‹ La maitresse légitimeChapitre 13 sur 58 · QUE CELLES DE L’HOMME · texte numérisé non relu

QUE CELLES DE L’HOMME

Dans son remarquable petit Bréviaire de l’amour expérimental (3), le docteur Jules Guyot s’exprime ainsi :

« Dans « Une page d’amour », Emile Zola a décrit la lutte organique qui s’établit chez la femme devenue prématurément veuve et dont le sens génésique n’est plus normalement et prématurément satisfait et l’éveil des appétits sensoriaux chez une fillette qui tombevictime du non exercice d’une fonction naturelle qui s’atrophie. L’exercice normal des sens est le grand régulateur qui remplace avec avantage les moyens coercitifs et préventifs de la médecine : dans l’intérêt de l’hygiène corporelle et intellectuelle de l’hunianitê, il faut pousser

(1) Vigot frères, éditeurs.

(2) De la pureté rationnelle (p. 49).

(3) Flammarion, éditeur.

an mariage , qui apporte la santé du corps et de Vâme : eonmibium sanum sanctu mque. Le célibat est an état antiphgsiologîque. »

Même opinion chez 1© Conseiller du Collegium medicum A. Wistrand» qui écrit, dans son Histoire des maisons de tolérance :

« Le plus grand nombre se laisse entraîner par Vardeur de leur sang, et s’ils ne peuvent satisfaire les passions qui les assiègent, ils s’en dédommagent souvent par les expédients les plus absurdes, ou se laissent aller aux vices dégoûtants contre nature. — Mais, répondent les moralistes les plus sévères, on doit répandre tant de vertu, d’éducation et de religion parmi les hommes , que la résignation en devienne facile, la chasteté inébranlable et estimée comme la chose la plus sainte qu’on puisse posséder . Mais quand cette éducation s’obtiendra-t-elle ? pourra-t-elle jamais, aussi longtemps que la nature nous dote d’aussi impérieux besoins, s’acquérir à ce degré et devenir une qualité générale à toute la race humaine ?

« Quand on voit la quantité de vices et de crimes que la loi est obligée de punir pour la garde de la société, comme la pédérastie, la sodomie, le proxénétisme, l’impudicité, le viol, l’adultère, l’infanticide, l’avortement artificiel ou l’exposition d’enfants, etc., combien n’en doit-on pas attribuer aux conditions inévitables contre nature dans lesquelles nous vivons ?... Outre ces crimes, il faut bien souvent attribuer le suicide, /'onanisme, /'aliénation mentale, la folie, les accès de fureur, /'imbécillité, /'hystérie, les spasmes, etcn au besoin sexuel non satisfait. »

Ces « expédients absurdes », ces « vices dégoûtants », un autre médecin, le Dr Binet-Sanglé (1), professeur à TEcole de psychologie, va courageusement les préciser dans un langage exempt de tartufferie :

(1) Le haras humain . Albin Michel, éditeur.

« Combien de fois , entendant jeter l'anathème par des femmes réputées vertueuses , sur d'autres en puis sance d'amant ( celle-ci trop pauvre pour trouver un mari , celle-là vendue par ses parents à un bandit ou à un imbécile , cette autre devenue veuve avant l'extinction des désirs sexuels, mais à jamais dégoûtée d'une union avilissante), combien de fois n'ai-je pas été tenté d'arracher les masques et de crier aux mijaurées :

Vous n'avez pas d'amant, Angèle, mais chaque soir, sur un siège différent — ainsi le veut votre fantaisie — vous vous donnez à vous même le plaisir que donne un amant .

Vous n'avez pas d'amant, Julie, aux pupilles dilatées, aux paupières éternellement battues, mais jusqu'à cinq fois par jour, vous chevauchez, dans le même but, l'accoudoir d'un petit fauteuil .

Vous n'avez pas d'amant, Hélène, mais à l'instar de Madame Roland, qui du moins l'avoua, vous demandez à votre traversin l'illusion d'une étreinte humaine .

Vous n'avez pas d'amant, Agnès, mais, un jour parlant à Madame de X . de votre amie Suzanne, qui porte an grand nom, vous avez, en riant, prononcé cette1 phrase : « Suzanne a de vilaines lèvres, mais elles collent si bien ! »

Vous n'avez pas d'amant, Jeannette, mais si les chiens savaient parler, la langue de votre king-Charles nous en dirait long sur votre vertu.

Vous n'avez pas d'amant, Elise, mais au cours d'une traversée, une dame entrant dans votre cabine et soulevant le couvercle d'un coffret, fut suffoquée en constatant que vos dix-huit ans s'amusaient d'un phallus artificiel.

Elise, qui n'a point d'amant, n'est ainsi plus vierge, mais vous, Yvonne, qui êtes intacte, vous avez pourtant un amant. Vous vous épuisez réciproquement à vous donner la phtisie. Or ce n'est pas un bacille qu'on trouva dans votre salive, Yvonne à la bouche si petite qu'on la comparait à vos yeux !

Tels sont les faits authentiques , continue le Dr Binet-Sanglé, qui me reviennent en mémoire chaque

fois que les femmes réputées vertueuses, stigmatisent, devant moi, le libre amour.

Résumons-nous :

Chez toute femme jeune et normalement constituée, les glandes génitales secrétent des toxines qui s’accumulent dans leur cavité. Si ces toxines ne sont pas éjaculées, elles sont réabsorbées par les vaisseaux qui tapissent ces glandes, passent dans la circulation, viennent en contact des neurones et déterminent des désirs sexuels, puis un malaise qui augmente peu à peu jusqu’à devenir insupportable. Pour faire cesser ce malaise, la femme se livre au coït vaginal et si, pour une raison ou pour une autre, ce coït lui est interdit, elle pratique, à moins que des rêves voluptueux ne la soulagent, l’onanisme, le tribadisme, le saphisme et même le coït anal.

Quant à la vertu, dans le sens complet du mot, elle ne se rencontre que chez les femmes dont le système nerveux génital ne n’est pas développé, c’est-à-dire chez les dégénérées.

Gardez donc, bambines et sadinettes, vos regards ingénus et vos mines effarouchées pour les jocrisses et les chauffe-la-couche qui vous conduiront au moûtier et vous offriront le brouet de la mariée. Vos dévotions à Sainte-Nitouche ne font qu’amuser la philosophie des gens qui, par profession, sont tenus de vous deviner. »

Comme pour corroborer cette courageuse et formelle opinion, le Dr Anton Nystrom, de Stockholm, cite dans son livre ( op . cit .) une lettre franche d’une femme qui a eu l’indépendance d’esprit d’écrire ce que beaucoup n’osent avouer.

« Pour montrer, dit-il, l’influence que la continence peut exercer sur la femme, je citerai ici ce

que me communique sur sa vie sexuelle une veuve de trente-sept ans, en bonne santé 2t intelligente, mère de trois enfants :

« Elle commence par m'expliquer qu'elle m'écrit parce qu'il ressort de mon ouvrage, la Vie sexuelle, « que vous appréciez les communications franches sur des choses sur lesquelles on a l'habitude de garder le silence . Se taire et souffrir , telle est d'ordinaire la solution de celte question bridant*, du moins pour les femmes , A celles qui pèchent contre les lois sociales , civilisées , on jette la pierre, c'est-à-dire qu'on porte des jugements sévères, durs . Ce sont surtout les femmes * Ues-mêmes qui jugent si sévèrement celles de leurs sœurs qui n'ont pas pu livrer le combat sans « tomber », Et c'est naturellement la vertu non éprouvée qui se montre la plus dure dans son jugement . Pour ce qui me concerne, je puis dire : Grâce à Dieu, je ne suis pas tombée , mais moins qu'aucune antre, je ne me permettrai de juger , ayant eu moi-même un bien terrible combat à livrer pour ne pas succomber . Cependant j'appartiens à une classe sociale où personne n'oserai l même tenter une femme, aussi, ma continence n9 est-elle de celles dont je puisse me vanter . Pendant la première partie de nia vie mariée , les relations sexuelles me dégoûtaient, mais peu à peu ma vie sexuelle sè développa pour se briser tout à coup par la mort de mon mari. Au commencement, mon deuil me dominait, mais ensuite j'ai cruellement souffert, car malgré moi je me vis en proie à des mouvements sexuels, de la lourdeur au bas-ventre, etc . J'ai cherché consolation dans la religion, mais je n'ai sans doute pas cherché de la bonne manière, puisque je n'en ai pas trouvé . Des lofions froides, des bains, la cure Kneipp, les promenades, j'ai tout essayé, mais il me manque la volonté de donner suite à Quoi que ce soit. Je travaille maintenant sans courage , quoique l'activité me soit nécessaire.

« II a été question de nie remarier, mais le « candidat » n'a pas un assez bon caractère pour que je puisse espérer trouver en lui V appui désiré ... Enfin, je ne crains pas de le dire : j'ai même songé a prendre un amant , Et pourtant je vous assure que je suis aux yeux

des hommes une femme hautement respectable . Personne ne me soupçonnerait capable d'une pareille chose .

« Je connais d'ailleurs plusieurs femmes , non mariées ou veuves qui , tout en ne voulant pas sans doute le reconnaître pour rien au monde , souffrent de la même manière que moi. »

Aussi bien la question du danger de la continence pour la femme semble aujourd’hui hors de discussion. Indépendamment des autorités précédemment citées, les professeurs ou docteurs contemporains Marcuse, W. Hammer, Krafft-Ebing, viennent confirmer le fameux livre : « De l'excellence du mariage contre la continence », que Charles Chausse, sieur de la Terriare, écrivit en 1625, et nous voyons Gyurkowecky déclarer que la continence a des effets aussi préjudiciables à la santé que les excès sensuels.

Hammond cite des cas où la continence poussée à l’extrême par les lois et les préjugés ecclésiastiques a eu pour suite l’impuissance définitive. D’après Schrenck-Notzing, la continence forcée peut mettre en péril la libre volonté et conduire aux perversités sexuelles. M. Jastrowitz a émis l’opinion — analogue à celle de Binet-Sanglé — que la continence conduit à une sorte d’auto-intoxication.

Le Dr Max Marcuse, de Berlin, va jusqu’à conclure dans son ouvrage intitulé : « Le médecin doit-il conseiller les relations sexuelles en dehors du mariage ? » dans le même sens que Schrenk-Notzing, à savoir que, « quand la continence sexuelle menace la santé, il faut, chez certains tempéraments, conseiller les relations sexuelles en dehors du mariage. »

Ce qu’il y a de piquant, c’est que cette opinion n’est pas seulement médicale et qu’elle trouve appui dans l’autorité inattendue de Luther.

Et cette opinion de Luther qu’une femme, qui n’a pas reçu la grâce si rarement octroyée, ne peut pas plus se passer d’homme que de manger, boire, dormir, etc... était aussi celle de son époque. Luther allait même jusqu’à exiger les relations sexuelles de la femme avec un autre homme , si son mari était impuissant. Dans son traité De la vie conjugale , il s’exprime ainsi :

« Si une femme capable (au point de vue sexuel ) se marie avec un mari impuissant, ne peut ouvertement en prendre un autre et se refuse à le faire à cause du déshonneur, elle doit dire à son mari : Voici, mon cher, tu es mon débiteur, et tu m'as trompée, moi et ma jeune vie, en mettant mon honneur et ma moralité en danger ; devant Dieu, le mariage n'existe pas entre nous, permets que j'aie un mariage secret avec ton frère ou ton ami le plus intime . »

Le devoir du mari, ajoute Luther, est de consentir, et « s’il ne le veut pas, de ne pas s’irriter si sa femme le quitte ». (K. Hagen, Deutschland litt. und rel . Verhaltn. im Beformations zeit.)

Une femme médecin, le Dr Hélène Stocker, pour montrer l’importance de l’amour sexuel dans la vie de la femme, rappelle le fait que celle-ci a été obligée, pendant des centaines d’année, de se contenir, par suite de l’interdiction pour elle de toute jouissance érotique en dehors du mariage, alors que la nature même se révoltait en elle, et tandis que le nombre des enfants illégitimes prouve qu’en dépit de la proscription inique prononcée contre la mère illégitime et de la lâcheté du père, elle n’en a pas moins eu le courage d’obéir à la loi de l’amour.

Cette judicieuse observation nous conduit logiquement à l’effroyable question de l’avortement provoqué, qui n’est point seulement grave pour la

race qu’elle appauvrit, mais aussi souvent néfaste pour la mère. Les confidences que j’ai reçues comme avocat ou comme journaliste, les conversations que j’ai eues avec des médecins et des parlementaires amis, placés pour savoir, me permettent d’affirmer qu’on n’a idée ni du nombre réel des avortements artificiels ni de celui des mères victimes de procédés tous plus dangereux les uns que les autres, même quand ils sont employés avec l’asepsie voulue, ce qui n’a peut-être pas lieu une fois sur mille. Si les médecins, non pas seulement de St-Lazare, mais même des hôpitaux, étaient autorisés à parler, on serait effrayé, on frémirait de la nature de leurs révélations, et on aurait soudain l’explication d’innombrables maladies incurables et d’innombrables décès de femmes qui ont voulu esquiver l’opprobre imbécile d’une maternité irrégulière. Or, dit Marestan, ce sont les filles non mariées, les femmes veuves, toutes celles qui ont besoin, par égard pour l’opinion publique, de conserver un renom de chasteté, qui constituent la principale clientèle des maisons d’avortement. Et ces maisons sont fort nombreuses en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne. En France seulement, de 1832 à 1892, on eut à. juger, en cour d’assises, 1.163 affaires d’avorteuses et il faut admettre que, pour un avortement qui apparaît au grand jour, il en est des milliers, ainsi que le disait Jules Simon, qui sont couverts par l’obscurité de la vie privée. Aux Etats- Unis, où les femmes célibataires sont légion et où l’on fait grand cas de la mortalité, l’avortement se pratique dans toutes les classes de la société au point que, d’après les observations de Burns, l’avortement criminel se place, à côté de la syphilis, parmi les causes les plus actives de la mortinatalité. Pour la

seule ville de New-York, on estime à 80,000 par an le nombre des avortements, dont une centaine à peine arrive à la connaissance des tribunaux.

C’est d’ailleurs en raison, d’une part, du nombre croissant des avortements criminels, et, d’autre part, de l’indulgence habituelle des jurys en cette matière, que la loi du 27 mars 1923 est venue modifier les dispositions de l’article 317 du Code pénal sur l’avortement, en rendant les coupables de ce crime (mué en délit), justiciables non plus des Cours d’assises, mais des Tribunaux correctionnels, beaucoup plus impitoyables.

Pourtant ces mères criminelles ont peut-être droit à quelques circonstances atténuantes, si l’on songe au sort réservé aux enfants illégitimes.

Il ressort, en France, de la comparaison des registres de î’état-civil avec les tableaux de conscription que sur cent naissances mâles illégitimes, vingt-six enfants seulement parviennent à l’âge de vingt ans, alors que 67 0/0 des garçons légitimes arrivent à l’âge du service militaire. Et cela constitue un autre grave grief à formuler contre la société actuelle, comme cela explique que nous ayons en France le chiffre effroyable, donné par le professeur Lacassagne, de quatre cent cinquante mille avortements

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