SCÈNE XII
LE COMTE
Un arrêt! un adieu! Qui me le prouve, hélas!
LA COMTESSE
Le serment que j’en fais à cette heure suprême,
L’exil où je languis, ces barreaux, et vous-même.
LE COMTE
Laissons là ces barreaux, inutiles gardiens :
L’amour, pour les forcer, n’a-t-il pas cent moyens? Manque-t-il, au besoin, d’oiseau qui les franchisse?
Une flèche, un bouquet, tout lui sert do complice.
LA COMTESSE
Je vous entends : Nello, tout m’accuse à la fois.
Je ne me défends point , mais écoutez ma voix :
Elle le fait retourner doucement.
Lisez dans mon regard , quand le vôtre m’accable,
Et, dites, ai-je l’air d'une ferftme coupable?
LE COMTE
Non, le crime jamais n’eut de pareils accents ;
Vous ne mo trompez pas, je le crois, je le sens ;
Tout le reste n’est rien. Quels soupçons ne repousse Ce regard , cette voix si profonde et si douce ?
Ah ! vous ne savez pas combien ce coeur jaloux,
Depuis longtemps, Pia ! n’attend qu’un mot de vous ; Comme il se reprend vite à des rêves sans nombre,
Dès que vos yeux plus doux rayonnent dans son ombrq Ainsi , j’aurais pu vivre et mourir à vos pieds;
Soit pitié, soit devoir, n’importe! vous m’aimiez :
Je touchais au bonheur, ma tendresse jalouse Regagnait votre cœur de chrétienne et d’épouse,
Quand cet homme en un jour...
LA MAL’ARIA
LA COMTESSE
11 n’a pu me changer.
LE COMTE
Mais répondez, alors : pourquoi l’encourager?
Fier de votre silence, il attend, il espère;
Il croit que vous l’aimez en secret...
LA COMTESSE
Comme un frère.
LE COMTE
C’est trop pour moi , madame, et pas assez pour lui.
LA COMTESSE
Il n’attend , croyez-moi , rien de plus aujourd’hui : Respectant votre honneur, il me force à le plaindre ; Mais je le haïrais, si je pouvais le craindre.
LE COMTE
Pardieu ! vous redoublez meta désir de le voir !
Mais ce héros, ce frère esclave du devoir,
Il a brisé ma vie, il a perdu mon âme,
Et je ne vous croirai , sachez-le bien, madame,
Que si vous me livrez cet homme par son nom.
Notre vie en dépend : y consentez- vous?
LA COMTESSE
Non.
LE COMTE, s'adoucissant.
Et, si je vous jurais sur mon honneur, comtesse,
De l’oublier ce nom dont le secret me blesse,
Ou, faute d’en bannir le souvenir rongeur,
D’étouffer tout dessein hostile dans mon cœur ?
LA COMTESSE
Hélas!