SEPTIÈME MÉDITATION
Prostitution et maladies vénériennes
« Comme ni le mariage ni Vunion libre ne réunissent ces conditions de luxure , de complicité , de sournoiserie, d’impunité, de secret, il ne faut pas s’étonner de voir la prostituée recruter surtout des clients parmi les hommes mariés . Ce sont ses élèves qui lui reviennent , et ainsi se continue son œuvre de désagrégation, revanche de son servilisme plébéien sur la caste qui achète la chair humaine avec de l’or, »
Camille Mauclair (De l’amour. — op, cit .)
« Depuis des siècles, les religions et les moralistes imposent et conseillent la continence ; cependant les maladies vénériennes ne diminuent pas et menacent les nations dans leur vitalité. Comment s’étonner d’un tel résultat, car la nature est forte et la chair est faible l » Docteur Roux (28 juin 1922), (Préface de l’ouvrage du Dr Ravaut :
Les maladies dites vénériennes (1).
« Hélas je viens me heurter maintenant à la pire déchéance humaine, au plus abomidable reste du servage bestial, à Veffrcijahle problème devant lequel les théoriciens socialistes reculent eux-mêmes épouvantés, je veux parler de la prostitution «
(1) Collection Armand Colm
Le Ministre de V Intérieur est chargé d'assurer l'implacable, l'immorale réglementation d'un état de choses inavouables . Pour les vices de l'homme, c'est la femme qui expie . Ah ! si vous pouviez voir défiler devant ce qu'on appelle le tribunal administratif de la Préfecture de Police, l'effroyable procession de ces créatures dégradées, de quinze à soixante ans et plus, qui résument en elles tout l'excès du malheur humain, peut-être penseriez-vous avec moi que ce n'est pas assez faire pour la morale publique de les tenir emprisonnées, pour l'inobservation de règlements qu'on n'a pas le droit d'édicter, et de cultiver, au petit bonheur, leur avilissement de chaque jour . On me charge théoriquement de veiller à la santé publique menacée par cette légion redoutable . Je dois dire que cet office, mon administration s'en occupe avec une parfaite inefficacité, et cela au moyen de pratiques contraires aux lois, contraires même aux principes de tout gouvernement humain . Je suis bien loin de nier que ce mal soit tempéré par l'humanité des fonctionnaires, mais là encore il y a de grandes réparations, de grandes organisations de relèvement à préparer ... »
G. Clemenceau, ministre de l'Intérieur .
(Discours de Draguignan, 14 oct. 1906.)
Je ne m’attarderai pas à démontrer que c’est le mariage monogamique qui engendre la prostitution.
Je citerai d’abord l’autorité de Rémy de Gourmont ( op . cit.) :
« Dans toute société monogame, écrit-il, la prostitution est de conséquence stricte ; elle diminue dans les sociétés polygames, où la femme libre se raréfie . »
Et je m’appuie sur une preuve qui non seulement corrobore, mais renforce singulièrement la citation précédente, c’est le fait — attesté par deux auteurs impartiaux et d’une bonne foi absolue : Jules Rémy et Raymond DugueA ant les livres seront cités et
indiqués à notre chapitre sur la polygamie chez les Mormons — que « tant que les Mormons furent les maîtres dans les régions oh ils se sont établis, c’està-dire tant que la justice fédérale n’eut pas rendu caducs leurs règlement locaux, il n’y eut ni prostitution, NI BARS, NI LIEUX DE DÉBAUCHE. Et même aujourd’hui, poursuit Raymond Duguet (1), oh des éléments qui leur sont totalement étrangers ont introduit ces maux à leurs côtés, ils les combattent de leur mieux, et en restreignent le plus possible les néfastes effets. » Et par deux fois, dans son livre, où cependant il cite loyalement un ou deux cas défavorables aux Mormons, Raymond Duguet revient sur le fait qui nous intéresse ici, à savoir « qu’il n’y a pas de prostituées chez eux », tant qu’ils pratiquent la polygamie.
Donc, c’est bien entendu, civilisation monogamique, la prostitution est ta fille. Eh ! bien regarde ses chancres : c’est une fille peu farouche et habituée à se déshabiller, soit pour le client, soit pour la visite : je vais te la montrer sans voile et sans fard.
Non pas que je jette l’anathème à la malheureuse prostituée elle-même, qu’elle soit la pierreuse du Boulevard extérieur ou la courtisane qui se vend plus cher, pour un brillant, un collier de perles, un hôtel ou une quarante chevaux — mais se vend quand même ! — non, c’est la prostitution que je maudis. La courtisane, a dit Balzac, est une institution, si elle est un besoin. C’est l’institution que je condamne, et dont je vous apporte, avec la polygamie, le moyen radical de vous débarrasser.
(1) Les Mormons . Kdition du Nouveau Mercure
J’ai sous les yeux un exemplaire du 60e mille de Prostituée, de Victor Margueritte (1), et je souscris à son avant-propos :
« Ce n'est pas , sous des traits fictifs , tel ou tel que je cite à la barre , c’est tout un odieux système , résultant de coutumes et de lois iniques , dont la survie au vingtième siècle étonnera , sans doute , un jour, la conscience nationale, lorsque la science aura fait, petit à petit, son œuvre éducatrice. La santé physique et morale ïïe la race est à ce prix . La guerre, en effet, en dépit du progrès moral du féminisme, n’a apporté aucune amélioration au sort matériel de la femme. Conséquences fatales de l’immense fléau ! C’est, empirée encore, la même corruption des mœurs boui'geoises... C’est la syphilis, propagée avec une telle virulence qu’elle a contaminé la population , dans la proportion d’un sur deux ... C’est enfin l’identique esclavage du prolétariat de l’amour ... Osons d’abord regarder la plaie au grand jour ! Un abcès qu’on débride est à demi curé. U n’y a de maladie honteuse que celle dont une société hypocrite ne chercherait pas à guérir ! »
Oui, c’est le système qu’il faut dénoncer, et la prostituée qu’il faut plaindre, comme une de ses premières victimes. Nos cœurs ont tous gardé en leur mémoire émue les vers de Victor Hugo :
Oh ! n’insultez jamais une femme qui tombe !
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe ? Qui sait combien de jours sa faim a combattu ?
Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu ,
Qui de nous n’a pas vu de ces femmes brisées S’y cramponner longtemps de leurs mains épuisées ? Comme au bout d’une branche on voit étinceler Une goutte de pluie où le soleil vient briller,
Qu'on secoue avec l’arbre, et qui tremble et qui lutte , Perle avant de tomber et fange après sa chute !
(1) Flammarion, éditeur.
La faute en est à nous, à toi, riche 1 à ton or.
Cette fange, d’ailleurs, contient l’eau pure encor ;
Pour que la goutte d’eau sorte de la poussière,
Il suffit — c’est ainsi que tout remonte au jour —
D’un rayon de soleil ou d’un rayon d’amour l
11 faut l’immense génie d’un Hugo pour permettre à la poésie d’aborder de telles souillures, car est-il imaginable qu’en ce siècle où l’esclavage est depuis longtemps abrogé, il subsiste encore le plus infâme de tous ; que des maisons existent par milliers dans chacune de nos capitales européennes où des femmes sont assemblées, attendant des acheteurs d’une heure ou d’une nuit à qui on les présente « au choix » ! pour leur vendre les caresses les plus bestiales et les plus ordurières; qu’en province surtout des malheureuses soient à la merci du mercantilisme et du chantage de toutes les patronnes qui les exploitent et les séquestrent, comme la fille de Paris est la proie de l’agent des moeurs ?
Est-il imaginable enfin — - non pas qu’une créature humaine accepte — mais qu’une administration officielle ose délivrer une carte comme celle qui est remise à Paris et dont sont actuellement titulaires, rien que pour la France, soixante-dix-huit mille filles soumises, c’est-à-dire soumises aux règlements suivants :