NE
—Enutin, j'espère qu'on ne me rappellera pas., Mile Badolle est-elle chez
—Je ne l'ai pas vue descendre.
Rosalie mont: lentement ses cinq étages,
Elle fruppa à la porte, tout au fond du couloir, qui était celle de la chambre oc.
cuyée par Jeanne,
jeune tille travaillait.
Elle avait retrouvé de l'ouvrage et elle tirait l'aiguille du matin ou soir, COMne autrefois,
La vie laborieuse, précuire — car la petite couturière, chez qui la besogne n’affine pas assez pour lui permettre de rémunérer des ouvrières, gagne juste de quoi manger et payer son terme — recommençait pour elle.
Jeanne ne se sentait pas forte elle ne le serait pas de longtemps, sans doute, trop ébranlée pour retrouver promptement la vigueur de sa jeunesse.
Il lui faudrait végéter des semaines et des mois, avant d’avoir dans son tiroir un ou deux louis d'économies.
Pourtant l'avenir ne l’inquiétait pas :
elle voulait bien vivre ; que lui importait le reste ?
Un désintéressement profond, morne, l'avait envahie.
Une seule pensée la faisait vibrer :
celle de l'homme qui l'avait fuit arréter.
Quand elle traversait «on cerveau, Jeanne Badolle redressait le front, ses yeux brûlaient d'une flamme intense, ses lèvres drticulaient des mots de haine.
Puis, sa tête retombait sur son ouvrage.
Pourquoi penser äfla vengeance ?
Cela lui rendrait-il le bonheur ? Cela ramènerait-il auprès d'elle sa mère enterrée avec sa petite sœur ?
Puis, que ferait-elle, pauvre fille perdue dans Paris, contre ce puissant, ce roi du négoce, qui remuait l’or à pleine main et faisait mouvoir, comme des marionnettes tenues par des fils invisibles, des centaines d'hommes, de femnes, suspendus à sa volonté, que d’un
signe, sur une plainte injuste ou fondée, il pouvait jeter dans la rue,
Ne retomberait-elle pas sur elle, sa vengeance !
Ne lui jetterait-on pas à la tête le vol commis, les quelques mètres de dentelle glissée dans sa poche ?
Il fallait se borner à espérer dans l'a veoir pour ce tigre que son désespoir, l'histoire de son malheur n'avait point attendri, un châtiment qui viendrait d'ailleurs.
Mine David ne resta près de la jeune tille que quelques minutes.
Elles prenaient leurs repas ensemble chez la première, faisant tour à tour la cuisine,
C'était une économie, et au moins elles ne se trouvaient pas seules en face de leur assiette,
Ce matin là, Jeanne ayant un travail pressé, et, ne pouvant s’en ovcuper, Rosalie avait, en descendant, demandé chez le restaurateur qu'on Ini montât deux portoins pour midi et demi.
À peine était-elle rentrée qu'on apporta le déjeuner.
Jeanne}parut.
La jeune femme venait de prendre sur la cheininée la lettre d'Henri de la Roche,
Elle ja glissa’daus sa poche, en remettant encore à plus tard Ja lecture.
Aussitôt Mile Badolie retournée au travail, elle tira le papier de sa poche et lut :
“ Chère Rosalie,
“Que pensez-vous de votre ami !?
“Voici presque un mois que j'ai quitté Paris, et à part la letttre que je vous ai écrite, quelques jours après mon ar rivée ici, vous n'avez rien reçu de moi.
“Cependant vous êtes constamment présente à mia pensée, mais chaque jour
Je croyais revenir, l'état de mon oncle
s'améliorant plutôt,
“Il était conven:1 que je partirais le lendemain puis le lendemain le comte me retenait, le jour suivant là même chose, et toujours ainsi.
“Comme je vois que je ue pourra
+ de
point abandonner le château avant quelques semuines, je viens vous demander de vos nouvelles,
“J'ai soif de vous lire, longuement ; êtes vous bien portante, êtes-vous moitis triste ?
“Que devenez.vous, enfin,
“Surtout ne prenez pas en mal mon “ilence, ne croyez pas que j'ai pa vous oublier un instant.
“Je le répète, vous n'êtes point sortie de ma pensée,
“Des nouvelles, n'est-ce pas ? des nouvelles bien vite.
“Je vous vois depuis plusieurs nuits, en des rêves sombres ; j'ai peur que vous ne soyez iualade, qu’il ne vous soit arrivé quelque chose,
“A vous, chère amie, bien à vous d'affection.
HENRI DE LA RocKe, ”
“Ecrivez-moi poste restante à la Roche-sur-Yon. ”
Rosalie déchira la lettre en petits morceaux qu’elle jeta June poignée par ln fenêtre de la rue.
Elle les regarda s'éparpiller au vent.
Voilà le cas qu'elle faisait de l'amitié d'Hevri de la Are
Son départ, si propice à un moment où elle se fût trahie peut-être, vis-à-vis de lui, l'avait singulicrement soulagée.
L'eût deviné, en ces premiers jours d’agitation, que c'était elle qui avait commis le crime.
Qui sait «i l'horreur du forfait ne l'eût pas tourné contre celle quien était l'auteur ?
Tandis que, lorsqu'il reviendrait, elle lui prouverait facilemnt qu'elle ne devait d'être vengée qo'à un concours de circonstances absolument en dehors de sa volonté.
La lettre d'Henri ne dénotait pas qu'il eût à sun égard la moindre mé.
fiance
Ïl ne savait sans doute rien : les jourvaux de la Roche-sur-Yon ne parlaient point du drame qui, pendant une semai.
ne avait passionné tout Paris.
Rosalie ne se trompait qu'à demi.
Le journal légitimiste que recevait deux fois la semaine le comte Hugues de la Roche avait bien parlé en son temps de l'“Affaire d'Asnières"”, Mais Henri arrivait à peine au château, et il ne pensait guère à jeter les yeux pas plus qu'il ne devait ÿ songer, durant tout son séjour, sur cutte feuille rem.
phie de nouvelles locales, et politiquant come on le falsait cinquante ans au paravant.
Transplante brutalement du boulevard des Italiens au fond de la Vendée, daas la sauvage contrée qu'hubitait de buis son enfance le vieux chouan dont il convoitait l'héritage, le jeune homme ne pensait même pas à Paris, à son au.
cienne vie,
Un seul souvenir le poursuivait, ce lui de cette Rosalie, autour de laquelle il tournait depuis si longtenips désirant ardemment, une rupture, elle et Paul Yveling préparant cette rupture, cui se consommait bientôt,
Ses machinations manquaient aboutir à un résultat tragique.
Rosalie s’élançant de sa fenêtre dans la rue au moment où il passait, et tom.
bant à ses pieds, eût pu se fracasser la tête.
Elle en avait été quitte pour six se maines de lit ; les choses s'étaient ar rangées, elle semblait prendre son parti de la situatiçn
Tout est bien qui finit hien.
Uela n'empéchait pas qu'un frisson lui pussait dans le dos, lorsque la scène de la rue Boissy-d'Anglas, ce soir où il al.
lait guetter la sortie de l’onrle Yveling, porteur du funeste message, pour mon ter immédiatement apres chez la jeune femme et commencer à jouer son rôle de consolateur, lui revenait en mémoi.
re
Le corps s'abimart sur le pavé presque AU moment où un grand cri fendait l'air, le transport à l'hôpital, tout cela re. passait devant ses veux troublés, aux heures de remords.
Elles étaient rares, il est vrai, et le de viendrait de plus en plus.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)