‹ La maitresse légitimeChapitre 8 sur 58 · ACQUITTÉS ; TROIS CONDAMNÉS · texte numérisé non relu

ACQUITTÉS ; TROIS CONDAMNÉS

« Quand on veut régler , à Vaide des paragraphes d'un Code matrimonial monogame , l'appétit sexuel, dont la variabilité individuelle est énorme , on n'arrive qu'à des tortures aussi absurdes qu'impratica -

bies- ” Profr Auguste Forel.

C La question sexuelle) (1).

« Chez les Suisses , quand deux femmes réclamaient le même mari et que le crime de bigamie était prouvé, les tribunaux ordonnaient que le corps du bigame fût coupé par moitié et que chaque moitié fût remise à chaque femme. » L.-B. Bonjba*.

Voici quelques chroniques judiciaires empruntées à la presse en l’espace de six mois — de septembre 1921 à mars 1922 :

Deux Bigames acquittés

Au cours de sa dernière session de 1921, la Cour d’assises de l’Oise vient d’acquitter l’employé de chemin de fer Jules Desmaret, qui comparaissait sous l’inculpation de bigamie. Il avait, en effet, deux femmes légitimes et deux enfants de chacune d’elles.

(T) Masson, éditeur.

Imitant le jury de Versailles, celui de Beauvais a prononcé l’acquittement du bigame.

Un Bigame condamné

Malheureusement, la justice est femme.

Souvent elle varie, et bien fol est qui s’y fie.

Dans le même temps que les jurés de l’Oise et de Seine-et-Oise acquittaient, ceux de la Seine — pour le même crime, puisque crime il y a — condamnaient le pauvre Camille Juniet, âgé de cinquante-quatre ans, accusé de bigamie. Veuf en premières noces d’une dame Touchy, Juniet s’ctait remarié en juillet 1911 avec une veuve Berceron, qu’il abandonna en décembre 1920. Et quelques jours après, le 29 janvier 1921, il épousait devant le maire du neuvième arrondissement, grâce à la production d’un extrait de naissance falsifié, une demoiselle Marguerite Bondi er, à laquelle il s’était présenté comme célibataire. Pour ce crime, Juniet, que défendit Me Colonna Santini, a été condamné à deux ans de prison.

u n Bigame acquitté

La Cour d’assises du Nord vient de juger Frédéric Falquier, représentant de commerce à Avesnes-sur- Helpe, qui se maria en 1916 avec la nommée Marie Lepage, alors qu’il était mobilisé.

Libéré en 1919, il épousa à Avesnes, la demoiselle Lucienne Poreaux, après avoir affirmé qu’il était célibataire. L’accusé prétend qu’il croyait avoir obtenu le divorce. Aussitôt après son second mariage, Falquier employa les économies de Lucienne Poreaux à payer ses dettes, puis il la quitta.

Bien qu’il eût été condamné à un mois de prison pour abus de confiance, les renseignements recueillis sur Falquier ne sont pas mauvais.

Ses deux femmes, qui assistent à l’audience, se montrent assez sévères pour le bigame, qu’elles ne veulent reprendre ni l’une ni l’autre.

Après plaidoirie de Me Jardel, Falquier a été cependant acquitté.

U n Bigame condamné

Le jury de la Moselle a trouvé des circonstances atténuantes à une affaire de bigamie, écrit avec indignation Le Figaro.

Jean Zimmermann s’était marié le 11 mai 1901 à Deux-Ponts (Palatinat), avec une demoiselle Marie- Odile Michel. La guerre survint ; le mari, incorporé dans l’armée allemande, se battit dans les Vosges. Après l’armistice, il entra en France et, le 11 avril 1921, épousait, à Foulquemont, une demoiselle Mathé.

A l’audience, Zimmermann déclare qu’il croyait sa première union rompue par le fait de l’occupation du Palatinat. Son ancien capitaine allemand et un homme d’affaires de Sarrebruck le lui avaient affirmé.

Le jury a accordé les circonstances atténuantes à Zimmerman, qui n'a été condamné qu'à deux ans de prison , dit toujours Le Figaro.

u n Bigame acquitté

Après avoir combattu sur le front de France, un Américain, du nom de Liwes Birt, se fixa à Bassens, une fois la guerre terminée. Comme nombre de ses compatriotes, il conquit rapidement les bonnes grâces d’une Française. Celle-ci était mère de cinq enfants. Notre Américain décida de l’épouser et légitima les cinq enfants. Malheureusement il avait négligé de faire connaître qu’il était déjà marié en Amérique.

Sa première femme, inquiète de sa longue absence, prit des renseignements et ayant appris la nouvelle union, déposa contre lui une plainte pour bigamie.

A l’instruction, Liwes Birt a invoqué sa bonne foi et présenté une lettre l’avisant du décès de sa première femme. Mais il fut rapidement établi qu’il était luimême l’auteur de cette lettre.

Les renseignements recueillis sur le bigame sont excellents. Laborieux et économe, il est un véritable père pour les enfants qu’il a légitimés. « C’est un bon bigame », conclut une déposition.

Aussi le juge d’instruction l’avait-il laissé en liberté provisoire, et la Cour d’assises de la Gironde l’a-t-elle acquitté.

U n Bigame condamné

Je découpe dans Le Journal cette information :

Le cocher Léon Bertrand était maiié depuis vingthuit ans quand il épousa en 1920 une veuve y Mme Bonnard, Mariage d'amour d'abord , mariage d'intérêt ensuite, Mme Bonnard possédait, en effet, une fortune rondelette en titres et en immeubles.

Le plus curieux de cette histoire, c'est que Bertrand mena de front les deux ménages. Chacune des femmes se croyait l'épouse et prenait sa rivale pour une simple maîtresse, La brutalité et la violence du mari imposaient silence à toute récrimination.

Le jury, toujours indulgent aux bigames désintéressés, n'a pu pardonner à Bertrand de s'être conduit malhonnêtement à l'égard de sa seconde femme. Malgré la plaidoirie de M* Vayrine, sur un verdict affirmatif, Bertrand a été condamné à quatre ans de prison,

Qu’est-ce donc que ce crime dont le coupable se voit, dans le même pays, tantôt absous par une Cour, tantôt sévèrement condamné par l’autre ? (1) Qu’est-ce que ce courant d’opinion qui semble se dessiner chez les magistrats populaires jurés, et qui les incite à acquitter cinq fois sur huit, puisqu’on ne condamne que dans la Seine et dans la Moselle, mais qu’on acquitte en Seine-et-Oise, dans l’Oise, dans le Nord et dans la Gironde ? Cette indulgence, deux fois sur trois, doit refléter un état d’âme suffisamment précisé par ces arrêts. Quelles en sont les raisons, sans doute profondes ?

(1) L’éloquence persuasive de mou ami Albert Noël, du barreau de Paris, vient de faire revenir le jury de la Seine sur sa jurisprudence : j’apprends avec joie qu’il vient d’obtenir (septembre 1922) l’acquittement d’un bigame. Bravo !

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