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pi 18% LA MAÎTRESSE SERVANTE
Lorsque je m'ouvris à elle de cette à combinaison qui n'avait rien pour la surprendre, elle éclata en paroles indignées. g | Je lui dis que je né comprenais pas sa colère; qu’elle-même s'était ingéniée à introduire Mariette chez elle, et qu’en lui offrant aujourd'hui de la recevoir sous son toit, j'avais cru aller au-devant de son désir. ‘a + A Elle se récria de nouveau. Mais elle 4 sentit le ridicule, et peut-être aussi le danger, de prolonger plus longtemps la il.
comédie que nous jouions tous les deux.
— Encore faudrait-il savoir si cette fille y consentira? dit-elle en me toisant # du regard. ; Ces mots, qui résumaient tant de ruse, me firent monter le sang au visage. J’eus envie de lui crier : « Ne fais donc pas
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l’innocente! Tu sais bien que tu as tout fait, que tu as mené toute l'intrigue, que
j'ai l’air de l'emporter, de t'imposer ma
maîtresse, quand c’est toi qui en arrives à tes fins! nr s . Mais je réprimai une colère qui n’était | pas de saison, et ce fut d’un ton assez calme que je lui répondis :
— Tu le sais bien !
__ Elle parut se recueillir un instant, puis
sur un ton de douceur inattendue :
e pois je sois restée indifférente à tes peines ? De jour en jour, je t'ai vu plus fatigué de cette femme, j'ai senti les efforts que tu
| faisais pour me cacher ton détachement et
pour te le cacher à toi-même. Aujourd’hui, tu n’en peux plus et tu ne sais à quoi te réscudre. Tu ne veux pas la renvoyer, et
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— Crois-tu donc, mon pauvre enfant,
encore très sûre que tu ne courrais pas après elle.
Elle me jeta un regard vif et profond pour juger l'effet de ses paroles, et poursuivit aussitôt :
— Soit. J'accepte. Qu'elle vienne ici.
C'est peut-être le seul endroit où vous soyez à l'abri l’un de l’autre, car tu te rends compte, je suppose, des engagements que vous prenez tous les deux vis à-vis de moi. Vous autres hommes, vous croyez toujours avoir de beaux sentiments et tout résoudre par de grands moyens.
Laisse-moi faire. Cette situation ne saurait se prolonger plus longtemps. Tout s’arrangera au mieux pour toi et aussi pour
cette fille, si elle est ce que je pense.
Mon silence résigné, des larmes quime
montaient aux yeux en disaient plus à ma mère que ne l’eussent fait des paroles.
Elle s’abstint prudemment de pousser son avantage. Pendant le reste de la soirée, :
elle ne revint plus sur ce sujet, et pour m'empêcher d’appesantir mon esprit sur des idées trop brüûlantes, elle parla de choses et d'autres, comme on flatte de la main une bête effarouchée.
D'ailleurs, je ne l'écoutais plus, ma pensée tout occupée de ce qu’elle venait
de me dire et de ce que j'allais dire à Ma- riette. Je pris congé presque au sortir de
table; elle m'accompagna jusqu’à la porte, ce qu’elle ne faisait jamais. Je l'embrassai
avec des sentiments mélés, où il entrait
de la rancune et une reconnaissante tendresse.
— Va, mon enfant, me dit-elle en appuyant sa joue sur la mienne; il ÿ a toujours dans la vie, où qu'on aille, une
- lieue de mauvais chemin.
Je retrouvai ma maitresse sur le petit banc rustique où elle s’asseyait chaque à soir, enveloppée dans un grand châle :
chez nous, même en plein été, les soirées ki sont toujoéis fraiches. Je m'assis sur le Lu banc et je Jui pe la main. Y
RpoBE elle un DA car « pot:
voix qu elle s ’efforçait de rendre Indiffé: 4 F rente, maäis où son âme semblait toute attachée : | € j “au
— Eh bien, mon ami? me dit-elle.
La MAITRESSE SERVANTE sage. 5
+ Je n'osais pas lui avouer que je U avais livrée à ma mère. TR Le ge Elle ne me pressa point de répondre.
Peat-être avait-elle li impression que cette paisible soirée, si pareille à tant d’autres,
devait être à arr ae à nous isa
ER dé gagné sur le FRE que de la pro.
à longer: un moment.
4 + Eh bien? finit-elle par reprendre, a Ke un assez Ée silence. As-tu re à à na? 4 ‘
J'attendis anxieusement sa réponse.
Elle me dit simplement :
— Merci.
Et bien qu’il n’y eût aucune trace d’ironie dans sa voix, il y en avait une si grande dans notre situation que je me retournai vers elle et l’interrogeai des yeux. Je ne lus dans son regard qu’une résolution ferme, et sans doute aussi la tristesse de me voir accepter enfin un sacrifice, qu’elle avait peut-être jusqu’au der-
-nier moment espéré que je n’accepterais
pas.
— Maintenant, ajouta-t-elle, que tout se fasse au plus tôt.
J'étais affreusement gêné, et déjà tout prêt à défaire ce que j'avais consenti.
— Voyons, rien ne presse, lui dis-je.
— Si, si, reprit-elle vivement. Prends un prétexte, pars en voyage, absente-toi
vers moi.
quelques jours. À ton retour tout sera terminé. ee — Mariette! murmurai-je, Mariette!
Je me laissai tomber à ses pieds; je
posai ma tête sur ses genoux. Elle la prit
dans ses mains, la caressa doucement, et d’une voix où maintenant ne se trahissait plus d’amertume :
— Pauvre petit! dit-elle en se penchant Je cherchai un mot, un geste dont la tendresse répondit à ia sienne, et je redou-
tais de le trouver, par crainte de renouer
tout à coup un lien que j'avais enfin rompu.
Dans sa robe, entre ses genoux où je
cachai mon visage, je jouissais déjà du bonheur de me sentir libéré, et j'éprouvais
dans le même temps un inexplicable dépit
à sentir fuir entre mes doigts celle qui avait été mon bien.
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