‹ La maîtresse servanteChapitre 19 sur 41 · LT · texte numérisé non relu

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chasse, si tristes, si mélancoliques quand

ils ne sont que la distraction solitaire de RE , ;

quelque hobereau qui s'ennuie. C'est

pourtant la vraie musique de cette saison

et de ces bois, elle accompagne si bien le cri angoissant des bergères qui rassemblent leurs moutons, elle seule peut pénétrer tous les plis et les replis de cette campagne romantique, elle en réveille les mille échos qui l’attendent, qui se répon-

dent avec des retards émouvants, des voix

frémissantes et perdues.

Ces premiers jours d'automne sont d’ordinaire, en Limousin, les plus beaux de l’année. Le ciel déjà tourmenté forme une harmonie parfaite avec notre granit et nos bois, mais cet accord ne dure guère.

Bientôt. la bise aigre souffle, le vent d'ouest nous couvre bien vite de ses nuées qui se répandent en brumes ou crèvent

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en pluies torrentielles. Nos chemins, nos prés, nos landes deviennent un vaste marécage, et de novembre à février ce n’est

plus qu'un long gémissement.

Pour nous autres, hobereaux, c’est le beau moment de l’année. Rien ne nous retient sur nos terres, tort nous ennuie

dans nos demeures. On selle son cheval

et l’on part sur les routes de granit qui brillent au soleil mouillé. En route, Monsieur! Les chiens aboient, une fanfare D retentit, le cheval prend de lui-même le trot, les bois ont la couleur du gibier.

Sur cette frontière indécise où le + Limousin se fait moins âpre et le Périgord plus sauvage, on a toujours vu foi- , sonner une petite noblesse terrienne, gour- mande, besogneuse et faraude. Quand elle __ donne sa fleur, elle produit les Mortemart,

LA MAIÏTRESSE SERVANTE

les Noailles ou les Saint-Chamans; quand elle demeure à l’état fruste, elle continue .les Pourceaugnac. Partout vous voyez en 114 passant, derrière nos arbres, sur nos coteaux, une grosse ferme à pigeonnier, une maison flanquée de tourelles. Beaucoup de ces vieilles bâtisses ne servent

elles ne sont pas un perchoir pour tous 2 les oiseaux de nuit. Tourmentés d'un désir de fortune, les maîtres ont fait comme les

urnes : ils sont partis eux aussi pour la Le où volontiers 1ls nr ces pese Re ;

| sons 5 d'automobiles — qui ds de me chasse et du jeu et qui les font vivre au café. Gêux qui restent, ceux qui s'attardent | entre nos Pt plantées de chênes donnent

leur pis Ds ces campagnes et en font

un À pive à part, archaïque et romanesque.

| Presque tous, ils mènent entre eux une

- existence de bohème campagnarde. Quand Ne

ils ont vendu leur bétail, leur récolte ou Fÿ

leur bois, ils s’en vont faire la fête à Péri-

; gueux ou à Limoges, le temps que dure

| mt ee après June et rentrent chez” Per

ee ni la gêne ne FREE à l'arra- cher à ces arpents de terre où il est un personnage. Si quelqu'un de ses amis | plus hardi lui raconte sa réussite dans

quelque contrée lointaine, à Toulouseou

À Bordeaux, il écoute, rêve un moment;

Dore son M LE à destin à à cette à &

penchant naturel à l’exagération embellit.

Vous croiriez que lui aussi va partir.

Mais non, il reste dans son pigeonnier, malcontent et satisfait tout ensemble de sa médiocrité, et s’attarde à songer parfois, dans quelque chemin creux qui mène à sa gentilhommière ou bien en face d’un beau tournant de la Vienne ou de la Dordogne, à une vie chimérique dans un pays fortuné.

Avec le jeu, la chasse est son plus

grand plaisir.

Ce sont des réunions comiques et d’un pittoresque suranné, ces parties de chasse qu'on voit chez nous. On s’est donné le rendez-vous dans quelque cour de métairie ou bien dans la clairière d’un bois.

Chacun tient à faire figure et se pare d’une livrée tapageuse. Les habits bleus, verts et rouges, à parements et ganses diverses,

et la bombe de velours habillent ces

hobereaux qu’on s'étonne de retrouver . quelquefois sous le frac du croupier ou l'uniforme d’un employé du métropoli-

tain. Tout cela piaffe et s’agite à la pointe du jour, sous la brume d’automne, dans la bise qui fait frissonner avec un bruit

aigre les feuilles obstinées de nos chênes

qui ne tombent qu’au printemps. Qu'attendent-ils pour laisser courre? Souvent,

le plus pauvre d’entre eux. Mais en cette

noble matière la fortune n’a rien à voir.

Qui eonnaît la chasse est roi, et les autres

le suivent. Soudain, on entend d’une

vallée monter une fanfare. C’est lui! Il arrive de loin. Son retard même est calculé. On lui répond par d’autres fanfares.

Le bruit de sa trompe se rapproche, elle éclate brusquement tout près, mais on ne distingue pas encore le cavalier dans la

brume... Il surgit comme un Don Qui- 15 chotte, monté sur quelque vieux pur sang usé jusqu’à la corde. Son habit sans couleur, éraillé par les ronces, ne porte le bouton de personne. À cinq mètres, suit son domestique, vêtu d’une livrée choco lat, des galons d'or retenus par des

épingles, la carabine à la selle, Derrière, vient un chien, un seul. On se salue, Mes- sieurs, en chasse! 4:91 :% Ces assemblées de propriétaires campa-

gnards, que je méprisais à Paris, ces bavar-

de cartes que l’on va chercher à des lieues

de sa maison, ce sont là de minces plai- à sirs auxquels la solitude et la distance donnent un prix insoupçonné, J'étais sans 44 | cesse par monts et par vaux, on me voyait.

sur toutes les routes, parfois même il

m’arrivait de ne pas rentrer la nuit.

dages, ces repas interminables, ces parties

Je retrouvai des gens de mon âge qui n'avaient jamais quitté le pays, ou qui, s’ils en étaient sortis un moment, y étaient bientôt revenus, soit qu'en dehors de leur petit monde rien ne pût les intéresser, soit que le défaut de fortune les empêchât de mener ailleurs cette existence de loisirs hors de laquelle ils ne sauraient vivre.

D'autres étaient presque des vieillards, mais le fait d’avoir vu le jour sous un toit en poiyrière et la nécessité d’être nombreux pour se distraire, ceréaient entre nous tous une égalité parfaite qui confondait tous les âges. Ceux qui avaient une femme au logis n'étaient pas les moins prompts à la fête, car c’est chez nous une maxime qu'à trois lieues du toit conjugal on est garçon; et d'autres, plus faciles encore. disaient qu'ils redevenaient libres dès qu’ils avaient passé un ruisseau.

Dans l'excitation de la bonne chère et le besoin de divertissement qui succède à des semaines d’ennui, ncus retrouvions ensemble une gaîté puissante et tapageuse dont je voudrais vous donner une idée.

Tout cela, hélas! est lointain; tout cela est en moi comme ces airs de chanson que l'on a dans l'oreille et qu’on ne pourrait chanter. Ces histoires n’ont le plus souvent pour elles que l'accent, l’entrain du moment, une fantaisie fugitive qu'on y chercherait en vain dès que le rire est

-tombé. En voici une cependant, qui con-

serve dans mon souvenir une fraîcheur matinale. |

Il s'agissait d’étonner la femme qu’un

de nos amis venait d'épouser en Touraine.

Cette nouvelle venue ne cessait de nous

vanter les grandes battues de son pays.

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Nous résolûmes de lui montrer ce que nous savions faire et de lui offrir le spectacle imprévu d’une chasse à courre, sans qu'elle eût à sortir du lit.

Donc un matin, au petit jour, nous nous trouvions réunis, une quinzaine de cavaliers et nos chiens. Pendant la nuit, nous avions promené la peau d’un renard

dans la lande, dans la cour, sur le perron,

à travers le grand vestibule qui perce de

part en part la maison de notre ami, enfin

dans le jardin potager, et de nouveau dans la lande où nous devions disparaître.

Au matin, nous lâchons les chiens. Ils prennent aussitôt la voie, et nous voici derrière eux, toutes nos fanfares sonnant.

La meute pénètre dans la cour, s’élance

dans le vestibule; nos chevaux suivent,

montent les marches, traversent eux aussi

le corridor. Et je vous laisse à penser la

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à "RARES de

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musique que cela faisait He la PAR La jeune mariée, à sa fenêtre, nous vit ï 4 | sortir de chez elle et mener derrière nos a chiens cette chasse extravagante. Ce fut À à miracle que personne ne se rompiît le cou en sautant les terrasses du jardin, mais nos chevaux toujours piqués par les ajoncs de nos brandes avaient les jarrets LEP | solides. OR Mon Dieu! que ce temps est loin!

pa Comme cette haute lande me semble triste aujourd’ huil Le château bâti par Branes ne sur le modèle de celui de. nn ue: fe »

à un étage et son haut toit Et n y.

monte quelquefois, j ‘entre dans le fameux

vestibule, j'y trouve, si l’on est en été, deux vieilles dames a travaillent AR ©

est la jeune épousée que nos chiens et nos fanfares avaient un matin réveillée.

Notre ami est mort, elle est veuve. Une parente est venue partager sa solitude. Et ces deux vieilles femmes, sur cette haute lande perdue, font de la tapisserie et brodent des ornements de l’église, audessus même de la crypte où est enterré Brantôme,

Ce qu'étaient pour ma maitresse ces

longues heures d'abandon, au fond de cette campagne déserte, dans cette maison que les plus grands feux n'arrivaient pas à réchauffer, et ces nuits plus longues encore, vous l’imaginez sans peine. Pourtant elle ne m'adressait pas de reproches,

autant par fierté que pour ne pas empirer par des plaintes inutiles une situation déjà difficilement supportable. Elle jugeait qu'en l’'emmenant avec moi, je lui avais

donné un si grand témoignage de ten-

dresse qu'il lui enlevait jusqu’au droit de récriminer, quelque raison qu'elle parût en avoir. Mais je la sentais tourmentée, l'esprit agité de mille pensées, de projets, de résolutions prises dans la solitude, et

qu'elle n’osait plus me confier dès que

nous étions en présence. De terribles

__ silences s’établissaient entre nous. Je ne

pouvais rien lui raconter de ma vie ni de mes plaisirs :elle n'en comprenait pas l'intérêt, ou même elle en était blessée.

Dans ces divertissements qui m’éloignaient toujours plus d'elle, elle me sentait devenir plus grossier, et je n'étais pas assez sûr de ne point le devenir en effet pour ne pas m'en irriter. Je la comparais aux femmes que je venais de rencontrer dans les gentilhommières voisines, et j'avais beau constater le plus souvent que cette comparaison tournait à son avan-

Si

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