‹ La mal'aria drame en un acte et en vers par le M.is de BelloyChapitre 5 sur 27 · SCÈNE U · texte numérisé non relu

SCÈNE U

LE PRIEUR

Je ne m’abuse point.

LE COMTE

Ah! vous me faites peur.

— Tout aux soins importants qui, loin do la patrie, Retenaient près de moi cette épouse chérie,

Occupé de vassaux trop longtemps négligés,

Distrait par leurs besoins, j’oubliais ses dangers.

Nous partirons demain... Et pourtant, plus j’y pense, Et sauf tout le respect que j’ai pour la science,

Vous, prieur, étranger, dit-on, homme du Nord, Depuis longtemps ici, vous défiez la mort,

L'affrontant chaque jour ; d’où vient donc, je vous prie, Que le mal, à ce point, en ses effets varie,

Et qu’il ait plus agi, d’après ce que j’entends,

Sur ma femme en six mois que sur vous en vingt ans? Autre chose...

Il t* «e rmooir.

LE PRIEUR

En effet : oui, l’air de la Maremme Se complique d’un mal dont la source est la même : L’affreuse nostalgie, autre poison secret,

Qui rend l’œil fixe, ardent, le sourire distrait,

Et par les visions d’une fièvre incessante,

Exalte nos regrets de la patrie absente,

Nous la rend tout à coup, dans un rapide éclair, Mirage d’un instant, songe au réveil amer,

Qui d’un esprit malade assombrit la tristesse.

Voilà surtout le mal dont se meurt la comtesse,

Et que peut arrêter un, prompt éloignement,

La ville et ses plaisirs...

LE COMTE

Achevez : un amant.

( LE PRIEUR

Comte!...

LE COMTE

OU! ce que j’en dis n’est pas à votre adresse. Je n’entends pas non plus accuser la comtesse;

Mais irait-elle ainsi, se mourant de langueur,

Si l’amour d’un époux suffisait à son cœur?

Une image lointaine, un souvenir peut-être...

De ses rêves, parfois, notre esprit n’est pas maître..

Oh ! vous n’en savez pas, là-dessus, plus que moi ! Dit-on au confesseur ce qu’on tait même à soi? .

Le silence, en tel cas, n’est pas un sacrilège.

LE PRIEUR, avec dtkl&in.

Comte délia Pietra, vous me tendez un piège.

LE COMTE

Docteur Dom Cosimo, l’on se moque de nous :

Quant à moi, Dieu le sait, bien que triste et jaloux, J’estime sans réserve et j’honore ma femme;

Mais quelqu’un la conseille, et je sais ce qu’on trame ;

Il pc

Le complot, je le vois, était mûr aujourd’hui.

L’on s’ennuie à mourir, on ne meurt pas d’ennui.

LE PRIEUR

Et vous pensez que j’aide au succès de la ruse?

LE COMTE

Vous, prieur? nullement. C’est Mila que j’accuse, Mila la favorite, une enfant du canton,

Qui rêve jour et nuit quelque amant de bon ton, Veut quitter ce manoir, intrigue, persuade,

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