SCÈNE XII
Chrétienne, à votre foi garde un monde plus beau.
Là, celui qui fit grâce à la femme adultère,.
Vous sauve par sa croix, comme il sauva la terre,
Et son pardon vous ouvre, au delà du trépas,
Ce royaume du ciel où je no serai pas.
LA COMTESSE, se levant
Vous m’effrayez, Nelhx; votre raison s’égare.
LE COMTE
Non, la mort vous sourit, si la mort nous sépare.
Il s assied à faut- ü
LA COMTESSE, allant au comte.
En vérité, Nello, vous me désespérez.
Quittez ces ncfirs chemins ou vous nous y perdrez ; Ouvrez les yeux au jour, connaissez votre femme.
Je n’ai pas la grandeur sauvage de votre âme,
Mes ruses, mes calculs ne vont pas aussi loin Que vous croyez, je vis et meurs à moins do soin,
Et la mort, à mes yeux, vue à travers les larmes,
Est autant que la vie, et n’a pas plus de charmes.
Si vous vouliez, pourtant, oh! oui, si vous vouliez Pardonner à des torts durement expiés,
Oh ! que vous pourriez bien me faire aimer la vie,
En lui donnant un but, une orgueilleuse envie, L’espoir, mérite lointain, de vous reconquérir.
Alors, oh! pour te coup, 'j’aurais peur de mourir.
Ce serait, pour tous deux, une œuvre sainte et belle, Que de gravir ainsi cette route nouvelle,
Bravement, l’un par l’autre à vivre encouragé,
Portant notre fardeau chaque jour allégé.
Les premiers pas se font sur une ponte raide,
Mais on a tant de force, à deux, quand on s’entr’aide
LA MAL’ARIA
Avec le temps, d’ailleurs, si le cœur n’est point las, On peut trouver encor... .
LE COMTE
Grâce ! n’achevez pas.
A part. ■ - '
Quel mal elle me fait ! O sexe impénétrable !
A l’entendre, à la voir qui la dirait coupable?
A la çonstesso. *
Ainsi mes cruautés, mes projets odieux,
Pourraient être, à la fin, rachetés à vos yeux?
Ah! si je l’espérais!...
LA COMTESSE
Je vois votre pensée :
La chose vous paraît impossible, insensée Peut-être... difficile, oh ! je ne dis pas non.
Qu’un homme, un chevalier qui porte votre nom S’enfonce én un désert pour y tuer sa femme,
Un tel fait, dans le monde, est tenu pour infâme;
N Mais ce jaloux, cruel , horrible aux yeux de tous,
Sa victime peut bien le voir d’un œil plus doux.
Un tel égarement , un si sombre délire, *
Est digne de pitié pour celle qui l’inspire,
Et , quand cet homme, brave et pur,jusqu’à ce jour, N’est tombé de si haut que poussé par l’amour,
Si , ramené par lui , maître enfin de soi-même,
11 veut bien pardonner, et demander qu’on l’aime, Alors...
LE COMTE
Eh bien?
LA COMTESSE
Alors, à ce couple sauvé*
S'offre encor le bonheur dans un lointain rêvé.