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presque au même jour, nous ramène. LE Les oiseaux accouraient de toutes parts, couvrant notre toit, par centaines, de leur è masse brillante, ardoisée ; ils criaient, se bousculaïent; on en voyait qui tombait 4 et se rattrapaient d'un coup d'ailes d'autres, qui s'envolaient soudain, don :
maient à chaque instant l'impression que k tout le reste allait suivre, mais ce n'étaient k que de faux départs, et nous demeurions | à, à attendre l’ordre mystérieux du chef, qui lancerait enfin derrière lui ce pete; peuple dans les airs. | 78 Tour à tour, mes yeux se posaient sur | # le toit et sur Mariette, Je lui trouvain cet
senti |
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ments affectueux, et j'en étais étonné. Je
me représentais sans effort, avec une vérité dont je ne pouvais douter, sa pitoyable aventure ; Je croyais mesurer avec justesse ce qu'il y avait de faiblesse et de grandeur dans sa condition humiliée; je me souvenais des jours heureux que nous avions vécus ensemble, et je me laïssais entraîner à ce rappel du passé avec d'autant plus de complaisance que j'étais bien assuré de ne plus éprouver pour elle rien qui ressemblât à de l’amour.
Soudain, dans un énorme bruit d'ailes, tout le toit parut s'envoler. La troupe étincelante et rapide passa au-dessus de nos têtes, glissa dans l'air comme un nuage, plongea derrière un coteau, Il sembla que la solitude se fût agrandie autour de nous.
Ma mère s’informa de mon voyage et
me fit part d'une lettre, où ma tante de Jumilhac lui disait que j'avais produit l'impression la plus favorable.
La certitude de n’avoir pas déplu venait ajouter tout à coup une force nouvelle au sentiment que j'éprouvais déjà. Je n’en marquai pas moins mon dépit qu'on ne pût voir deux jeunes gens causer un instant ensemble, sans qu'on prétendit aussitôt se mêler de leur bonheur. J'affirmai d’un ton dégagé ma parfaite indifférence,
et durant les jours qui suivirent, je m’ef-
forçai de me persuader qu'il existait entre
moi et mon ancienne maîtresse des liens
plus forts que je ne l'avais cru. Je lui
adressais en pensée des discours que cer-
tamement je ne lui aurais pas tenus si elle avait été devant moi. Tout ce que notre Limousin peut apporter de tristesse à des sentiments pénibles s’ajoutait à de
VE
sf - | vaines réveries, à d’inutiles rappels du passé, aux reproches plus inutiles encore
que je me faisais à moi-même. Je retournai
aux endroits qui avaient été les témoins
de quelque émotion ancienne; je me rendis
en voiture là où je l'avais rejointe lors- qu'elle s'était enfuie; je revins à la métairie où, il y avait un an jour pour jour, ï. nous avions vu broyer du chanvre, Je ne passais plus devant l’église sans faire le tour du cimetière et sans chercher à me rappeler son visage le jour de la fête des Rameaux. Sous prétexte de causer avec L mon intendant, j'allais m'asseoir sur le petit banc rustique où nous nous étions - assis tant de fois... Pauvres efforts pour Es Nrnipiocer le plus simple élan du cœur!
À | En vain j ’essayais de faire renaître en moi ie, ce qui avait cessé d'y vivre, Ce n'étaient
2 les souvenirs que j'étais venu cher-
cher, que je trouvais au rendez-vous. # Unie autre figure, plus jeune, se levait.
dans ma mémoire, l’effaçait, prenait sa place. Et même dans les moments où Ma-.
mette occupait seule mon esprit, je ne fai- | sais Las l'envelopper d'une man
Un seuil mot de ma tante bouleversa toutes ces pensées.
Nous ne l’avions pas revue chez nous depuis le jour déjà lointain où elle reprochait à sa sœur sa faiblesse à mon endroit.
Mais l'espoir de me marier avait réconcilié les deux femmes. Or, ce que ma mère lui avait fait savoir de mes dispositions, ne la rassurait qu'à demi. Elle accourait me relancer au Pradeau.
Le hasard voulut que Mariette la ren-
contrât sur le perron et l’introduisit dans
la pièce où nous causions, ma mère et moi.
À peine en avions-nous fini avec ces longues embrassades, qui sont de politesse à la campagne, qu’elle dit le plus simplement du monde, en désignant des yeux la porte que Mariette venait de fermer :
— Il me semble, ma bonne amie, que
tu as une nouvelle servante?
Comment vous exprimer la fureur qui
me saisit à ces mots! J’y vis une intention
perfide, et tout semblait me le crier dans
cet ingrat visage. Mais que répondre? La
question avait un air si naturel! Je sortis sans dire un mot; et montant l'escalier, ÿ. quatre à quatre, je courus derrière Ma- à riette. Je la rejoignis sur le palier, devant
la chambre de ma mère; je la saisis par le bras, avec la même brutalité que j'avais eue autrefois quand je l'avais prise sur la
route pour la porter dans ma voiture; je ? + % n
la poussai dans la chambre, et sous le
coup de la colère, dans un de ces mouve-
ments passionnés dont le cœur retient …Fécho, dont il sent longtemps la fcree, mais dont la mémoire ne garde rien, je m'accusai, je m'excusai, je lui dis que je - l'aimais. Les mots se pressaient sur mes EE lèvres, des larmes parurent dans ses — yeux. Je lui tenais les deux mains.
o Elle me répondit fermement que j'étais plus sévère pour moi qu'elle ne l'avait Per jamais été, mais qu'à reprendre l'existence U que nous avions menée autrefois, il ne 9 fallait plus songer. ce Je l’interrompis pour lui dire qu’elle RC ‘ comprenait mal ma pensée, que je voulais K À qu’elle fût ma femme. | Per
— Ce serait pire, répliqua-t-elle, et 4 | . plus déloyal encore. PL J'insistai, je la pressai; j'étais vrai,, "104 %
j'étais sincère. Elle m'aurait pris au mot
que j'étais prêt, je le jure, à tenir ce que j'offrais. Mais à mesure que je parlais, 4 je la pop se ressaisir. Elle ne sentais que
__: revanche sur elle, sur ma mère et sur moi= Ÿ : même. Aux raisons que je m “étais De
‘pour me <htaurues d’elle, son D'AgUsS Sa con-
© Tout cela me semblait il ra | mable Je voyais mon exaltation se sur cette ferme tendresse. J’ accue [L:
| chiens avec un secret ee
LA MAITRESSE SERVANTE us KES
RRIE | aignais-je ncéleniahts si ma mère t à Li RME et nous surprenait
— Je vous aime toujours, mais je ne le | sens plus.
De. L'accent désespéré de ce mot ne frappa 4 point mon esprit. Je n’y vis que la parole qui me rendait ma liberté.
— En ce cas, tout est bien, lui répliquai-je. + Et laissant tomber ses mains que je tenais dans les miennes, je sortis de la chambre et la quittai sans adieu. | . … Une âme qui se sait aimée et qui n’aime pas elle-même, est toujours près de laisser . affleurer à sa surface ce qu’il ya d’égoisme en elle. Sitôt que je metrouvai seul, tout ce qui s’amassait en moi de désirs vagues, d’aspirations au bonheur, se donna librement carrière, comme si tous ces sentiments n'avaient été retenus que par un faible barrage qui venait de se briser. Le , Li
refus de ma maitresse, c'était ma liberté
reconquise, tout un long passé fini, tout unu avenir inconnu que je voyais s'ouvrir … - devant moi. Je m'accordais le témoignage
de m'être conduit noblement et d’avoir été jusqu’au bout de ce que je pouvais faire pour Mariette. L'idée qu’il y a dans l’existence des choses inévitables, et que j'avais moi-même assez longtemps souffert, éloi-
2 gnait de moi la pensée de m'apitoyer sur
elle. Et puis, il faut bien le reconnaitre,
l'esprit de sacrifice est une vertu mal “payée : on peut l’admirer dans les drames et dansles tragédies ; dans la vie, son effet le plus commun, c’est de rendre indifférent, quand il ne le rend pas haïssable, celui qui se sacrifie. à
| Lorsque je rejoignis ma mère (ma tante
| était partie depuis longtemps), je lus aus-
ch sur son visage l'inquiétude où las - laissée ma brusque sortie du salon. J” aurais pu la rassurer tout de suite, car ma réso= lution était prise, mais il en coûtait à mon orgueil d'avouer que dans cette lutte, dont ma maîtresse était l’ enjeu, je me reconnaissais le vaincu. ae
Durant tout le diner, je m’enfermai S “dans ce silence boudeur qui présagenit
EE eabte surprise. Ce fut seulement plus .tard, dans la soirée, quand je la vis occupée à sa patience, que je me décida 53 4 tout à coup : V | RUES
— Connaît-on là-bas, lui dit | ‘enm s’efforçant de cacher sous un ton indif-
Lis les sentiments au m 'agitaient, ce. |
Alors, poussé par le désir de déplaire et la satisfaction de paraître reprendre sur les événements un semblant de supériorité :
— Eh bien!-il faudra l’en avertir, répondis-je arrogamment.
— Avant de l'en avertir, reprit ma mère après une pause et sans élever la voix, il faudrait penser à régler ta situation avec Mariette.
Je n'avais pas attendu cette objection si naturelle pour réfléchir à cela. Mais je savais depuis longtemps comment se dénoueraient les choses. Ma mère le savait tout comme moi. Seulement, gênés l'un et l’autre d’escompter une fois de plus la générosité de ma maîtresse, nous n’osions nous dire tout haut ce que nous pensions tout bas.
Il y eut alors entre nous un de ces
tristes silences, où l’on pèse en quelque sorte la bassesse de la.vie. Je m'y arrachai brusquement, et sans répondre à sa question :
| — Situ veux, dis-je à ma mère, nous partirons pour Angoulême demain.
Quelque chose de satisfait brilla sur son visage et s'éteignit aussitôt. de — Quand tu voudras, me dit-elle.
Et sans plus rien ajouter, elle se pencha sur sa patience. À Lé lendemain, nous nous mettions en
. route.
Notre voiture attendait à la porte;
J'étais déjà sur le siège; j'avais pris en main les guides ; ma mère s “attardait sur
le perron à donner à tout son monde des ordres.exaspérants. Je m'énervais de la voir employer un temps si précieux à des … choses qui me semblaient inutiles quand
Lé L
‘elle Hatho au but où elle s’efforçait su Fe depuis des mois, et qu'un mouvement :
d'impatience, à toute minute qui passait, | pouvait changer ma résolution etn me faire ee tout abandonner. |
. - Je me disais cela, mais je savais perti-
nemment que toute cette impatience ne venait que du désir d’être déjà loin sur . Le route, et qu’à cette heure rien n’était
240 ns capable de me retenir au Pradeau.
- __ Enfin ma mères’installa dansla calèche.
22 5 Malgré moi je levai les yeux vers la fenêtre es
e de la lingerie. Je n’y aperçus personne. AE La portière se referma. Mes chevaux cou- \ raient déjà dans l'allée.
Je me revois encore, marchant derrière ma es Dee un vieux Se d'au ss
3 aus m RP An une ee e À Je m'en allais, maussade et résigné, à
rideau qui s "écarte pate surveiller le pe #4
a Voilà done où aboutit, me € disais- je, 4 239 J è : Fu TA A #
cette belle prétention de conduire ma vie à ma guise. Ma mère me traine aujourd'hui chez cette marieuse, exactement conime autrefois elle m'y conduisait en visite lorsque j'étais petit garçon. »
Une sœur converse nous introduisit dans une chambre fort triste. Rien n’y avait changé depuis vingt ans. Tout de suite je reconnus sur le lit, où notre amie était couchée, ses longues mains fripées qui iepressionnaient mes yeux d'enfant.
— Ah!te voilà, gredin! cria-t-elle d’une voix retentissante.
Puis sans autre préambule, avec une complète insouciance d'observer à mon égard les ménagements auxquels ma mère se sentait toujours obligée, elle aborda la question qui nous préoccupait tous les trois. |
Quand elle apprit que ma maîtresse
était encore au Pradeau, elle leva vers le ciel du lit des bras décharnés qui sortirent de sa camisole blanchè, s’écria que j'étais fou, qu'il fallait avant toutes choses me délivrer de ce fardeau ridicule, et que j'allais lui faire le plaisir de reprendre le train au plus vite pour régler une bonne fois cette déplaisante affaire. |
A ce moment, une musique de cuivre-
éclata dans le voisinage. C'était la musique militaire qui, une fois la semaine, vient
distraire les malades à l'hôpital.
Les jambes de notre vieille amie com-
mencèrent de s’agiter sous le drap.
— J'aimais tant la danse! dit-elle.
Et je restai interloqué à la pensée que mon sort se trouvât dans les mains de
cette vieille femme qui frétillait dans son
lit, et qui, du fond de sa ruelle obscure,
entreprenait de diriger ma vie et me sem-