‹ La maitresse légitimeChapitre 23 sur 58 · AMOUREUSE MASCULINE · texte numérisé non relu

AMOUREUSE MASCULINE

« La nature nous montre que les seuls animaux monogames sont ceux qui ne font Vamour qu’une seule fois dans leur vie. »

André Lorulot

(Morale et éducation sexuelles. — op. cit.)

« La majorité de l’espèce humaine est encore aujourd’hui en faveur de la polygamie , qui paraît en effet plus appropriée aux buts de la nature que la monogamie. Qu’on ne m’objecte pas les lois de la société humaine : les lois naturelles sont antérieures et elles ne trouvent pas que la polygamie soit un cas pendable. »

Virey.

Nous avons vu précédemment que l’homme était incapable de fidélité et que son besoin de changement entraînait précisément la condamnation sans appel de la monogamie. Je dis toujours l’homme, f car je fais mes réserves sur le même besoin chez la

femme, mais je m’en expliquerai au chapitre sur la polyandrie.

Je voudrais, maintenant que le moment en est venu, prouver que si l’homme est ce qu’il est, s’il a ce tempérament (que nous suivrons d’ailleurs au cours de notre méditation sur la polygamie à travers les âges), ce n’est la conséquence ni d’une civilisation relâchée, ni de l’influence d’une époque quelconque de l’histoire, mais uniquement de son instinct sexuel, depuis toujours.

Le Dr Jules Guyot dit excellemment (op, cit .) :

« L’instinct de variation sexuelle que Fourier appelait « La Papillonne » n’est au bout du compte que V excitant nécessaire à la reproduction, à laquelle il faut que le mâle soit poussé, sous peine de voir arriver la dépopulation humaine, conséquence inévitable de la fécondité de plus en plus réduite de la femme. »

Mais la nature elle-même se charge de démontrer expérimentalement que notre- civilisation et ses conventions factices violent outrageusement ses lois. Quand un homme vient de satisfaire son appétit sexuel avec une femme, il est généralement rassasié et prêt à quitter la table d’amour : si même il est allé un peu plus vite que sa compagne dans la marche au plaisir et si celle-ci, désappointée, l’invite, par des agaceries, à recommencer le repas, il se déclarera de bonne foi repu et incapable d’un second voyage. Survienne une nouvelle femme : î’ardeur de l’appétit lui revient soudain.

Une anecdote populaire, dont la gauloiserie un peu triviale ne trouve d’excuse que dans la vérité de l’image, place une réponse fameuse dans la bouche du cocher, devant qui certaine marquise montrait son étonnement, mêlé d’admiration, de voir, depuis

le matin, un taureau se préparer une cinquième Ma à l'amour :

— Oui, mais je ferai respectueusement remarquer à Madame la marquise que, chaque fois, il change de vache.

Le Dr Forel (o/>. cit.) constate franchement ce phénomène physiologique :

« Une particularité des appétits sexuels de l'homme, particularité fatale pour la société, est son désir de changement . Ce désir n'est pas seulement une des causes principales de la polygamie, mais aussi de la prostitution et d'autres organisations analogues . Il tient en particulier au manque d'attrait sexuel de ce à quoi Ton est habitué et à l'excitation d'autant plus forte, produite par tout ce qui est nouveau. En moyenne, la femme a une disposition héréditaire beaucoup plus monogame que l'homme . L'appétit sexuel perd donc de son intensité par suite de la longue habitude de$ rapports avec une seule et même femme, mais, sinon chez tous les hommes, du moins chez la plupart, il se dirige avec d'autant plus d'intensité vers d'autres femmes , On ne peut nier que pareils désirs n'existent, ni qu'ils ne soient la cause des pires excès et des scènes passionnelles les plus violentes, souvent avec issue tragique ... Même un homme à dispositions héréditaires de bon aloi pourra se rassasier de la monotonie des rapports conjugaux avec une seule et même femme. Les rapports sexuels en eux-mêmes, même dans le mariage, créent une habitude qui, souvent, pousse à elle seule l'homme marié au coït extra-nuptial, alors qu'il était demeuré continent avant le mariage ... TJn homme chérit par exemple sa femme, la respecte, l'adore même, et pourtant son aspect et son attouchement n'attirent plus ses sens, n'excitent plus ni appétit, ni érection, tandis qu'une sirène quelconque aux sentiments bas et souvent à l'âme bornée produit sur lui une attraction sensuelle irrésistible , lors même qu%il n'éprouve pour elle ni estime, ni véritable amour ...»

D’autre part, il est des tempéraments d’hommes tels qu’ils ruineraient la santé de leur femme, s’ils

ne cherchaient en dehors du mariage des dérivatifs que nous avons vu les médecins leur ordonner. Le Dr J.-J. Virey constate que la puissance virile de l’homme exigerait plus d’une femme, au moins pour un grand nombre. Voici quelques exemples qu’il donne de cette force vitale et de celte abondance de sperme où le mariage monogamique ne saurait apaiser le sens génital de l’homme.

Sans parler d’Hercule qui féconda en une nuit cinquante jeunes filles, l’empereur Proclus, en quinze jours, fit mères cent vierges sarmates. L’histoire énumère une foule de héros, aux exploits extraordinaires et presque fabuleux au point de vue de la puissance virile et génitale. Gallien cite un esclave africain, espèce de brute impropre à tout service, hormis celui de la femme ; sa vigueur sexuelle extraordinaire le fit acheter fort cher par une Messaline de l’époque.

Phasès rapporte l’histoire d’un prince maure, qui, en trois jours, donnait satisfaction aux trente femmes dont était composé son sérail.

Un montagnard des Pyrénées-Orientales épousa successivement onze femmes dans l’intervalle de quinze ans. Ses embrassements étaient si multipliés et si fougueux que toutes ses femmes moururent atteintes de désordres graves dans les parties vulvoutérines. L’autorité s’opposa à son désir de contracter un douzième mariage.

Trois assassins célèbres. Prévôt, le sergent de ville, Eyraud, l’amant de Gabrielle Bompard et le fameux Pranzini avaient une puissance génitale extraordinaire, que rien ne pouvait rassasier.

Une enquête approfondie établirait que la polygamie est nécissitée par les forces naturelles repro-

ductrices et est un besoin, de nature irrésistible comme la faim, la soif, etc.

L’histoire rapporte qu’une femme vint se jeter aux pieds d’un roi d’Aragon. Elle implorait lois et secours contre les ardeurs de son mari. Le prince, étonné, fit venir le mari et lui demanda combien de fois, en style chevaleresque, il « chevauchait » sa femme, pendant la nuit seulement. Le mari, un arpenteur de montagne, avoua, en style païen, qu’il la « grimpait » régulièrement dix fois chaque nuit, dormante ou non dormante.

Le roi, stupéfié et embarrassé, s’en tira par une solution élégante, en lui défendant, sous peine de mort, de lui rendre le devoir (« debitum » en style religieux) plus de cinq fois, chaque nuit.

Dans son « Etude de socio-biologie et de médecine légale sur le mariage » (1), le D' Morache constate d’ailleurs qu’actuellement, sur une population globale de près d’un milliard et demi d’êtres humains, c’est au plus si l’on compte cinq cents millions de monogames contre un milliard de polygames, soit donc un tiers environ en faveur de la monogamie contre deux tiers en faveur de la polygamie.

Non seulement la polygamie n’est pas contraire à la nature, mais dans son livre : De la femme, sous ses rapports physiologique, moral et littéraire, le Docteur J.- J. Virey observe judicieusement que c’est la seule forme de mariage qui puisse s’y conformer, la nature tendant toujours à la plus grande reproduction des êtres. En effet, la femme a des temps de menstruation, de grossesse, d’allaitement, qui s’opposent d’ordinaire à de nouvelles conceptions ; elle est plus souvent stérile que l’homme »’est

(1) Alcan, éditeur.

impuissant, et d’ailleurs celui-ci peut féconder en peu de jours plusieurs femmes. 11 est donc évident que la nature n’a pas borné l’homme à une seule épouse, surtout si l’on considère que celle-ci perd, dans les pays chauds principalement, plus tôt que lui, la faculté d’engendrer ; ainsi, quand la polygamie ne serait pas établie actuellement en ces régions, elle le deviendrait par la suite. Virey ajoute même que Saint-Augustin pense qu’elle n’est nullement contraire au droit naturel.

Nous verrons d’aiheurs, dans des chapitres suivants, que la polygamie a non seulement pour elle la quantité des adeptes, mais aussi la qualité, et nous irons chercher ses défenseurs jusque chez les fondateurs de religions.

Mais au préalable il nous faut examiner une question préjudicielle delà plus haute importance pour l’admission même de son principe : un homme peut-il aimer deux ou plusieurs femmes à la fois ?

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