‹ La maîtresse servanteChapitre 31 sur 41 · EE CAS ARE | T'ICTTNR · texte numérisé non relu

EE CAS ARE | T'ICTTNR

| plus souvent, le malheureux terrifié ne FA 3 faisait pas de résistance, On lui prenaitson

fusil, on le cassait en deux morceaux, et ; puis tirant nos couteaux, nous lui cou pions les boutons de sa culotte, après 1

- … l'avoir menacé de lui couper autre chose... Et tout cela eñt été assez odieux, si ++ ‘8 “ " . = 202 maintes fois nous n'avions entendu siffler du plomb à à nos oreilles.

J'avais fait comme les autres; j'avais

fendu la culotte à ce paysan chasseur, our hui je prenais sa défense, comme } ’ai toujours fait toutes choses, non sans 4

__ quelque sincérité, mais avec un parti pris

si évident de contradiction que la sincé-

rité disparaît. Moi-même, si traversant RE.

mes bois, j'entendais dans le silence du

soir éclater un coup de feu — ce coup de.

à feu du braconnier que l’on reconnaît entre

L mille - — je ne ponYais me défendre d' un

mouvement d'irritation, et je maudissais l’'amour-propre qui m'empéchait de convoquer mes voisins pour donner la chasse au « braco».

Bref, Monsieur, j'étais mécontent de moi-même et de mes amis. Une plaisanterie qui tourna mal m'en éloigna tout à fait.

Nous étions réunis, un soir, chez notre ami du Landier. C'était le plus simple de nous tous. Pour vous le peindre d’un trait, il dormait, les nuits de lune, une corde attachée à son poignet. A l’autre bout de la corde, pourrissait un morceau de viande, et si quelque animal alléché par l'odeur, loup, renard ou blaireau, tirait sur la charogne, d’un bond le dormeur était debout, et par la fenêtre ouverte il lâchait son coup de feu.

Ce soir-là, il fit le pari de jouer au Lubérou. :

Le Lubérou, dans nos campagnes, c'est.

‘une sorte de loup-garou dont la manie bien innocente est de se faire porter, la nuit, par les gens attardés sur les chemins. Du Landier nous paria donc de se faire monter à La Barde — c'était le.

rom de sa gentilhommière — par le premier paysan qui passerait sur la route.

Il jette sur lui sa peau de bique, se coiffe . d’une casquette fourrée, et nous sortons - tous ensemble pour nous mettre en embuscade.

La nuit était tout à fait noire. Un paysan vint à passer. Du Landier se jette sur lui.

L'autre essaya de s’en défaire, mais le cavalier ténait bon et l’étouffait entre ses

jambes.

— Porte-moi! | du Landier.

See per Ca, RER SE Lubérou ? 'répone

dit l’autre en patois.

— À La Barde!

Les voilà partis. = e Nous autres, nous suivions de Lis k % mais assez a pour entendre le paysan Le qui gémissait : :

— Ah! monsieur le Lubéoi! ne me.

aites pas de mal, ne me faites pas de Hall o Du Landier était un colosse, et le che min difficile. Le paysan monta la côte. , | lais comme il était arrivé, et que nous 1 -courions tous pour rire de la mine 4 un "

homme qu a le loup-garou, nous Le

__ Lorsque je revins au Pradeau, ma mère, v? contre son AE m'accueillit DEEEAUe

: 7% Peu Dani de l’intendant, 1e hi 2e Der chez Léonard, les meub

Rent elle l'avait installée, à quoi elle pensait l employer, et que, pour ne froisser | ma nourrice ie pont ie Pi #

qui, dans mon imagination du moins, restaient si liées à mon cœur. Évidemment à ses yeux, la résignation de ma maîtresse n'était qu'une circonstance heureuse dont il fallait tirer parti, et sa seule préoccupation était de bien marquer la place que cette nouvelle servante occuperait désormais dans sa maison.

Je n'aurais voulu à aucun prix qu'elle pût soupçonner un moment le réconfort que me donnaient ses paroles. Sa vue positive des choses me blessait et me rassurait tout ensemble. Je me répétais à moi-même : « Oui, tout cela est possible ainsi. » Mais je n'en demeurais pas moins dans une indécision cruelle sur l'attitude que je devais observer envers Mariette. Si je lui témoignais trop de sollicitude, n’y verrait-elle pas un effort pour cacher mon indifférence? De la réserve, au contraire,

pourrait lui sembler de la rancune. J’allais ainsi d’uné résolution à une autre, lorsque à deux ou trois jours de là, nous nous trouvâmes tous les deux, à l'improviste, dans la cour.

- J'avais envie de fuir, et je courus audevant d'elle. Nous ne retrouvâmes pas

un mot de ce que l'un et l’autre, sans

doute, nous avions pensé nous dire. Je

me souviens qu’elle me parla de la belle vue sur les prés qu'on avait de sa cham-

bre. Ce qui me frappa surtout, ce fut de l'entendre me dire vous. Et moi, dès lors, je n'eus plus qu'un souci : éviter de

m'adresser trop directement à elle, pour

n'avoir pas à choisir entre le vous et le tu. |

C’est là tout ce qui m'est resté de cette pénible entrevue, que mon imagination

s'était représentée vingt fois, toujours

ae eee), ASE ES TEE GE. à Éd RE nn - : Pet TAN

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d’une façon différente, et jamais sous ses couleurs véritables. 3S de | : — LAS

-A partir de ce moment, sans même

m'en apercevoir, je m'arrangeai pour évi- * 1x4 ter ma maitresse, Elle, de son côté, me TE fuyait. Les paroles banales qui auraient *

- créé entre nous les relations commandées - par nos situations nouvelles, nous ne : 220 les prononcer. Incapables de . devenir imdifférents l’un à l’autre, nous

EE Hibus devenir hostiles.

Le DAYALÈTE. dont elle était entourée et . le dépit que j'éprouvais à la sentir vivre ne sans moi et échapper à mon pouvüir, ramenaient sans cesse mon esprit vers + elle. Chaque fois qu'après une absence je rentrais à la maison, mon premier mou-

ivement était de lever les yeux vers les

ST PES MT NN rs Pr He ACTE 4 SEAT paies :

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906 LA MAITRESSE SERVANTE à l'ordinaire en compagnie de ma nour- rice. Si je l'y apercevais, j'en devenais

aussitôt maussade; si je ne l'y apercevais pas, je me sentais le cœur serré et une

sorte d'angoisse, jusqu’au moment où je …

la revoyais pour m'en irriter encoré: $ Dans une maison comme la nôtre, les 1 occupations domestiques, au lieu de mettre des distances, rapprochaient, confondaient < presque | les maîtres et les serviteurs. Ma à mère elle-même, au Pradeau, était-elle autre chose que la première de ses ser- :

© vantes? J'avais beau me répéter que les soins qui occupaient mon ancienne mai- ‘à trésse n'avaient en eux rien d'humiliant, 3 sa présence à cette fenêtre m 'affectait | 3 $ comme au premier jour; et ce qui devait entrer pour bien peu dans son chars c'était précisément ce qui: me blessait le 18 ion

J'aurais voulu l'interroger, connaître ses pensées secrètes, incerrompre son silence. Plusieurs fois je fus sur le point d'aller la retrouver, le soir, au fond du long corridor où ma mère l'avait reléguée, Je voulais avoir avec elle une nouvelle explication, comme s’il restait quelque chose à expliquer entre nous, et comme si j'avais eu rien de nouveau à lui dire.

Heureusement ma raison revenait, je voyais combien il eût été cruel d'aller la tourmenter encore; je continuais de l’éviter; je me taisais, et je n'étais pas loin d'admirer la générosité que je mettais à me taire.

. Ma mère, pendant ce temps, ne restait | pas inactive. Il ne fallait pas espérer me AR inarier dans notre voisinage, où mon his- | toire était trop connue. Aussi s 'était-elle TAPER | adressée à une amie qu “elle avait à Angou- 110 : lême. SRE à C'était une vieille dame impotente 4? 4

ca a. au it, ue une Lou

fe paires, lâ plus purs er dès ses journées.

Cette recluse connaissait tout ce qui por & k tait un nom en Charente, en Limousin »

en Poitou, en Périgord. Les billets de mariage et les lettres de faire-part la tenaient sans cesse au courant des changements survenus dans les familles, et sa distraction favorite était de dresser des listes où figuraient, suivant leur sexe, les jeunes gens à marier des bonnes maisons du pays. Elle en jouait comme on bat des cartes, et si deux noms s’assortissaient à ses yeux, elle amorçait aussitôt l’affaire.

Le projet de m'unir à une jeune fille d'Angoulême sortit d’une de ces combimaisons du hasard. Nous recûmes d’elle une de ces lettres, précises et mystérieuses, impudentes et discrètes, qui ne doivent compromettre ni ceux à qui elles sont adressées, ni la famille dont on parle, ni la personne qui les envoie, mais qui, en dépit de leur réserve, arrivent à vous faire toucher du doigt les avantages et

LE

les tares du parti qu'on vous propose.

« Bon ton, bonne famille, belles ma-

nières, laquais et femme de chambre,

beaucoup de religion », écrivait notre vieille marieuse. Enfin la jeune fille avait perdu sa mère — ce qui, dans la situation

délicate que j'avais créée au Pradeau,

pourrait simplifier bien des choses. Bee J'en plaisantai tout d’abord. Mais après

m'être efforcé si longtemps de ne ressem-

bler à personne, je désirais aujourd’hui,

plus vivement encore que je ne me

l'avouais à moi-même, réssembler , à tout le monde. Ma tante de Jumilhac m'offrait de rencontrer chez elle ce parti excep-

tionnel auquel on avait pensé pour moi.

J'hésitais encore à m'y rendre, car je répugnais à accepter cette sorte d'absolution que me donnait par là ma famille.

Si je m'y résolus enfin, c'est qu’avee ma

facilité à m'illusionner sur moi-même, je finis par me convaincre que je n’allais à Jumilhac qu'avec le ferme propos de bien montrer à ma tante que j'étais toujours le même et de contrecarrer ses projets.

= Jumilhac n’a pas l’aspect ordinaire de É nos petites gentilhommières. C’est une LS

puissante bâtisse, construite par les Tem- ; -pliers dans un agreste paysage de prés, de. es et de ruisseaux . ee la voir se pres.

Tout le passé de cette énorme demeure tient pour moi dans un détail, qui ne s’accorde pourtant guère avec sa mine rébarbative. On voit, au premier étage, une courtine de pierres, ébréchée en maints endroits. C’est là, paraît-il, le chemin que les galants suivaient jadis pour se rendre chez leurs belles et passer d’une éhambre à l’autre. Ce qui faisait dire qu’à Jumilhae le serein était fort dangereux, et qu'il fallait bien se garder d'y lever les yeux le soir. Il y a ainsi de beaux vieillards qui semblent chargés d'expérience, et qui n’ont à vous raconter qu'une mince histoire d'amour.

Ma tante me reçut comme l'Enfant prodigue. Mais ce trop bienveillant accueil, le plaisir que je trouvai dans une société plus polie que celle où je. fréquentais d'ordinaire, l’agrément même de la jeune

Fare

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fille que j'étais venu voir, tout cela eut le singulier effet de me replier sur moi-même et de me mettre en défense contre les sentiments aimables qui naissaient naturellement en moi. Une fois de plus, vous reconnaissez là cet orgueil ombrageux, ou 4 plutôt cette vanité puérile qui m'a toujours porté à contrarier mes propres inchi-

nations, par crainte de sembler obéir aux inclinations des autres. Aujourd'hui, je donnerais des années de ma vie pour retrouver quelques-unes des heures que j'ai dédaignées en ce temps-là, mais alors je ne pensais qu’à me protéger du bonheur, mieux que je n'aurais fait d'un véritable péril. Je m'imposai d’être également attentif aux nombreuses jeunes filles qui se trouvaient ici réunies, afir de détourner mon esprit de la seule qui m'intéressât ; je m'astreignais à des conversations fasti-

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Tr LA MAITRESSE SERVANTE 245.

dieuses, dont personne ne me savait pré, et je fuyais le seul entretien qui m'aurait été agréable.

contredire, par sottise et par orgueil, tous

les mouvements de mon cœur. Enfin je quittai Jumilhac, l'esprit préoccupé, le 2% cœur plein de regret, et me jurant à moi- 2 même que je n’en emportais pas.

- En arrivant au Pradeau, je trouvai tout

notre monde, ma mère, Mariette, ma

nourrice, réuni sur la terrasse, les yeux tournés vers le toit où s’assemblaient les

hirondelles.

- Ma mère vint au-devant de moi, m'évi-

nous restâmes tous les deux à consi- dérer le spectacle, que chaque année,

Je passai de la sorte une semaine à

tant ainsi l'embarras de me trouver avec elle près de mon ancienne maîtresse, et

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