‹ La maîtresse masquéeChapitre 7 sur 26 · LE SECRET DE SIR JOKN MALCOLM · texte numérisé non relu

LE SECRET DE SIR JOKN MALCOLM

Georges sentit son cœur battre avec violence, comme agité par un inexplicable pressentiment,

— C'est de mon père ! — dit-il en brisant le cachet et en déchirant l'enveloppe.

La lettre était courte. — A peine le jeune homme l'eut-il parcourue, qu'une expression de joie indicible se peignit sur son visage et rayonna dans ses regards.

Stop n'avait point quitté la chambre, — les yeux fixés sur son maître, il attendait curieusement et impatiemment.

— Ah! — s'écria-t-il, avec la respectueuse familiarité d'un serviteur de confiance qui connaît ses privilèges, — ou je me trompe fort, ou Votre Honneur reçoit une heureuse nouvelle.

— Tu ne te trompes pas, mon brave Stop ! — répondit Georges Malcolm, — lanouvelle qui m'arrive est la meilleure de toutes, et depuis bien longtemps je l'attendais...

— Si Votre Honneur me permettait de lui demander...

— Ce qui cause ma joie ? — tu vas le savoir et tu la partageras ! — Dans quelques semaines nous embrasserons mon père et mon frère...

— Sir John et sir Edward reviennent en Angleterre?— demanda vivement le valet de chambre.

— Ce n'est pas tout à fait cela, — répliqua Georges en souriant, — c'est nous qui allons les rejoindre...

Stop, dont le visage était radieux, s'assombrit tout à coup.

— Aux grandes Indes ? — balbutia-t-il.

— Oui... àBénarès... — quel beau voyage! Stop ne répondit pas, et baissa la tête.

— Ah çà, mais, — reprit Georges, — on dirait que ridée de ce départ te rend triste...

— Elle ne me rend pas précisément triste, — murmura Stop, — mais j'étais loin de n'attendre...

— C'est une agréable surprise!

— Oh! certainement, Votre Honneur... mais nous étions si bien ici...

— Nous serons encore mieux là-bas, puisque nous y trouverons mon père et mon frère...

— Je ne dis pas le contraire, Votre Honneur... mais la traversée est longue et dangereuse... les naufrages sont fréquents.

Georges fixa sur le valet de chambre un regard sévère, et lui dit :

— Si tu as peur de me suivre, rien ne t'empêche de rester ici! — je ne veux pas d'un compagnon que le péril effraye, et dont le dévouement faiblit dès qu'il s'agit d'en donner la preuve !

— Votre Honneur sait bien que je raccompagnerai partout... — répliqua Stop en faisant sur luimôme un héroïque effort, — pour ne le point quitter je braverais un canon chargé à mitraille... je puis bien avoir le mal de mer, que diable !

— A la bonne heure, mon bon Stop, je te retrouve !

— Quand nous mettrons-nous en route, Votre Honneur ?

— Par le premier navire de la Compagnie des ïndes en partance pour Calcutta. — Je vais écrire à Londres à l'instant afin de me renseigner et, dès demain, nous commencerons nos préparatifs.

— Les miens seront bientôt faits! — murmura Stop avec une profonde résignation ; — puis il quitta la chambre pour aller annoncer aux autres serviteurs le très prochain départ de deux personnages aussi importants, que sir Georges et luimême.

Voici la courte lettre de John Malcolm à son fils:

« Le moment est venu, cher enfant, de céder à tes vœux, et de t'accorder ce que dans chacune de tes lettres tu me demandes avec de si touchantes instances. — Je consens à ce que tu viennes me rejoindre aux Indes, et je t'engage même à prendre ton passage le plus tôt possible sur l'un des paquebots de la Compagnie... —J'ai hâte de te voir et de et serrer dans mes bras, et en outre, j'ai besoin de toi...

» Depuis de longues années, cher enfant, j'ai I. 6

donné à ma vie un but mystérieux et sacré. . . — J'ai entrepris une œuvre immense et dangereuse, une œuvre que moi seul je connais, que moi seul peux mener à bien...

)) Je touche au but, — du moins je le crois et je l'espère,' — mais d'innombrables périls m'entourent,

— d'invisibles ennemis veillent autour de moi, — je puis, d'une heure à l'autre, tomber frappé par une main inconnue, et, moi mort, tout ce que j'ai fait déjà, tout ce que je veux faire encore, s'écroule et s'anéantit...

» Voilà ce qui ne doit pas être, et ce qui ne sera pas ! ! — ton frère Edward est trop jeune encore pour me suppléer, pour me remplacer au besoin.

— De toi je vais faire un autre moi-même, et, si je succombe, je te laisserai comme un héritage d'honneur, ma tâche gigantesque à continuer, à terminer et, après nous, le vieux nom de Malcolm ne mourra pas tout entier, car nous aurons fait de grandes choses ; nous aurons sauvé peut-être la domination anglaise dans les Indes...

)) En présence de cette demi-révélation, tu comprends avec quelle impatience je dois t'attendre, car chaque pas que je fais en avant augmente ces dangers qui planent sur ma tête...

)) Viens donc, mon fils, mon cher Georges, — viens vite!...

» A partir du jour où ton arrivée sera possible, un jeune Indou, un enfant qui se nomme Kazil et se montre reconnaissant et dévoué parce que je lui ai sauvé la vie, t'attendra à Calcutta avec un palanquin et des porteurs. — Il est intelligent et

infatigable, — il saura te découvrir parmi les passagers des navires anglais. — C'est lui qui te servira de guide. — Tu peux avoir en cet enfant une confiance absolue.

» A bientôt, mon Georges. — Ton frère Edward et moi nous t'envoyons nos âmes qui sont à toi, et nos cœurs qui battent bien fort à la pensée que dans quelques semaines nous pourrons joyeusement et librement te serrer dans nos bras.

)) Ton père qui t'aime et qui t'attend,

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