‹ La maitresse légitimeChapitre 11 sur 58 · TROISIEME MÉDITATION J · texte numérisé non relu

TROISIEME MÉDITATION J

Diminution de la natalité. — Pko&rès du malthusianisme. — Massacre des males. — Surnombre DES FEMMES A PARIS, EN EUROPE ET DANS le monde. — Conséquences. — Solutions. — Surnombre des hommes en Californie. — Précédents HISTORIQUES D’INSTITUTION DE LA POLYGA¬ MIE APRÈS DES GUERRES.

« Si Von classait, scientifiquement, par ordre d’importance, les problèmes vitaux que nous avons à résoudre pour nous tirer d’ affaire, on serait obligé d* accorder le n° 1 à celui de la « dénatalité ».

Louis Forest.

(Le Matin , 14 décembre 1922).

« La France, par delà les tombes , cherche les berceaux. »

Paul Deschanel.

Le Matin du 1er mai 1922 contenait ces précisions:

« La statistique du mouvement de la population dans les principales villes de France pendant le deuxième semestre de 1921, montre que pendant cette période la natalité a été très inférieure à celle du premier semestre de cette année et à celle de 1920. A Paris, on a enregistré 27.498 naissances pendant les six premiers mois de 1921, et 24.522 seulement pendant les six derniers. Cette

diminution est parallèle à celle du nombre des mariage *, bien plus faible en 1921 que pendant les deux années précédentes . »

Voici un autre cri d’alarme :

« En 1913, dans 77 départements , on avait compté 150 mariages et 183 naissances pour 10.000 habitants .

Pendant la guerre on se maria beaucoup moins. La moyenne des mariages de 1914 à 1918 fut seulement de 83 pour 10.000 habitants ; les naissances s'élevèrent à 122 ; la proportion des naissances avait donc augmenté .

Depuis l'armistice , on se marie davantage , plus même qu'en 1913 ; 295 mariages pour 10.000 habitants .

Mais — et c'est là l'inexplicable — le nombre des naissances est tombé à 165. Pour 145 mariages de plus, 18 naissances de moins.

Cela fait un joli total — en moins — pour toute la France , Il faut croire qu'en dépit de toutes les sévères répressions de propagande anticonceptionnelle, les pratiques de... prudence deviennent de plus en plus fréquentes avec la cherté de la vie. Les choux, tout seuls, coûtent déjà de tels prix que l'on conçoit l'hésitation des parents à en acheter de tout garnis ... »

Pendant que j’écris ce livre, je relève, dans Le Matin , l’exemple d’une commune de la presqu’île de Rhuys, dans le Morbihan, celle d’Arzon-Port- Navalo.

En moins de 330 ans, sa population est tombée de 2.300 habitants à 1.500 et ce mouvement s’accentue avec une vitesse vertigineuse d’année en année. Pour une trentaine de décès déjà enregistrés en 1922 , il y a à peine 20 naissances.

Quatre mariages seulement ont eu lieu, alors qu’on en comptait 25 à 30 autrefois.

Mais voici qui est plus impressionnant encore par son ensemble : sous le titre : Des statistiques tragiques, le numéro daté de janvier 1923 de la Revue de l9 Alliance nationale pour l'accroissement de la

population française, lance ce cri d’alarme, justifié par un document incontestable :

Le « Journal Officiel » a publié le 12 décembre le tableau du mouvement de la population française pendant le premier semestre de 1922.

Cette statistique est de beaucoup la plus néfaste qui ait été publiée en France depuis un siècle , pour une période de paix .

Le nombre des naissances n’a atteint que 396.726, soit 24.454 de moins que l’an dernier et 27.942 de moins qu’il y a deux ans ; celui des décès s’est élevé à 387.681, soit 39.352 de plus que l’année dernière . L’excédent des nais sances sur les décès n’a été par suite que de 9.045, au lieu de 72.851 pendant le premier semestre de 1921.

51 départements ont eu plus de décès que de naissances .

L’augmentation du nombre des décès , si regrettable qu’elle soit, n’est pas véritablement inquiétante, car la mortalité a beaucoup diminué durant le deuxième semestre ; au contraire la réduction des naissances justifie toutes les inquiétudes, car la natalité a continué à décroître au cours des derniers mois. Il est dés a

PRÉSENT CERTAIN QUE NOUS AURONS CETTE ANNÉE ENVIRON 50.000 NAISSANCES DE MOINS QUE L*AN DERNIER. (1)

Le nombre des mariages n’a atteint , durant le premier semestre, que 193.454, soit une diminution de 44.731 par rapport aux six premiers ntois de 1921, de 139.787 par rapport au premier semestre de 1920 ; c’est là encore, toutefois, un chiffre très supérieur à la moyenne d’avantguerre, qui était d’environ 160.000. Vu le nombre exceptionnel des mariages célébrés depuis la démobi-

(1) Au moment de mettre sous presse cette nouvelle édition (avril 1923), je trouve en effet dans le tableau du mouvement de la population au cours de l’année 1922 et en comparaison avec l’année 1921, que, bien que les décès aient été moins nombreux de 7.000 en 1922 qu’en 1921, l’excédent de naissances sur les décès en 1922 n’a été que de 70.000 contre 117.000 en 1921, car il y avait eu, en 1921 : 813.396 naissances et 1922 n’en donna que 759.846; soit 53.350 de moins, rien que d’une année à Fautre !

lisation . nous auriom dû avoir en 1922 une natalité extrêmement élevée ; nous en avons eu une très faible , Que nous réserve F avenir pour la période où nous n'aurons plus , chaque année, qu’un nombre de mariages inférieur à celui d’avanl-guerre ?

Il est certain que la statistique de Y Officiel est véritablement alarmante : elle atteste que, d'une année à l’autre, le nombre des naissances a diminué dans 81 département sur 88, n’ayant donc augmenté que dans 7 et d’un nombre infime. Elle justifie les craintes de ceux qui, comme le rappelait récemment André Michelin, se souviennent que sous Louis XIV, en 1700, la population française s’élevait à 40 % du total de celle des grandes puissances de l’époque et qu’elle est tombée, aujourd’hui, à 9 % ; qu’en 1789, la France avait 26 millions d’habitants et la Prusse 5 ; qu’en 1840, la France en avait 34 et T Allemagne 21 et demi, tandis qu’au jourdTiui la France en a 39 millions, mais l’Allemagne 62 et demi malgré 2 millions d’hommes qu’elle a perdus à la guerre et 8 autres millions qu’elle a restitués à la Pologne, au Danemark, à la France. Si bien qu’il y aura, dans douze ans, en France 68 habitants par kilomètre carré et en Allemagne 145, soit deux fois plus. Et alors ceux qui prétendent — à bon droit peut-être — qu’un peuple nombreux en impose par sa force même et fait réfléchir à deux fois ceux qui veulent l’attaquer, rappellent la cynique prophétie du Docteur allemand Rommel : « Le moment approche où les cinq fils pauvres de la famille allemande , alléchés par les ressources et les fertilités de la France } viendront facilement à bout du riche fils unique de la famille française . »

On trouvera plus loin de suggestives indications sur le nombre d’avortements artificiels ou provoqués

et d’infanticides, qui donnent une idée de la ferveur en laquelle sont actuellement tenues — par ces temps de vie chère et de crise des loyers — les méthodes anticonceptionnelles.

Or les jurys qui sont chargés de juger les bigames — puisque la bigamie est un crime ! — ont également à connaître des infanticides. Qui sait si, en leur âme et conscience, les jurés qui acquittèrent ce bigame père de deux enfants avec chacune de ses femmes, n’estimèrent pas qu’il avait fait œuvre de bon citoyen ?

D’autant que tout donne à penser que cette diminution de la natalité va aller croissant.

En tuant dix-sept cent mille Français mâles dans la force de l’âge et en pleine santé, la guerre a voué au célibat un million et demi de jeunes Françaises, dont nous verrons le sort au cours de la prochaine méditation.

« En tuant un grand nombre de jeunes gens, écrit le docteur Toulouse, la guerre a détruit l’équilibre du marché. L’offre des filles devient beaucoup plus importante que la demande des garçons, et cette abondance de l’offre déprécie la femme. »

Et pourtant il naît déjà en moyenne chez nous quatre filles pour un garçon. La mortalité chez celles-là a beau être plus grande : les statistiques du dernier recensement à Paris établissent que, rien que dans le neuvième arrondissement, la population masculine ne compte que 47.418 unités, alors que la population féminine en accuse 65.947, soit un tiers environ en plus.

A l’île d’Oléron, où j’écris ce livre, il y a, me diton, depuis la guerre, douze femmes pour un homme!

On évaluait dernièrement qu’il y avait, ers France, au moins trois millions de femmes en excédent sur

le nombre des hommes, et Ton a constaté, à l’occasion de la dernière fête de la Sainte Catherine, qu’il n’y avait jamais eu, hélas ! tant de Catherinettes... Cette constatation a inspiré à Clément Vautel — qui a d’ailleurs tenu à répondre, l’un des premiers, à mon enquête, ces lignes profondes à rhabitude de leur auteur, sous leur dehors boulevardier :

« Pour remédier à cette situation, des esprits audacieux proposent de légaliser la polygamie ... Mais je doute que les Françaises acceptent de jouer à la ville « Trois femmes pour un mari ». Et puis au prix où sont les bas de soie, il est peu d'hommes qui consentiraient à prendre en charge plusieurs légitimes : la surabondance des femmes permet d'ailleurs, aux amateurs de changement, de s'offrir des « extras » fréquemment renouvelés et plus économiques qu'une Madame n° 2 ou n 9 3.

Cette crise du sexe féminin, cette vague de chômage pour tant d'êtres jeunes, aimants, prêts à tout et même au reste, offre, c'est certain, un excellent prétexte à plaisanteries ... Et cependant, au fond rien n'est plus triste .

Que vont devenir ces millions de femmes qui, quoi qu'elles fassent, manqueront leur vie ? Elles sont, elles aussi, des victimes de la guerre, mais aucune commission des réparations ne peut rien pour elles et le plus terrible, c'est que, lorsqu'elles se plaindront, c'est à qui leur répondra par des gaudrioles . »

Mais la portée du problème dépasse notre pays, puisqu’aussi bien la guerre, a été mondiale et a exercé partout ses ravages.

On vient de calculer que dix-huit millions d’Européennes sont condamnées au célibat, faute de maris. L’hécatombe de la dernière guerre a accru un mal qui se révélait, dès avant 1914.

En Russie, par exemple, déclare un économiste, il n’y avait, à ce moment-là, que 700.009 femmes

de plus : l’excédent atteint aujourd’hui 4 millions. En Allemagne, il est passé de 850.000 à deux millions et demi. En Autriche, le nombre de femmes dépassant celui des hommes est de 500.000 ; en Italie, il est de plus d’un million ; en Angleterre, de deux millions ; en France, de trois millions ; dans les Etats balkaniques, la proportion est de 10 p. 100. Pour le Portugal, il y a à Lisbonne seulement une population féminine supérieure de 200 mille à la population masculine.

Je lis dans un récent numéro de l’Eclair, toujours bien informé, que les jeunes filles de Washington réclament, en un appel désespéré, des maris. Il y a, dans la capitale des U. S. A., 99.864 jeunes célibataires du sexe féminin, et 70.316 seulement du sexe complémentaire. Washington n’étant pas sur le territoire des « Saints des Derniers-Jours », il est clair que, dans l’hypothèse la plus favorable, 29.548 jeunes filles sont condamnées au célibat.

Mais occupons-nous spécialement de la France. Dans son premier Paris de l’Intransigeant, notre confrère Shamrock, sous le pseudonyme de qui se cache modestement un sénateur fort connu, constate que, d’après les résultats du dernier recensement publiés à l’Officiel « nous comptons en France, quatre demoiselles à marier pour un homme en âge de les épouser dans les conditions d’avantguerre. »

Les pouvoirs publics vont-ils laisser se prolonger et aller s’aggravant une situation dont nous verrons dans un instant les désastreuses conséquences, tant au point de vue particulier de la santé des victimes qu’au point de Vue général de la natalité et de la race ?

Jusqu’iei, ces pouvoirs publics ne sont interve-

nus que pour rejeter une autre solution que la polygamie et qui était la suivante : on sait qu’en Californie, à l’inverse de ce qui se passe en France, les mères mettent au monde quatre garçons pour une seule fille. C’est pourquoi la Californie avait cru bien faire en offrant à la France pour ses Catherinettes, son sur-contingent de garçons : soit un demimillion de maris, lesquels parlaient un peu français et étaient garantis, sur certificats, sains de corps et d’esprit.

Hélas ! le ministre des Affaires étrangères a répondu par un merci négatif. Les Catherinettes pourront interroger l’horiHon : comme sœur Anne, elles ne verront rien venir.

Il est vrai qu’il restait encore une autre solution :

Si l’on ne voulait laisser les Californiens mâles venir en France, peut-êtie pourrait-on attirer les Françaises femelles en Californie... C’est pourquoi l’on fit récemment paraître cet avis, qui était un appel au premier abord séduisant :

« Josué-Boslow , délégué des habitants de Yuba-City,

« Comté de Sutter ( Californie ), demande des femmes « libres sans dot . D’après le dernier recensement de la « Californie , les hommes sans femmes sont au nombre *

de cinq cent mille. »

Mais il y avait un second paragraphe à cette alléchante annonce matrimoniale collective, et qui était ainsi conçu :

« Il nous faut des femmes qui sachent faire la cui- « sine , traire les vaches , puiser de Veau , scier du boisf 9 travailler à Vaiguille et tenir la maison. »

Alors commencez- vous à comprendre pourquoi, bien que garantis, sur certificats, sains de corps et d’esprit, ce demi-million de jeunes gens trouvèrent

peu d’empressement, même parmi nos « femme » libres sans dot » : ces dernières furent effrayées par un programme qui n’était pas tout à fait conçu à la française et les assimilait un peu trop à des vachères et à des servantes.

Et commencez-vous à comprendre pourquoi, somme toute, la polygamie masculine pourrait être d’autant plus sérieusement envisagée — à la rigueur pendant un certain temps — qu’il y a déjà au moins deux précédents historiques dans des cas analogues, mais moins graves que le nôtre :

1° Quand, à la suite des guerres du Péloponèse, Athènes se trouva pauvre d’hommes avec un surcroît de femmes, le Sénat institua la polygamie pour refaire la race. Athènes, qui eût sans doute disparu sans la loi de bigamie, retrouva ainsi sa force et sa splendeur. C’est Louis Forest, le leader quotidien du Matin, qui le rappelle dans sa réponse, qu’on lira plus loin, et il ajoute : « Si l’on examine les faits dans l’histoire, on constate que les peuples à civilisations un peu brillantes ont eu recours à la polygamie à la suite des guerres pour combler les vides et créer des familles aux femmes seules. »

2° Bien que le code des lois de l’empereur Charles «Quint punît la bigamie de la peine de mort, elle n’en fut pas moins non seulement légalement autorisée, mais même formellement réintroduite cent ans plus tard en Allemagne. La cause doit en être cherchée, dit le Dr Anton Nystrom (1), dans l’immense diminution de population mâle qui suivit la guerre de trente ans, alors que de 16 à 17 millions d’habitants, ce chiffre descendit à quatre millions.

(1) La vie sexuelle et ses lois . Vigot frères, éditeurs.

La diète franque de Nuremberg prit, le 3 février 1650, la décision suivante « Puisque le besoin du Saint-Empire romain exigeait le remplacement de la population mâle détruite par l'épée, la maladie et la faim, il serait permis à chaque homme, pendant les dix années suivantes, de se marier avec deux femmes . Il convient cependant de rappeler que tout citoyen honorable à qui il est donné de prendre deux épouses doit non seulement pourvoir à leur entretien d'une façon convenable, mais aussi empêcher tout sentiment d'hostilité entre elles. »

Qu’attend-on aujourd’hui, en des circonstances analogues, pour prendre la même mesure — au besoin temporaire — dans le monde entier ?

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