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Elle aurait pu n'en pas dire davantage.
Son ton grave, presque solennel, n'avait
averti déjà de ce qu’elle allait me demander. | — Je suis une pauvre créature qui ne sait pas s'éloigner de ce qu’elle aime, continua-t-elle à peu près. Si tu veux que je parte, je partirai dès demain, mais si tu conserves pour moi quelque reste de tendresse, sois généreux jusqu'au bout. Ce
que j'ai voulu autrefois dans un moment
de désespoir, je te le demande aujourd’hui
‘comme la dernière preuve d'affection que
tu puisses me donner. Laisse-moi aller chez ta mère. Elle me recevra, je le sais, dans des conditions acceptables pour elle, pour toi et pour moi.
Elle parla Lt ct 2 dela sorte, avecune éloquence que j'essaierais en vain de vous rendre. Et même si j'arrivais à vous redire
Li:
mots pour mots ses paroles, j'aurais fait bien peu encore, car il y a telles circonstances où les phrases les plus simples prennent une valeur ‘inconnue, où les - sentiments et l'accent donnent un incommuniçcable sublime à une conversation familière.
A mesure qu’elle parlait, je reconnais- sais ses arguments au passage : mon - amour qui n'était plus aujourd’hui que de la pitié; son âge, son dégoût de toutes choses; l'impossibilité d'aimer encore après avoir trop souffert; sa vie brisée, finie, mais qui pouvait garder quelque douceur à s’écouler près de moi, entre ma mère et ma nourrice.
Que faire? Que dire? Que répondre?
Que résoudre entre ces deux femmes qui désiraient la même chose avec des intentions si diverses? Ma mère pensait qu’en L \
la domestiquant, elle me délivrerait à jamais de ma maîtresse; et Mariette s’ima-
ginait que pour rester près de moi, dans
l'air que je respirais, et hors duquel la pauvre fille croyait ne plus pouvoir vivre, il ne lui restait d'autre ressource ve
d'entrer en servitude. # = Une fois encore j'essayai de la détourner de son projet; une fois de plus je
éd
refusai de me rendre à ses raisons. Mais
était-ce vraiment ma maîtresse que je défendais contre elle-même? ou bien, ha-
bituée dès l'enfance à mener tous ceux qui.
m'entouraient, ne répugnais-je pas plutôt
à me soumettre aux desseins persévérants de ces deux êtres que je croyais avoir asser vis ?
Nous recommençâmes de nous dre ce
que nous nous étions déjà dit, mais à mesure que les mêmes arguments reve-
AAC
ï Ne ent sur nos ne le ton de la passion