‹ La mal'aria drame en un acte et en vers par le M.is de BelloyChapitre 17 sur 27 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

— La guerre a passé là. — Vois ses tourelles fines ,

Vois ses murs tapissés de lierre et de jasmins ,

Fatiguant de leur poids ses fondements romains.

Hélas ! peut-être un jour , en des âges moins sombres , Lui-même il ne sera que poussière et décombres.

Vois , Mila , ses fossés peuplés de cygnes blancs ,

Le donjon répété par ces reflets tremblants ,

Le pont-levis baissé, l’écusson de famille...

Ce vieillard 1 c’est mon père , il reconnaît sa fille;

‘ Il m’appelle !... Courons !... Qui donc me retient là ?

C'est mon père, entends-tu? Laisse-moi donc, Mila?

Mon père !... Ah ! des barreaux ! Où suis-je donc? quel rêve ! C’est mourir trop longtemps. Grâce ! ou bien qu’on m’achève !

Mila l’aide à aller au fauteuil à droite , où elle s’assied.

Qu’ai-je dit!... Non, c’est mal. Enfant, sèche tes pleurs.

* M I L A | voyant le bouquot sur la table*

Non, laissez-moi pleurer... Mais regardez mes fleurs !

LA COMTESSE , assise et tenant le bouquet à la main.

Comme l’on est jugé ! Voyez , tète légère?

Il m’a laissé vos dons ; il reviendra, j’espère.

Attentif et discret , timide par fierté,

Jadis, rien n’égalait ses soins et sa bonté.

Et , pourtant , comme toi , je tremblais à sa vue ,

Lorsque je l’épousai , résignée et vaincue.

Un rêve , il le savait , me disputait à lui ;

Et ce qu’il dut souffrir, je le sens aujourd’hui.

Mais il fut tout d’abord si soumis et si tendre,

Aux délais de mon coeur si prompt à condescendre ,

Que l’amant chaque jour le cédait à l’époux.

Tu connaîtras un jour ce devoir grave et doux,

Ce charme impérieux , chaîne légère et sainte Où l’amour est mêlé de respect et de crainte.

LA MAL’ARIA

Mais ces fleurs* mon enfant, où donc les trouves-tu ? Quoi! tu ne réponds pas...

Ml LA.

On me l’a défendu...

Aussi le saurez-vous. Ai-je rien à vous taire?

^ A part.

J’ai bien juré pourtant!... Puissé-je la distraire! Apprenez donc qu’un jour, seule au bord d’un ruisseau , Je vis sur l’autre rive un glaïeul, mais si beau,

Que, brûlant de l’avoir, empressée et craintive,

J’entrais déjà dans Peau, pieds nus, quand, de la rive, Se dresse tout à coup un homme devant moi.

LA COMTESSE

Un bandit?

MILA

Un seigneur.

LA COMTESSE

Ah! je tremble... pour toi.

MILA

Pour qui ces fleurs? dit-il. — Seigneur, pour ma maîtresse.

Et lui : Servirais-tu cette noble comtesse,

Que son époux , dit-on?... — Mais je me tais pour vous.

LA COMTESSE

Il disait...

MILA

Il disait ce que nous savons tous,

Et, de plus, il jurait, ce dont je suis bien sûre,

Que nulle sainte au ciel plus que vous n’était pure;

Et que , sans vous connaître , il me l’a dit ainsi ,

Il mourrait de grand cœur pour vous tirer d’ici ;

Et mille questions faites d’un air si tendre !...

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