‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 16 sur 37 · AS · texte numérisé non relu

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ah RE. : 2 ‘

montrer inflexible teur.

Devant cet homme si profondément troublé qu'il ue trouvait plus de paroles elle se disait ce que son amie lui avait répété maintes fois : que l'avenir lui ap- Partenait.

M. Chaume : force d'efforts sur lui.

ième, parvenait à recouvrer pour la seconde fois san sang-froid.

F sourit d’un sourire qui tit grimacer toute sa figure.

—Si vous deviez vous montrer toujours inflexible, prouonça-t-il en appuyant sur les mots, seriez-vous ici ?

—Je vous ai dit pourquoi j'y étais.

— Est-ce vraiment tout juste pour me dire cela, voyons ?

——Et pour vous apprendre aussi, fitelle, en le verçant de son regard clair, pour vous apprendre que je veux me venger de l'injustice que vous n'avez faite en m'accusant de vol.

M. Chaumel recut le coup que reçoiveut en pareil cas tous les opprimeurs.

L’émotion qu'il éprouva fut cette fois tout à fait désagréable.

Elle se réfléta sur son visage, suflisamment, pour que Jeanne Padolle en devinât la nature,

Les traits de la jeunctille eurent une contraction qui les bouleversa et que le millionnaire n'aperçut point.

[ baissait ses paupières épaisses sur ses yeux devenus inquiets,

Quand il releva les paupières, le patron des Grands Magasins dit:

—Je suis taut prêt à faire mon devoir, que voulez-vous que je vous donne pour vous avoir fait passer pour voleuse ?

Ce fut au tour de Jeanne à se taire,

Elle savait ce qu’elle voulait, mais elle n'avait point arrêté la demande qu'elle devrait taire.

M. Chaumel attendit quelques secondes puis, voyant que la réponse ne venait point :

— Voulez vous être heureuse c'est-àdire riche.. Car pour vous être riche, c'est être heureuse.

pour son persécu-

— Oui, dit-elle.

— Quelle erreur ! fit-il en assourdissant sa voix, quelle erreur ! Je suis riche, moi, je manie l'or à pleines mains et je suis un malheureureux, plus malheureux :; 16° denier de mes employés..e. ;: serais ain qu'au jour., où vou aurez pitié de n 21 !

—Peitéire allez-vous me parler de votre a nur fit -vile de son ton incisif et méprisant ; ue jroaoncez pas un tel mot, odieux blasphème .…. Vous avez comiLis une infamie, terni ma réputstion en m’accusant de vol, m’empêchant par-là de gagner ma vie. Ne croyez pas me tromper, je ne suis pas de celles qu'on trompe,

— Votre erreur est complète. ...., Vous ne connaissez point le cœur humain, vous êtes trop jeune...... cela viendra..... cela vient pour tout le monde,

Jai été un misérable, en vous traitant trop dürement, et vous avez raison de tie traiter en misérable l'homme a des moments d’aberration, dont il ne se rend pas compte : vons avez été la victime d’un de ces moments-la. .Je l'ai déploré, regretté autant qu'on peut regretter une chose irréparable .. J'ai tâché d'oublier, j'ai essayé de me persuader que l'accusation que j'avais por.

tee contre vous n'avait jamais existé. .

Mais le remords m'a poursuivi, impla.

cable. .Ah ! tenez. .ne revenons pas sur cette page maudite, que j'espère en ar.

racher à force de repentir....Me pardonnerez-vous ?/..dites que vous me pardonnerez nn jour ?

Pas un muscle de la figure de la jeu.

ne fille ne bougea.

Mais elle parvint à cacher le dégoût qui du cœur lui montait à la gorge, l'etranglait.

Cet homme gras, court, à la lèvre épaisse, au regard stupide, ne trouve.

rait jamais grâce devant elle.

I lui fallait une terrible force de caractère pour commencer cette Cor die, qu'elle s'était juré de continuer jusqu'au bout.

Il répéta, incliné plus fort vers elle, avec un tremblement :

—Me pardonnerez- vous ?

—Cela dépendra de l'avenir, dit-elle, se détournant pour quil ne vit pas l'éclair qui traversait ses yeux.

—Je ferai ce que vous voudrez, fit il encore, mais promettez moi,

— Nous verrons...

Puis, poussée, par un sentiment supérieur à sa volonté, par un besoin de jeter à la face de celui devant lequel chacun s’inclinait, comme on s'incline devant le veau d’or, tout son ressent1ment revint et lle dit :

—Ne savez-vous point ce qu'il est survenu après que, comme une folle, j'ai fui d'ici ?. .Je suis arrivée pour voir mourir ma Ssæur.. et alors, sans, ressources, je n’aiplus pensé qu'à partir aussi.. à entraîner Ima mère avec moi dans la mort. la pauvre femme avait la première prononcé ce mot, qui pour nous était un mot de délivrance. et ce sera pourtant le remords de ma vie, que d’avoir allumé ce réchaud.. qui l'a aphyxié.. alors que moi, j'ai résiste...

Elle enfouit son visage dans ses mains un grand tressaillement la secoua.

M. Chaumel tressaillit également.

—J'ignorais cela, fit-il, après un instant de silence ; votre nom, l'adresse que vous maviez donnée, m’étaient restés dans la mémoire comme votre visage me restait devant les yeux.. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que je vous ai vue sortir.. J'étais fixe.

Elle l’entendait à peine.

Elle était perdue dans le rêve doulou.

reux du passé.

Comme chaque fois qu’elle évoquait le souvenir de sa mère et de sa sœur, le drame, les événements qui l'avaient précédé lui revenaient en mémoire, comme s'ils dataient de la veille.

Et c'était affreux, affreux, cette impression, cela l’affolait.

Et, en pensant soudain qu'il était là, à deux pas d'elle, l'infâme qui, l'avait accusée de vol il lui prit une rage qui la fit se dresser devant lui, plus blème,

avec des prunelles fulgurantes,

—Le pardon ! hégaya-t-elle, le par don ‘ah ‘ah ! jamais. . jamais !

Le buste en arrière, les bras raides, les mains crispées, elle semblait prête à bondir, à frapper.

M. Chaumel recula son fauteuil.

11 Ja regardait maintenant les yeux bien ouverts, fixémeut.

Il la détaillait des pieds à la tête.

Ainsi, exaspérée, elle était vraiment belle, d’une beauté plus étrange, pli:

excitante.

En la regardant, le patron des Grands Magasins avait pitié d’elle.

11 croyait que Jeanne Badolle out!ie.

rait.

Il ne bougea pas de son siège, fixant toujours sur elle ses yeux aux paupière.

grasses,pensant bien qu'elle se calmeruit plus vite, S'il s’il ne disait rien.

Il ne se trompait pas.

La jeune fille fit taire brusquem-ut son ressentiment, dompta ses nerfs 1evoltés.

Elle pensait à son père, plus malk. 1.

reux que coupable.

Il ne fallait pas détruire l'espoir du pardon avant de l'avoir fait naître.

Aller trop loin, c'était risquer de perdre ce qu’elle venait chercher, l'as-urance que son père ne mourrait pas Celaissé dans les rues.

Jeanne retomba sur sa chaise, tiut encore un instant sa figure dans se mains, puis, une fois de plus dévisagex M. Chaumel.

Les prunelles vertes de Jeanne f34dolle l'hynpnotisaient de nouveau.

—J’ai dit, fit-elle d’une voix lente.

très adoucie, que tout dépendait de l'4.

venir. Je le le repète..ilse peut «1e

ina haine ..se transforme en reccunaissance,

M. Chaumel eut un mouvemert soudain.

Sa figure s’anima, ses yeux prirent une expression suppliante.

—Merci...... j'espère que ce u:ot de recounaissance est sincère, J'espère que le pardon que je réclame, je te:

lisndrai tont entier. Je vous ferai rite, je vous ferai la plus heureuse et la plus belle.

—Je ne demande, je ne veux rien Pour moi,

—Î faudra bien que vous acceptiez Dour vous, si vous voulez que votre Lere : brotite.

Ele ne répondit pas.

Il reprit :

— Il faudra bien que vous me laissiez vous entourer du luxe dont vous êtes digne,

Jeanne ent un gestgnégatif.

—Je n'ai que faire de votre luxe. Je resterai telle que je suis, je travaillerai Jusqu'au jour où vons aurez assuré les vieux jours de mon père. Ce jour là, vailà ce que j'attends de vous: vous placerez sar ma tête une somme dont les intérêts me suttiront à vivre. Je n'en demande pas plus.

Les sourcils de M. Chaumel eurent le

mcme troncement que tout à l’heure. . Puis, sa physionomie revint à cette froideur qui la rendait si impéaétrable que personne, pas mème les hommes de confiance du maître, ne pouvaient y retirec une impressiou.

—Ma chère enfant, dit-il, d’un ton Îort, nous ne nous entendrons pas.

leanne ne se démonta point.

Je comprends, dit elle, vous n'envisagez point votre devoir de la même façon que je l’envisage. Vous préféreriez payer un subside, quitte à le supprimer quand il vous plairait.

M. Chaumel, lui non plus, ne bronch pas

— Quand cela serait ! articula t il.

— Vous auriez tort, je préfère encore faire vivre mon père de mon travail que «le constracter un marché

— Un inarché ! c'est un bien vilain mot. Je croyais qu'avant tout vous vouliez le soustraire à la misère ? Je croyais qu'à tout prix vous vouliez pour lui uue autre existence que celle qu'il a.

. C'est, en etfet, mon plus grand désir.

M. Chaumel interrompit, en éclatant

d’un rire sourd, profondément ironique

Sans s'occuper de ce rire sourd, Jeanne, toujours avec culine, mais ja tête haute, je nen veux point, de conditions.

Je suis l'outragée : je les pose, je n’en accepte aucune. Je n’al rien à me reprocher, moi, rien, rien... pas même ce vol!

que vous m'avez reproché. . J'avais per sé que peut-êtie un remords sincé.

vous ferait accomplir une action généreuse.. j'étais naïve en vérité ! Adieu, monsieur, cet entretien doit nous suffi re, nous sommes renseignés l’un sur l'autre.. Restez a vec votre crime sur la conscience . adieu !

Elle marchait vers la porte, d’un pas lent, mais sur.

Elle toucha le bouton ; elle allait sortir.

— Mademoiselle ! fit la voix tremblante du négociant.

Jeanne Badolle se r-tourna.

Elle le vit deboût, très pâle, s'appuyant d’une main à son grand bureau en chêne.

—Vous reviendrez sur vos paroles bégava-t-il.

n'y reviendrai pas ; vous savez ce veux ; Vous n'avez qu'à repon- GI non.

“e suis prêt à vous jurer de le faire si vous consentez....

— À quoi !

—-AÀ me permettre de temps en temps d'aller chez vous et votre père.

Jeanne n'hésita qu’une seconde.

Elle n'avait plus peur de cet homme; elle saurait réprimer ses audaces.

Elle sentait que des deux, le plus fort maintenant, c'était elle.

Cependant, pour que son plan réussit--elle ne l'avait oublie qu'un instant ——elle devait jouer son rôle en comédienne habile.

Dans l’intérèt de sa vengeance, comme dans celui de ses projets d'avenir en ce qui regardait son père 1l était urgent qu'elle ne l’oubliât plus.

Vous viendrez quelynefvis, dit elle, de loin en loin, soit.

—Vous indiquerez vous-même le jour où je pourrai le faire sans vous dé.

ranger. Rein

— Oh ! pas dans la maison où j'habite maintenant. Je veux en sortir pour louer une autre où je vivrai avec papa.

—Où irez-vous ?

—Je ne sais encore. louer n'importe où, loin de mon quartier, J'espère que les quelques clientes qui me sont restées ne refuseront pas, à présent, de me onner du travail.

—Pour changer de lorersent, pour vous installer, il vous faut de l’argent…

Jeanne frisonna.

Ëlle ne pourrait peut-être pas pyer sa chambre avant de quitter la rue Li.

cher.

—J'en trouverai, dit-elle.

Et elle ouvrit la porte sans que cette fuis il la retint.

Lui aussi avait son plan.

La misère, qui quatre mois plus tôt conduisait la jeune fille à une action coupable, seraitsans doute son plus puissant auxiliaire,

Dans peu de temps elle accepterait peut-être avec joie ce qu'elle refusait au- Jourd’hui avec fierté.

Le millionnaire se disait qu'il aurait raison de cette opiniâtre résistance.

Voila pourquoi il la regarda partir, se sentant la sécurité de quelqu'un pour qui la victoire est chose certaine.

C'était la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

C'était lui, le pot de fer destiné à briser tôt ou tard l'imprudent qu'il aurait ménagé d’abord.

Oui, la victoire lui appartenait.

I] se répétait cela, vautré dans son large fauteuil, au milieu du confort de cette pièce qui ressemblait plus avec l'intimité de ses sièges bas, la volupté de son lit de repos, au bueno-retiro, à la garçonnière dun viveur, qu’au bureau d’un personnage tel que l’était celui-{à, redouté de tout un monde d'employés, poursuivi des obséquiosités d’une légion sans cese renouvelée de sollici.

teurs.

Il est vrai qu'à côté de celle-ci et y communiquant par une portière capitonée comme la muraille, se trouvait une pièce plus sévère, où le négociant donnait ses audiences comme. ciales,

Ni dans l’une ni dans ‘autre n’arri.

vait d'autre bruit que celui de la rue.

Rien de là rumeur qui tout le jour grondait dans l’irs1mense local n’y pénétrait.

Le patron était bien chez Ini.

Et pendant qu'il rêvait à ce triomphe d'autant plus précieux qu'il aurait été plus chèrement acheté Jeanne Badolle marchait d'un pas nerveux à travers les rues de Paris.

La physionomie de la jeune fille avait cette expression sombre qui, le jour où elle sortait de chez elle, avec l'intention de se procurer de la dentelle qu'il lai fallait à tout prix, poussait À la suivre, le jeune homme blond , aux yeux bleus, qui n’était autre que Jacques de Laba.

tière, l'amoureux dont la tristesse prenait en pitié la tristesse des autres

Avant de rentrer chez elle, Jeanne voulait voir si elle ne trouverait pas un autre logement.

Et, pour ne pas trop s'éloigner du centre, tout en quittant le quartier où elle était connue, elle avait remonté la rue de Rivoli, puis la rne Naint-Antoine, jusqu’à la Bastille.

Dans ce dernier parcours, la jeune fille s’arrêtait à plusieurs reprises, pour y grimper des étages, visiter de modestes locaux qu’elle trouvait encore trop chers,

[l allait sonner une heure midi

Elle se sentait exténuée.

Son peut pain, son café au lait du matin étaient depuis iongtemps à ses talons,

Elle chercha encore une modeste crémerie puis elle alla s'asseoir tout au fond de la pièce où étaient alignées quelques tables et quelques chaises, vides à peu près, l’heure du déjeuner étant passée.

: Jeanne demanda un ordinaire, bouil.

lon et bœuf, mangea rar dement et prit

de l'après-

DD. ass

à la tête de ligne l'omnibus Bastile-Wagran.

Elle allait voir maintenant d'un autre côté, dans les environs de la gare Saint-Lazare.

Ce serait bien près de son quartier, mais après tout, pourvu que ce ne füût pas dans sa rue, c'était tout ce qu'il fallait.

Les loyers augimenteraient peut-être encore aussi, seulement, elle se trouverait dans son centre de clientèle.

Jeanne avait un amer sourire en prononçant ce mot.

Elle s'était décimée peu à pen, sa clientèle, pendant la maladie de sa sœur où sa mére et elle, occupées par la pauvre petite poitrinaire, épuisées par les veilles, les angoisses, le défaut de nourriture, n’arrivaient pas à rendre l'ouvrage à l'heure dite.

Depuis son retour rue Richer, elle avait retrouve un peu de besogne.

Cela lui donuait du pain.

C'était tout. Et ve peu, du jour au lendemain, pouvait lui manquer.

Elle se sentanit si affaiblie, tellement à la merci des malaises qu'elle avait peur.

Ce qu'il était sombre, qu'il était noir l'avenir !

Combien cette démarche à Jaquelle elle s'était decidée sans en prévoir les résultats l’éclairait peu !

Jamais elle n'aurait de bonheur, jamais !

Et Jeanne Badolle les yeux cols, com me endormie au fond de lomnibus qui la cahotait sur le pavé des rues étroites qu’il longeait, pensait à sa vie perdue, oui perdue !

Elle n'avait point aimée encore, elle n'avait point eu son roman, la petite ouvrière.

Elevée par une mére qui recevait jadis une bonne éducation et qui pendant longtemps ne lui laissait guère faire des courses dans Paris ; d'une nature fine, distinguée, très réservée, Jeanne ne devait prêter aucune attention aux propos “e nus sur son passage, lorsque plus tard

ce

elle prenait la direction du travail ayant pour ainsi dire aflaire seule aux clientes.

Et le hasard n'ayant point jusqu'a lors placé sur son chemin l'homme at devait faire battre son ccenr, lui révéle ces horizons inconnus, après lesque toute jeune fille aspire et que ces rêv lui montrent si bleus.

Du reste le labeur était pourelle, per dant les deux dernières années surton si acharné, les inquiétudes si grandes, que ces rêves s’espaçaient de plus en plus.

La vie cruelle ne lui laissait méme point le temps de former des projets plus doux que la réalité.

Pourquoi y revenait-elle, nant ?

Pourquoi, du fond de sa tristesse, un désir d'aimer, un désir furieux, montaitil lui gonflant le cœur, lui faisant battre les tempes, mettant des larmes sous ses paupières cJoses,

C'est que Jeanne n'était point faite pour l’internale existence dans laque!’ elle allait se jeter.

Elle avait été créée pour l'amour, non pour la haine.

Elle était dans le monde pour y se.

mer ce qu'il y avait en elle, de bonté, de générosité, et aussi de rire et de joie.

Au lieu de cela, elle ferait le mal.

Elle avait l’amertume aux lèvres, e le dégoût au cœur.

Quelle existence !

L'omnibus s'arrétait devant la St. Lazare.

La voix du conducteur, qui annonçait la station, tira Jeanne de sa songerie douloureuse

Elle descendit machinalement, ets'engagea de méme, dans la première vue qu'elle rencor tra.

—C'était la rue d'Amsterdam.

Hiainte-

gart

Rosalie David, au retour de sa visite au bureau de placement de la rue Montmartre, une fois jetée au vent, les pre-

mieres lignes à peine parcourues, la letre qu'Henri dela Rocie lui écrivait ur lui annoncer son mariage, était renue à son énergie habicuelle, Elle l'avait dit !

—Puisqu'il faut lutter, nous lutte- LE Sa voix était ferme, son regard réso.

Vers là fin dela matinée, la jeune temme se souvint qu’elle devait donner ce jour-là sa première leçon à Régina de Labatière, ou plutôt à Mine Paul Yve.

ling.

La veiile au soir elle hésitait encore à ce sujet.

Elle ne savait si elle n’enverrait pas un télégramme à Asnières pour dire quon ne l’attende pas et si, ensuite, sous un prétexte ou sous un autre, elle ne refuserait pa‘: la leçon.

Mainterant elle se sentait bien résolue.

Le hasard qui lui donnait ses entrées dans la place, était trop favorable, trop isespéré, pour qu’elle n'en profitât point

Personne, chez les connaissait.

Mais Rosalie, tout à coup, devint horriblement pâle

À côté du chalet où elle pénétrait turtivement, le jour du mariage, se trouvait la maison de l'oncle Yveling.

Elle ne pouvait pas accepter, elle ne pouvait pas aller là-bas.

Cette idée qui, au milieu de toutes les idées, se tournant et se retournant dans son cerveau, ne jui était pas venue, y jaïllissait brutale, concluante dans un coup de massue.

Non seulement, l'oncle pouvait s’il allait mieux, la reconnaîte, prononcer son ao, mais il y avait sa domestique, Ja vieille Marie, aui avait toujours accueil Ji Rosalie qui l’aimait beaucoup même,

ais sur la discrétion de quielle ne

surrait peut-être pas compter.

N'y avait François, le jardinier depuis

j>ans au mMoius au service de M. Yve-

Labatière, ne la

Si l'un nela trahissait pus, l'autre certainement parlerait.

Et Rosalie se répétait à présent :

—Cest inupossible ! c'est impossible!

L'heure passait,

Au milieu de la prostration qui suivai ses dernières réflexions, affaisée sur une chaise, les yeux fixes, les mains inertes sur ses genoux, la jeune femme éprouva, comme Jeanne, cette faiblesse physique qu’amène le besoin.

Elle n'avait point pensé au déjeuuer, et si Jeanne comptait sur elle pour cela, elle allait se trouver, comme elle, réduite à portion du restaurant.

Mme David sortit pour aller frapper à la porte de sa voisine,

Malgré le calme qui, la veille au soir, lui étai revenu, la jeune fille s’était-elle portée à quelque extrémité ?

Elle frappa plus tort, appela, puis descendit pour s'informer à la loge.

Heureusement, la concierge avait vu partir Melle Padolle de bon matin, à peine dix minutes après Mme David.

Rassurée, Rosalie fit ce que Jeanne faisait à peu près à la même heure dans un autre quartier.

Elle entra dans la crèmerie-restan.

rant cù elle avait l'habitude de se servir, denranda une portion et son bifteck aux pommes dans une assiette, remonta chez elle pour déjeuner.

Elle déjeñna chez elle, cette fois, mangeant avec l’asidité d2 quelqu'un qui a faim, sans se soucier de ce qu'il mange.

Si la unit porte conseil, un repas copieux change quelquefois le cours des idées.

Le moral remonte avec le physique.

Rosalie avait reconvré cette énergie audacieuse qui la portait à tout braver.

Il adviendrait ce qu'il adviendrait, elle partirait pour Asnières.

Elle y étaità trois heures de Pa près-midi.

De la gare à l'habitation qu'elle connaissait trop il; avait un quart d’heure de marche.

Mme David franchit d'un pas léger

Mn EE

La distance? qu'il fallait parcourir pour y arriver.

Ce fut M. de Labatière qui vint ouvrir.

ficsalie toujours habillée de noir à

présent avait très grand air dans sa robe simple, coitfée de sa petite capote, sur laquelle elle serrait une voilette anie.

. L'ancien marin la salua avec une po.

litesse un peu brusque, mais empreinte de cette courtoisie que les vicissitudes de là carrière la plus avantureuse n’enlèvent pas à certains hommes.

—-Mme David, probablement, dit-il eu repoussant la porte

— Oui, monsieur.

Si vous voulez, inadame, je vais vous conduire près de ma fernme et de ma tille.. Elles sont sous cette tonnel le que vous voyez d'ici... Il y fait très bon, en vous y portera des rafraîchissements

Mais, monsieur, je n'ai besoin de rieu.. vraiment... de rien.

—Je suis sûr que si : il fait une cha leur torride. . Pardonnez-moi d'aller devaut vous.

—Je vous en prie.

Elle le suivit, dans cette allée qu'elle avait déjà prise, tournant derrière la C'PICUTR

Elle passa pres de cet escalier de bois conduisant au balcon du premier étage, par lequel on pouvait pénétrer À l'intérieur du chalet.

lis ctaient à dix pas de la tonnelle, à l'entrée de laquelle apparaissait Régi pe.

Kosalie eut an éblouissement.

La jeune fenime, vêtue d’un simple costume de campagne, en étotfe légère, un fond blanc semé de tout petits bouquets bleus, apparaissant entre les feuillages où glissait le soleil, était jolie à ravir.

Ses cheveux magnifiques auréolait d’or pâle sou visage aux purs contours de vierge de missel.

Flancée, fine avec cette grâce de la jeune fille, que avait point encore rem-

placé le charme troublant de la jeure femme, elle lui apparut comme l’idéale beauté, la beauté chaste, devant laquelle l'homme s'incline, bientôt fasciné.

La veille, bien qu'elle lui eut produit une impression analague, l'effet n'avait pas été aussi entier.

Elle comprit plus encore l'égarement de Paul.

Elle l’excusa plus aussi.

Sa surprise n'avait duré que l'espace d’une seconde, le temps de baisser les paupières ei de les relever.

Régine s'effaçait pour se laisser pas ser, avec un mouvement de tête et un sourire gracleux.

Mme de Labat'ère tit légère collation.

Rosalie accepta un fruit, puis elle accompagna les deux dames au salon.

La leçon commença

I] y'avait plusieurs mois avant son inariage — que Mme Yveling n'avait fait de nusique.

Les doigts êtuient lourds et n'attaquérent d’abord que maladroitement le clavier.

Mais bien vite l’agilité rev 'illée l’elève ne serait pas une élève banale.

Pour terminer la leçon, Mme David et Mme Yveling joutrent un morceau à quatre mains.

Mme de Labatière, assise au salon où elle avait apport: son ouvrage, —la bonne dame ne pouvait rester uue mi nute inoccupée,— venait de le laisser tomber sur ses genoux, et, renversée sur son siège, écoutait, en regardant, les deux musiciennes,

L'ancien capitaine de frégate, resté dans le jardin, s’accoudant à la fenêtre ouverte, près de laquelle se tenait sa femme, le: regardait aussi.

Pas plus chez le père que chez la mère, un pressentiment une impression pénible ne surgissait.

Qui eût pu penser, même ceux qui en avaient été indirectement les victimes, en voyant cesdeux femme dont les doigts se frôlaient sur les touches d'ivoire, Pépaule de l’une tonchant p:rfois l'épaule

apporter une

de l’autre, les cheveux de lu jeune fille effeurant les cheveux noirs de la jeune femme, que tout un drame s'était déroulé entre elles, sans que l’une d'elles en eût eu conscience que la seconde s'était rendue, à l'égard de la première, coupable d’un assassinat.

Lorsqw’elles se levèrent, M. de Labatière fut frappé du contraste existant entre la maîtresse de prano et sa fille.

C'était la beauté brune et la beauté blonde, avec une dizaine d'anuées de différence, l'uue seulement éclose, l’autre arrivée à l'épanouissement.

Car, malgré la fatigue des traits Losalie restait assez séduisante pour retenir le regard.

Peut-être même en était-il pour elle comme pour Jeanne Badolle, par exemple : sa pâleur, le cercle de bistre de ses grands yeux de velours, en attirant üavantage sur elle l'attention, accusaient cette beauté Lien typique de la femme du Midi, aussi provocante que son tem péramment est impétueux.

Les yeux du marin rencontrérent les yeux de la pianiste.

Aucune étincelle n'avait jailli du regard de celle-ci.

Pourtant M. de Labatière détourna e sien.

Il lui glissait entre les deux épaules un de ces frissons qui ne trompent

point.

Bel homme, vigoureux, fort bien conservé pour ses soixante ans, tout en étant, comue le sont les marins, très bon mari, il avait éprouve bien souvent ce frisson, non pas seulement lorsque Join de sa femme, après de longs mois de navigation, il débarquait dans quelque contrée exotique, où la vue d’une naturelle de l'endroit, qu’elle fût noire, jaune ou blanche, le faisait tressaillir de la plante des pieds à la racine des cheveux, mais à Paris ou ailleurs, à côté de Mme de Labatière, tant il est vrai que chez l'homme le cœur et les sens n'ont, le plus souvent, rien à voir ensemble, ,

Le petit tremblement qui venait de

le secouer était de nature à l'inquiéter,

Comment lui, maintenant vieux, 4ssagi depuis desannées, lui que hantaient de si cruels soucis, pouvait-il éprouver cette sensation qu'y avaient fait glisser jadis, certains regards ?

Ces yeux là, pourtant, n'avaient rien de provocant, n;ornes plutôt, tournés vers des choses qu'eux seuls pouvaient voir,

L'impression du visage était une zravité approchant de la tristesse.

Cette femme souffrait ou avait « nftert.

Qui était-elle ?

Ni Mme de Labatière ni Régine n'en savaient rien, on plutôt ne savaient qaune chose, que leur avait dite leur couturière, c'est que Mme David « tait veuve, et absolument sans famille.

Elle semblait digne, en tout cus, que l'on “intéressât à elle, très distinguée d'allures, très réservée.

L'émotion de M, de Labaticre <e dissipa aussi vite qu'elle était venue.

Ce n'était qu'une inpression de pas sage,

Il félicita Mme David, qui resta en.

viron dix minutes encore an salon, assise près de Mme de Labatitre, puis se leva pour partir.

La mére et la fille sortirent derrière

Elle descendirent, line après l’autre, le perron, au bas duquel se tenait l'excapitaine de frégate.

Comme Rosalie arrivait à la derniere marche, une voiture de malade, que poussait un domestique, débusqua dn coin du chalet,

En jetant un regard de côte, elle l'aberçut et resta soudain clouee au 501.

Dans cette voiture, un homme était assis, complètement immobile, avec des yeux ternes et vagues.

Une grande barbe blanche, bronssai]leuse, tout autour du visage, lui tombait presque à la ceinture.

Le chapeau de paille qui l’abritait du soleil achevait de lui cacher en grande partie Jes traits.

Si méconnaissable qu'il fût à présent Rosalie le reconnut de suite, cet homme.

C'était celui que pendant des années, elle avait appelé l'oncle Yveling.

Son cœur b ttità sebriser Et anssi

‘tôt une sueur glacée mouilla ses teupes.

Sous son large chapeau de paille, le regard atone du vieillard s'était allumé,

Il s’attachait à elle avec une intensité de vie si sondaine et si extraordinaire, qu'elle eut frappé le plus indifférent.

Mais le domestique faisait évaluer la voiture vers un petit sentier latéral, afin de ne pas géner la circulation principale

Et Rosalie suivait de r'œil le véhicule qu’il poussait, le paralytique lui tournant le dos, son chapeau de paille apparaissant seul, de droite et de gauche, suivant les mouvements du conducteur.

Et personne ne verrait le regard qu'eile seule avait aperçu, le terrible regard de ce malheureux, qui ne pouvait plus parler, qui pouvait même pas faire un geste pour désigner la coupable, l’auteur

du crime dont la victime était cette blonde Régine, qui descendait le perron derrière elle.

Il eût vite révélé, ce regard, que le cerveau vivait toujours, si les membres étaient morts.

Mais nul sans doute n’en eût compris l'expression.

Et Rosalie David füt sortie quand même de la villa la étête haute, en serrant la main de Régine de Labatière.

La maîtresse de piano avait surmonté son émotion lorsque Mme Yveling lui dit à mi-voix, répondant au mouvement d'arrêt de la jeune femme, qu’elle prenait pour un mouvement de surprige :

--Mon oncle.. un pauvre vieillard complètement impotent.

— Au sujet duquel nous sommes bien ennuyés en ce moment, acheva Mme de Labatière : il avait une bonne très dé-

vouée, mais très âgée, morte il y à quin.

ze jours presque subitement ; nous ve nons de prendre un domestique homme qui paraitéfaire l'affaire : mais cela dr.

rerat il ?.. Il faut de notre part une surveillance de tous les instants. , d'an tant plus grande que nous avons di chercher aussi pour M. Yveling une cui sinière.. la cuisinière et le domestique ne paraissant pas absolument symyu, thiser.. Un ménage ferait mieux l'a!

faire.

—('eries, dit Rosalie, dont le cœur venait de battre enccre, mais de triom phe.

La vieille Marie disparue, morte, cé.

tait le danger écarté,

Le hasard, une fois encore, se décl:.

rait en sa faveur.

Restait bien François le jardiuier.

Mais François, âgé également, ns tar derait pas, peut-être, à prendre sa +:

traite.

Puis un détail lui revint soudain, qui détruisit sa dernière crainte :

Le brave homme de jardinier ayant une malaGe des yeux, une espèce d'oph.

talmie chronique, portait de gros verres fumés qui l'avaient fait surnommer par les enfants du pays le père Lunette

Il ne reconnaissait son monde que lorsqu'on arrivait sur lui.

Rosalie pouvait passer à quelques pus de l'endroit où il travaillait. sans que 84 présence l’intriguät

s pensées rassurantes afuérent en une seconde dans son cerveau.

Son émotion était bien réellement surmontée lorsqu'elle arriva à la porte de sortie.

Là, elle se retourna vers la mére, et }à fille qui la suivait toujours.

À cet instant, Régine s’arrètait, et 44 mére avec elie, devant un massif de ro.

sicrs.

—Quelques rose, dit la jeune femme, cela s’accepte pour rentrer à Paris.

—Vous êtes trop aimable.

vous allez désarnir ces arbnetes

— 1] en éclôt de nouvelles chaque ma.

tin. . Demain nous en aurons d'autre:

Mai

Du bout des ongles, sans déchirer ses doigts fins aux épines, la jeune femme “ieillait quelques boutons mi-ouverts, ‘1 achèveraient de fleurir dans l'eau.

Mme David, retournant sur ses pas.

° était approchée du massif.

. Assez, disuit-elle, assez, madame, J# vous rermercie.

Et, ai l’une ni l'autre des deux fem- “168 ne la regardant Mine de Labatio.

l'E essayait d'atteindre au milieu du par Irre une superbe rose thé— celle-là “ut à fait épanouie —- elle chercha des *AX la voiture du paralytique,

Le domestique qui la poussait arri Vait près de la porte, mettant en comtunication les deux propriétés.

M laissa le véhicule au milieu de l’al ‘#, pour ouvrir cette porte pur laquelle il allait passer,

À peine poussé- un chien s'élançait 24 grand épagneu.. qui, malgré les appels de l'homme, sauta à travers le jar- “in,

— Allons, voilà encore Nestor par ici!

lama Mme de Labatière : quel grand

Rosalie pâlit de nouveau.

Elle teudait la main pour prendre les eurs qu'on ne lui donnait point assez vite,

Mais les deux dames, demi contrariées demi souriautes, regardaient le chien qui accourait vers elles bride abattue.

Ce chien est asso:,mant ! fit là mère “4 essayant, avec de grands gestes, de le ‘sDvoyer ; il va nous déchirer, nous sain

— Au revoir, disait Rosalie : mesda - Les, je crains de Häauquer mOn train.

— Votre bouquet ! votre bouquet ! ex “lama Régine, en lui tendant les roses.

Elle tenait la porte.

Elle se retourna encore, cette fois pour prendre les fleurs.

Le chien était là. I] fit d’abord deux 2u trois garubades autour de Mme Paul Yveliug.

Il allait, inévitablement, et tualgré la défeuse préventive de la jeune femme, lui sauter à la tète, histoire de témoi-

gner sa satisfaction de la voir, quand ses démonstrations se tournérent d'un autre côté, en changeant absolument de formes,

Au lieu des éclats de voix annonçant franchement sa joie, ce furent de petits Jappements, si doux qu'ils ressemblaient à des plaintes, de ces cris assourdis qu'ont ces bonnes bêtes, ies meilleurs atuis des hommes, lorsqu'ils n'ont pas vu depuis longtemps une personne chere à leur cœur de quadrupède.

Et maintenant Nestor rampait, se trainait sur le gravier, touruait autour de Mie David en resserrant le cercle de ses évolutions, jusqu'à ce que, s'abattant sur le dos, se roulant à ses pieds, il redoubla ses jappements, qui devinrent sur-aigus.

Puis, revenant à sa joie exubeérante, il se remit à bondir, mais cette toiqau.tour de Ja maitresse de piano et finit par lui mettre ses deux pattes sur les épaules, en lui dounant un coup de langue sur@h figure.

—A bas, Nestor, criaie. t à qui mieux "4 3x Ja imère et la tille, ah ! la vilaine

—-Laissez-le donc, mesdames, j'aime beaucoup les animaux et particuliére{ ment les chiens.

Rosalie avait encore recouvré sa belle assurance,

Tout en écartant N estor d’un bras, elle continua :

— Les bêtes sentent à qui elles ont affaire. Voyez si nous ne somines pas déjà de vieilles connaissances,

—C'est extraordinaire, tit Régine, ce chien n’est démonstrafif qu'avec nous, qui le gâtons, tout en paraissant le te oir à distance. [| azcueille assez mal généralement les étrangers. On croirait vraiment qu’il vous connait depuis longtemps.

— Pour ma part, je n’en reviens pas, murmura Mme de Jabatièro.

—Je vous le dis, c'est une intuition :; j'ai expérimenté cela plus d'une fois...

Avec un geste, je suis devenue objet de mauifestatious plus que syimpathi-

ques de la part d'animaux quine n'avalent jainais vue. somme aujourd’ hui.

— Vous aviez donc fait ve geste ?

—{Jui., histoire de tâter encore l'expérience. Allons, inon bon chien, c'est Asse/.. ASSPZ, VOYONS

Nestor <e culinuit, tours d'excitation :

tenant fatiguer saient.

Entin il obéit.

N'allongeant près d'elle. le museau enfoui dans la terre, il se contenta de cou ler ses bons veux tendres de son côté, Lemuant sa queue en panache, en disant :

Je t'ai retronves, je suis content, ne t'en va pas,

Elle comprenait. comme elle avait compris l'expression du regard du paralytique, tout à l'heure,

Maintenant elle pouvait partir.

Elle dit une dernière tuis au revoir et s'en alla en fermant brusuement la porte derrière elle, poursuivie par les ap els de Nestor, qui eût voulu la suivre.

Et, en marchant sur la route pleine de soleil, elle pensait qu'ur rien suftirait à la trahir, alois qu'elle s'était crue À l'abri de tout danger.

Quoiqu'elle n'y fréquentât personne, était éte vue plus d'une fois dans Asnières, par des ge i certes la reconaaîtraient.

Une indiscrétion auprès des Labatic re déjouerait ses plans.

Tres heureusement, les deux maisons n'avaient pas de voisins tout proches et elle pouvait gagner la gare par des chemins détournés.

Puis, on atteignait la tin d'août : si le mois de septembre n'était pas très beau M. et Mme de Labatière rentreraient avec leur fille, à Paris, avant la fin.

Que Rosalie échappât jusque-là à la curiosité publique et tout irait ainsi qu'elle le désirait.

Pendant qu’elle regagnait la gare, hantée par ses réfiexious, Régine, passant son bras sous celui de sa mère fai-

inais avec des reui semblaient maincelle à quiils s'adres.

ner rer ennemie mms nn ent np ee h étonne. nr pen Panne mn en

sait avec celle. ei un tour de jardin

Elles parlérent, naturellement, Mme David.

La pianiste plaisait à Régine ; maire à Mme de Labatière, qui cependant n prouvait ancune prévention contre le.

Sans doute ka réserve, son linpassi!

lité, l'impressionraieut,

Elle ent mieux aimé, près de «a till une personne souriante et gaie,

C'était justement cette gravité m lancolique qui allait à la jeune fer mie,

Elle plaignait tout ceux que le ser!

avait eprouvés,

Ses sympathien volaient vers eux.

Mme Yveling ne repondit bientc:

plus que par monosyllabes à sa mér malgré les etforts de celle-ci pour con!

nuer la conversation.

Son visage était devenu d'une morts tristesse

Ses grands yeux d'un bleu profond ;s voilaient insensiblement.

Mme de Labativre entendit comree un sanglot étoutté.

Elle étoutta un soupir.

Sa fille souttrait et elle ne ponvait :, consoler.

La jeunesse de Régine allait-elle êt:e vouée à l'isolement et aux larmes !

Les denx dames regagnèrent la toi nelle où elles travaillaient à l'arrivée 0 la maîtresse de piano.

M. de Labaticre les y rejoignit bien tot.

Le nuage répandu sur le front de :; fille lui fit froncer les soucils.

Mais, affectant aussitôt une sérénita bien loin de son esprit, üi se se mit à par ler aussi de Mme David.

Puis, comme Régine semblait sorti:

de son réve douloureux, il lui demans.

un peu de musique.

Elle se fit prier et finit par céder.

Et le pére se disait ce que la mère s*.

tait dit :

—Si elle pouvait s'intéresser à que!.

que chose ! cela la détournerait de scu idée fixe.

Comme Mme Paul Y veliug se mettait ai piano, dans le salon aux meubles Couverts de housses blanches du chalet d Asnières, Rosalie David débarquait à Paris, gare St-Lazure, et retournait à bied chez elle.

Jeanne Budolle venait de rentrer,

L'entendant ouvrir su porte, elle sor Ut sur le palier

Les deux femmes ne se demandérent pas d'explications au sujet de leur ab.

sence

Jeanne pénétra chez sa voisine, s'assit sur la première chaise venue, un coude appuyé sur le dossier, le front dans la main, et resta sans dire une parole,

Mme David défit son manteau, son chapean, passa dans la seconde pièce puis vint s'assaoir auprès, à deux pus de arnie,

— Eh bien ! interrogea t elle.

— Quoi ! fit Jeunne en redressant la tète anssitot

Tout votre courage est revenu /

— Qui, tout mon courage. Voilà du reste, ce que je viens de faire.

Et elle raconta l'emploi de sa matinée sa visite aux Grands Magasins, son entretien avec le patron.

Puis elle dit «a volonté de n'a&ccepter sun aide qu’à des bonnes conditions.

Elle ne voulait lui Avoir, en ce qui Ja concernait, aucune obligation.

Mme David ne pouvait que l'approu- Ver dans cette dernière résolution.

Mais elle se demandait si elle reiterait en état de la tenir.

Enutin, elle verrait.

Les circonstances seules modifieraient “es intentions.

Lorsqu'elle apprit à Rosalie qu'elle iliait se loger ailleurs, celle ci répondit brusquemeut :

Moi aussi !

Jeanne avait vu rue d'Amsterdam une “hambre et une cuisine qui lui convien draient,

Mine David uouverait peut être tout pres de là, *

Il fut convenu que le lendemain elles

iralent chere

son

C'est à Biarritz, plage du midi, qui est une des plus belles plages de France Barrant le frontcn de la petite porte encadrée de verdure, on lit ces trois mots,

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