‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 13 sur 37 · EI TA · texte numérisé non relu

EI TA

Cette main eXangue où les veines se voyaient toutes, sans saillir, jolie, et ti.

ne et Si fréle, eut à elle seule révélé la lragilité de cette enfant, descendante ‘ne race robuste, dont le dernier mâle allait partir, car Henri de la Roche D'était lui aussi, qu'un rejeton dégéné-

> Te, la branche rachitique sortie du

tone de lurbre £énéalogique, comme {1 tronc du ‘ieux chêne où s'abritaient les deux Jeunes gens s'échappaient des leaux sans vigueur.

La main Mignonne frémit entre les doigts d'Henri de la Roche, essayant de se dégager,

Il la rétint doucement et murmura :

—-Régardez moi, petite cousine.

Mais elle détourna encore la tête ;il > vit plns de son visage que le profil cLarmant, voilé pa les crépelures lé.

£vres des temnpes,

Deux longues nattes, très épaisses, li tombaient Plus bas que la taille.

On eût dit que tout ve que l'organis- 1€ avait de vigueur s'était concentré ‘ans cette chevelure.

En soulevant ces lourdes masses, on 2 demandait s'il n'eût pas mieux valu <8 livrer à ja cruauté des coups de ci-

seaux, que de laisser cette tête fléchir sous leur poids.

Henri soupesa les nattes l'une apres l'autre, jouant avec les boucles mélées au nœud de ruban qui les attachait à “haque bout.

[ n'avait pas lâché la main de la jeu.

ne tille et dit pour Ja seconde fois :

-Regardez-moi petite cousine.

Elle fit un mouvement lent, qui lui permit de voir son visage, sans pour.

tant l'avoir en face du sien,

—Alons repeta-t-il regardez-moi, Huguette.

Alors, ses yeux bleus rencontrèrent les yeux d'Henri.

Un voile brillant les couvrait ; une larme arriva brusquement au coin des pPaupicres,

—Eh bien ! dit.il Stupéfait, vous pleurez ?

Elle souriait déjà.

C'est votre faute si je pleure, Ma faute ! à moi ?

— Oui, monsieur ? Pourquoi m'a.

VEZ-VOus dit, ce matin, que.. qu'il faudrait penser bientôt.” à regagner Pa.

ris.

—C’est pour cela !... comment. ee voyons, Huguette, ne pleurez plus !

—Ni, là ! tit-elle, se dégageant cette fois de son étreinte et se détournant de nouveau, mais avec un Inonvevement de dépit, je veux que vous àa,e7 le remords de n'avoir fait Pleurer,

Et elle éclata en sanglots, le visage caché dans ses mains, Jes larmes cou.

lant entre ses doigts,

Henri resta quelques secondes sous le coup de cette surprise, où à l'ennui de ce chagrin qu'il Causait, se mêlait cette satisfaction d'amour propre qui prend tout homme lorsqu'il se voit l’objet de l'attention d’une temme.

Puis, son Cœur,—ce cœur qu'il sen.

tait vraiment battre — S'émut sincère.

ment,

I n'avait jamais peut-être, au cours de son existence de viveur, rencontré de sentiment vrai.

Les pleurs de cette enfants le tou.

7 Le Mal de Vivre

chaient plus qu'il n'eût pu le dire.

Îl ne savait que murmurer son nom :

— Huguette.. Huguette...

Et elle, avec une mutinerie de petite fille ; ;

—Laissez moi,. c'est très mal de fuire de la peine à ceux qui ne vous en font point.. Oui, je ve1x que vous ay:

des remords.

— Voyons, cousine, il faudra bien que je m'en aill:

Elle se mit à sangloter plus fort.

—Mais, dit il, se penchant vers elle, si vous le vouliez, je ne partirais pus seul.

La jeune fille tressaillit de la tête aux pieds.

Elle laissa retomber ses mains.

Ses larmes s'étaient subitement séch<.s ; une seule perlait encore, arrtée à la commissure de ses lèvres roses.

—Savez vous ce qu'il faudrait, de manda Henri, pour que je ne parte pas seul.

Elle répondit avec une naïveté qui avait quelques chose de navrant :

— Grand-père prétend qu'il faudrait

que vuus m'épousiez . Je lui ai répondu, quand il m'a dit cela, que vous ne voudriez jamais être mon mari.

Et pourquoi ne voudrais-je pas être votre mari !

— Pourquoi ! fit-elle plus triste encore ; faut-il que je vous le dise ?.. Parce que je suis une jauvre infirme.... et qu’une infirme ne trouve pas à se Imarier.

—Quan: elle est jolie comme vous, et surtout bonne, aimable comme vous l'êtes, elle rencontre tout comme une autre, et peut-être plus facilement qu’une autre, un homme quine demande qu’à être son compagnon dans la vie, à partager ses joies et ses peines. . Si j'étais cet homme-là ?

Elle ne répondit point.

Elle le regardait bien en face, avec ses grands yeux d'un bleu de bluet si doux, si francs, où l'on pouvait voir

toute son âme, où l’on pouvait lire «es plus intimes pensées.

—Grand-père avait donc raison, tit elle, son visage s'irradiant tout à coup, puis rougissant comme tout à l'heure.

—En quoi avait il raison !

— Il ajoutait jue vous m'épouseriez, parce que vous m'aimeriez.

— Oui, il avait raison, Je vous aime, petite cousine.

— Bien vrai ?

inander en mariage.

—Certes, au point de vous demander en rnariage

— Alors, ris !

— Naturellement ; suivre son mari. ;

—Quel bonheur ‘ fit-elle avec une joie folle, q. . je suis contente !

--Est-ce seulement parce que vous irez à Paris que vous êtes contente ! ne m'aimez-vous pas un peu

—Oh ! beaucoup ! beaucoup

Elle dit ces deux mots avec tout son cœur, en se faisant prendre la tête à pleines mains, en se laissant, mettre sur le front un baiser, puis denx, puitrois,

Cette fois, elle eut un petit cri, étoutfé sous un autre baiser.

Henri la lâcha, pâlissant, se leva et resta un moment linmobile, lui tournant le dos.

Le raisonnement lui revenait,

Est-ce qu'il Allait “s’'emballer”.

Un sourire, son sourire de sceptique, passa sur ses lèvres.

Bah ! la solitude, la campagne. tous ces feuilliges, toute cette ve.dure..

Puis, elle était vraiment jolie, cette petite Huguette.

Au reste, il valait mieux ecla ; eile aurait au moins illusion qu'elle était aimée.

Henri se retourna

Au point de me de-

vous m'emimenerez à Pa-

uns femme doit

vers la jeune le.

Huguette venait de reprendre le bégvin qu’elle confectionnait

Mais ses doigts tremblaient plus fort que tout à l'heure.

Elle ne pouvait tenir l'aiguille,

[l se rassit dans l'herbe, encore tont près d'elle, et il reprit sa main.

—-Alors, petite consine, vous voulez bien être ma fetume ?

Elle n'osait mème der,

— Voyons, Huguette, Je ne vous fais Pas peur ?,, Causons tranquillement, ‘otame de Lons amis ; dites, voulez.

uous bien être ma femme ?

Elle était trop émue pour répondre, Pour articuler le our qu'elle avait jeté avec tant de franchisé quelques minutes AUPar:. ant,

Une perturbation Jeune fille, d'autant qu'elle était plus vague.

Jusqu'alors Huguette de dépit de ses rougeurs subites devant son cousin, était restée une enfant ; ce baiser rapide et brûlant avait suffi pour opérer la transformation, la femme se révélait en elle.

— Vous ne voulez pas me dire; reprit Henri, s’il faut que Je hasarde ma demande auprès de mon oncle ? . Sij'au rai des chances d'être agréé ?!

— Vous le savez, tit-elle av. effort, ne vienus-je pas de vous l'apprendre ?

C'est vrai. Je vais le trouver alors, At \ l'heure, cousine !

Cette fois, il ne baisa que le bout de ses doigts,

Huguette je regarda partir.

Son trouble s'était évanoui brillaient de bonheur.

Quand il eut tourné l'allée dans la quelle il venait de s'engager, elle joi gnit les mains avec sorce, avec ferveur, et articula, regardant toujours ce coin de chemin par laquel il avait disparu.

—Je l'aime !. Je l'aime !.. jui aussi Oh ‘comme je serai

point le , regar

s'opérait chez la plus troublante

la Roche, en

; SES yeax

il m'aime bien.

heureuse !

Pauvre Huguette !

Henri marchait vers le château, pétart :

——Ï1 vaut mieux que oui beaucoup mieux.

Il franchit d'un pas

s2 récela soit ainsi,

leste, les mar-

ches verdies, aux pierres disjoirtes, du large perron : il traversa le haut vest bule, aux dalles'sonores, monta l'eve.

lier à la rampe massive, et rencontrant dans le corridor du premiec étage, valet 4 chambre du conte, un Vieux serviteur, cémme tous Ceux qui se trot vaient au château, il fit demander au dience à celui-ex,

M. de la Roche était tel neveu le voyait, six semaines plus tôt, [e Jour de son arrivée en Vendée

Vètu de la même robe de melletonnée, il restait vaste bergère qu'il ne pour son lit,

La fenétre, ouverte quelques instant, an soleil avait été referimée, le feu de bois qui constamment brûlait dans l'à tre, entretenant une températur: égale.

ranimé,

Oui, îe vieillard semblait tel qu'Henri l'avaic vu, ce jour-là.

Et cependant, quiconque ne revu depuis ce mement, l'eñt trou changé, plus maigre encore, quoique ce la fut pour ainsi dire iipossible, plus ossitic,

Les tons d'ivoire de lu peur, sac.

salent, se fonçaient, l'éclat des prune]. les au fond des ovbitss, devenait plu:

étrange, auec cette transparence, qu'ont les yeux des moribouds, cotuine ile perçaient, déjà les brunes de l'au delà.

I ne éaudrait mème plus un soutHe pour éteindre la flamme qui vacillait.

La lampe qui manquait d'huile : ll avait épuisé Jusqu'à la dernière gout.

te,

Le vieillard somnolait, icrsque Jean le doinestique, vint l'avertir jueson ueveu Jui demandait audience.

C7 ait da premicre fois, depuis leu:

entretien à l'arrivée d'Henri, que celui ci sollicitait ur tête-à-téte.

Le comte F agues de la Roche

que son pet:

chambre entout dans x quittait plus que

l'eût pas

seCOt14

cette torpeur, qui était comme le con:mencement du néant, ji’ ressaisit ses idées qui devaient rester lucides jus.

qu'au hont,

Pourquoi son neveu voulait-il lui parler ?

Le nonagénaire sentit dans sa poitri e, où il lui semblait qu'ilne battait lus, sou cour sauter par grands coups

Et la tête blonde de sa petite fille pus

à devant son regard. Son pressentiment ue l'aurait done pas trompé !

en était sûr, on ne pouvait connai tre Huguette saux l'aimer.

Henri venait lui demander de li lui tomnetr Le jeune homme était Va, Le comte ne Le laissa pus parler le Letter, Eh bivo , Mon onel: !

Oui. Ne barguignons pas, vous Avez que j'aime qu'on y aille franche ent, Je vous avais dit que votre con sine avait cté une charmeuse, 1e suis je trompe !

— Mon oncle, en effet, n/a cousine m'a absolument charmé.

Et vous venez me demander —Sa main... J'espère que vos dispo.

sitions n'ont pas changé !

Mes dispositions ne changent pas ame cela du jour au lendemain. . Ni » <entiments d'Hugnette sont les vû ÉPeS rain

Je le crois, mon oncle,

Où est l'enfant !

Dans le pare, je la quitte. Qu'on aille me la chercher.

: le vieillard saisit le cordon de <onte qui pendait à côté de Tui æ domestique parut.

Jean, faites dire à mademoiselle ue Je la demande : elle doit être sous le gros chêne.

Oui, dit Henri, elle y était dufmoins y a cinq minutes.

Tout de suite, monsicuBle comte,

it Le domestique.

M. de la Roche laissa retomber sa téte sur les coussins empilés de la bergère.

Ses: paupières se fermèrent lentesent, et il tomba dans une immobilité

‘tuon HéVeU, Vos y arr *#2

ms + um |

qui eñt pu effrayer son neveu, s'il ns l'ent vu presque toujours ainsi.

Ce fut seulement lorsque Huguette entra qu'il rouvrit les yeux

La jeune fille arrivait, vive, avec ss légèreté d'oiseau, allant de branche et branche,

Henri n'était point habitué à cette démarche, eomme Îles paysans de 1 vallée,

Les béquilles, pour lui Or les béquilles,

Le charme, sous lequel il restait pres que malgré bai, tomba tout à fait,

duguette <e trouvait déjà aupres d l'aieul,

Celui-ci prit dans sa main décharnee la muin fluette de Flentant et deman da

Est ce bien vrai, que tn Faimes Oui, répondit-elle, Bien vrai ? reprit le vicillura.

Oui, tit elle encore.

Et tu seras contente d'être sa fem

étaient tou

ne Oui,

Le comte chercha Ja main d'Henri, ls rapprocha de celle d'Hnguette, et les te nant dans les siennes .

__ C'est bien.. soyez heureux : ai inez Vous,

A toi, ma fille, je n'ai poir le con seils à donner,, je sais ce qu. tu vaux, je sais que tu resteras l'ange dn foyer, l'épouse dont parle l'Ecriture Vous, ion neveu, Je Vous CONDAIS IOIS, mais vous êtes nn dela Roche : vas écarts de jeunesse n'ont pu influer su votre loyauté ; si vous prenez l'engage ment de rendre votre femme heureuse, vous le tiendr-:.. et vous le prendrez ce soir... svant le portrait de vos aleux

—Je le prendrai quand vous vou drez, mon oncle, car je suis sur de k tenir.

Le vieillard se tut, renversé encore sur les coussins,

Mais sa somnolence cette fois ne tut pas longue.

Une fièvre le prenait qui mettait à ses

n At

pomnettes parcheninées, une plaque rouge ; la flamme de ses yeux luisait plus intense, la vigueur semblait reve.

air dans ses membres.

Un eût dit qu'une décharge électri ue avait passé sur lui quile galvani sait, ë

Le comte sonnà encore ‘ue et donna ses ordres.

soir même, à huit heures, le grand salon du château était illuminé

M. de la Roche y descendit, appuyé sur le bras de son valet de chambre,

Le curé du village s'y trouvait avec Huguatte et Henri,

comte s’assit un moment dans un des fauteuils Je bois sculpté, recouverts de tapisseries.

Dans le fond de la vaste pièce, les ser viteurs s'étaient rangés,

Sur les murailles apparaissaient les Portraits des aieux, conservés de géné.

ration en génération : chevaliers burdés de fer, nobles et puissantes dames, très raides dans leurs atours d'apparat beaux seigneurs à culottes de soie et à jabots de dentelle, belles comtesses très décolletées, avec la mouche au coin des lèvres.

[ls semblaient tous là, depuis la croisade,

Et tous semblaient tourner leur regard vers Henri de la Roche, le dernier du nom.

Le comte mit encore l’une dans l'autre les mains des deux jeuues gens.

Sans le concours de personne, il se leva et dit, montrant dans un méme geste les peintures solenuelles et sou.

riantes :

—Jurez !.. Jurez sur vos aieux qui vous voient et vous entendent, d’être pour votre femme un protecteur sûr, un ami fidele : jurez de la rendre heureuse, et aussi de respecter le nom que vous portez.. jusqu’à la mort !..

—Je jure fit Heuri de la Roche le bras étendu.

vieux chouan se tourna alors du côté de la cheminée.

Au-dessus, un Christ en cuivre

son domesti-

cisele,

étendait ses membres pautelants

—Jurez ! titil, ,ar celui-là qui ect aort pour nous, sur le rédempteur «:

l'humanite.. Henri de Ju Roi he, je vo:

confie ma petite fille, . Faites encore !:

serment que vous la reu'-7 Lien he:

reuse,

Je le jure ! dit pour la secoride tjs Henri, le bras étendu

[était pâle, la sueur perlait pes, y collant les veux,

Huguette aussi paraissait très ému

Elle treiublait sans trop savoir pou: quoi, frappee de i'étrangeté de la scèn:

beauroup plus sans doute que par cette pré e qu'exigeait l'useul, et dont elle ne Vuy it pas l'urgence,

Pourquoi Henri ne l'aimerait il toujours ?

Elle croyait que quand on C'était pour la vie.

Et il lui avait dit sa tendresse avait confiance, elle,

L'enfant n'avait jamais menti, elle ne “Upposait pas qu'on püt mentir, lors qu'il s'agissait surtout de choses graves comme celle de donner son cour.

Le comte Hugues de la Roche s'étair Assis,

-Vous êtes tiancés, dit-il, vous serez inari et femme,

Il causa quelques minutes avec le cure

Le lendd@hain, celui ci irait en personne prévenir le notaire qui immédistement dresserait le contrat.

Puis il écrivit au vieil ami du comt.

le baron de Livry, qui habitait Poitiers choisi par celui ci, comme tuteur de :4 petite-fille, au cas où il mourrait avant de l'avoir mariée.

M. dela Roche remonta l'escalier.

Conme il l'avait descendu, au bras de son domestique.

Lorsqu'il fut couché, Huguette entra ainsi que de coutume, dans sa chambre

a 46: ten

Pas, ER + s alMait,

elle

bienté,.

et s'assit au pied du lit, attendant qu'il fût endormi.

Quand il sentait que le sommeil nr.

viendrait point, au bout d'un quart

d'heure oi. d'nne demi-heure, son grandpere lui disait :

—Va ma mignonne, il est temps que tu reposes.. à demain.

Elle l'embrassait tendrement.

Le vieillard carressait ses cheveux, et elle gagnait sa chambre.

Ce soir-là, le comte avait la fièvre : le sommeil serait long à venir.

Déjà, une fois, il renvoyait sa petitefille, qui voulait attendre encore, lorsque la sonnerie de la cloche, à la grille du château, arriva jusqu’à son oreille, extraordinairement aftinée.

— Qui vient à cette heure ?. . Regarde donc, Huguette.

La jeune fille souleva le rideau d'une des hautes fenêtres.

— Il fait nuit noire, dit-elle ; je vois seulement Jean qui traverse la cour...

I est à la grille. . le voilà qui revient...

seul...

C'est le facteur, peut-être. . Pourtant,

ne passe plus, à cette heure. .

—Non ...

—Faut-il que je descende ?

—S'il y a quelque chose, nous allons le savoir.

Puis, la voix si faible soudain, qu'on eût dit qu’elle allait lui manquer tout à fait :

—Va, ma mignonne, va te reposer. .

et dors bien. .dors bien...

Huguette se haussa pour coller ses lèvres à son front jauni.

Il n’eut pas la force de lui faire sa caresse habituelle.

Elle put croire qu’il allait dormir

Mais le porte de la chambre s’ouvrant très doucement pourtant, le comte se dressa sur son séant.

—Quoi ?.. qu'y a-t-il ?.. Une dépéche. Est-ce de Poitiers ! Livry a été malade.. estil retombé ?

—Grand-père, calmez-vous !

—C'est de Poitiers. . Jean, lisez !

Le valet hésitait.

Il était trop tard.

Ïl n'avait point pensé, en entrant, la depêche à la main, à l'émotion qu’il poupouvait causer à son maître.

—Lisez ! répéta celui-ci, avec son ancien ton de commandement.

Il ouvrit le papier bleu, mais n'osa articuler les mots qu’il contenait.

La jeune fille le Ini prit des mains.

A peine y avait-elle jeté les yeux, qu’elle le laissait tomber à terre.

—Livry est mort !articula Hugues de la Roche.

Il ne reçut pas de réponse.

—Abh ! mon pauvre camarade...

pauvre..ca..ma..ra..de..

Il y eut dans la chambre le bruit d’une respiration obstruée, un bruit de râle.

Le serviteur, qui pliait sur ses jambes, et Huguette, épouvantée, virent le vieillard se dresser encore sur son séant et retomber d’un seul coup en arrière.

Le comte Hugues de la Roche était mort.

mon

Il y avait deux mois que l’aieul reposait dans le caveau où dormaient, au fond de leurs tombeaux de pierre, les ancêtres sur lesquels Henri de la Ro che avait juré d’être, pour celle à qui on le fiançait, un protecteur dévoué un ami fidèle.

La mort du baron de Livry, dont la nouvelle hâtait peut-être de quelques heures celle de M. de la Roche, devait être pour lui ce qu’on appelle un hasard heureux.

Le comte n’était pas homme à confier ses affaires à tout le monde.

[l'avait rédigé un testament, non pour faire de sa petite-fille sa légataire uni verselle : elle était son héritière directe et toute sa fortune lui revenait de droit mais pour spécifier sa volonté de remet.

tre sa tutelle entre les mains de M. de Livry, ou si celui-ci, se trouvant trop âgé, récusait cette charge, de lui deman der de ne la confier qu’à quelqu'un qui en serait digne.

Le baron, de huit ou dix ans plus jeune que le comte, aussi robuste que lui, paraissait devoir lui survivre d’autant.

Jamais celui-ci n'eût cru qu’il partiräit avant lui.

—Î aura, si je ne l'ai pas, le temps d# marier Huguette, pensait.il.

Cette confiance l'avait empéché de prendre un autre confident jour ses lrojets concernant l'avenir de la jeune fille.

Le curé, qui venait plusieurs fois la

semaine faire une partie de besigue avec lui, savait bien son désir de la marier, mais le comte ne lui avait jamais lait part des conditions dans lesquelles il la marierait.

Le notaire qui s’occupait de gérer la fortune de M. de la Roche n’avait point entendu celui-ci aborder la question de l'établissement de sa petit:-fille.

Heari n’était point le plus proche pa rent a’Huguette

.… Celle «i avait un oncle maternel, à qui revenait le droit de la tntelle.

Cet oncle, vieux garçon, se souciait Jeu de cet embarras.

ly eut une assemblée de famille dans laquelle les fiançailles se trouverent ratifiées.

Et chacun fut d'avis qne le mariage devait se faire le plus tôt possible : naturellement ce fut le régime de la com- Iunauté qui prévalut.

Par un chaud matin d’août, la petite comtesse sorti de l’église au bras de son mari.

Huguette avait voulu, sans le secours des béquilles, en s'appuyant sur Henri, faire le trajet de l’antel à la voiture arrétée au bas des marches.

Elle y parvint lentement, mais sans

éprouver, pour ainsi dire, de fatigue.

. Et, plus jolie dans sa blanche toilette, l'air ému et heureux à la fois, tout en songeant au grand-père, dont elle avait été l’adoration, et que, tout à l'heure encore, avant de sortir du château, elle pleurait amèrement, Huguette de la Roche se disait que peut-être un jour elle pourrait marcher comme les autres.

Il y avait, elle le savait, de très grands médecins à Paris.

La science possédait maintenant tant de ressources !

Elle avait entendu parler quelquefois, lorsque son grand-père s'entretenait d'elle, par exemple. avec le baron de Li.

vry, qui venait le voir plusieurs fois par an, de cures s1 merveilleuses, qu’un es.

poir, à ce moment, où elle se sentait fiè.

re de n'avoir de soutien qu- le bras de l'homme pour qui son cœur débordait de tendresse, pénétra si profondément en elle qu'il ne devait plus l'abandon.

ner

Dès cet instant, l’idée fixe entra dans son esprit : marcher sans le secours de ces affreuses béquilles pour lesquelles elle se sentait auparavant cet attache.

ment relatif qu’on a pour les objets dont on ne peut se passer.

Pour être une femme comme une au.

tre, pour pouvoir accompagner partout où ilirait son mari, la comtesse de la Roche serait prête à tout.

Le deuil, au château. était trop récent pour qu’il yeût après la cérémonie nup.

tiale aucune réjouissance.

Des secours qui les mettaient à l'aise pour longtemps avaient été distribués la veille aux pauvres de la vallée.

Ils devaient fêter, eux, le mariage de leurs bienfaitrise.

Ils espéraient que de Paris elle ne les oublierait pas.

Celle-ci avait du reste promis de re.

venir chaque année aux beaux jours,

Mais, à la majorité, les paysans ho.

chaient la tête.

Il leur semblait qu'ils ne la rever.

raient de longtemps, leur petite com.

tesse

Et qui sait, sion la reverra ! dis l’un d'eux quise trouvait au premier rang de la haie formée sur son passage.

Celui à qui il s’adressait, Paulin Pas.

cot, le pâtre, ne répondit pas.

Il suivait d’un regard troublé, la ma.

riée qui dessendait les marches de lé.

glise.

Et ses yeux, tout à coup, s’attaché.

rent au marié, ne virent plus que lui,

Et il y avait quelque chose dans sou

regard de dur, de menaçant.

—Ah ! grommela le Pâtre, qu'il ne la rende pas malheureuse au moins !

La voiture fila vers le château.

soir, les nouveaux mariés prenaient le train à la Roche-sur-Yon.

La petite comtesse était partie :

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