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SIXIÈME MEDITATION

DU MENSONGE OBLIGATOIRE, DANS LA MONOGAMIE, DE LA CONVENTIONNELLE FIDÉLITÉ MARITALE ET DE QUELQUES CONSÉQUENCES : ADULTÈRES, CRIMES, INFANTICIDES, PROSTITUTION ET MALADIES VÉNɬ RIENNES.

« On a voulu faire de Don Juan un débauché ou un chercheur d’idéal. Il n’est ni l’un ni l’autre ; il est simplement la personnification de l’instinct sexuel .

Son allure de conquérant , la toute puissance de ses désirs et de ses dégoûts rapides, son cynisme et ses illusions sont commandés, dirigés par les lois profondes de la sensualité. Son inconstance marque le rythme fatal, V oscillation régulière du désir, et sa force de séduction lui vient de la force même de la nature, de la loi universelle de la vie. Chaque homme J a en lui l’ébauche d’un don Juan, et celui de l’histoire 1 ou de là légende n’en est qu’un agrandissement. »

Etienne Rey (De l’amour. — op . cit.)

« Comment excuser la versatilité de l’homme, qui recherche la femme, n’importe laquelle, quels que soient son visage et son âme ? La prostituée ne change d’amant que parce que l’amant change de lit. »

Th. Ruyssen.

Ici nous entrons dans le vif du sujet.

Quel est, pour l’homme, le système naturel de mariage ! La monogamie ou la polygamie ?

Le lecteur a pu constater que jusqu’ici je me sou-

ciais moins, dans l’étude d’un tel problème, de littérature, de rhétorique et de spéculations psychologiques que de faits positifs et de données expérimentales, puisque nous avons, grâce aux Mormons, la bonne fortune de pouvoir parler autrement qu’en théorie.

Si donc nous voyons d’une part l’hypocrisie et la rancœur, la jalousie et son cortège de crimes, la débauche, la prostitution et leur cortège de maladies vénériennes, sévir chez les peuples monogames, et si au contraire nous voyons, de l’avis impartial des historiens, le bonheur, la paix et une morale élevée régner chez les peuples polygames, nous aurons le droit de conclure qu’un mode de mariage est certainement plus conforme que l’autre aux lois de la nature et à l’idéal vers lequel nous devons tendre.

Consultons les sociologues et les historiens : ils confirmeront les observations des psychologues et des physiologistes.

Déjà Montesquieu n’avait pas caché que la monogamie n’était, pour beaucoup de Français, qu’une fiction. Ne dit-il pas :

« Les Turcs ont trois sortes de femmes : les légitimes , celles qu’ils vont chercher au Kébin et les esclaves.

Les gens de condition , en France , en ont aussi communément de trois sortes : premièrement, celle avec qui ils sont véritablement mariés, et qui leur est véritablement la plus indifférente.

Ensuite, ils s’attachent à quelque femme à la mode, c’est-à-dire répandue dans le grand monde, afin qu’on se persuade, s’ils s’en font aimer, qu’il faut bien qu’ils aient du mérite, puisqu’ils plaisent à une personne qui passe pour s’y connaître, et qui n’a jamais eu que des aventures illustres. Et, en troisième, ils ont quelque cxtrice, dont ils ne sont pas précisément amoureux,

mais bien .de la vie qu’il mènent chez elle. Ils y reçoivent leurs amis, ils tiennent longue table . »

Dans son livre La sociologie (1), le docteur Charles Letourneau, célèbre anthropologiste, donne sur révolution du mariage ces loyales considérations :

« Aux degrés inférieurs de la civilisation, dans les hordes humaines les plus primitives, il n’y a rien encore qui mérite le nom de mariage ... Alors la promiscuité existe plus ou moins, mais le plus souvent elle n’existe pas seule ; souvent en effet l’homme le plus fort s’arroge la propriété d’une ou de plusieurs femmes ... Dès qu’une femme est un objet, une propriété, plusieurs hommes peuvent se la partager, et on n’y répugne pas : au Thibet, on pratique sans scrupule cette forme commode d’union sexuelle .

Comment naquit la monogamie ? D’abord générale ment de la nécessité, là où le nombre des femmes n’excédant pas celui des hommes, la possession de plusieurs femmes ne pouvait être qu’un luxe d’homme riche ou puissant. D’autres causes y poussèrent : la rivalité, le conflit des convoitises, car chacun réclamait ses droits ; enfin la constitution plus rigoureuse de la famille, la filiation étant plus régulière, plus strictement établie dans les mariages monogamiques. Mais on ne s’y résigna pas sans peine . Longtemps, pour le mari, la monogamie fut une fiction légale, et presque partout il fut permis à l’époux d’entretenir, à côté de la femme légitime, des concubines, des « petites femmes », souvent des esclaves, car durant les phases intérieures de la civilisation, la jalousie est interdite aux femmes . Avec le temps, surtout chez les races aryennes, le mariage monogamique se fit plus rigoureux, mais les infractions au pacte conjugal furent toujours fort peu réprimées chez le mari, et Ton est en droit de conclure que la monogamie réelle, sérieuse, répugne encore aujourd’hui à la majeure partie de l’espèce, surtout masculine. Il ne faut pas voir dans cette forme de mariage le terme ultime de l’évolution

(1) Reinwald, éditeur.

conjugale... Dans notre mariage européen, la loi fait de V union conjugale une association que, du moins dans la plupart des pays catholiques, la mort seule peut dissoudre. En sera-t-il toujours ainsi ? Evidemment non ! Déjà le divorce légal a ébranlé la fiction du mariage monogamique et inébranlable l »

Constatons que îe docteur Letourneau assigne comme origine primordiale à la monogamie la nécessité de laisser une femme à chaque homme, là où le nombre des femmes n’excédait pas celui des hommes. Mais nous avons vu que, dès avant la guerre, ces conditions n’existaient plus, et que la tuerie mondiale a aggravé ce déséquilibre des sexes. D’après le principe général Sublatâ causâ, tollitur effectus (1), nous allons voir aujourd’hui la polygamie réapparaître sinon légale, du moins de fait, sur une telle échelle que, dans son remarquable ouvrage Préjugé et problème des sexes (2), le regretté Jean Finot — dont on lira plus loin la réponse à mon enquête — pouvait écrire :

« La monogamie est affichée comme la doctrine essentielle, primordiale et salutaire, tenant à la fois à la l&i humaine et à la loi divine. Elle n’est pourtant qu’une exception en regard de la polygamie triomphante, quoique voilée. »

Le lecteur qui voudra bien, suivant ce livre jusqu’au bout, lire toutes les réponses que provoqua mon enquête, verra d’ailleurs que presque tous mes illustres ou éminents correspondants conviennent que la fidélité maritale est tout à fait inexistante. Mais comme on trouvera plus loin ces opinions qui pourraient avoir également leur place ici, je vais

(1) La cause étant supprimée, Telïet disparaît,

(2) Félix Alcan, éditeur.

citer d’autres auteurs. Aussi bien mon embarras n’est que de choisir.

Voici d’abord l’apostrophe que, dans la préface de son livre : Mariage , Collage , Chiennerie (1), John Grand-Carteret lance à notre vertueuse société monogame :

<r Société monogame ; société monoandre ; qu' est-ce que vous nous chantez là, vous VEtat, le Code, la Loi ?

Vous prétendez défendre , empêcher , poursuivre ta bigamie ; mais ce que vous empêchez de s'afficher légalement s'étale au grand jour de la licence et de la corruption morale ,

Vous avez parqué la prostitution publique : cette prostitution de bas éloge à l'usage des malheureux et des déclassés, une infime goutte d'eau ; vous avez poursuivi rigoureusement et sans pitié le commerce de la chair humaine s'offrant au grand jour, la sexualité féminine se prêtant aux désirs de l'homme moyennant finances , parce que c'était, là, une concurrence dangereuse pour votre prostitution cloîtré-e.

. .Qu' avez-vous empêché ? Comment avez-vous assuré la monogamie de votre fameuse union légale ?

La polygamie, cette polygamie contre laquelle vous fulminez , elle est partout, elle vous étreint, elle se charge de réduire à néant vos formules légales.

La polygamie ! Mais elle est l'âme même de voire société soi-disant monogame.

Ici, ce sont les femmes entretenues... par un ou plusieurs hommes — contre lesquelles vous ne pouvez rien, parce qu'elles ne sont pas publiques, parce que leur commerce ne s'exerce pas sur la voie publique . El combien sont les maîtresses d'un ou de plusieurs hommes mariés ! La voilà, votre monogamie !

Et cela parce que l'homme est un être ondoyant et divers à qui la société a voulu imposer une nature de convention fabriquée pour lui contre tonte logique ; parce qu'il n'existe pas au monde d'être monogame —

(1) Albert Méricant, éditeur.

je veux dire n'ayant connu qu'une seule femme — parce que les sociétés monogames sont autrement utopistes que la société rêvée, en 1518, par Thomas Morus dans son Utopie. »

Dans « Les Vierges sages », Alphonse Esquiros fait la même constatation :

« On sait que dans les maisons riches, le mariage n'existe qu'à la surface ; au fond, la femme légitime n'est guère pour son mari que la première de ses concubines, N'avoir point de maîtresse, quand on est opulent et marié, est presque un ridicule dans le monde . De là une séparation réelle entre de mari et la femme : chacun vit à l'écart et forme deux ménages dans un seul . L'union est rompue, les liens du cœur se relâchent, s'ils ont jamais existé . »

De son côté, dans son livre « La Femme, le Mariage et le Divorce », le Dr Louis Fiaux, convient loyalement que la nature reprend toujours ses droits contre l’hypocrite fidélité maritale. Et il le fait en des termes exempts d’équivoque :

« Il est constant que les hommes mariés, dans l'état actuel de nos mœurs, sont loin d'être monogames. Qu'ils soient l'époux d'une seule femme, d'accord ; mais qu'ils n'aient de rapprochements sexuels qu'avec celle-ci, qu'ils soient fidèles au principe du mariage monogame, qu'en un mot ils soient réellement monogames, c'est ce qui ne saurait être soutenu par nul esprit libre et sincère .

Les mensonges galants faits dans des sociétés de femmes soumises et prudes, le grain de cléricalisme qui bourgeonne dans toute âme latine, l'hypocrisie familiale, officielle, empêcheront beaucoup d'hommes d'en faire même à demi l'aveu : leur intérêt de mari et la crainte de provoquer des représailles assurent, du reste, leur silence et une pantomime de fidélité conjugale suffisante. Mais ce n'est point sur la confession des hommes que se fonde la connaissance de la nature humaine:

c'est sur l'observation de leur lapassions, de la structure de leur corps , de la physiologie de leurs besoins ou de leurs vices , qui sont seulement des besoins exagérés et déviés .

En dehors même de l'impulsion permanente de tout homme pour une sexualité nouvelle, impulsion instinctive chez les mâles des mammifères supérieurs, que d'obstacles le mariage monogame oppose à la fidélité de l'époux mâle l

C'est un axiome de sociologie positive que le mariage a pour but fondamental la satisfaction du besoin sexuel, en dehors de toute suite infantile : les rapports conjugaux largement pratiqués pendant la grossesse des femmes et après leur ménopause le prouvent surabondamment. La crise génératrice (ou besoin de rapprochement) se manifeste chez la plupart des femmes tous les vingt ou vingt-cinq jours. Chez les hommes adultes et valides elle est beaucoup plus fréquente.

La crise génératrice chez l'homme n'est, Mu reste, pas la simple recherche du plaisir ; c'est un besoin physique comme de boire, de manger ou de dormir. Non satisfait, ce besoin trouble le moral de l'homme, plonge sa pensée dans une inquiétude vague ou un abattement morose. Les évacuations involontaires pendant le sommeil n'apportent qu'un soulagement passager. Elles ne sont pas longtemps supportées sans prendre le caractère pathologique de pertes séminales. Le seul remède est l'amour physique.

Dans l'état de mariage monogame , l'union sexuelle peut-elle être régulièrement pratiquée par l'époux avec l'épouse ?

C'est ainsi que se pose la question de fidélité de la part de l'homme.

La réponse (étant écartées toutes considérations religieuses, morales, sentimentales, théoriques) git uniquement dans l'état de santé du système reproducteur de la femme.

Si la maladie existe chez la femme, que fera l'époux ?

La morale, l'amour, la religion et autres sentiments extra-physiologiques pourront, quelque temps, opposer un* barrière à ses désirs : mais les raisons de théorie

ne seront toujours pas suffisantes pour faire taire ses besoins ; la nature reprendra ses droits . Le principe monogamique aura vécu ... De toutes parts , du reste , la pratique de la vie bat en brèche la fidélité conjugale, sans laquelle le mariage perd le caractère qui lui est communément attribué . »

Un autre médecin, doublé d’un philosophe, le D* Max Nordau a consacré tout un ouvrage à ce qu’il a appelé : « Les mensonges conventionnels de notre civilisation ; le mensonge matrimonial » (1).

Extrayons-en la page suivante (traduction Auguste Diétrich) :

« Le mariage , tel qu’il s'est développé chez les peuples civilisés , repose en principe sur la reconnaissance exclusive de la monogamie . Mais il semble que la monogamie n’est pas un état naturel de V homme et qu’il existe , dès l’origine, une contradiction entre l’instinct individuel et V organisation sociale . Cette contradiction doit , sans cesse, provoquer des conflits entre le sentiment et la morale, et faire du mariage un incessant mensonge ; aucune réforme ne pourrait y remédier assez pour que l’union monogamique extérieure de deux époux fût, dans toutes les circonstances, synonyme de solidarité intérieure et de penchant sexuel de l’un pour l’autre ...

La vérité c'est que parmi dix mille couples il s’en trouve à peine un où mari et femme s’aiment, mutuellement et exclusivement, durant toute leur vie et qui inventerait la monogamie perpétuelle, si elle n’existait déjài 2), Mais, sur ce nombre, il y a certainement neuf mille neuf cents couples dont les membres ont éprouvé, à un certain moment, le désir violent de se joindre l’un à Vautre, étaient heureux quand ils pouvaient le faire , souffraient

(!) Félix Alcan, éditeur, Paris, 1888.

(2) En l'espace d’un demi-siècle, on a cité comme extraordinaires ïes cas des ménages du savant Marcelin Berthelet et du député Marcel Serabat, où la femme ne put survivre à la mort de son mari.

amèrement quand ils ne le pouvaient pas et qui, cependant , après un laps de temps plus ou moins long, en sont arrivés à éprouver des sentiments tout à fait différents, ou même contraires , pour l'objet de leur ardente inclination . Ces couples ont-ils le droit de se marier ? Certainement ! Leur union doit même être réclamée dans V intérêt de V espèce. Mais la monogamie à vie serat-elle toujours compatible avec leur bonheur ? Personne n'osera l'affirmer , Le fait est que l'homme n'est pas un animal monogame ... Si choquant que cela puisse sembler, je dirai qu'on peut aimer à la fois plusieurs personnes avec une tendresse à peu près égale et l'on n'a pas besoin de mentir pour affirmer à chacune sa passion. Quelque amoureux que l'on soit d'une personne, on ne cesse pas pour cela d'être accessible à l'influence du sexe entier... La fidélité absolue n'est pas dans la nature humaine ; elle n'est pas une nécessité physiologique de l'amour, tt faut bien se dire que la civilisation, qui est parvenue à dompter d'autres instincts, n'a jamais réussi à étouffer l'instinct polygamique, quoique l'Eglise le menaçât des peines de l'enfer et que la loi et la morale officielle le condamnassent Dans les pays civilisés, V homme vit en état de polygamie, en dépit de la monogamie légale ; sur cent mille hommes, on en trouverait à peine un qui, à son lit de mort, pourrait jurer que , dans toute sa vie, il n'a eu plus d'une femnte . Si le principe de la monogamie est suivi plus sévèrement par les femmes, ce n'est pas toujours parce qu'elles n'ont pas envie de l'enfreindre, mais parce que les gardiens de la morale officielle surveillent plus attentivement la femme et châtient plus durement ses révoltes qu'ils ne le font pour l'homme. »

Max Nordau a abordé, en passant, une question que, pour la classification claire et méthodique de ce livre, je n’étudierai qu’à la huitième méditation sur la polygamie et la nature : c’est la question de savoir si un homme peut aimer plusieurs femmes à la fois.

Mais retenons son éloquente et véhémente protes-

tation contre l’hypocrisie de nos mœurs, protestation à laquelle fait écho le livre introuvable de cette Suédoise de génie que fut Mlle Ellen Key: « L’amour et le mariage », notamment dans ce passage où l’auteur constate, elle aussi, chez les nations latines, cette fallacieuse monogamie de principe et cette réelle polygamie de fait :

« Rien n'est moins prouvé que la doctrine de monogamie comme facteur indispensable de la civilisation . Il n'est point besoin de recourir ni à l'histoire ni à l'ethnographie pour réfuter cette doctrine . Il suffit de démontrer que la monogamie, c'est-à-dire un seul homme pour une seule femme pendant la vie de cette femme, une seule femme pour l'homme pendant la vie de cet homme et rien hors de là, n'a jamais été une réalité, même chez les nations chrétiennes, sauf pour une minorité négligeable, et que tous les progrès attribués à la civilisation chrétienne se sont accomplis pendant que la monogamie était prescrite, il est vrai, par la loi, tandis que la polygamie régnait dans les mœurs et chez les souverains, pour ne citer, en France, que François I&T, Henri II, Henri IV, Louis XIV, Napoléon Ier, Napoléon III, le duc de Berry et bien d'autres de moindre envergure, mais dont le cœur embrassa autant de femmes de seconde main, avec ou sans enfants ... Ceux qui affirment avec tant de conviction que la monogamie, union indissoluble de deux époux, est le fondement même de l'existence des peuples, connaissent peu l'histoire du passé et du présent, ou bien ils immolent leurs lumières à leur fin ... Selon les évolutionnistes, le mariage doit favoriser le développement moral de l'homme . Mais comment faire des expériences multiples, tant que la religion et les lois ne reconnaissent et n'autorisent que l'union légale ? Tant que toutes les tentatives hors de là sont rendues difficiles, coupables, jugées avec une sévérité outrée, lesquelles sont avouées ? Car chacun sait que le monde tolère ou favorise les infractions à l'idéal monogamique, pourvu que ces infractions et ces frasques soient clandestines et cachées . »

Cette dernière assertion a-t-elle besoin, comme caution, de l’autorité d’un académicien notoire, d’un illustre auteur dramatique, d’un commandeur de la Légion d’honneur, du rédacteur en chef d’un quotidien aussi peu subversif que le Figaro — j’ai nommé M. Alfred Capus ? Deux lignes d’un tel maître suffiront :

« Que Von trompe sa femme ... Mon Dieu ! la nature humaine est la nature humaine ... Mais on n'a pas le droit de se laisser pincer . La fidélité de l'homme, c'est la prudence I »

Dans sa plaquette « Morale et éducation sexuelles » (1), mon confrère André Lorulot concède que « la monogamie actuelle aboutit à une polygamie déguisée et hypocrite . »

Ainsi donc cette fidélité - — tout le monde en convient — est un mythe. Ainsi donc nous vivons hypocritement sur cette fiction. Ainsi donc l’homme va être contraint, sans doute par les lois de son instinct sexuel, non seulement à passer sa vie à feindre, non seulement à perpétrer l’adultère, mais encore, s’il n’a pas de maîtresse, à aller dans des bouges assouvir son besoin de changement, qui n’est ni moral ni immoral puisqu’il est naturel, puisque nous verrons, à la méditation huitième, que c’est chez lui une nécessité impérieuse à laquelle il ne s’est jamais soustrait. Mais que va-t-il en résulter ? Quels nouveaux drames, quels crimes passionnels va engendrer l’adultère? Quelles lâchetés commettra le père, s’il a fait un bâtard à une fille ? Quelles résolutions infanticides germeront dans l’esprit d’une fille-mère ? Quelle cascade de crimes

(1) Edition du Fauconnier, 74. rue Vasco-de-Gama (XVe/

entraîneront les amours illégitimes et pourtant fatales du monogame ? Et surtout quel fléau va naître de ce manque pour Phomme de changement nécessaire sous son toit ? Ou plutôt quels fléaux, car l’un va entraîner l’autre... « La monogamie , écrit encore André Lorulot, engendre un fléau terrible : la prostitution . » C’est sur quoi nous allons être obligés de jeter hâtivement un regard écœuré...

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