‹ La maitresse légitimeChapitre 6 sur 58 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

à 1 occasion du 100e mille de ce livre

On a coutume, dans le monde du théâtre, de fêter les centièmes par un souper. C’est par une rapide méditation nouvelle que je veux célébrer le centième mille de mon ouvrage, atteint en quatre mois, en recherchant, sans me griser, les raisons de ce succès, d’autant plus rare en librairie que mes moyens ne me permettant pas de me faire le banquier des libraires, qui ne vendent tous qu’au comptant, j’ai condamné le principe de la mise en dépôt.

Sans doute mon amour-propre d’auteur serait tenté de se laisser prendre à d’aussi flatteuses appréciations que celle de Félicien Champsaur, qui voulut bien trouver ce livre « pittoresque , documenté, bellement écrit, de pensée libre ». Mais, outre que j’ai pris soin de spécifier, en épigraphe de cet essai, qu’il n’avait au contraire aucune prétention littéraire, j’en connais d’infiniment plus séduisants qui n’ont

point pu dépasser le tirage habituel actuel de 3 à 5.000 exemplaires.

J’attribue surtout la faveur du public à une raison d’opportunité : ce livre est venu à son heure, apportant une bouffée de logique à ceux qui se lamentent de voir la société étouffer dans l’hypocrite monogamie légale et purement conventionnelle. Et je suis toujours allé, en l’écrivant, jusqu’au bout de ma pensée.

A ce propos précisément, une phrase m’avait surpris chez un auteur dont j’admire la clairvoyance et la franchise : le Docteur Toulouse. Lui qui déclare, reconnaît et proclame : « Je crois que nous pouvons façonner notre avenir dans une large mesure, et que les suggestions d'un homme — sans doute plus ou moins déterminées par les tendances collectives — peuvent orienter la vie publique : un Rousseau a fait revenir la mondaine frivole de son temps à Vallait ement de l’enfant ! », lui-même, qui pose donc l’utilité et l’influence des esprits d’avant-garde, écrit, deux pages plus loin, dans la préface de son remarquable essai sur la question sexuelle et la femme (1) : « Je n’ai pas toujours osé exprimer ma pensée entière. La question sexuelle est encore pour nous ce qu’était la question religieuse aux siècles derniers. On y fait facilement figure d’hérétique au regard de la morale courante. »

Et puis après, mon cher Docteur ?

Y a-t-il, peut-il y avoir, pour un esprit aussi élevé que le vôtre, d’autres considérations que le sentiment du vrai ? Dès l’instant qu’un écrivain, qu’un

(1) Eug. Fasquelle, éditeur.

sociologue surtout, est sincère, que peut-on lui demander d’autre que sa bonne volonté mise au service de ce qu’il croit être un progrès ?

Surtout à une époque, j’allais écrire à un tournant, aussi dramatique pour nous que la situation que nous a faite la guerre et que je n’ai point dépeinte avec exagération.

Ce n’est pas seulement le problème sexuel que se propose de résoudre la solution que je défends si âprement ; c’est ni plus ni moins la question de la vie et du bonheur de la race.

Deux fléaux la ravagent actuellement : les maladies vénériennes et la dépopulation.

Dans son récent ouvrage : « Les maladies dites vénériennes » (1), le docteur P. Ravault, à qui son titre de médecin de l’Hôpital Saint-Louis confère une autorité qui ne lui sera point contestée, résume sans doute sa pensée dans cette phrase grammaticalement incorrecte, mais lapidaire : « Si l’on totalisait les méfaits des maladies vénériennes, tant par contagion directe que par hérédité, tant par action directe qu’indirecte, on peut estimer qu’elles sont la cause la plus grande de la morbidité humaine. »

Quant à la dépopulation, je vois la Revue Contemporaine consacrer, dans un de ses derniers numéros, une longue étude à ce qu’elle appelle, en titre : « Un grand problème pour la France », et Victor Cambon y écrire : « Il arrivera mathématiquement, dans un quart de siècle, que les quarante millions de Français seront réduits à vingt-cinq. »

Alors, je ne sais pourquoi, en lisant ce cri

0 ) Collection et librairie Armand Colin, 1923.

d'alarme, une pensée d’Henry du Roure, effroyable de vérité, m’est revenue à l’esprit : « Tout l’avenir ne tient pas dans une défaite ou dans une victoire ; la défaite n’arrête pas les pays qui montent ; la victoire ne fait pas revivre les pays qui meurent I »

Puis je me suis reporté à ce fragment d’une lettre que le professeur Charles Richet, membre de l’Institut, président de la Ligue pour la paix, adressait récemment au Progrès Civique :

La France se dépeuple. Elle va disparaître, non pas dans dix ans, mais dans deux cents ans : il faudra deux siècles pour Vextinction totale, et, quoique deux siècles ce soit très long, je nfen prends pas mon parti. Et je voudrais qu'on fît quelques efforts pour permettre à nïa patrie de survivre . D'autant plus que dans nos œuvres vives nous souffrons de cette pénurie d'hommes. La puissance d'une nation — à civilisation égale — se mesure au nombre de ses enfants. Et par puissance j'entends la puissance commerciale, industrielle, scientifique, intellectuelle, morale, agricole, militaire aussi ( car il faut pouvoir se défendre).

J'ai même écrit ceci, que je confirme énergiquement : La natalité française, ce n’est pas du tout la question la plus importante : c’est la seule, au moins pour les Français.

Charles Richet.

Dès lors si, comme je crois le démontrer au cours d’un raisonnement méthodique, parce que rigoureusement scientifique, la polygamie masculine ou polygynie, comprise à la Française et avec le correctif facultatif du matriarcat, doit immanquablement supprimer la prostitution, source de toutes les maladies vénériennes et remédier à la crise de natalité (chaque Mormon mâle a une moyenne de sept enfants), le Parlement, sans hésiter, sans perdre

criminellement un jour de plus, n’a qu’à faire son devoir.

En lui traçant le sien, moi, j’ai fait le mien i

Veuieties4es~Bains, avril 1923.

Geokges-Anquetil.

P.-S. — Cette nouvelle édition, complètement refondue, considérablement accrue, et mise à jour d’après les dernières statistiques et les plus récents tableaux des mouvements de la population et autres, est notamment augmentée d’une foule de documents on ne peut plus importants, de nouvelles opinions ou citations sur la question de la polygamie, etc... Les citations, d’ailleurs, c’est tout au cours de mon ouvrage que je les ai intentionnellement multipliées, afin d’appuyer de l’autorité des savants, penseurs, sociologues ou moralistes les plus qualifiés la thèse que je soutiens et de toujours prouver que les arguments que j’invoque à l’appui de mes démonstrations ne reposent point que sur des idées purement personnelles.

A ma connaissance, il n’a été écrit qu’un seul livre sur la polygamie, c’est : Polygamia Trium phatrix , id est , Discursus politicus De Polygamia, dont l’auteur, nommé Lyserus, natif de Saxe, se déguisait sous le nom de Theophilus Aletheus.

Pierre Bayle, dans les Nouvelles de la République des Lettres (avril 1685), a donné de cet ouvrage l’analyse suivante :

« Ce livre y>, dit-il, « est une nouvelle édition du Discursus politicus de Polygamia publié sous le faux nom

de Theophilus Alethœus et réfuté par plusieurs personnes... mais* on y a joint un commentaire beaucoup plus long que le texte, et chargé d’un nombre prodigieux de citations et de recherches historiques, politiques et rabbiniques.

<x Les raisons qu’on allègue à l’égard du droit de nature sont que l’homme est tellement conditionné qu’il peut faire plusieurs enfants dans un an ; or, la nature ne fait rien en vain, et il ne saurait exercer cette puissance avec une seule femme, donc... On ajoute que la nature ayant donné le don de continence à toutes les femelles après la conception, mais non pas aux maris, il est clair qu’elle a prétendu que les hommes eussent plusieurs femmes, et cela avec d’autant plus de raison que la continence est très utile aux femmes grosses pour ne pas troubler la nature dans la formation du fœtus.

« A l’égard du droit des gens, on nous renvoie à Seldenus qui a prouvé que la pluralité des femmes a été permise dans presque toutes les nations du monde. Il est certain qu’elle a été en usage parmi les Juifs jusqu’à ce que les empereurs Théodose, Honorius et Arcadius la leur défendissent, l’an 393, quoiqu’au reste ils avaient beaucoup d’indulgence pour cette misérable nation... Leurs Rabbins étaient plaisants lorsqu’ils se mêlaient de réduire en taxe le devoir conjugal. Ils prétendaient qu’un Païsan, pour s’acquitter de ce qu’il devait à sa femme, n’est obligé qu’à lui donner une nuit par semaine. Ils taxèrent la femme d’un voiturier, d’un marchand, à une nuit par mois, et celle d’un matelot à deux nuits par an ; mais il n’y avait pas de plus mai traitées que celles qui avaient pour mari un homme d’étude, car s’il acquérait une extrême connaissance de la Loi, ou s’il tâchait de l’acquérir, il acquérait le droit d’être deux ou trois ans sans voir sa femme.

« ... La pluralité des femmes est nécessaire pour le bien et la commodité de l’homme... La polygamie, ajoute-t-il, serait fort commode aux filles parce qu’elle apporterait une extrême commodité au mariage, et que par là elle le mettrait à couvert de grands périls. »

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