SCÈNE XII
LE COMTE, «r Inut.
Et vous me suivriez dans ce pèlerinage ?
LA COMTESSE, »r«c edbrt.
J'essaierais.
LE COMTE
Ah ! vraiment, vous auriez ce courage?
Mais l’autre, ce rival qui , sauvé par la nuit ,
Au pied de ce balcon, vous parlait et s’enfuit;
Ce cavalier qu’emporte, avec son manteau sombre,
Un cheval dont le fer jette des feux dans l’ombre,
Qu’à travers les festons de vos balustres d’or Cherche et poursuit longtemps votre œil humide encor; Que, seul , votrd silence a soustrait à ma rage, Madame, répondez : serait-il du voyage?
La comtesse se caché le visage dans ses mains ; le comte poursuit en marchant & grands pas dans la salle.
Ce spectre qui , la nuit , bourreau de mon sommeil , S’assied sur ma poitrine et s’enfuit au réveil ;
Cet homme à qui j’ai , moi, serré la main peut-être;
Ce masque disparu sans qu’on l’ait pu connaître,
Mais qui ne s’en va point sans vous crier, tout bas,
De sa voix déguisée : elle ne t’aime pas.
Nello !
LA COMTESSE) avec anxiété.
LE COMTE, avec égarement.
Qui , le matin, en prolongeant la fête, Heureux de sa jeunesse et fier de sa conquête, Parmi ses compagnon^ envié comme un roi ,
Au milieu d’un festin me nomme et rit de moi , Et, couronné de fleurs, dans une double ivresse. A nos amours ! dit-il , à ma belle comtesse !
LA MA L’A R IA
Nello !
LA COMTESSE
Éllo tombe presque évanouie aux pieds du comte.
LE COlfT E.
Ciel ! Qu’ai-je fait?
Il la relève ot la conduit jusqu'au fauteuil à droite, où elle s'assied accablée.
LA COMTE3SE
Pourquoi vous effrayer ?
Je meurs, Nello, c’est tout : ce coup est le dernier. Pourtant je veux parler , et si près de paraître Aux pieds d’un meilleur juge, on me croira peut-être. Je jure devant Dieu, je jure, entendez bien,
Que mon seul crime fut ce fatal entretien;
Que je ne l’accordai , tremblante et menacée,
Que par compassion pour une âme blessée;
Il prévenait un crime, et ne fut qu’un adieu A ce premier amour dont je vous fis l’aveu.
LE COMTE
Ainsi, c’était?...
LA COMTESSE
L’objet de cet amour d’enfance Que j’avais - cru devoir yôus confier d’avance.
Premier rêve du cœur, souvenir triste et doux,
Qui , malgré moi , d’abord , me disputait à .vous,
Et , cédant à vos soins, affaibli par l’absence.
Déjà se laissait vaincre à ma reconnaissance,
Quand un retour subit , la surprise, l’effroi...
Oh ! j’eus tort; mais, enfin, que voulait-il de moi?
Me voir un seul instant, rocevoir de ma bouche Un arrêt moins cruel , un adieu moins farouche.
Les cœurs sont faits ainsi , ne le savez-vous pas ?