VI. - La polygamie* et les religions
* Si la polygamie est aujourd'hui criminelle, c'est que Frisage en est aboli ; quel crime peut-on faire à Jacob d’avoir eu plusieurs femmes ? Si vous consultez la nature , il s’en est servi pour avoir dm enfants, et non pour contenter sa passion. Si vous avez égard à la coutume , elle autorisait la polygamie ; nulle loi ne la défendait. Pourquoi est-elie irn péché, aujourd’hui ? C’est qu’elle est contraire à la loi et aux contâmes. »
SiMttT-ÀUâUSTXIV.
Nous avons déjà vu rapidement, au cours des chapitres précédents, que diverses religions avaient admis la polygamie.
Nous l’avons vue, chez les Juifs, autorisée par l’Ancien Testament et pratiquée par Abraham, Jacob, David et Salomon.
Nous l’avons vue également permise aux Mahométans par le Coran, autorisée par le pape Grégoire II, autorisée par Luther, et ordonnée par la religion mormoime. Revenons ici eu détail sur quelques points.
Spécialement à propos de l'Eglise catholique et de Luther, Nystrom donne ces précisions intéressantes :
Bien que l’Eglise chrétienne ait fixé la monogamie comme seule forme du mariage, cela n’empêche pas que des princes et grands hommes du moyen âge et d’une époque plus récente encore se procurèrent la sanction de l’Eglise pour avoir deux femmes. Les rois mérovingiens Clotaire Ier, Charibert I", Pépin I", et plusieurs Francs de haut rang étaient polygames et l’Eglise ne leur en fit aucun reproche.
On sait d’ailleurs que le pape Grégoire II autorisait la bigamie, au moins dans certains cas,
Luther admettait, comme Ksristadt et Mélanchton, la polygamie, également eu certains cas, quoiqu’il la déconseillât d’abord. Il déclarait pourtant : « Je dois reconnaître que je ne puis défendre à per- « sonne de prendre plusieurs femmes, puisque cela « n’est pas défendu dans les Saintes Ecritures. »> Conformément à cette règle, d’accord avec Mélanchton (1540), il donna au landgrave Philippe de Hesse l’autorisation de prendre une deuxième femme au moment où son épouse accouchait de son neuvième enfant.
Des écrivains ecclésiastiques luthériens ont cherché à excuser cette mesure en faisant ressortir comme « circonstance atténuante » la difficulté qu’il y avait de prouver que la bigamie fût défendue par la Bible, surtout, parce que l’Ancien Testament reconnaissait la polygamie et qu’elle ne fut pas formellement défendue dans le Nouveau Testament. La bigamie fut cependant partout défendue sous des peines sévères ; le Code des lois de l’Empereur Charîes-Quint la punissait même de la peine de mort. Mais nous avons vu qu’à cette époque la