VŒU SUR LA RÉGLEMENTATION DE LA PROSTITUTION
a Paris, déposé par M. Emile Massard, conseiller MUNICIPAL.
Messieurs,
Dans notre rapport {lmp. n° 34 de 1922) sur la Police judiciaire, après avoir passé en revue les différentes brigades de cette importante Direction, nous écrivions ce qui suit :
« Reste la section des mœurs, qui revient comme un leit motiv dans les assemblées délibérantes. La question n’est pas de notre ressort. Quand bien même la prostitution deviendrait entièrement libre, quand bien même la surveillance et le tribunal administratif seraient légalement supprimés, il faudrait toujours des inspecteurs pour appliquer les lois sur la protection des mineures, sur la traite des blanches, sur les images obscènes, sur le vagabondage spécial, etc. »
Oui, mais la tâche de l’Administration seraint singulièrement facilitée si le Parlement voulait bien légiférer sur ce sujet.
Il faut, en effet, mettre un terme aux faits signalés, dans une discussion académique au sein du Conseil d’hygiène, par le docteur Léon Bizard, médecin principal du Dispensaire de salubrité. Et
ces laits constituent une série de scandales. Voyez plutôt ce qui se passe, d’après ce spécialiste qui appartient, ne l’oubliez pas, au Dispensaire de salubrité de la Préfecture de police :
Sous la voûte, 3, quai de l’Horloge, entre la Conciergerie, le Dépôt dans le fond, et... la Cour de cassation, est situé le Dispensaire de salubrité de la Préfecture de police.
Là sont conduites, pour y être visitées, toutes les prostituées de Paris, filles en carte ou clandestines, arrêtées sur la voie publique. Les médecins y font le tri des malades, qui sont envoyées à Saint-Lazare, tandis que les femmes saines sont remises en liberté si, toutefois, elles n’ont pas encouru de punition administrative.
On procède ainsi, annuellement, au Dispensaire, à 100.000 examens de femmes environ.
L’importance de ce chiffre cadre mal avec l’installation si défectueuse que l’on a quelque honte, — voire même beaucoup de honte — à montrer aux visiteurs étrangers.
Tout y est petit, incomplet, insuffisant.
Les locaux sont beaucoup trop exigus ; les femmes se bousculent et vocifèrent dans la salle d’attente. La salle d’examen possède deux lits solides, recouverts d’une azèle rapidement malpropre, mais que la pénurie du linge ne permet de changer que toutes les vingtquatre heures, après un défilé de plus de 500 femmes. Au pied de chaque lit on devrait trouver un médecin, mais l’étroitesse des lieux rend impossible le travail en commun de deux médecins, ce qui permettrait pourtant d’examiner les femmes moins vite et plus attentivement, et nous éviterait en plus les critiques de M. Yves Guyot et de ses partisans abolitionnistes.
Il n’y a pas de stérilisation possible des instruments ; le verre d’eau du robinet, où trempent des abaisse-langues ; la « gamelle » d’aluminium contenant l’huile à lubrifier les spéculums, huile qui est renouvelée tous les
trois jours, donnent des exemples suffisants de l’imperfection de l’installation.
Les femmes sont examinées sans interruption de 11 heures à 17 heures.
Ces six heures de travail sont divisées en quatre séances d’une heure et demie, deux médecins étant simultanément de service à chacune de ces séances.
La première séance du matin est consacrée à la visite des femmes dites « du Dépôt ». On entend sous ce vocable les « filles en carte » arrêtées sur la voie publique pour avoir contrevenu aux règlements de police.
Conduites d’abord au poste de police voisin, ces malheureuses sont amenées au Dépôt en pleine nuit, vers une heure du matin, par le « panier » qui s’en va cahin-caha, lentement, faire de poste en poste la cueillette des filles !
Le lendemain matin, sans avoir pu dormir, à peine lavées, après être passées devant le tribunal administratif — dont il fut déjà parlé, sans que la discussion soit close à son sujet — qui en acquitte un grand nombre, mais punit de trois à quinze jours de Saint-Lazare les filles qui ont commis des fautes plus ou moins graves (racolage auprès des gares, manque de visite, etc.), toutes ces femmes sont envoyées à la visite.
On remarque que chaque jour, voire même le dimanche, le nombre de ces femmes est invariablement de 150 à 180 ; le défilé d’autre part offre peu de variété. Ce sont toujours les mêmes femmes que nous avons à visiter î
11 est, en réalité, facile de démêler les causes qui font que sur les 7.000 filles en carte de Paris, il en est à peine un demiimillier qui figurent parmi les femmes du Dépôt. Une enquête rapide donne bientôt la clé de ce mystère.
En bonne administration, il ne faut ni histoires, ni innovations, ni « rien d’anormal » qui risque d’attirer l’attention « des huiles ». La coutume veut qu’on arrête 5.000 filles environ par mois, et comme personne ne proteste, on continue, depuis toujours, à observer la déplorable coutume.
Pour cela, on prend des « arrangements » qui permettent, sans fatigue, comme nous allons maintenant le montrer, de stabiliser les statistiques.
Parmi les ISO clientes journalières, il en est environ un tiers qui sont amenées, à bon droit, au Dépôt ; ce sont les seules qu’il serait utile d’arrêter, les seules parmi lesquelles nous trouvons des malades en assez grand nombre.
Le deuxième tiers est fourni par un lot de malbeu** reuses sans défense — ivrognesses à l’année, pierreuses vieilles et dépenaillées, mendiantes plutôt que prostituées — qu’on a pris l’habitude d’arrêter presque chaque jour et qui sont des filles tellement soumises, qu’elles n’ont ni la force, ni même l’idée de protester.
Le dernier tiers, enfin, doit tout particulièrement retenir l’attention ; ce lot, en effet, est composé de femmes qui viennent au Dépôt à des intervalles à peu près réguliers, mais après être restées plusieurs jours en liberté ; quand on leur fait la remarque qu’on ne les avait plus vues depuis un certain temps, elles vous répondent : « C'est que j'avais mon condê . »
Nous avouons que les premiers temps, nous ne comprenions guère. Dans la suite, le terme mystérieux, dont on rechercherait en vain l’étymologie, nous fut enfin expliqué.
Le « coudé » est un pacte conclu entre l’agent et la fille.
Par ce traité, la fille a droit, pendant un certain nombre de journées, à pouvoir librement exercer son industrie sans être inquiétée de la police, mais, en retour, elle a donné sa parole qu’à tel jour, à telle heure, elle se trouvera à tel endroit, pour y être arrêtée par les « mœurs », qu’elle attendra même patiemment, si ces messieurs ont quelque retard.
L’armistice terminé, avant de se rendre au lieu d’arrestation — car elle manque bien rarement au rendez-vous — la fille aura pris la précaution de passer chez elle, pour se munir d’une couverture et de quelques provisions, puis en route pour le Dépôt I
Mais, malheur à l’infidèle inexacte ! On lui portera le grave motif à la première arrestation et c’est quinze jours de Saint-Lazare I
Cette trêve qui s’appelle le « coudé » n’est pas*
croyez-le, une punition ; elle est, au contraire, considérée comme une mesure de faveur et de bienveillance. Elle n’est accordée qu’à^un certain nombre de privilégiées, qui savent à quoi s’en tenir sur la façon d’arranger leur existence, connaissant à l’avance quels jours elles seront privées de liberté et à quel moment, au contraire, elles pourront « travailler » tout à leur aise.
Nous avons parlé de ce « condé » à plusieurs Préfets de police qui l’ignorent. Ils ont tour à tour répondu : « Je ne puis y croire, mais s’il en est ainsi, il faut que cela cesse. »
Rien n’est plus exact cependant, et si les Préfets ont changé, le « condé » n’a pas cessé d’exister.
En vérité, si, à notre sens, une réglementation est indispensable — tant au point de vue de la santé publique que de la décence de la rue — il faudrait une bonne fois abandonner ces procédés qui sont profondément injustes et regrettables. Il faut qu’il n’y ait plus, parmi les filles, ni parias, ni privilégiées. Il faut, pour toutes, la même justice ; tant pis si les statistiques doivent en souffrir !
Il existe maintenant un service de traitement comme annexe du Dispensaire de salubrité.
Il est dû à l’initiative de notre regretté collègue le docteur Butte.
Il faut le louer grandement d’avoir eu la pensée de cette création, qui doit permettre aux femmes venant à leur visite, d’être examinées et traitées en même temps.
Nous avons affaire, en effet, à un public plutôt nonchalant, qui dort la matinée, « travaille » le soir et qui risquerait fort de ne pa*s prendre la peine de fréquenter l’hôpital.
Il est donc utile de pouvoir exercer une certaine pression sur cés malades, qui doivent être soignées pour leurs accidents à Saint-Lazare, tandis que le traitement d’entretien sera continué au Dispensaire de salubrité, appelé à devenir le dispensaire prophylactique modèle.
On dispose, pour ce service de traitement, d’un vaste local, en partie inoccupé d’ailleurs ; on a nommé deux
médecins, deux internes, deux infirmières ; on a eu tout de suite, hélas I des malades en quantité, mais, jusqiïici, il n*a manqué que les médicaments , car tout l’argent officiel était réservé à une entreprise particulière.
Les crédits, il est vrai, sont maintenant votés qui vont permettre d’organiser ce service et de faire cesser cette pratique détestable et dangereuse — à la fois pour les femmes et pour leur clientèle — qui consiste à appliquer ce traitement illusoire, limité à une piqûre hebdomadaire de salicylarsinate de mercure (énésol).
Cette thérapeutique est bonne, peut-être, pour réactiver une syphilis mais, que je sache, elle n’a jamais guéri une seule plaque muqueuse.
En plus du service intérieur, les médecins du Dispensaire de salubrité doivent assurer la visite des pensionnaires des maisons de prostitution.
Leur utilité est incontestable, si nous en croyons Montaigne : « De là disent aucuns que d’oster les bordels publiques, c’est non seulement espandre partout la paillardise qui était assignée à ce lieu là, mais encore aiguillonner les hommes à ce vice par la malaysance. »
Ces maisons se divisent en maisons de tolérance et en maisons de rendez-vous.
Les maisons de tolérance, dont le nombre a atteint jusqu’à 200 et dont on ne compte plus que 30 à l’heure actuelle — le bordel se meurt, bientôt le bordel sera mort ! — sont visitées par les médecins du dispensaire, sous la direction du distingué médecin en chef, M. le docteur Le Noir.
Au sujet de cette visite, peu de critiques à formuler. On pourrait sans doute demander que la boîte à instruments, trop vénérable, parfois séculaire et qui contient encore des spéculums de bois, soit rajeunie et renouvelée.
On pourrait exiger plus de propreté, ou moins de saleté dans certaines maisons, mais il faut avouer que dans les tolérances, il existe un ordre, une discipline, voire un respect du médecin qu’on serait heureux de retrouver dans les maisons de rendez-vous.
ft
Les maisons de rendez-vous constituent In f orm? moderne des maisons de prostitution, ,
Leur nombre dépasse 250,
C’est en 1900 que fut organisée la surveillance médicale des maisons de rendez-vous.
On eut alors une idée pour le moins originale. On voulait, en effet, ne pas confier cette visite aux médecins du dispensaire, nommés au concours, mais seulement à des médecins quelconques, nommés sur recommandation.
Comme on s’étonnait de cette intention auprès d’un très haut fonctionnaire, aujourd’hui disparu, il répondit : « Rien n’est plus facile que de voir si une femme est saine ou malade ; il n’est pas besoin de concours pour cela, il est à peine besoin d’être médecin, et je suis sûr que je ferais ce service aussi bien que vous ».
Cependant ce fonctionnaire eut sans doute un remords, car on ajouta simplement, par la suite, aux médecins du Dispensaire, un certain nombre d’agréés dont quelques-uns, il est vrai, n’ignoraient pas tout à fait la spécialité.
On assure que ces agréés seront supprimés ; c’est qu’on a compris le danger que présentait pour la santé publique l’examen insuffisant des pensionnaires — qui sont en réalité des externes — de ces maisons.
Il faut qu'on sache, en effet, qu'il passe annuellement plus d'un million de clients dans les maisons de rendezvous parisiennes .
Et pourtant interrogez de tous côtés ; il vous sera bien difficile de rencontrer un seul homme, serait-il médecin, qui vous avoue les fréquenter.
Ne croyez pas que les maisons de rendez-vous soient des lieux très luxueux où mystérieusement se rencontrent, grâce aux bons offices très largement rémunérés d’une entremetteuse, femmes du monde un peu légères, grandes artistes un peu gênées, demi-mondaines plus ou moins huppées, et d’autre part, vieux et jeunes messieurs, anciens et nouveaux riches, ne regardant pas à dépenser 1 forte somme pour posséder quelques ins-
tants la femme dont ailleurs ils ne pourraient espérer les faveurs.
Au contraire, la maison de rendez-vous actuelle, dans sa forme de beaucoup la plus fréquente, s’est démocratisée à l’excès et vous ne pourriez vraiment croire, en pénétrant dans certains logements exigus, sordides, obscurs, dans certaines brasseries interlopes, que vous vous trouvez dans des maisons de rendez-vous, où, en fait de courtisanes, vous ne trouverez que le modeste s plat du jour », une Mignon de 40 ans ou une Carmen qui « tient » son demi-siècle I
Quel est donc le service, quel est donc le chef dont dépendent toutes ces maisons ? Personne, je crois, n’est capable de répondre â cette question.
Ges maisons de rendez-vous dépendent à la fois du service des Garnis, du service de la Police judiciaire, du service des Mœurs et, pour avoir trop de chefs, elles n’en ont aucun, aussi bien au point de vue administratif qu’au point de vue médical.
Ce qui est certain, cfest que dans un « commerce » où la question sanitaire devrait tenir um place prépondérante, jamais on n’a eu une seule fois l’idée, avant l’ouverture d’une maison, par exemple, de consulter un médecin et d’envoyer un de nous pour se rendre compte si la demande était recevable au point de vue des conditions d’hygiène ; si un incident d’ordre médical vient à se produire, à propos d’ui?.e visite, il n’est personne pour le trancher et jamais une seule fois, en dehors de la visite hebdomadaire prévue, il n’est fait de contrevisite d’inspection qui serait, dans bien des cas, d’une très grande utilité. C’est étonnant, en vérité, ce que les médecins comptent peu dans les services sanitaires !
En ce moment, on n’autorise plus l’ouverture de maisons nouvelles ; on a pensé qu’en ce temps de crise de logements où tant d’honnêtes bourgeois ne trouvent plus un toit pour s’abriter, il serait inconvenant de permettre aux tenancières de tenter certains propriétaires à coup de surenchère, pour qu’il leur soit adjugé des locaux plus volontiers qu’à un modeste père de famille.
L’argument est valable, il est d’ordre moral et pariai* tement respectable.
Cependant, il y aurait lieu, croyons-nous, de distinguer ; il serait à mon sens beaucoup plus utile et plus sage de fermer quelques maisons mal tenues, inconfortables, sans un bidet, sans un spéculum, dont la plaque « massage esthétique » s’étale en pleine rue, en plein balcon, entre celles d’un dentiste et d’une couturière dont les ouvrières et les apprenties sont vraiment à bonne école, plutôt que de mettre un « veto » formel à l’ouverture de nouvelles maisons installées non pas en appartements, mais dans des maisons particulières, d’une façon propre et hygiénique, avec de l’eau froide et chaude coulant en abondance. La petite industrie doit céder le pas à la grande usine : la morale et l’hygiène y gagneront.
Terminons en faisant remarquer qu’en plus de la prophylaxie sanitaire, il faudrait aussi ne pas se désintéresser complètement, comme on l’a fait jusqu’ici, des questions de prophylaxie morale.
Pourquoi laisser subsister ces « chambres de supplices » ? Pourquoi ne saisit-on pas ces barbares instruments de torture ? J’ai connu une femme qui a dû s’aliter quinze jours après une séance de flagellation qui lui avait rapporté cinquante francs.
C’est très bien encore d’examiner les prostituées et de les empêcher d’infecter leurs clients, mais se rend-on compte que le nombre des prostitués des deux sexes augmente tous les jours et qu’il y a là un vrai danger social ?
Pour devenir pensionnaire d’une maison, aussi bien de tolérance que de rendez-vous, il n’est même plus besoin d’être en carte. Il suffit à une femme de prouver qu’elle est saine et majeure, en empruntant, il est vrai, parfois, lorsqu’elle n’a pas les vingt et un ans nécessaires, les papiers d’état civil d’une camarade, et la voilà femme de maison I
Mais d’où viennent ces femmes ? Comment et sous quelles influences en sont-elles arrivées à se prostituer? Jamais personne ne s’en est préoccupé.
C’est là, je n’en doute pas, une question un peu nouvelle ; j’assure que si on voulait mettre quelques entraves à l’entrée dans la carrière, on empêcherait, pour un
temps du moins, un certain nombre de femmes à se vouer à la prostitution.
Lutter contre l’extension de la prostitution c’est faire bonne guerre à la syijhilis.
Evidemment il y a peut-être des réserves à faire sur ce tableau noir que nous n’avons pas été à même de vérifier dans tous ses détails. C’est ainsi que nous croyons savoir que la Préfecture de police consulte le corps médical avant l’ouverture d’une « maison » et demande une visite préalable d’un docteur... malgré le manque d’enthousiasme de certains d’entre eux.
C’est ainsi également que l’Administration ne peut fermer l’une d’entre elles faute de règlement... ou d’armes légales à sa disposition.
Il n’en reste pas moins vrai que malgré un effort budgétaire sérieux fait cette année, en faveur du Dispensaire de salubrité, il y ait encore beaucoup de choses à faire dans ce domaine !
Une enquête personnelle très sommaire dans les services nous a permis de nous rendre compte des premières mesures qu’il conviendrait de prendre d’urgence.
Nous les énumérons ci-après :
1° Révision du cadre de la police des mœurs . — Choix scrupuleux des agents. Instruction, renouvelée fréquemment, aux agents, à l’aide de brochures, de conférences (faites par leurs chefs, par des délégués des œuvres de relèvement) pour leur faire bien connaître ce qu’on attend d’eux et leur indiquer l’étendue de leurs devoirs, de leurs droits, de leurs responsabilités.
On doit supprimer le « condé » (arrestation des filles au rendez-vous) ; on doit aussi rechercher les clandestines, les plus dangereuses des prostituées.
Les prostituées dans les postes de police, au dépôt, doivent être traitées convenablement et ne pas être mêlées aux détenues de droit commun.
2° a ) Tri des prostituées dans les bureaux du dispensaire de salubrité. Les différentes catégories de prostituées doivent être soigneusement séparées (les plus jeunes surtout). On doit toujours avoir à l’esprit qu’ « il faut sauver tout ce qui peut être encore sauvé » (mesures faciles à prendre puisqu’il existe des locaux inutilisés) ;
b) Toute nouvelle prostituée doit être examinée séparément et complètement par deux médecins (ce qui n’a pas lieu en ce moment où l’on examine les femmes par fournée de dix au moins ) ;
c) Il faut qu’on puisse faire à toute nouvelle prostituée une analyse de sang (réaction de Wassermann), un examen des secrétions (recherche de la blennorhagie).
Or il n’y a ni laboratoire, ni microscope. (Le laboratoire de Saint-Lazare pourrait être chargé de ce service.)
d) A toute nouvelle prostituée, il faudrait remettre une courte brochure comportant des préceptes très simples d’hygiène et de morale, lui montrant surtout les dangers de l’état de prostitution et les avantages de la vie laborieuse et honnête, au « pays » près des siens, etc. On n’a rien fait de semblable jusqu’ici.
e) Après la visite médicale, toute prostituée nouvelle doit être confiée à une déléguée d’une œuvre de relèvement, en permanence au Dispensaire, qui essaiera de la détourner de la prostitution et de la
remettre dans le droit chemin, etc. (intervention auprès des familles, placement, surveillance discrète, etc.). La première mise en carte sera toujours provisoire.
3° Création d’un cahier sanitaire » soigneusement tenu à jour pour chaque prostituée. Un double de ce cahier devra suivre la prostituée, sur la demande des maires, dans toutes ses résidences. ( Mesure très importante.)
4“ Suppression du service du traitement du dis pensaire de salubrité qui sera rattaché au dispensaire Toussaint-Barthélemy ; on établira ainsi enfin la liaison administrative et médicale entre les deux dispensaires d'une part et l’infirmerie spéciale de Saint-Lazare de l’autre (service d’examen, de traitement externe, d’hospitalisation).
5° a) Utilisation rationnelle de tous les médecins: suppression immédiate, dans les services extérieurs, des médecins n’appartenant pas à V Administration et n’étant pas nommés au concours.
b) Personnel infirmier composé en ce moment de 4 infirmières, à éduquer professionnellement et à mieux utiliser.
6° Révision de toutes les maisons de prostitution. — Suppression d’un grand nombre : pour d’autres, nécessité d’une transformation, etc., dès que la loi en instance sera votée.
Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Pour réglementer définitivement la prostitution, il faudrait obtenir le vote définitif du projet de loi déposé par M. Bonnevay, Garde des Sceaux, dans le précédent ministère. Car il ne peut être question de laisser ce ft commerce » absolument libre, selon la thèse chère aux « abolitionnistes » .
Au moment où le Parlement vient de voter des
modifications aux lois pour garantir la « liberté individuelle », cette mesure s’impose.
Si la prostitution n’est pas un délit par elle-même, le vagabondage spécial et l’outrage aux bonnes mœurs qui en découlent, en sont de sérieux. Quant à la santé publique, elle a le droit d’être protégée. Personne ne trouve à redire à la « quarantaine » imposée aux navires... et aux voyageurs de retour des pays contaminés ! Qui pourrait trouver à redire à l’hospitalisation forcée des « malades d’amour » en vue d’un traitement efficace de la syphilis !
C’est à ce point de vue que la Société doit se placer. C’est celui que nous voulons retenir.
C’est aussi celui de la Préfecture de police qui n’a pas recherché la tâche ingrate qui lui incombe depuis toujours, en matière de réglementation de la prostitution.
C’est pourquoi nous déposons le projet de résolution suivant :
« Le Conseil,
« Sur la proposition de M. Emile Massard,
« Emet le vœu :
« Que le Parlement discute au plus tôt le projet de loi déposé par M. Bonnevay, Garde des Sceaux, au nom du Gouvernement, sur la réglementation de la prostitution en France :
« Et délibère :
« L’Administration est invitée à prendre dès maintenant les mesures de police qui s’imposent d’urgence pour faire cesser un état de choses contraire à la morale, à la liberté individuelle et à la santé publique. »
Paris, le 20 juin 1922.
Signé : Emile Massard.