AVI
Un après-midi, vers cinq heures, les portes de l'asile Sainte-Anne, à Paris, s'ouvraient devant un véhicule qui suivit la rue de la Santé jusqu'à la barriere de Gentiliy, puis monta la pente con.
duisant au sommet du coteau sur lequel se dressent les vastes et imposantes Constructions qui composent l'hospice de Bicûtre,
voiture franchit la porte prinei pale dounant sur l'avenue de Villejuif, traversa plusieurs bâtiments, séparés par les jardins, pour s'arrêter devant le dernier, qui forme un quartier spécial] :
la sûreté de Bicètre, pour les aliénés dits criminels.
Jn gardien en descendit, puis un homme suivi d’un autre gardien.
Cét homme était grand, avec les épaules courbées, l'allure affaissée de quelqu'un qui vient de subir un grand choc physique.
e visage, quoique creusé, gardait des apparences de Jeunesse, mais les cheveux étaient tout gris.
Ïl y avait dans les yeux noirs, surmontés de sourcils noirs aussi, qui barraient étrangement le front pâle, cette atonie des regards sans pensée, si impressionnante, si triste.
On amenait un sou à l'hospice,
Avant de sortir de Sainte-Anne, on lui avait passé la camisule de force.
I marchait les bras emprisonnés dans les longues manches ramenées derrière le dos.
La précaution eût paru inutile à ceux qui ignorent avec quelle rapidité les malheureux dont le cerveau a perdu son équilibre paseent de l'affaiblissement absolu à l'extrême agitotion.
Le nouveau pensionnaire de Bicètrel était dans une période de calme.
Les gardiens le conduisirent à la cellule qui lui était destinée.
On le débarrassa de la camisole de force, et on le laissa seul entre les cloisobs qui séparaient des autres l'espèce de cage, grillée comme relle d'un animal féroce qui serait désormais son antre,
Sinistre l’intérieur de ve bâtiment où l'on enferme les aliénés coupables de meurtre ou de tentative de meur.
tre.
Au rez-de-chaussée, une grande salle circulaire, où se tiennent les gardiens qui ne perdent rien de ce qui se passe daus les cellules entourant cette espece de préau, dont elles sont séparées seulement par la grille qui les fait ressen)bler à des cages de fauves.
Dans chacune d'elles un malheureux s'agite, crie, chante, parle à des êtres imaginaires, ou bien reste inerte, tapi dans quelque coin, ou jeté sur son lit, épuisé par son dernier accès.
Au fond de ces cellules meublées d'un lit. d'une chaise et d’une table, se trouve une porte donnant sur des jardins.
Ces jardins sont séparés entre eux par des murs. :
Trois où quatre aliénés seulement peuvent s’y promener dans le même enclos, s'occuper à Jjardiner, suivant que les gardiens croient devoir où non leur en laisser la latitude.
Celui que l’on venait d'amerer resta uu moment devant la grille, promenant dans la grande salle de garde un regard qui ne s’aninait point,
Il tourna ensuite pendant cinq minutes dans la cellule, Puis alla s'asseoir sur le pied du lit, où il resta immobile, les yeux fixés à terre.
Les gardiens causaient entre eux.
Comme à chaque entrée, ils ne s'en.
tretenaient que du nouveau venu,
Celui-là était, du reste, un pensionnaire intéressant, le héros d’un de ces drames qui font monter le tirage des journaux. l
Oui. ce tou n’était autre que Pau Yveling, le sous-chef de bureau au mi nistère de la marine, qui avait épousé la fille d’un capitaine de frégate en retraite, Mlle de Labatière, et qui, le soir des noces, enfonçait un couteau entre les deux épaules de sa femme.
Cette scène, une fois évoquée, la mé moire de chacun se réveilla.
C'est qu'il y avait trois mois que cela avait eu lieu.
Et en trois mois il s'était passé tant d’autres drames que l'oubli se faisait presque autour de celui-là,
en 15— c'était le numéro de la cellule qu'occupait le nouveau — n'était donc pas un criminel vulgaire.
Le mystere continuait à planer sur la cause de cette folie, que rien, autrefois, n'avait fait pressentir.
On l'expliquait bien, à présent, par le reçu d’une lettre anonyme, qui aurait révélé au jeune marié des relations entre celle à qui il venait de donner sou nom ét un cousin, parti maintenant pour le Sénégal.
Mais en était-on bien sûr ?
Quoi qu'il en fût, Paul Yveling restait un fou sympathique.
On lui témoignerait, quand on le po'irrait des égards.
Depuis longtemps, il n'avait pas eu de crises de fureur.
Siles accès ne revenaient que de loin en loin, ees bonnes intentions seraient plus faciles à mettre à exécution.
L'heure du repas du soir sonnait.
Les quelques pensionnaires encore au jardin rentrèrent chez eux.
Un calme relatif régnait dans cette enceinte emplie par moments de cris, de blasphèmes, de gémissements.
Un domestique de l'établissement poussait devant lui, en longeant les grilles, une espèce de petit wagonnet chargé de gamelles contenant les portions de chaque aliéné, portions que quelques-uns se mirent à dévorer et auxquelles d’autres touchèrent à peine, malgré les exhortations des gardiens.
Paul Yveling fut de ces derniers .
Son calme semblait se changer et prostration.
[ fallut le mettre au lit, sans quoi leût passé la nuit assis, les bras per dants, le menton dans la poitrine, se.
yeux atones fixés toujours sur le mêr point.
— En voilà un qui dormira, dit l'in firinier chargé de sa surveillance, en 1.
quittant pour monter dans le dortoir de garde situé à mi-hauteur des cellug les et d'où l’on peut voir, à travers lebarreaux qui les garnissent de bas er haut, ce qui s'y passe.
Nuitet jour, les aliénés sont su veillés ; à la moindre alerte le person nel est sur pied.
Contre toute prévision, le No, 13 fut excessivement agité.
À partir de onze heures, il commer.
Gi à parler, à se démener.
D'autres, du reste, faisaient comme lui.
I fallait avoir un sommeil à tout épreuve pour reposer dans cette proimiscuité, capable de reudre fous ceu:
qui ne le sont pas.
Vers le matin, après deux heure.
d'une somnolence coupée de cauchemars, 1l articula tout à coup, dans m grand cri, un nom, un nom de fen:ne: “
— Régine !
Et sautant à bas de son lit, il se mit .
bondir dans sa cellule, menaçant se ennemis jinaginaires, se jetant contr les murailles, entremélant ses vociférs.
tions d'exclamations d’épouvante, d’ho: .
reur.
N fallut lui passer la camisole de fo.
ce.
À neuf heures, le chef de service su:
vi de ses internes, en faisant sa tourné habituelle, s'arrêta dans la cellule €.
Paul Yveling.
Celui-ci restait dans un état de sure: .
citation extrême
Le médecin ordonna un bain, avec 1.
douche froide, puis continua son in:
pection, entrant chez les uns, se cor.
autres de leurs nouvelles.
Y en avait qui répondaient d une fa «on toute naturelle : quelques-uns hur “ent des menaces, d'autres disaient :
Ca ne va pas mal, mais on me per ecute toujours à ma suite n prie,
tentant de demander, en passant, aux
toujours ces gens-là débarrassez m'en je vous
Le No 15 se laisan mettre au bain sans
:rop de résistance,
# COU pris dans une sorte de carcan,
An apareil adapté en travers de la bai
snoire, de facon à maintenir la tête au.
lessus de l'eau, sans pour cela con.
lamner le malade à une position incommode, tandis qu'une plaque posée à l'ex
‘rémité l'empêche de jeter les jambes.
hors de l’eau, il garda d'abord une im.
rnobilité complète,
Mais, quand la douche glacée lui tom
‘a sur la tête, d'autant plus violente que
.\ crise avait été plus forte, ce fut un
‘urlement qu'il poussa.
Recoquillé en boule, il trouva le “10yen, le cou toujours pris dans là luaette, de tourner sur lui-même en un nouvement de rotation rapide,
La bouche grande ouverte écuma les eux sortaient de l'orbite.
C'était hideux.
Puis ilcessn de remuer, les jambes sallougèrent dans la baignoire
Le gardien ferna le robinet de Ja iouche, au bout de quelques secondes, Après une heure seulement, pendant
quelle Je calme était complètement revenu, le fou sortit de la salle de ‘ains,.
Il ré£agua sa cellule, comme la veille, le regard atone, les épaules vou ses, les bris pendants.
Le No. 15 n'était plus un individu ‘ui pense, qui agit suivant les lois 1ormales de la nature. mais un être lont les idées errent sans sarrêter jaais, sans se fixer, dans le domaine du ‘ague où passent les fantômes qui aettent la peur au cerveau.
Oui, voilà ce qu'était devenu en ‘Uatre mois Paul Yveline.
[y avait un abime entre ces deux hommes : celui du bal du ministère de la marine, jeune, beau, le front heureux, l'ail brillant, sunglé dans son habit noir, ganté de gris perle, et ce lui-là que les gardiens reconduisaient à sa cellule, vêtu de ln longue capote des pensiounaires de Bic: tre, affaissé comme un vieillard.
Le coup de couteau de Rosalie David — la maîtresse delaissée,--#vait eu de terribles conséquences,
Si l’ardente et viudicative jeune femme, qui pendant dix années restait “à compagne, qui l'aimait exclusivement, l’eût vu dans cette déchéance la.
mentable, peut être en eût-elle éprouvé tant d'horreur qu'elle se fût jetée aux genoux de cet insensé, qui ne l'eût point comprise, pour implorer son pardon.
Sans doute, elle aussi, avait été cruellement frappée ; sans doute, Paul avait mootré un féroce égoisme au moment de la rupture.
L'implacable passion qui le détachait d'elle n’était point une excuse.
Il lui devait bien, pour tout ce qu'elle Ini avait sacrifié, pour les longs
Jours de bonheur qu’elle lui avait don.
nés, pour toute son affection, tout son dévouement, de lutter contre cet amour, de l’arracher de son cœur.
Il lui en devait, quelle que fût sa violence, le sacritice.
Qu? ne lui avait-il dit sa faiblesse ?
Oh ! elle eût pleuré, eile eût crié mais elle eût puisé dans son amour des forces pour la soutenir.
Qui sait si, le cœur broyé, pantelante, brisée, morte, elle n’eût pas ellemème parlé de séparation.
Il y a des femmes qui poussent jusqu’au renoncement absolu leur tendrese. .
Rosalie eût pu être de ces femmeslà
Mais cette habileté a lui mentir jusqu'au dernier jour, cette façon de la quitter, cette lâcheté de partir comme à l'ordinaire en lui mettant un baiser au
front, quand il savait que c'était le der nier, qu'il ne reviendrait pas. .
Et à l'hôpital, pus une visite !
Savait-elle sil n'eût pas mieux aimé qu'elle se fût fendu la tête sur le pavé, que de la voir seulement blessée, bien tôt remise de son épouvantable chute.
Des regrets ? non, oh ! non. il avait été trop infâme !
Et cependans, si elle l'eñt vu ainsi, si elle l'eût vu dans cette pièce grillée de laquelle on pouvait regarder les au tres malheureux, derrière leurs bar reaux ; si on lui eût dit : Le voilà, celui que tu as aimé, qui restera, malgré la détection, l'homme à qui tu as donné les prémices de ton cœuret deta bonté, qui laissera en toi l’inoubliable sonverir des premitres heures d'amour, la voix de la pitié eut crié plus tort que celle du ressentiment, et, déchirée par un utroce remords, elle eût maudit l'aberra tion qui l'avait poussée au crime.
La journée ne fut pas aussi mauvai se pour le numéro 15 que l'avait été la nuit.
Le bain calhmant, la douche stupéfian te, avaient fait leur etfet ; elle se passa relativement tranquille,
Mais de deux heures du matin à cinq heures, des accès se reproduisirent.
Le médecin à sa visite ordonna de nouveau la douche et le bain.
Le patient les subit, moins furieux que la veille.
semblait comprendre que de ce traiternent devait résulter un bien pour lui.
Pendant quelques jours on le lui fit subir ; l'amélioration alla en saccen tuant
Peut-être était-ce une dernière grande crise
Le cas semblait curable aux médecins qui s'étaient livrés, pendant le séjour de Paul Yveling à Sainte-Anne, à une étude journalière de sa folie:
Se trompaient-ils ?
Ts ne se prononçaient pas d’ailleurs
Personne non plus ne les interrogeait à ce sujet.
Paul Yveling n'avait pour toute fa.
mille que son oncle, maintenan paralysé, ne pouvant ni parler ni écrire, par conséquent faire connaître ses désirs ou sa volonté,
Un où deux amis étaient venus, pendant les premières semaines qu'il se trouvait en observation à Sainte Anne, s'informer de xon état.
Puis personne n'avait reparu une fois sa folie constatée.
Le héros du drame d'Asnières était à peu près oublié,
Si quelques-uns pensaient encore à lui, ils ne Jugeaient pas à propos d'al ler voir nn malheureux qui neles re.
connaitrait pas.
Les visites dans les hospices d'aliénés sont pénibles, impressionnantes.
I faut qu'il s'agisse d'un étre cher, quand ce n'est pas la curiosité, le besoin d'étudier Je milieu, qui vous y pousse, pour qu'on se décide à en fran.
chi le seuil.
Nul, probablement, n'avait pour Paul Yveling une affection capable de le faire passer sur ces raisons d’un ordre tout spécial.
I resterait abandonné dans ce quartier de Bicêtre, appelé : “ la Sureté ”, avec le voisinage des criminels irresponsables que la justice envoit là, d’où plusieurs ne sortiront jus et d'où les autres ne sortiront, les guérissables, qu'après un long temps d'épreuves et demandés par leur famille avec insistance.
Qui réclameruit la sortie de Paul Yveling, en adnettant que les pronostics des medecins se réalisassent ?
Serait-ce sa femme, Régine de Labati cette belle et donce Régine, dont le x bleus l'avaient cha. mé au point di aire oublier et dédaigner le regara de son ancienne amie,
Serait-ce Régine, qui ignorait encore la tragédie dont elle avait été victime
catégoriquement, mais encore moins as- | et attendait son mari, recevant ces SOi-
signaient-ils un terme à cette folie.
disant lettres de Vichy, que sa mère écrt.
vait pour elle — les lisant chaque ma tin avec avidité ?
Le jour même de l'arrivée À Bivôtre de celui dont l'absence commençait à lui paraître tout à fait anormale, la jeune femme descendue au jardin, ses forces lui permettant Maintenant de se Promener un peu, venait de s'arrêter sous un berceau de clématites, où se trouvait le grand siège à bascule qui lui servait tour à tour de fauteuil et de chaise longue,
Mme de Labatière, assise devant un £uéridon où était posée une corbeille à ouvrage, travaillait.
Elle releva la tête, au Moment où sa fille paraissait à l'entrée de la tonnel.
— Viens t'asseoir, ma chérie : il me semble que tu marches beaucoup : tu Vas te fatiguer, et tu dormiras mal cette nuit
— Ne t'inquiète pas, MAMAN, je suis très bien
C'est si bon, vois tu, lorsqu'on a été condamnée des mois entiers à l'immo.
bilité, de sentir qu'on peut faire eu .ore usage d: ses jambes.
C'est egal, il ne ut pas d’exces ; voici le troisième jou que tu descends au jardin et. ,
—C'est le mauvais temps qui m'en a empèché, interrompit Régine : j'étais en état de le faire depuis quinze jours. , Je t'en prie, chèr: petite mère, ne t’inquiete pas...
Et elle s'éloigna de nouveau.
—C'est qu'elle se sent capable de marcher, murmura Mme de Labatière.
Puis, avec un profond soupir, une inexprimable angoisse sur le visage, alle articula
— Le moment approche, demain au jourd'hui peut-être, il faudra tout lui raconter
Et elle poussa un autre soupir, comme si elle eût éprouvé le regret, la pauvre femme, de ne plus la voir languissante, sa Régine, dans un grand fauteui), croyant tout ce qu'elle lui disait, comme, lorsqu'elle était petite, elle
croyait les histoires qu'elle ni racon tait.
En contournant les massifs, Mme Y 40 ling se dirigeait vers In maison.
Elle la longea dun côté de cet escalier extérieur, conduisant au baleon de bois par lequel Rosalie David avait pénétre dans la chambre à coucher, pour a'le:
se cacher derrière le Paravent du cat:
net de toilette, et y attendre l'arrivée Gr deux époux, le Jour du mariage.
Puis, elle passa dans le potager qui s'étendait derrière, rasant le mur sépirant la propriété de celle de l'oncle de son mari.
Elle £'arrèta contre la faisait communiquer,
Cette porte était tour.
Régine n'essaya point de l'ébranler, Mais sa physionomie marqua sa décep:
tion.
Elle resta appuyée au mur, pâle fati auée, d’ailleurs, elle avait marche trop vite.
La jeune femme porta la main à son front, ferma les YEUX, comme prise d'un étourdissement,
Mius, brusquement, elle rediessa Ja tête ; on parlait de l’autre côté du mur,
Il y avait un certain temps que Rés; ne voyait des domestiques aller et ver.ir dans le jardin voisin.
Depuis qu'elle circulait d’une piéce à l'autre et qu'elle descendait pour preudre l'air, on prepait mille précautions de l’autre cûté, pour sortit le paraliti que.
porte qui les
lermée à double
Mme de Labatière, prévenue, S'arrar eaii de façon à détourner sa tille de l'endroit où elle ent pu l’apercevoir,
Ce manège, répété à plusieurs reprise dans l4 journee, devait bien Hnir par échouer.
On en userait jusque-là.
M. et Mme de Labatière, à 11 +:
qu'ils voyaient approcher l'inévitabi..
le fatal instant des explications faisant tout pour le reculer. Ils étaient de plus et plus conuaincus que le coup serait terrible,
Mais Régine arrivait à ce degré d'in ‘étude qui porte à toutes les hypo thônes.
Régine était certaine auon Ja trom uit.
Comment la trompait on, pourquoi Dans quel but ! Elle n'eut su le dire, seulement une terreur entrait peu à puencelle.
Ce matin là, elle se réveillait, le cou éfreint comme par une griffe
FU pavaut plisieurs mois qu'elle était biirice, et dépaus le jour de ses noces, elle n'avait pas vu son mari.
il Vichs ne sont que de vont où Vinift et tn jours
Comment Paul restait 14 longten is Et ons !
\utonr d'elle, le myatere à
Vavutol, qu'était 1 arrivé !
\ plusieurs reprises déj elle oseut la totume de t hunbre
St habillement qu'elle Sy prit, ell
crrivaut pas a en rien tirer.
Or, ce matinla, elle prenait la réso
don de se glisser dans la provriété
3 l'on le et de ture parler es dornes-
ues,
Voili pourquoi la jeune femme affee
at à se promener, un plaisir qu'elle prouvait point.
Pour que sa mére ne prit pas Féveil,
“avait d'abord parconru le jardin
zlais qui s'étendait devant le chalet,
Ec maintenant, qu'elle s'était glissée
ns le potager, appuyée à cette porte
delà de laquelle des voix se fai
ent entendre, elle tendait l'oreille.
était le jardinier qui devait parler vec Marie, la vieille bonne service le M. Yveling, depuis vingt-cinq ans.
Un entendait des coups de bêche, Vu coupaient la conversation,
Cette conversation était sans doute
zasée depuis un moment, car Régine
saisit que quelques phrases, les dertres :
Ainsi la jeune dame ne sait rien ixore ?
— Rien. .... mais vou: comprenez, : rANÇOIS, que ça ne peut pas durer. Au
Les saisons
cent
inter
premier jour elle nous verra promener
Yveling ; on ne peut le tenir cons tanument duns le même coin du jardin, le cher homme. .,., Puis, elle finira par trouver drôle qu'il ne revienne Ps, SON art.
Ca, bien sûr, ca ne pet plus du rer longtemps.
Pauvre M, Paul !
Et les pus de la servante, qui chart, criérent sur le gravier
semble à Résine qne son eccur ces sait de battre.
Ses oreilles bourdonnerent, ume eur glacée perla à ses tempes
Elle se vaidit, sessuya le front, on vrit tout grands ses veux, Hit trois pas en chancelant, puis, se raflermissant Ur ses junbes, elle se init a marcher, à courir plutôt, vers ia tonnelle on elle venait de laisser sa mère
À mesure qu'elle approchuit, ses lumbes ployaient de nouvean, ges oreilles bourdonniuent plus fort, Je voile s'apaisissait devant ses yeux
À l'entrée du berceau aux lonynes grappes embanmantes. Mine Yveling S'abattit en £rrière, les bras en croix criant
Paul est mort ! Paul est mort
Sa mére se leva d'un seul coup, en jetant un appel strident.
Les deux domestiques acconrurent.
Ou releva la jeune ferme, traosporta dans la maison.
Une fois étendre sur le divan du salon, on s'empressa de la faire revenir à elle,
Régine
Paul
puuuvre
‘élot
quon
lentement ses
ie reprit que
sens,
À peine avait-elle rouvert ses yeux que la fièvre S'emparait d'elle,
Lorsque M. de Labatière revint de Paris, où il allait presque e haque jour, le vieix marin ayant plus que jamais besoin d'activité, de mouvement, il revit le médecin au chevet de sa fille.
L'accès dura toute la nuit,
Au jour seulement, la jeune femme s'enavrmit.
Le réveil fut calme.
Régine demeura assez longtemps sans ressaisir la plénitude de ses fa.
cultés.
A mesure que la notion des choses lui revenait, son visage prenait une expression d'angoise,
Son père et sa mère, qui ne s'étaient pas couchés, guettant son reveil avec une inquiétude mortelle, sentirent toutes leurs craintes renaître
La crise éclata, mais une crise favorable, une explosion de larmes.
Et comme la vieille en tombant à l'entrée du berceau de clémiatite, elle articula :
— Paul est mort !
M. de Labatière fit signe à sa femme que la tâche commençait pour elle,
Sa présence en ce moment ser2°, plutôt nuisible, rendrait cette tâche plus ardue.
La mère, seule avec sa fille, en viendrait plus facilement à bout.
Il attendrait dans la pièce voisine, prêt à rentrer au premier appel.
Mme de Labatière sssit tout contre le lit, prit la main de Régine et son visage amaigri, pâli, aux paupières rougies par les veilles et aussi par les pleurs, tout près du village convulsé de la jeune femme, elle commença avec cette voix de tendresse si profonde qu'ont les m'+es lorsque leur enfant souffre :
— Non, ma tille, non... .il nest pas mort.
Les sanglots de Régine cessérent brusquement.
Elle se dressa sur <on néant, puis, un coude dans l'oreiller, les yenx voilés encore de larmes, mais brillants d’espérance.
—Est-ce vrai ? |
—Je te l’aftirme. |
— Alors qu'ai-je entendu hier ? On parlait de l’autre côté du mur, chez l'oncle Yveling......La vicille Marie disait
Pauvre monsieur Paul !
— t..c'est tout ? Ù
— N'est-ce pas assez... J'ai com piis
— Tu as mal compris, puisqu'il vi:
Tu me le jures ?
—Je te le jure, mon enfant ….
— Pourtant, il y a quelque chose que vous me cachez. ..... Je le sens depuis longtemps .. Les paroles ds la vieille Marie prouvent que mes presentiments ne me trompaient pas..., Mainteuant, je réclame la crité.
—Je vais te la dire. , Mais te sens-ti} forte. .très forte ?
—C'est donc bien terrible ?
— C'est triste...
L n'est pas mort, tu me l'as jare., Peut-être est-il bien malade.
— Non pas au physique, mais au m' ral.
—Je ne comprends pas.
— 1 à fallu enfermer ton mari dar:
une maison de santé,
— [y à plusieurs sortes de maison:
de santé, articula Régine, la gorge étranglée.
— Paul a eu un accès de fièvre chau de qui l'a conduit à.
—Achève, manu, je t'en conjure !
Toutes les réticences me font plus de mal que la vérité brutale. Paul est-il fou 2e
--Oui.
Régine eut un soubressant, puis de Mmeura sans parole, épouvantée
Et, avec un grand geste de denégation :
—Mais ce n’est pas possible, on #e devient pas fou ainsi. sans un choc ne Est-ce qu'il ysavait des fous dans sa fa.
mille ?
—Je ne l'ai jamais entendu dire.
— Alors, si ce n'est pas hérédictairr, il n’y à pas à désesp#-er, il guérira.
— Qui sait ?
-.Oh ‘je t'en prie, laisse-moi l'es.
poir ; je serais trop malheureuse sil ie fallait penser qu'il n'y a pas de re.
mède.
— Alors même qu'ilgaérirait, Ja securité ne peut plus exister pour toi...
— Qu'importe ! je connais mon de.