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que ma mère se retira.
Je l'y accompagnai en voiture. #4 Lorsque nous fûmes dans ce logis, où … … elle allait vivre désormais, elle jeta un Le.
coup d'œil indifférent sur les meubles os qu'elle y avait fait transporter. J'essayai de la distraire en proposant çà et là quel- PE ques arrangements. | __ — C’est bon, c’est bon, me dit-elle.
a Laisse 0 les choses up au ee sont.
soir vi je prétextai la Fee ner ratteler ma voiture et je quittai la métairie, in re éomme on quitte un cimetière.
A A cinq cents mètres du Pradeau, ma
femme m’attendait sur la route. Je rentrai à pied avec elle et lui racontai, tout en marchant, comment les choses s'étaient passées. Elle resta un long moment sans rien dire, puis s’arrétant devant un vieux pommier que j'ai longtemps disputé à la mort, comme un ami, comme un témoin d'une minute précieuse entre toutes :
— Ta mère est partie, me dit-elle, mais je crois bien que sa place entre nous ne restera pas longtemps vide.
Je vis son visage tiré, ses yeux cernés, et sur ses lèvres, un chaste, un admirable sourire. Je la pris dans mes bras, toute émue et confuse. Soirée inoubliable, vieil arbre qui étendait sur nous ses branches demi-mortes, et toi, visage heureux et fatigué, compagne disparue, qu êtes-vous devenus?
Sitôt que ma femme fut accouchée, je me rendis chez ma mère pour lui en porter la nouvelle.
Je la trouvai dans son verger, occupée avec une autre personne à recueillir, sur un drap, les prunes que faisait tomber un enfant juché dans l'arbre.
Elle vint à ma rencontre, d’un mouvement vif qui m'émut. Je l’embrassai en lui criant la nouvelle, car elle était maintenant tout à fait sourde. Et derrière elle,
sous la quichenotte de toile qui me l’avait
d’abord cachée, je reconnus mon ancienne
maîtresse. VS # Qui donc, à cette minute, ne m'aurait Jr paru, Monsieur, tout rempli de mon bon- :
- - heur? Je l’embrassai à son tour. Mais bien souvent j'ai pensé que ce banal bai-
ser -— le premier que je donnais à
Mariette, depuis le jour où je lui avais of fert de devenir ma femme — fut une des plus cruelles choses que je lui aie fait 2 souffrir. :
Pa
.. Elle nous quitta pour emporter des
__ paniers remplis de fruits. Je la regardai s'éloigner, tandis que ma mère ratissait :
quelques prunes égarées dans l'herbe.
- — Tu vois, me dit-elle, je l’ai reprise, ou plutôt elle est revenue... Ta femme va
-. . être mécontente..
* Ettout desuite elle ajouta, commepour effacer ce trait de son humeur :.
CLS
— Elle est venue soigner ta nourrice qui n’en a plus pour longtemps.
La pauvre vieille, en effet, ne devait pas voir cet enfant dont la naissance avait été le dernier intérêt de son esprit puéril, où seul le mystérieux semblait proche et vivant.
Elle mourut à l’entrée de l'hiver.
Avec elle s’écroulaient, comme des cendres, les moments les plus obscurs, les plus lointains de ma vie. Je ne puis séparer ma mère des sentiments clairs de mon âme, mais j'ai de ma nourrice une impression qui semble devancer mes premiers souvenirs, et, je la vois commé ün halo autour de ma petite enfance.
Mariette pleurait et lui tenait les mains.
Ma mère, avec un calme intrépide, regardait se défaire sous ses yeux l’humble compagne de sa vie. Moi, je m'adressais
le reproche de n’avoir pas assez montré à l'excellente créature l’affection que j'avais pour elle. Du moins pouvais-je me donner le témoignage que je ne lui avais jamais causé de violent déplaisir, et je n’osais imaginer ce que serait la même veillée funébre, un jour, auprès de ma mère que j'avais tant tourmentée.
A partir de ce moment, Mariette ne … quitta plus ma mère. Elle était seule à se.
faire entendre d'elle, sans presque élever …
la voix; et son regard ne perdait jamais
de vue cette vieille femme toujours gron- s
dante, pour prévenir ses moindres désirs.
Celle-ci conservait vis-à-vis d'elle un.
ton âpre et coléreux, que tempérait un
tutoiement auquel elle s'était peu à peu abandonnée. Son fils, ses petits-enfants,
nous tous qui lui tenions profondément au cœur, elle se passait aisément de nous
ul
voir, mais elle ne pouvait tolérer que mon