QUATRIEME MEDITATION
Ce qu'il advient des lemmes vouées au célibat par suite du manque de mâles
Vices contre nature. — Dangers de la continence : Maladies, Folie, Criminalité. — Sort
DES ENFANTS ILLÉGITIMES. — NOMBRE EFFROYABLE DES AVORTEMENTS. — Le CÉLIBAT CHEZ LES AN¬ CIENS ET CHEZ LES INDIENS.
« Ce siècle sera nommé celui des maladies de la matrice , autrement dit de la misère et de Vabandon de la femme , de son désespoir . »
Michelet {L* amour)»
« Vous autres , les hommes, vous ne savez pas ce que c’est. Pour nous , la douleur la plus horrible de toutes , c’est la solitude. Christiane voyait autour d’elle toutes ses petites amies se marier , et il ne lui restait plus qu’un espoir , celui de vieillir . Moi aussi , fai été jeune et jolie et j’ignorerai toujours ce que la femme et la beauté sont venues faire au monde . Tout en moi est flétri l Tout en moi est éteint l Je suis détruite /.... Cela vous paraît tout simple que nous ignorions toutes les joies de ce monde , pendant que vous ne vous refusez aucun de ses plaisirs !... »
(Rôle d’Odette, dans Le Lys , pièce en trois actes de MM. Pierre Wolff et Gaston Leroux).
Nous avons vu que le nombre de femmes vouées au célibat, faute d’hommes pour les épouser, est assez important —puisqu’on les évalue à dix-huit
millions rien qu’en Europe — pour qu’elles vaillent la peine que le sociologue se préoccupe un peu de leur sort. Quel est-il donc ?
Il est unç théorie, répandue dans le peuple ignare, qui prétend que la continence, impossible chez les garçons parce qu’ils ont besoin de jeter leur gourme, ne présente aucune difficulté ni aucun inconvénient chez la femme.
Je pourrais tout de suite, s’il en était ainsi, demander avec Marestan (1) pourquoi, jusqu’en 1788, périodiquement on saignait les cloîtrés des deux sexes, en leur administrant des sirops de nymphéa, agnus castus, pourpier ou laitue, on assujettissait les novices à un régime débilitant et on leur appliquait sur la poitrine et les lombes des lames de plomb.
Mais comme je ne suis pas médecin, c’est aux savants que je vais demander une opinion autorisée.
Les professeurs Erb, Brôse, Lanzoni, Descourlitz, citent les effets fâcheux de la continence chez la femme. Ils considèrent comme hors de doute qu’un grand nombre de femmes non mariées, d’un certain âge, élevées dans les principes d’une morale sévère, sont dévalués malades ou maladives. Les perturbations et maladies qui se manifestent par suite de la continence chez la femme sont ordinairement : la chlorose, les douleurs hypogastriques, l’irritabilité nerveuse et capricieuse, les crampes, l’hystérie, l’insomnie, l’épilepsie, les hallucinations, la neurasthénie, des troubles menstruels, en un mot toutes sortes de perturbations émotives et génésiques.
(1) L'Education sexuelle . Librairie L. Silvette*
Jean Marestan constate (op. cit .) que ce sont les filles vierges et les veuves qui fournissent le plus fort contingent d’hystériques. Il en est de même pour ce qui a trait à l’aliénation mentale. On a compté à la Salpétrière, que sur 1.726 aliénées, 1.276 étaient filles. Chez les femmes hindoues qui, sagement, s’unissent à l’apparition des menstrues, l’hystérie est, paraît-il, presque inconnue. D’autre part pour cent femmes mariées qui meurent, il en meurt cent trente et une célibataires.
Tout l’ouvrage du Docteur Bourgas « Le droit à l’amour pour la femme » (1) ne tend qu’à combattre cette thèse absurde que la femme peut impunément se priver de cette fonction naturelle qu’entretiennent les rapports charnels.
Le Docteur Goy affirme que « la femme, en raison de sa grande sensibilité, est soumise, le cas échéant, à des impulsions sexuelles plus impérieuses encore