SCÈNE X
MILA , LA COMTESSE
Ml LA.
Eh ! bien. Personne? Il part. Et mes fleurs? Quelle honte !
LA COMTESSE
Je vous l’ai dit, Mila , n’accusons pas le comte ;
Il souffre, sans se plaindre, au moins autant que moi. Son humeur s’en ressent.
• MILA
Et nous aussi.
LA COMTES SE , rrrcc douceur.
Tais-toi ,
Et, sans autre détail, enfant, qu’il te souvienne Qu’il expie avec moi ma faute et non la sienne.
Retiens bien cet aveu , ma fille , et , quelque jour ,
Quand nous aurons quitté ce manoir , sans retour ,
S’il plane sur ces murs quelque sombre légende ,
Si quelqu’un est maudit , que ta voix le défende !
Répète ce secret que je fie à ton cœur ,
Et protège pour moi le comte et son honneur.
LA MAL’ARIA
M IL A
Pour vous?... J’obéirai ; mais , do force ou de ruse ,
On ne fera jamais que Mila vous accuse.
' LA COMTESSE
Laissons cela. Je souffre un peu moins aujourd’hui ,
Et je marche déjà presque sans ton appui.
J’ai pris quelque plaisir à me sentir parée.
Mène-moi voir le ciel. . ‘ .‘ v
Elle s'approche^ la croisse.
Italie adorée!
Pins aux larges sommets , chênes verts aux troncs noirs,
Que je vous aime ! Et vous , tranquilles abreuvoirs ,
Où viennent à la file , écrasant les pervenches ,
Les buffles à l’œil sombre et les génisses blanches.
O terre dont émane un air doïix et mortel . «
Et qui , sous l’œil de Dieu , fumes comme un autel.
Mer d’azur et d’argent , horizon diaphane ,
Je t’aime et te bénis .eô'Mâremme toscane ,
Et , pourtant, je l’avoue, il est un autre lieu A qui j’aurais voulu dire un dernier adieu;
O ciel, exauce-moi ^ fais-le-ifioi voir encore,
Qu’un instant mon déclin reflète mon aurore 1 Rends ma belle patrie à mes yeux ranimés...
Mais , tu m’as entendue : 6 jardins embaumés !
Flots naissant de l’Ombrone où le saule se plonge , Est-ce bien vous encore? .. Oui , ce n’est pas un songe , C’est un réveil plutôt... Quel bonheur de courir Sur ces gazons touffus!... Qui parlait de mourir?
MILA
Hélas!
LA COMTESSE, arec égarement.
Noble manoir debout sur des ruines !