et moi, c'était si doux et si beaul Mais la réalité! . . . Enfin nous verrons.
L'ostentation .
Cette lettre, ma chère Clémence, est pour toi seule; et cependant combien de leçons utiles no» jeunes amies trouveraient dans le récit de ce que j'ai vul Mais il s'agit de la famille de mon mari... Je te prie même de ne point me répondre à ce sujet. Jamais madame Beaumont et Edouard ne parlent de ce qui se passe à la forge, et sans une circonstance bien inattendue, j'ignorerais encore combien M. Nesle est malhèui^eux. Sois donc discrète ! . . . Peut-être me diras-tu qu'alors je devais l'être la première et me taii*e, même avec toi..* Mais j'ai le cœur si plein!... Lis et juge.
Depuis notice alrrivéeici, la visite que nous devions
faire en famille à la forge s'était trouvée relardée par mille et mille empêchements. L'autre jour enfin nous sommes montés tous les trois dans notre vilaine carriole d'osier, bien laide, mais fort commode, et que le char-à-bancs, je le reconnais tout bas, ne remplacera qu'imparfaitement. Je t'ai décrit l'année dernière la joUe maison d'habitation de M. Nesle; sa situation charmante sur le penchant d'une colline verdoyante, les beaux bois dont elle est entourée, le jardin d'où l'on découvre des points de vue si pittol'csques, et enfin l'ameublement élégant de l'appariemcnt d'airparat. Je n'avais vu que cela^ lors de ma première visite, et sans doute aujourd'hui encx)rc n'aurais-je vu que cela^ sans la nécessité où ma belle-mère et moi nous nous sommes trouvées d'accepter l'hospitalité pour la nuit, parce que mon mari a dû accompagner M. Nesle à deux lieues plus loin pour une affaire très-importante ; ces messieurs ne pouvant être de retour» que fort tard, nous avons été obligées de renoncer à revenir au logis le soir même. Madame >'esle et Anaïs nous ont reçues à bras ouverts, mais au fond je crois qu' Anaïs seule était contente d'une visite qui lui apportait un peu de distraction. Elle est gentille, ma cousine ; sans être jolie, elle plait, elle attire.
Après avoir pris quelques rafraichissements, servis avec une sorte de pompe et avec un grand étalage de bandéges peints, dorés, de cristaux, de porcelaines, nous sommes partis tous pour la forge.
De la maison d'habitation, on entend le bruit des marteaux ; le soir, à travers les arbres, on voit pétiller les flammes et voler les étincelles. Madame Nesle lie cesse de se plaindre de cet odieux voisinage. Elle a mis en œuvre toutes les séductions pour obtenir de son mari d'acheter une belle maison placée bien plus loin de la forge ; mais M . Nesle s'est borné à répondre avec persévérance : « Je suis né au bruit des marteaux de cette forge qui nous fait vivre ; dans cette maison, que mon père a bâtie, il a vécu; il y est lùort après^avoir travaillé, sans jamais se lasser, à créer une fortune à ses enfants ; je veux vivre et mourir dans la maison bâtie par mon père ! »
Je te dirai, chère amie, que ma belle-mère ne vient jamais au village des Boi? sans émotion ; au moment où nous arrivions, j'ai vu des larmes briller dans ses yeux... C'est ici qu'elle a fait le rude apprentissage de maîtresse de maison, et je devine, maintenant que je la connais, ce qu'elle souffre en voyant le luxe qui remplace la simplicité de si bon goût à la campagne. Madame Nesle se croirait
7i LA MAITKESSE DE MAISON.
déshonorée si elle n'avait pas dans son salon des meubles de Paris, des tentures de Lyon. Son mari, pour obtenir la paix, a dû céder; mais il s'est opposé formellement à toute espèce de changement dans la petite bicoque située tout près de la forge, et où sont ses bureaux et son cabinet. Jusqu'aux vieux meubles ont été conservés avec un soin re-
ligieux ; rien n'a été changé d^ place. Le portrait de M. Nesle père est suspendu au-dessus du casier de l'antique bureau, et j'ai remarqué que, tout en parlant, mon oncle tourne souvent les yeux vers ce portrait.
Il nous a reçus avec affection, mais sans aucune de ces démonstrations dont sa femme est si prodigue. Jamais autant qu'aujourd'hui je ne me suis sentie émue de l'expression de tristesse empreinte sur son visage. Ma belle-mère aussi était plus sérieuse que de coutume. Je l'ai compris : ses souvenirs d'en-, fance, de jeunesse, sont ici, et il est trop probable que sbn frère a plus d'un sujet de regretter la paix et l'ordre qu'elle faisait régner dans sa maison ; même apt'ès s'être mariée, elle a continué de la diriger, jusqu'au jout^ où, bien malheureusement pour lui, il a voulu se marier à son tour.
J'ai demandé à visiter la forge ; madame T^esle
s'est récriée , sur cette fantaisie^ mais j'ai vu que M. Nesle, Édcjuard, madame Beaumant, me savaient gré de ma curiosité.
« Je vous laisse, a dit madame Nesle d'un air d'humeur, mon domaine n'est 'pas ici, et j*ai des ordres à donner pour le dîner. Anaïs, prends bien garde aux étincelles ! Tu mets aujourd'hui pour la seconde fois cette jolie robe de taffetas chiné que madame et mademoiselle Aubert t'envient tant!... Ne vas pas la gâter ^
— J'engage ma fdle à te suivre, ma chère amie, a dit à son tour M. Nesle d'un ton froid. Elle n'est pas vêtue, comme sa cousine, de manière à braver les accidents auxquels expose une visite à la forge ; visite dont elle se soucie fort peu d'ailleurs. »
Et aussitôt il s'empara de mon bras.
Madame Nesle, en murmurant, emmena sa fdlc^ qui me parut enchantée de se trouver ainsi dispen* sée de nous accompagner ; et pourtant je crois que sa présence aurait fait grand plaisir à son père.
Je ne te raconterai pas, chère amie, ce quej^ù (întrevtt pendant notre promenade : à dire vrai, il me serait impossible de t' offrir même le plus court ex* posé de travaux, absolument nouveaux pour moi; mais j'îii senti la joie que donnaient mes qucslions^
parfois bien naives, ainsi que rintérôl que je prenais aux objets sur lesquels on attirait mon attention; aussi sommes-nous restés plus de deux heures à la forge, et dans les magasins où se serrent les divei's outils à mesure de leur fabrication.
« Merci, ma nièce, ma. bonne et chère Pauline, m'a dit M. Nesle, au moment où nous allions nous acheminer \ers la maison. Vous m'avez procuré la plus douce des jouissances, celle de voir mes travaux appréciés ! jouissance qui me manque ici!... Qu il doit être heureux votre mari! Et combien ma sœur, qui se connaît en belles âmes, doit vous aimer ! »
Les larmes me sont venues aux yeux. Il y avait tant * de souffrance dans Taccent qui accompagnait ces paroles I et ces paroles elles-mêmes disaient si bien de quelle amertume le cœur de Tépoux et du père est gonflé I
Tu ne pourrais te figurer, chère amie, l'élégance du sei*vice de la table pour ce diner de famille, car nous étions entre nous, ni Tair effaré des domestiques. Madame Nesle prit le soin de nous apprendre qu'ils étaient tous nouveaux, qu'elle avait fait maison nette peu de jours auparavant, que cela lui arrivait souvent : « car, ajouta-t-elle en ricanant, je ne suis
pas douée de la patience de madame Beaumonl, qui endure sans se fâcher les maladresses. »
Nous en eûmes la preuve à Tinstant. Le valet qui nous servait ayant laissé tomber une assiette de dessert fort belle, madame Nesle s'emporta... Ma Clémence, mon pauvre oncle doit être bien malheureux I
Après le diner, quelques personnes du voisinage vim*ent en visite. On complimenta Anaîs au sujet de deux belles jardinières remplies de fleurs en papier de sa façon. Ma cousine a réellement Thabileté des fées, l^es rideaux en tricot à jour, les embrasses, Jes toilettes de tous les meubles, en filet brodé et au piiint de crochet dans tous Jes genres, le riche tapis du guéridon, les lambrequins en tapisserie, ainsi que les bordures des portières, les bandeaux des fenêtres, les coussins des divans, les vide-poches, les corbeilles à ouvrages, aussi multipliés qu'élégants et variés, tout cela est son ouvrage.
« Croiriez-vous bien, dit madame Nesle, ravie des compliments mérités adressés à sa fille, que M. Nesle lui fait presque un crime de ces travaux à Faiguillc où elle excelle!
— Je ne lui en fais pas un crime ^ répondit M. Nesle; seulement, je regrette de lui voir abandonner pour
des occupations manuelles, qui prennent tieaucoup de temps et qui coûtent fort cher d'exécution, le crayon et le pinceau que jadis elle maniait si bien, et jusqu a son piano que maintenant elle n'ouvre pas une seule fois dans tout un mois. Quant à la lecture, il n'en est plus question : livres français et anglais dorment en paix; mais la bibliothèque sans cesse consultée est celle qui se compose de journaux remplis de dessins de broderies, de tricots. . . Que sais-je?
— Ne vous le disais-je pas bien? » s'écria madame Nesle avec aigreur.
Aussitôt s'engagea une discussion très-yive, soutenue par toutes les personnes qui se trouvaient là, sur la nécessité où sont les femmes qui vivent beaucoup chez elles et à la campagne de se créer, par les travaux à l'aiguille, les distractions dont la solitude leur fait un besoin, et sur l'utilité, de ces travaux, nécessité et utilité fort controversées par les uns et les autres. Ceux-ci disaient que les travaux de ce genre ne servent qu'à nourrir la vanité, le goût du luxe; ceux-là prétendaient qu'ils convenaient mieux aux femmes que la peinture, la musique, la lecture; que la lecture surtout, qui les dispose au pédantisme. Tous et chacun soutenaient ces diverses opinions avec tant de vivacité que je crus un moment qu'on allait
en venir aux mains... Seule, ma belle-mère el mol nous n'>avions rien dit, non plus qu'Edouard. L'arrivée de deux nouveaux visiteurs fit prendre un autre tour à la conversation, et bientôt on parla de danser, proposition qui fut accueillie avec joie. Mais aucune de ces demoiselles ne voulait faire danser les autres. 31a qualité déjeune femme m'imposait le devoir de me sacrifier.*. Je me mis au piano... Il n'était pas d'accord et deux cordes se trouvaient cassées. Alors les jeux innocents vinrent nous^ offrir l'occasion de rire, de ce bon rire qui fait tant de bien.
La soirée avançait cependant, et je croyais que nous allions bientôt partir, lorsque madame Beaumont vint me dire qu'une aflaire imprévite ayant obligé M. Nesle de se rendre à un village assez éloigné, Edouard avait voulu l'accompagner,* et que nous passerions la nuit chez sa belle-sœur. Je n'en fus pas fâchée, car je m'amusais de tout mon cœur.
Ces deux messieurs n'étaient pas encore rentrés, lorsque tout le monde se retira. Anaïs en profita pour m' entraîner dans sa chambre, après m'avoir montré celle qu'on avait préparée pour mon mari et* moi.
Ma Clémence, comment te peindre le désordre de cette chambre de jeune fille! Pas un meuble qui ne fût encombré de vêtements éparn ! Des soies, dej>
laines empilées pêle-mêle dans des corbeilles ou jonchant le plancher; deux ou trois jupons, tout blancs, les uns sans cordons, les autres déchirés, jetés ici, là, avec des bas dans le même état, et des bottines sales; sur le métier à broder, un corset hors de service et en partie recouvert de fleurs en papier ébauchées, de dentelles au tricot et au crochet non achevées.
« Ce que c'est, dit Anaïs, en prenant à deux mains tous ces objets si divers et en les jetant ensemble dans le cabinet de toilette, ce que c'est que de ne pouvoir se procurer dans ce misérable pays une femme de chambre un peu soigneuse ! Nous avons beau en changer, nous ne trouvons pas un seul sujet capable. Figurez-vous, ma cousine, qu'il m' arrive souvent, comme aujourd'hui, de n'avoir pas un jupon, pas une paire de bas en bon état ! N'est-ce pas pitoyable ?
— Oui, très-pitoyable, répondis-je. Mais pourquoi ne les remettez-vous pas en état vous-mêirie ?
— Moi? Est-ce que j'ai le temps?... Je médite une œuvre colossale I II s'agit de faire des rideaux au tricot pour le lit de maman et pour les fenêtres de sa chambre ; de grands et de petits rideaux, entendezvous bien ! manteau de lit au crochet carré, manteau d'édredon en fdet carré brodé en reprises I Quand ce
grand ouvrage sera terminé, mon père ne pourra plus se refuser à acheter pour la chambre de maman un beau lit en palissandre, un tête-à-tête^ de grands fauteuils dormeuses; alors je compléterai Tensemble en faisant des toilettes pour chaque meuble. . . Les dessins seront de mon invention... j'ai déjà jeté quelques croquis sur le papier ; je vais vous les faire voir... Et ainsi maman ne sera plus obligée de recevoir Thiver dans le salon, en bas. Elle aura une chambre qui fera l'admiration de tout le monde. »
Tout en parlant , Anaîs ouvrait les tiroirs de la ' commode ; elley fouillait avec activité, sans se mettre en peine d'augmenter le désordre qui y régnait déjà... Heureusement pour moi, car j'aurais fini, je crois, par lui dire quelques mots piquants, la femme de chambre vint me prévenir du retour d'Edouard. J'embrassai Anaïs, et je me retirai.
Clémence, le même désordre règne dans toute la maison ! J'ai pu l'entrevoir, et ce désordre m'a frappée d'autant plus, qu'il forme un contraste saisissant avec l'ordre qui règne chez ma belle-mère. A l'exception de l'appartement du rez-de-chaussée, la négligence, le manque de soin se font sentir partout. Je n'ose te dire les mille détails qui m'ont conduite à comprendre qu*ici luttent le hixe et la misèjfe ; oui,
K^i LA MAITRESSE DE MAISON.-
chère amie, la misère résultant du désordre de tous les jours et le luxe imaginé et soutenu par une ostentation puérile.
Le lendemain matin, Anaïs est venue me montrer ses croquis de rideaux ; puis elle m*a parlé de dessins de broderie en lacet fin et points de dentelles, qui imiteront le point d'Angleterre ou les plus belles malines à s'y méprendre. Pendant qu'elle me racontait ses projets de travaux de fée, je regardais les serviettes de toilette toutes déchirées qu'on avait placées la veille sur la {able dans cette chambre d'amis^ où le papier de tenture se détache en longs pans dans les encoignures du plafond, et où les rideaux blancs attestent de plusieurs façons leurs très-anciens et trèsconstants services.
Comme je passais près de l'office pour me rendre dans la salle à manger, j'ai entendu une discussion qui m'a prouvé que si la porcelaine, les cristaux, le vermeil abondent pour le service de la table, les ustensiles les plus ordinaires manquent dans la cuisine, et que si les maîtres font bonne chère, les domestiques n'ont pas toujours une nourriture suffisante...
Mon amie, je suis sortie de cette maison le cœur navré. Je comprenais enfin quelques mots qui avaient échappé une ou deux fois devant moi à ma belle-
LOSTENTATIOX. ïQ
mère... Oui, mon mallieureux oncle lutte vainement, par son travail -et son économie, contre les dilapidations qui résultent de la vanité, de Tinsouciance et de la paresse, j'ose le dire, de sa femme et de sa fille; toutes deux amèneront sa ruine, et toutes deux Taccusent de lésine, d'avarice même! Te figures-tu une maison où le linge, les vêtements qui ont besoin de réparation, sont laissés de côté, ou bien employés eu mauvais état pour tout ce qui ne parait pas, et remplacés sans cesse par du neuf? Te figures-tu une maison où Ton change de domestiques presque tous les huit jours? Puisque ceux qui gardent plusieurs mois au moins les gens qui les servent ont tant de peine à obtenir d'eux, en les suiTeillant, de l'ordre et de la propreté, juge de ce que ce doit être chez M. Nesle où si souvent il faut mettre au fait de nouveaux servileurs, que bientôt le refus des choses,usiielles les plus nécessaires, les cofères de la maîtresse et la famine jbnt fuir !
Je n'ai pas dit une seule de mes remarques ^ Edouard ni à ma belle-mére ; c'eût été toucher une plaie bien douloureuse, je le sais à présent; mais j'ai fait en moi-même des réflexions sérieuses sur ce que je venais de voir I Non, chère amie, aucun des ser mons de madame Beaumont sur l'importance dont est
l'épouse dans le ménage n'aurait produit une impression aussi profonde que ce que j'ai tm, vu de mes • propres yeux. . . et deviné I
Maintenant, après le déjeuner, je dessine, je peins ou bien j'étudie mon piano ; cela me délasse des soins domestiques qui ont occupé toute ma matinée. J'ai offert mes services à Edouard pour sa correspondance avec r Angleterre; enfin, chère amie, je suis décidée à me surveiller pour ne pas retomber dans l'indolence à laquelle je m'étais abandonnée parfois depuis mon mariage.
Hier, ma belle-mèré me voyant laisser de côté, pour visiter les bas d'Edouard et les miens, une jolie broderie que je voudrais pourtant bien achever, m'a dit en me prenant la main ; « Pauline, je remercie Dieu chaque jour de vous avoir unie à mon Edouard !»
Nous nous sommes embrassées avec émotion.
Clémence, sans me trahir, sans désigner personne, raconte à toutes nos amies ce que j'ai vu... Ah! dès le berceau on devrait nous apprendre que dans les mains de l'épouse. Dieu a mis le bonheur, la fortune de l'homme et l'honneur de tous !
|}iie IcMilYe.
Si Ton nous avait dit, ma Clémence, à toi et à moi, il y a un an, que non-seulement je m'intéresserais aux opérations qu'exige une lessive, mais encore que j'aurais la prétention de t'y intéresser à ton tour, toi et moi nous aurions ri de bon cœur de rimpertmence en déclarant la chose tout à fait impossible. Eh bien ! aujourd'hui, charmée de ma science de fraîche date, je viens la partager avec toi, et comme je sais quelle est ton ardeur pour t'instruire d'avance des obligations que doit t'imposer un jour ou l'autre le titre de maîtresse de maison, je suis bien certaine d'être lue attentivement et même avec plaisir.
le linge fin par-dessous ; cette cuve est percée par en bas et munie d'un robinet qu'on ouvre à volonté ; on fait ensuite le coulage à froid^ c'est-à-dire qu'on verse de l'eau sur le linge encuvé, jusqu'à ce que cette eau sorte claire par le bas de la cuve; puis on laisse tremper vingt-quatre heures. Alors on vide l'eau de la cuve, et l'on étend par-dessus une grande toile forte appelée cendrier; on couvre le cendrier de cendres de bois neuf mêlées d'une certaine quantité de soude ou de potasse; on fait tiédir de l'eau dans une chaudière et on la verse sur le cendrier. Cette première coulée passe à travers le linge contenu dans la cuve ; on la recueille à sa sortie du robinet pour la faire chauffer de nouveau et la verser de nouveau sur le linge. Sais-tu combien de temps dure cette opération ? de quinze à dix-huit heures j parce qu'il faut arriver, en chauffant la lessive de plus en plus, à la verser bouillante sur le cendrier. Voilà déjà quatre opérations ; ce qu'il y a de curieux, et ce dont tu ne te doutes guère, pas plus que je ne m'en doutais moi-même, c'est que l'eau de cendres et de soude, ou la lessive, étant a/cdine^ c'est-à-dire chargée des sels que contient la cendre et de ceux qui forment la soude, se mêle, se combine avec les taches grasses, transforme ces taches en savony en vrai savon, puisque le savon n'est