‹ La maîtresse servanteChapitre 18 sur 41 · OPEN · texte numérisé non relu

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étions en public, la gène apparaissait

aussitôt, Elle s’imaginait que sa présénce

à mes côtés risquait de me diminuer dans 1 l'esprit de nos paysans — bien à torten vérité, car la vie du maître est assez indif- ÿ férente à nos gens, et notre prestige, qui vient surtout de ce que nous possédons +4 . la terre, ne se trouve guère amoindii par nos erreurs de conduite. Si je lui deman- “4 mandais de visiter avec moi quelqu’une N.

de nos métairies, elle trouvait toujours à un prétexte pour ne pas m'accompagner. à Sa crainte de rencontrer ma mère l’em- rs

pêchait de sortir seule à cent mètres hors |

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disparaître. 14 Depuis plusieurs soirs nous enten- ee.

bruit régulier, monotone, qui paraissait D Ro

venir de l’une de nos métairies. Ce bruit. 5 intriguait Mariette. Je fis mine de n’en A pas savoir la cause. Nous partimes à la k Le découverte, et nous gagnâmes la métairie par une de ces belles nuits où le son le plus léger semble se graver dans le ciel.

Au clair de lune, dans la cour, tous Fi nos métayers s 'affairaient À ‘broyer le 5 chanvre encore tiède. C’est là un spec- - tacle charmant qui même chez nous Se et rare. Les uns sortent les tiges du me four ; les autres les mâchent avec des cou teaux de bois (c'était cela que nous avions ; po ; d’autres passent, pour les carles tiges déjà broyées sur un peigne a Es les font tourner sur leurs têtes “ee de longues chevelures de fées. PRE A | Mariette ire s PTE à cette ra

un des moments heurenx que j'ai connus en ce temps-là, et je ne m'en souviens pas sans plaisir.

Au bruit du scandale que je causais, ma tante de Jumilhac accourut. Je vis

entrer son équipage; je l’aperçus ellemême, tumultueuse et empanachée (la

comtesse d'Escarbagnas est un type de chez nous). Rien ne m'eût été plus agréable que de l'aborder d'un air calme,

de la défier, de lui répondre avec une froideur insolente. Mais cette femme en

qui je haïssais tout, ne laissait pas de

m'en imposer. Je m’abstins de paraître

devant elle, laissant ma mère supporter

seule l’assaut de sa morale outragée.

Les fenêtres du salon où elles causaient étaient ouvertes, et leurs paroles

arrivaient jusqu'à moi. Ma tante repro=

chait à sa sœur de compromettre par safai-

blesse la dignité de notre famille et d’avoir

manqué à l'honneur en agissant comme

elle avait fait. Bien qu’elle fût de quelques

années plus jeune, elle montrait envers

ma mère un ton de supériorité qui m'exaspérait toujours, et celle-ci pourtant

si rétive acceptait de sa cadette ces façons

protectrices et tranchantes auxquelles in-

clinent si aisément, sous l'effet de la fortune, les natures un peu grossières.

Cette fois, ma mère se cabra. Il lui paraissait monstrueux qu'on prétendit la

faire réfléchir à des choses sur lesquelles,

depuis des mois, son esprit travaillait nuit et jour, et qu'on opposât à sa con-

duite, dictée par la nécessité et sans doute aussi la prudence, une attitude intransigeante qui ne résolvait rien. Elle expliqua

ses raisons : la pénurie du domaine, mon

__ obstination à ne pas revenir au Pradeau l sans cette femme, sa confiance de m'en délivrer, aujourd'hui qu'elle ia Va sous

| nouvelle preuve de la coupable ndulgence 3 4 que ma mère avait toujours témoignée à

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mon endroit. Les deux femmes se sépa=

Tr ti dans la réprobation qui m'at-.

2 Re mers de moi ma mère et

L'automne — excusez-moi, Monsieur, de suivre cette histoire comme on suit un calendrier, mais les saisons règlent tout dans notre vie rustique — l’automne était

. arrivé. Les chênes restaient verts encore, mais les châtaigniers roussis commençaient de perdre leurs feuilles. De li maison de Mariette, on apercevait déjà, entre leurs branches dépouillées, la façade austère du Pradeau, et nous commencions d'entendre çà et là, autour de nous, ces appels de cor si gais, si entraînants à la

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